CONCLUSION GÉNÉRALE DU LIVRE PREMIER
Au terme de cet exposé sur les Ententes internationales, il n’est peut-être pas inutile, pour préciser davantage encore la position de leurs promoteurs, de l’opposer à celle des économistes fidèles de près ou de loin aux idées libérales.
Les références plus haut citées des principaux leaders des Ententes, aux « lois d’airain » des doctrines classiques, ont déjà fait pressentir qu'ils restaient assez proches de celles-ci. En fait, les partisans des Ententes sont libéraux à deux égards :
Dans l’ordre politique et social d’abord, ils admettent sans aucune réserve la partie anti-étatique du libéralisme traditionnel. Ils sont même beaucoup plus orthodoxes que bien des libéraux actuels.
Dans l’ordre économique ensuite, leur position est celle d'un semi-libéralisme. Ils admettent la partie statique du libéralisme économique, mais ils en rejettent la partie dynamique. [ls conviennent qu'il existe des lois économiques inéluctables; mais ils ne croient plus à leur jeu spontané, qu'ils veulent remplacer par une application réfléchie. Au lieu de laisser jouer les lois économiques, ils prétendent les faire jouer.
Avec les libéraux, les partisans de l'Économie organisée s'accordent pour attribuer la crise de l'Économie internationale, non pas à la structure du capitalisme (1), mais à la
(1) Cf. Pirou, La crise du capitalisme, Sirey, 1934, p. 34: « Cette doctrine, écrit-il à propos de celle de l'Économie dirigée privée, est en réalité plutôt une réaction contre l’individualisme que contre le capitalisme : au vrai, elle est un essai de rajeunissement de ce dernier... ». C'est certainement l’es-
transgression des lois économiques (avec cette réserve que les premiers tendent plutôt à imputer ce fait aux interventions multiples des États ou même des groupements particuliers, et les seconds aux abus d'une production anarchique, d’un individualisme excessif). Mais les uns et les autresse séparent sur le moyen de restaurer l'équilibre rompu.
Les libéraux réclament le retour à plus de liberté pour permettre, comme de simples réflexes, le libre jeu des lois économiques. Les partisans des Ententes, au contraire, préconisent l’organisation de la production afin d'assurer par la réflexion l’action des lois économiques. Ils prennent, si l’on ose dire, le parti du libéralisme contre la liberté.
Une dernière citation de M. Duchemin éclairera cette formule :
« Tous nos efforts, disait-il à la suite d’une récente conférence de M. Truchy sur le commerce international et les solutions de l'Économie libérale (1), tous nos efforts doivent tendre au retour du libéralisme, mais on ne pourra y parvenir que le jour où l’on aura supprimé les éléments qui ont faussé le jeu normal du libéralisme d'antan.
» La crise que nous vivons est une crise cyclique comme les autres, mais aggravée par le fait que le monde a été atteint de folie, tant au point de vue monétaire qu’au point de vue crédit.
» Nous souffrons non seulement des conséquences d’une guerre atroce de quatre ans, mais nous souffrons aussi des folies d’après guerre et des folies de crédit dont l'Amérique nous à donné un si douloureux exemple.
» Quand l'ordre aura été rétabli, alors on pourra revenir au libéralisme. »
Les nouveaux moyens préconisés pour réorganiser plus rapidement que par les Ententes le commerce international vont tendre peu à peu à s'éloigner de ce semi-libéralisme.
sence du néo-capitalisme. Cf. à ce sujet, du même auteur, les Doctrines économiques en France depuis 1870, Colin, 1980, pp. 153-177. (1) Bulletin quotidien, janvier 1934, p. 29.