LES DEUX SORTES DE MOYENS
Le problème de l’organisation du commerce extérieur par l'action des producteurs s’est posé bien avant que n’apparût le terme nouveau d'Économie dirigée. Il s’est posé sitôt après la guerre, à la suite du déséquilibre international qu’elle avait provoqué, et dont la solution paraissait dépasser la force organisatrice de la libre concurrence. Mais jusqu’à la crise un seul moyen était envisagé pour ordonner le commerce international : les Ententes de producteurs. La crise a exercé en ce domaine une double influence :
— d’une part, elle a modifié la doctrine des Ententes; — d'autre part, elle à donné naissance à de nouvelles pratiques et à de nouvelles théories.
Sans doute existait-il dès avant la guerre des Ententes internationales de producteurs, dont on pouvait évaluer le nombre à une centaine {1). Mais c’est seulement après la guerre que ce fait prit toute son extension et suscita un tel mouvement d'idées qu'on à pu y voir « le fait le plus important de l'Économie moderne et un phénomène presque révolutionnaire » (2).
On peut donc dire, pour reprendre un mot célèbre, que la nouveauté de ce fait est moins dans sa matière que dans la manière dont aujourd'hui on linterprète.
(1) B. Harms, Wolkswirtschaft und Weltiwirtschaft, Iéna, 1912, p. 254, cité par Grosmann dans son rapport à la Société des Nations, 1927.
(2) Truchy, cité par M. Marlio, Conf. à la Société d’études et d'informations économiques, février 1934, publiée par le Bulletin quotidien, Suppl., p. 7.
La crise actuelle a exercé à cet égard une influence assez curieuse et généralement assez heureuse. Tandis qu’elle apportait ou augmentait le trouble dans bien d’autres domaines, pour les Ententes au contraire elle a produit ce qui devrait être son effet normal et bienfaisant: une œuvre de jugement et de critique. Dansles faits, elle à établi une discrimination salutaire entre les bons et les mauvais cartels, ruinant ceux-ci, affermissant ceux-là. Dans les doctrines, elle a contraint les promoteurs des Ententes à préciser leurs idées. Elle a même permis à certains d'entre eux d’accroître leurs espoirs et de formuler dans le domaine international les premières théories d'Économie concertée.
Par ailleurs, la crise a fait apparaitre des éhcories et des pratiques tout à fait nouvelles, comme celles de contingentement, de troc, de compensation.
A l'heure présente, il y a donc deux sortes de moyens de concevoir l’organisation du commerce international par l’action des producteurs :
— d’une part, le moyen ancien: les Ententes internationales, terme générique pour désigner cartels, associations, concerns, etc...
— et, d'autre part, les deux moyens nouveaux, plus limités dans leur portée, mais plus audacieux dans leur conception, les contingents amiables et les accords tendant au troc.
Nous exposerons successivement l'un et les deux autres moyens.