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IV. — Lacunes dans la structure de la Répartition

On aborde 1ci un ensemble de questions particulièrement délicates. D'abord parce que l’expérience ne se manifeste que sous une forme déterminée qu’on ne peut que rapporter à à d’autres formes très hypothétiques, ensuite, parce qu’un jugement de valeur sur une expérience aussi adhérente que l’est la Répartition à la réalité quotidienne, risque de manquer de recul et de sérénité. La seule chose que l’on puisse faire pour le moment e:t donc de souligner certains éléments de la Répartition qui appellent spécialement l'attention, tant par leur importance que par certaines lacunes assez voyantes, qui se sont progressivement précisées depuis deux ans. Nous ferons converger nos observations — très schématiques d’ailleurs — sur deux points en fait solidaires : sur les cadres organiques de la Répartition et sur l'esprit pratique du système.

Nécessité d’une unité de direction. — En étudiant les organismes de la Répartition, nous leur avons reconnu, au +eul examen de leur structure, un certain caractère d'autonomie, n’excluant d’ailleurs pas la cohérence au moins formelle de l’ensemble. Nous en avons sans doute indiqué les raisons initiales. Or, précisément, c’est ce point que les faits nous incitent maintenant à méditer. Les développéments précédents nous ont montré à quels résultats ont abouti les latitudes laissées au départ à chacune des Sections de l’O. C. R. P. I. : à une diversité très étendue dans le détail des méthodes et dans la forme des réglementations qui rend absolument indispensable

l'effort sévère de coordination dont il à été parlé. La plupart des Répartiteurs, jouissant de très larges pouvoirs, ont agi, chacun dans leur Secteur, au gré des nécessités du moment, c’est-à-dire d'une façon très empirique, qu’il n’est nullement certain qu’on doive tenir comme un signe de particulière souplesse et de vitalité du système.

En face de ces Sections, évoluant sans brides, la Section Centrale de l’0. C. R. P. I. et même le Secrétariat de la Répartition sont restés souvent désarmés. Le public a eu affaire à une série d’Organismes officiels souvent parallèles et dont les dirigeants, dans un domaine où la plupart des que:tions sont pourtant interdépendantes, agissaient, malgré une compétence et un dévouement le plus souvent indéniables, selon leur seul jugement.

Pour tout dire, l'initial et légitime souci de ne pas paralyser l'économie par un esprit de système —- souvent inopportun — a longtemps Ôté au Gouvernement le goût d’user de tous ses pouvoirs. Nous aboutissons maintenant à la nécessité de créer dans les faits. — elle l’est déjà dans les textes — une véritable Direction de la Répartition, qui précise et limite la tâche de chaque Répartiteur, et puisse substituer à l’empirisme, des directives impérieuses, auxquelles même un certain appel à cet esprit de système dont on se méfiait, ne saurait guère nuire.

Les rapports entre les Sections et les Comités d’Organisation appellent aussi quelques remarques. Il ne faut pas oublier que la Répartition doit être avant tout équitable, et, par suite, les Répartiteurs ne peuvent à aucun degré se désintéresser de la façon dont les Comités sous-répartiscent les contingents. Aucune attache professionnelle ne saurait, par exemple, permettre directement ou non à certaines entreprises de bénéficier d’un régime d’attributions

plus favorable. Il y a là tout un contrôle à exerces sur des points

précis par les Commissaires du Gouvernement, et il peut sembler que leur action n’a pas souvent porté sur ce terrain. Ainsi, les Commissaires du Gouvernement peuvent-ils, eux aussi, utilement concourir, sous cét angle particulier, à la réalisation de cette unité indispensable.

Toutes les autres imperfections, dénoncées par les entreprises : lourdeur des organismes, lenteur administrative, abus et complexité des formalités, etc., sont liées plus ou moins à cette absence relative d'unité et de hiérarchie, que le Secrétariat d'État à la Production Industrielle semble d'ailleurs, en cette fin d'année 1942, décidé à obtenir. à

Communauté d'action. -—— La nécessité de cette communauté découle de ce qui précède. Il y a encore actuellement un compartimentage entre les Sections, entre les Sections et les Comités, entre la politique de Répartition et celle des Prix, qui, en face de l’interdépendance croissante des faits, risque d'accroître de plus en plus les. difficultés, Nous avons, dès le premier chapitre, marqué le carac-

tère prioritaire de la Répartition. Peu à peu, nous avons pu nous apercevoir que si, en principe, certaines tâches essentielles n’incombent pas aux Répartiteurs, elles sont conditionnées par la Répartition. On remarque donc que la coupure ‘établie entre Réparttion et Production, et sur laquelle il a été insisté ici même, tend à s’atténuer à l'expérience au profit d’un pouvoir des Répartiteurs, souvent indirect, mais toujours déterminant. Ainsi, se dégage la notion du caractère totalitaire d’une direction économique reposant sur la Répartition, et qui exige rapidité et liaison dans l’exécution, c’est-à-dire simplification des rouages administratifs — en particulier

des Directions ministériellés —— relation constante et peut-être

nouvelle hiérarchie entre le Département de la Production et celui des Finances et, enfin, contrôle renforcé du Secrétariat de la Répartition sur ses exécutants. :

‘On ne saurait évidemment apporter à cet inventaire sommaire des limites de la Répart ition d’autres conclusions que celles fragmentaires qu'impliquent les précédentes remarques. Toutefois, on peut, d’une façon très générale, ajouter que la guerre constitue sans doute, là, comme ailleurs, l'essentiel facteur d’instabilité et de déviation. Malgré cela, en un temps relativement court, des instruments d’action ont été constitués et une expérience se développe, qui est en butte aux difficultés permanentes que chacun devine, Pour en assurer le rendement, un effort considérable de compréhension et d'invention a été indispensable. De multiples bonnes volontés et beaucoup d'intelligence s'y consacrent chaque jour. D'ailleurs, si l’on considère l’ensemble des faits, comme nous y sommes maintenant invités, les résultats acquis ne permettent pas de dire que lé système de Répartition des produits industriels n’a pas atteint ses principaux objectifs.

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