D I ER
VENTES | VENTES | ACHATS ACHATS à l'intérieur |à l’étranger|à l'intérieur à l'extérieur Prix de revient..... 72 8 Prix de vente...... 90 10 90 Bénéfices réalisés par possibles jusqu’à les producteurs... 18 2 18 + 2 = 20
Dans cette hypothèse, les importations seront éhéoriquement possibles jusqu'à 20, en excédent de 10 sur les exportations (2).
Si l’on ajoute que, dansce même pays, l'épargne est abondante et que les capitalistes y jouissent d’un revenu annuel de 5, les importations seront possibles {héoriquement jusqu’à 25, en excédent, cette fois, de 45 sur les exportations.
Au delà, le pays s’appauvrirait.
Pratiquement, toutelois, un obstacle paraît s'opposer à ces
(1) Ge qui prouve qu'une partie de ces achats a été effectuée, non pas avec des profits, des salaires ou des revenus, mais avec du capital épargné.
(2) Ce calcul n’est donné que pour l'hypothèse où les importations dépassent les exportations. Il ne vaut pas, évidemment, dans le cas contraire. Il n’a pour
but que d'essayer de préciser la mesure dans laquelle les importations peuvent dépasser les exportations.
importations en excédent. Il semble, en effet, qu’elles ne soient matériellement possibles que dans la mesure où l’on trouvera dans le pays des moyens monétaires ou financiers de les régler, en un mot, dans la mesure où elles seront compensées par des exportations invisibles (revenus étrangers, dépenses des touristes, etc.).
Cest là, du moins, la théorie classique. Mais les faits récents l'ont largement démentie (1).
En réalité, les phénomènes du change sont tellement complexes et l'attraction de l'or sur les capitaux étrangers est telle, qu’à l'encontre de ces théories la balance des comptes d’un pays peut présenter un long déficit, sans que se produisent les sorties d'or qu'elles prétendaient automatiques. C'est le cas actuel de la France. La limite pratique aux importations est donc, en fait, plus reculée que ne croyaient les libéraux classiques (2). Nous croyons, quant à nous, qu’elle doit alors se rapprocher de la limite théorique que nous avons tenté de préciser.
Un pays peut donc, sans s’appauvrir, importer plus qu'il n'exporte, non pas indéfiniment comme le disait Bastiat, mais plus que ne le disaient les libéraux classiques.
En résumé, un pays peut, croyons-nous :
4° à l'encontre des mercantilistes, importer plus de marchandises qu’il n’en exporte;
2° à l'encontre des classiques (Ricardo, J.-B. Say), importer plus de marchandises qu'il n’exporte de marchandises et de services;
3° à l’encontre de Bastiat, dans la limite toutefois de son revenu national.
ul
De cette conception élargie de la balance des comptes découlent deux conclusions pratiques.
Les tendances néo-mercantilistes apparaissent ainsi plus
(1 et 2) Cf. Aftalion, Monnaie, prix et change, Paris, Sirey, éd., 1955,
condamnées encore que par les doctrines classiques. Non seulement, en effet, elles négligent les éléments invisibles que prévoient les doctrines classiques, mais encore elles ne tiennent aucun compte ni des possibilités, plus invisibles encore, d'importations réelles que constituent les excédents de profits et d'épargne, ni des mouvements de capitaux provoqués par des causes purement psychologiques (possibilités supplémentaires d’importations etmouvements psychologiques de capitaux, qui accroissent la complexité de la balance des comptes et dont les théories classiques, on le sait, ne tenaient compte).
Toutes les mesures inspirées des principes de troc et de compensation apparaissent donc comme extrêmement dangereuses. D'une part, en effet, elles s’opposeraient, dans les pays riches, à ces importations supplémentaires de marchandises, dont nous avons essayé de montrer la possibilité au delà même de l'équilibre de la balance des comptes. D'autre part, elles conduiraient et elles ont déjà conduit les États plus pauvres à réglementer les sorties de capitaux, et à imposer une corrélalion absolue, inexistante en fait, entre les mouvements de capitaux et les mouvements de marchandises. Or, les expériences récentes en ont montré les funestes résultats. L’interdiction des exportations de capitaux, au delà des besoins commerciaux, a toujours eu pour effet d'accroître dans le pays qui prenait de telles mesures la crainte des épargnants et, à l'extérieur, la méfiance des capitalistes. Il en est résulté à l’intérieur une véritable fuite de la monnaie nationale et une recrudescence des sorties clandestines de capitaux, et dans les pays qui profitaient de celles-ci une accumulation de l’or et une thésaurisation malsaine.
De part et d'autre, on aboutit ainsi à détourner de leurs emplois productifs toute une masse de capitaux.
Tel sera toujours le résultat de toutes Les tendances mercantilistes, qu'elles se traduisent, comme après la guerre, par un protectionnisme excessif, ou, comme à présent, par les prohibitions du troc, Kn voulant établir entre les mouve-
ments de marchandises et les mouvements de Capitaux une solidarité trop étroite, elles ont toujours pour effet d’empêcher les prêts extérieurs à long terme, et de créer toute une masse de capitaux flottants qui, pendant la prospérité, excitèrent la spéculation, et qui aggravent aujourd'hui la thésaurisation.
Bien loin d'organiser le commerce extérieur, les tendances néo-mercantilistes, pour en négliger la complexité, y jettent le désarroi,
Tandis que le troc conduit à établir entre les mouvements de capitaux et ceux de marchandises un parallélisme contraire à la réalité, Les Ententes internationales, semble-t-il, peuvent aboutir à établir entre les pays une solidarité économique contraire à leurs différences financières.
Dans le domaine de la production, d’abord, les Ententes internationales tendent à pousser uniformément les divers pays à la concentration industrielle, sans tenir aucun compte des différences de leurs possibilités financières. La concentration industrielle nécessite en effet de grandes ressources en capitaux qui sont loin d'exister également dans tous les pays. Ce fut précisément, avant la crise, l'erreur capitale de l'Allemagne que de vouloir imiter dans l’ordre économique l'exemple des États-Unis, sans en avoir les possibilités financières. Ainsi peut-on craindre que la généralisation des Ententes internationales, présentée par M. Marlio comme le suprême degré de la rationalisation (1), ne conduise les États dans une voie dangereuse pour certains d’entre eux.
Dans le domaine de la vente, ensuite, les Cartels de prix peuvent présenter le mème péril. Ils tendent, en effet, à fixer uniformément les conditions de vente sans tenir aucun compte des possibilités variables de leurs adhérents. Il est extrêmement rare en effet que les coûts de production soient
(1) V, Revue de Parde, cité supra, p, 48,
équivalents dans deux pays, même voisins, en raison surtoul de leurs ressources naturelles ct financières, toujours différentes. Dans ces conditions, c’est négliger les divergences des Économies nationales et s'opposer ainsi à la spécialisation de chaque pays suivant ses aptitudes propres.
Ainsi, les Ententes internationales risquent-elles, elles aussi, d'être plus ou moins entachées de la grave erreur trop répandue à l'heure présente, qui consiste à ignorer les éléments financiers des balances des comptes. Pour être « invisibles » souvent, ces données cependant n’en sont souvent que plus puissantes.
A des degrés fort variables, les tentatives d'organisation du commerce international comportent donc le même danger : simplifier ce qui est complexe, systématiser ce qui est variable, rendre uniformes, ou tout au moins solidaires, des situations différentes. Par là même elles s’éloignent du véritable but de l'Économie dirigée, qui est de mieux connaître la réalité économique pour mieux s’y adapter.
Ce risque de systématiser ce qui est souple et complexe rejoint d'ailleurs la tendance à figer, dans leur forme présente, les mouvements du commerce extérieur par la méconnaissance de son dynamisme essentiel.