PLAN QUINQUENNAL EUROPÉEN
niser (à exproprier en somme (1)) les industries dont ce même abaissement des droits de douane aura provoqué la ruine et la disparition.
« Par celte méthode, une rationalisation conforme à la technique moderne serait substituée à l'anarchie actuelle des diverses économies nationales ».
Il n’est pas indifférent de signaler que les auteurs du plan s’attachent également, comme M. Haladjian, à résoudre le problème de la disparité des prix, de manière à maintenir les relations extérieures entre nations de niveaux de vie aussi différents, par exemple, que la France et le Japon, sansabaisser pour autant les prix et les salaires français.
On prévoit à cet effet :
« La transformation, pendant ia durée d’exécution du plan, de certaines importations en monopoles d’État.
» Un Comptoir d'achat gouvernemental, centralisateur des commandes, servirait d'intermédiaire pour l’achat des produits étrangers sur le marché international, aux prix internationaux, le Comptoir les revendant sur le marché national aux acheteurs en gros aux prix intérieurs. Les bénéfices ainsi réalisés permettraient à l’État de subventionner la transformation des branches de production menacées et de racheter les entreprises condamnées » (2).
Le +
Le Plan quinquennal européen nous entraine, on le voit, beaucoup plus près de l'Économie internationale dirigée par les États que de l'Économie internationale organisée par les Ententes.
Mais les leaders de l’Union douanière européenne et les
(1) Ce mot n’est pas dans le texte. Mais il nous semble qu'il y a dans ce système des compensations une idée voisine aux indemnités de plus-value, en matière d’expropriation ou de travaux publics, qu’on rencontre en droit public.
(2) D: Fred. Cornelissen, p. 2, Rapport cité.
partisans des Ententes se rencontrent sur les mêmes positions théoriques.
Les uns et les autres sont d'accord avec les libéraux pour souhaiter la suppression des droits de douane et de toutes les mesures artificielles prises par Les États pour soutenir ou maintenir les entreprises en surproduction, condamnées à la ruine.
Mais les uns et les autres se séparent des libéraux sur le moyen à employer pour réaliser cette sélection souhaitable.
Les libéraux n’y voient qu'un procédé dur mais sûr : le rétablissement en premier lieu de l’ordre dans les échanges par la suppression progressive de toutes ces mesures artificielles de protection et de soutien, dût cette politique aggraver dans le présent faillites et chômage.
Les autres s'efforcent d'arriver à la même fin, mais en évitant ces conséquences, grâce au rétablissement, en premier lieu, de l’ordre dans la production, soit par l'entente volontaire, soit par le système de la compensation des pertes subies.
Tout le problème est de savoir si de telles mesures, cemme aussi celles moins générales, mais plus brutales, qui tendent au système du troc, sont compatibles avec la complexité et Le dynamisme du commerce international.
CRITIQUE DES MOYENS PRÉCONISÉS POUR ORGANISER LE COMMERCE INTERNATIONAL
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Dans quelle mesure une multiplication des Ententes internationales, tendant à réduire la production et à stabiliser les prix mondiaux dans le sens de la baisse, permettrait-elle de réaliser une organisation générale et bienfaisante de l’Économie internationale?
Dans quelle mesure la substitution aux contingentements d'État des accords de contingentement volontaire, de compensation, de troc même, tendant à canaliser les échanges dans le sens du troc, serait-elle, à tout le moins, un remède immédiat aux difficultés présentes ?
Dans la mesure précise, semble-t-il, où l’un et l’autre procédés s’accorderaient aux données, aux caractères, aux lois du commerce international.
Ces caractères nous paraissent être : la complexité de ses éléments, le dynamisme de son évolution, le nombre des intérêts qu'il met en jeu.
Complexe dans ses éléments, le commerce international l’est plus que tous les autres phénomènes économiques, puisqu’il confère aux opérations ordinaires d'échange le double caractère d’être internationales et, pour certaines, « invisibles ».
Dynamique dans son évolution, tel se révèle le commerce international, en ce sens qu’il paraît de tous les éléments de la vie économique le plus sensible aux variations de la conjoncture économique, prospérité ou crise. En revanche, c’est celui dont la situation, bonne ou mauvaise, influe le plus sur l’ensemble de la vie économique.
Et par là nous touchons déjà à son troisième caractère, qui est de mettre en jeu le plus yrand nombre d'intérêts divers. On sait aujourd’hui combien l'hypothèse des libéraux classiques, surtout anglais, était simplifiée, qui ne considéraient
dans le commerce international que l’intérêt des consommateurs. On ne peut, sans mutiler la réalité, négliger de tenir compte de l'intérêt des producteurs et de l'intérêt des États. Comme on l'a dit (1), le fait national est déjà un fait économique, et l’on ne peut plus pratiquement résoudre une question d'Économie internationale sans souci des intérêts sociaux, politiques qu’elle soulève.
Les moyens préconisés ou déjà mis en œuvre par les partisans de l'Économie organisée respectent-ils ces trois caractères? Telle est la question que nous nous efforcerons de poser et de résoudre dans les trois livres suivants de cette seconde partie.
La logique eût peut-être exigé que nous divisions ces trois caractères en deux groupes seulement, les deux premiers intéressantles producteurs eux-mêmes; le troisième touchant, au contraire, les intérêts étrangers et souvent opposés aux leurs, intérêts des intermédiaires, des consommateurs, des ouvriers, des États.
Mais cette dernière question ayant souvent été examinée, il nous à paru plus intéressant de nous étendre sur les deux autres, et de montrer qu'à l'encontre des apparences les Ententes et surtout les accords de contingentement ou de troc n'avaient pas toujours, méme pour les producteurs, les avantages qu’on veut bien leur reconnaitre.
(1) Brocard, Principes d'Economie nationale et internationale, Sirey, 1929-31, 3 vol.