‹ Economie dirigée et Commerce International L'organisation du commerce international est-elle possible par l'initiative privée?Chapitre 17 sur 35 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A ne considérer déjà que ses éléments visibles, cette complexité se révèle à la fois dans les données et dans les courants du commerce international.

SECTION I

Les données complexes du commerce extérieur.

Il est d'abord très difficile de connaître exactement les données.

« C’est ainsi, écrit M. le Trocquer, que Genève, même à l'heure actuelle, n’a pu encore, malgré ses remarquables services, réunir les statistiques comparatives des multiples produits et denrées faisant l'objet du commerce intereuropéen. On connaît bien les chiffres d'ensemble, mais on ne connaît rien du détail; or, en l'espèce, il faut descendre dans le détail.

» Un échange de correspondances à ce sujet a d’ailleurs provoqué des services mêmes de la Section économique et financière de la Société des Nations l’aveu que, malgré l'abondance des statistiques rassemblées à Genève, il était actuellement impossible de dresser un état comparatif de l'ensemble des échanges intereuropéens sous les trois rubriques essentielles :

Matières premières, Productions agricoles, Productions industrielles » (4).

(1) Le Trocquer, Conférence précitée à la Chambre de commerce de Calais.

Aussi les auteurs du Plan quinquennal, comme nous l'avons vu, ont-ils été amenés à prévoir d’abord la création d'un Office de statistique et de documentation.

Les Ententes réussiraient-elles mieux à connaître ces données, afin de pouvoir y adapter leur politique? Elles pourraient, semble-t:il, rendre à cet égard d'éminents services. Les grands cartels, Les grands organismes internationaux constituent, en eflet, des postes de documentation et d'observation sans égal. Mais ils se tiennent trop souvent dans une réserve, pour ne pas dire dans un hermétisme, qui se concilient mal avec le caractère, vers lequel ils tendent, d'entreprises d’intérêt général.

Et pourtant c'est là, croyons-nous, d’où dépend en grande partie l'avenir de l'Économie dirigée dans le cadre international. Les libéraux et les modernes se sont longuement attachés à l'étude des lois théoriques et « statiques » du commerce extérieur. Ce doit être le rôle des artisans de l'Économie organisée d'étudier les données réelles et « dynamiques » du commerce extérieur et, suivant la formule de M. le Professeur Truchy, de hâter l’évolution actuelle de l'Économie politique de son état de science « conceptuelle » à celui de science d'observation (1).

11 est incontestable qu’à cet égard les Ententes ont un rôle à jouer.

La difficulté même de connaître les données exactes de l'Économie internationale condamne d'emblée des tentatives, comme celles que préconise M. Haladjian, d'organiser le commerce d'exportation par l'échange « des surplus de consommation nationale ». Où commence le surplus? Comment mesurer la production et la consommation nationales? Autant de difficultés insurmontables,

Comment, par ailleurs, conserver le secret des affaires, auquel les producteurs sont si justement attachés, dans un sys- {ème de bons d'achats comme celui que préconise M. Milhaud?

(4) Introduction aux Conditions générales de l'activité économique, Sireys 1934. — Cf. infra, p. 183-184, la citation de M. Pirou.

f16 DEUXIÈME PARTIE.

Déjà bien des producteurs reculent devant les formalités et les précisions exigées par les offices de compensation, qui sont tiraillés entre l'esprit commercial de leurs clients et l'esprit administratif que l'État leur impose.

La connaissance que nous avons des données visibles du commerce extérieur montre combien il serait difficile d'organiser les échanges internationaux. Ces derniers, en effet, vertent dans une large mesure sur des produits finis ou demi-finis (1).

De ces faits, trois conclusions s'imposent :

4° Le champ d’application ou d'extension des Ententes internationales, à l'encontre des espoirs plus haut formulés (2), se trouve forcément assez limité. Les Ententes, en effet, ne sont possibles que pour des objets simples, marchandises brutes, en général, de types similaires, faciles à classer. Une grande partie des transactions internationales leur échappera toujours. C'est ainsi que n'a pu être constituée aucune entente ans les lextiles, et qu’ont échoué toutes les tentatives en vue d’un cartel d'exportation des vins.

2° Dans ces conditions, pour des objets finis ou demi-finis, il n'existe, à défaut de la liberté, que le contingentement amiable. Mais ce procédé présente un très grave inconvénient, jue savent en général éviter les Ententes. Autant, en effet, lies contingents sont simples et rigides, autant celles-ci sont pour la plupart souples et complexes. Les directeurs des Ententes possèdent de larges informations, d’étroites relations par-dessus les frontières, qui sont évidemment impossibles aux organismes nationaux, chargés de déterminer les contin- “ents amiables. Aussiles plusimportantes d’entre les Ententes ont-elles renoncé à fixer des contingents invariables et préféré “ue organisation plus souple de la vente à une restriction

{1} C’est ainsi que la France a importé, en 1933 : 4.977.469.000 francs d'objets fabriqués, contre un total de 28.425.410.000 francs de marchandises imporces, soit 1/6, et exporte 11.174.164.000 francs d'objets fabriqués, contre

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