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L 2 CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES GÉNÉRALES DE LA RÉPARTITION 153 « réalisation des fabrications que l’on veut développer. C'est, en particulier, très net pour les programmes de rayonne et fibranne et de chaussures à semelles de bois, qui requièrent, par priorité sur d’autres besoins, des quantités importantes de charbon, de produits chimiques et de bois. La répartition s'avère le plus sûr instrument
«d'éducation industrielle ». Ainsi, si l’on envisage les activités que
nous avons englobées sous le nom générique d'industries de subsLitution, nous sommes amenés à constater qu'on ne force pas les faits, en montrant dans la répartition une cause de leur développement. Nous avons vu que la répartition appelle l'accroissement du disponible, c'est-à-dire stimule certaines productions ; nous ajouterons que son intervention va même beaucoup plus loin, puisqu'elle en constitue, presque toujours, le moyen et le contrôle permanents. . ë
Orientation nouvelle des courants commerciaux. — 4) Sur le plan national, malgré le souci de les sauvegarder, il devient parfois de plus en plus difficile de respecter les courants commerciaux d’avantguerre. Comme nous l’avons remarqué ailleurs, l’aggravation de la pénurie pousse les répartiteurs à dirigér les acheteurs vers les entreprises qui sont en mesure de leur donner satisfaction. Le libre choix du fournisseur a donc tendance à passer au second plan. Il y a là l’ébauche de tout un problème, que certains Répartiteurs ont déjà effleuré : c’est celui d’un remaniement cohérent des rapports entre vendeurs et acheteurs, qui revêt parfois la forme d’une « eristallisation de clientèle ». C’est encore une des tâches de l’aprèsguerre. Déià, ces deux années de répartition ont mis en présence des entreprises qui s’ignoraient jusqu'alors ; le contact s’est trouvé établi, soit librement à la suite des recherches faites par les intéressés en vue de faire honorer leurs titres de Répartition (1), soit sur prescription des Sections. Il y a de fortes chances pour que ces nouveaux courants subsistent en partie dans l’avenir.
Un des phénomènes les plus apparents depuis 1940 est la disparition à peu près Lotale de la représentation commerciale qui résulte, au premier chef, de la Répartition. La demande dépassant de beaucoup loffre pour tous les principaux produits, le rôle de ces intermédiaires dont la mission essentielle était de provoquer les transactions, est évidemment devenu sans objet. On devine les répercussions possibles de cette disparition des liaisons interrégionales réalisées par les représentants et voyageurs de commerce. Rien ne permet encore de dire que les échanges se sont d'eux-mêmes regroupés, où, si l’on veut, renfermés dans un cadre territorial plus étroit et imperméable, mais il semble que c’est là — ajoutée à la difficulté des transports —- une conséquence vraisemblable qu'il sera intéressant de confronter avec les faits lorsqu'on aura pu en réunir un nombre suffisant.
(1) Les questions de prix et de qualité jouent beaucoup moins qu'avant guerre. C’est aussi un facteur important dans le changement d’orientation des transactions.
Toutefois, le rôle d’intermédiaire n’a pas tout à fait disparu, dans la mesure où il consiste uniquement à mettre en liaison acheteurs et vendeurs. On ne s’étonnera pas, au contraire, que la répartition fasse parfois appel aux courtiers, d’une façon officielle ; c’est, en particulier, le cas pour la répartition des Corps gras ; où d’une façon tout empirique, c’est le cas pour la répartition de beaucoup de produits, qui a donné naissance à un nombre appréciable « d'agents de liaison » auxquels on peut décerner le titre de courtiers spontanés ;
b) Sur le plan international, il n’y a pour ainsi dire pas de question, tellement les faits sont apparents. Le bouleversement des anciens courants d'échanges internationaux est devenue un lieu commun un peu usé dans sa forme et, sans doute, un peu hâtif dans ses conclusions. En nous plaçant sur le seul terrain des faits actuels, nous avons matière suflisante pour constater, à nos frontières terrestres ou maritimes, les résultats économiques immédiats de la guerre présente. La plus grande partie des échanges actuels sont continentaux ; l'occupation allemande a ouvert nos frontières de l’est sur les marchés de l’Allemagne, des territoires étrangers occupés et de l’Europe centrale. Le trafic maritime, qui se faisait par les ports de la Manche et de l'Atlantique, a à peu près disparu. Ce qui subsiste des relations maritimes opère maintenant par les ports méditerranéens. En particulier, la liarson de la métropole avec l'Afrique du Nord et l'Afrique Occidentale s'effectue à présent surtout (1), par Sète, Port-Vendres et Marseille. Certains organismes d'importation, situés Jusqu'en mai 1940, au Havre, par exemple, se sont depuis installés à Marseille (cuirs et peaux, laine, etc.). Il ne fait guère de doute que c’est là un handicap pour des ports comme Nantes ou Le Havre, qui avaient toujours lutté pour conserver leurs privilèges et monopoles commerciaux (2). L’avenir seul nous montrera ce qu’il y a de durable dans l’orientation nouvelle de nos échanges.
Sans doute, l'influence de la répartition est-elle moins apparente : les circonstances militaires et politiques sont une explication suffisante. Malgré tout, le fait que certaines ressources soient rassemblées à leur nouveau point d'arrivée et réparties de ce point, rend, dans une certaine mesure, plus tangible le changement intervenu dans les courants commerciaux correspondants ; de même la nécessité d'alimenter certains programmes par des matières importées (pâtes de bois, papier, etc.), a créé dés orientations d'échanges appelées par la politique générale de Répartition.
(1) Bordeaux conserve une partie de ses relations d'avant guerre avec Dakar. (2) I est à peine utile de souligner que la situation est complètement modifiée depuis le début de novembre 1942 et que ces indications sont périmées du fait de l'occupation militaire de la France entière et en particulier des ports méditerranéens,
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L'importance des-problèmes soulevés par la Répartition — difficultés rencontrées et intérêt des résultats déjà acquis, dans le cadre des préoccupations actuelles — conduit tout naturellement à recher-
cher dans quelle mesure il est possible d’entrevoir un prolongement
de l’expérience en cours, au lendemain de la guerre. La Répartition des Produits Industriels est-elle un aléa de crise, ou bien est-ce un . instrument durable d'action économique, et à quelles conditions ? On s’est déjà beaucoup agité à ce propos. Le caractère toujours conjectural de ce lendemain et aussi la trop banale habitude de terminer par des « Perspectives d’avenir » nous le déconseilleraient, si cette question n’était vraiment exigée par les développements qui précèdent et ne méritait qu'on en esquissât au moins les grandes lignes.