PEUPLEMENTS SUR LA PRODUCTION DES CHABLIS
La forme des arbres inlluo évidemment d'une façon considérable sur leur stabilité. Ceux qui ont crû dans des futaies pleines ont des fûts très élevés et un enracinement peu développé : ils ne résistent au vent qu'en se solidarisant entre eux, en s'appuyantles uns sur les autres, grâce à l'état complet du massif. Les cimes ont une forme très défavorable au point de vue de l'équilibre : développée presque en forme d'ombelle dans les massifs serrés, plus large dans la partie tout à fait terminale que dans le bas. Aussi ces arbres donnent-ils do nombreux chablis lorsqu'on vient à les isoler, à entr'ouvrirles massifs soit en vue de la régénération, soit par des éclaircies imprudentes ou tardives. Les futaies pleines doivent toujours être éclaircies avec discernement, dès l'âge moyen, pour éviter que les arbres n'y prennent des formes qui rendraient périlleuse Texécution des coupes claires do régénération. L'idéal serait d'avoir des futaies formées, à partir de l'âge moyen, d'individus largement dégagés, la couverture nécessaire du sol étani assurée par un sous-bois, naturel ou artificiel, qu'on n'enlevée que lorsque le moment de la régénération naturelle est arrivé. Dans ces conditions, les arbres prennent des formes robustes, des cimes bien équilibrées, et ne subissent pas, au moment où l'on vient faire la coupe d'ensemencement, ce changement brusque dans les conditions d'existence qui en fait si fréquemment les victimes de vents même ordinaires.
Les futaies jardinées présentent, toutes choses égales d'ailleurs, moins de chablis que les futaies pleines, surtout lorsque celles-ci sont maintenues trop serrées, à un seul étage. Cela
l'assiette des coupes 39
résulte d'une part do ce que les arbres y sont moins grêles, de fûts moins élevés, et aussi de Tabsence des coupes claires de régénération, si dangereuses dans les futaies pleines là oii les chablis sont à craindre. Les chablis sont assez rares dans les taillis-sous-futaie: ils ne se produisent guère que durant les deux ou trois années qui suivent immédiatement les coupes, et sur la lisière des forêts. Il est toujours prudent do former, le long des périmètres des forêts de taillis-sous-futaie, des zones d'abri dans lesquelles on multiplie le nombre des arbres de façon à protéger par un rideau permanent et continu l'intérieur des massifs. Les chablis des taillis-sous-futaie sont surtout des baliveaux de l'âge trop grêles, plies plutôt que déracinés, quelques modernes et assez peu d'anciens.
A l'appui de ce qui précède, citons quelques chiffres statistiques précis provenant d'observations faites dans le département de Meurthe-et-Moselle, et particulièrement dans les forêts dépendant du service do l'Ecole nationale des Eaux et Eoréts.
Les chablis tombés, année moyenne, pendant dix'annécs consécutives, de 1877 à 1880, dans les forêts domaniales du département de Meurlhc-et-Moselle, ont élé, pour les diverses essences, et par kilomètre carré de la surface occupée par chacune d'elles :
Chi^ne.
Hêtre.
Charme.
Sapin.
Fin sylvestre
Nombre de tiges. . .
Volume
Le grand nombre des chablis pin tient presque uniquement à un bris de neige qui a fait do grands dégâts dans les perchis de cette essence pendant la période considérée (1).
La forêt domaniale de Haye (Meurthe-et-Moselle), peuplée principalement de hêtre, est traitée en conversion sur 5. 300 hectares et en taillis-sous-futaie sur 1.200 hectares. La conversion de la partie destinée à la futaie est assez avancée et les peuplements y présentent, dès à présent, sur beaucoup de points, un aspect qui se rapproche de celui d'une futaie pleine.
(1) statistique forestière de Meurlhe-cl-Mosello, par G. HiilTel. iiisi)ertciir-adjoint des forôts, 1888 (en manuscrit ù la BibIiolhè(iuc nationale des Eaux et Forets).
Sis • ■
NOTIONS PnELIMINAIRES A L AMENAGEMENT
L'ouragan de rautomne 1870, qui fit tant de dégâts dans lo Nord-Est dola France, produisit d m. c. 800 de chablis par hectare dans les parties en conversion et 0m.c.200 seulement, soit neuf fois moins, dans les parties en taillis-sous-futaie, bien que celles-ci se trouvent sur les lisières de la forêt et en terrain moins profond. L'arbre chablis avait sensiblement le mémo volume moyen (de deux tiers de mètre cube) dans les parties en conversion et dans les taillis. Un autre ouragan, en 1875, donna, par unité de surface, un volume de chablis trois fois plus considérable dansles parties en conversion que dans les taillis-sousfutaie.
Dans les coupes de régénération en exploitation do la partie en conversion, le volume des chablis fut 23 fois plus considérable en 1870 que dans Tensemble de la forêt. En 1870, comme en 1875, les arbres renversés se trouvèrent localisés, pour les deux tiers de leur nombre, dans les coupes en exploitation (taillis ou futaie) ou exploitées depuis un an. A partir delà troisième année, les chablis sont beaucoup moins à craindre et ne présentent plus que la moyenne commune au reste de la forêt.
VL — Règle d'assiette: les coupes doivent entamer la forêt par
LA lisière abritée ET AVANCER DE PROCHE EN PROCHE VERS LA LISIÈRE BATTUE PAR LE VENT (1).
De ce que les chablis se produisent surtout dans les coupes de régénération, il résulte qu'on diminuera leur fréquence en abritant celles-ci le mieux possible. D'où cette règle d*assiette, importante surtout dans les futaies pleines :
Quand on attaque un massif par une suite de coupes, il faut toujours l'aborder par la lisière abritée contre les vents, et avancer progressivement vers la lisière battue parles vents dangereux. C'est-à-dire que, dans la majeure partie de la France,
(1) Cette règle se trouve énoncée dans les ouvrages des auteurs français du xviu' sireli*. Voir, notamment, Duhamel, L>cs semis cf plantations, page 2i6 (Paris, nso).
l'assiettc des coupes 4'
on doit attaquer les forêts ou cantons de forêts par la lisière Dord ou est en avançant de proche en proche, vers le sud ou l'ouest. Il est évident qu'en opérant ainsi on abritera le plus complètement possible les coupes de régénéra lion, qui se trouveront juxtaposées immédiatement contre le massif protecteur dos vieilles futaies encore intactes. L'ensemble des cimes formera déplus un plan incliné qui sera frappé obliquement par le vent et, conséquemment, avec moins de dégât. (Voir iigure 3.)
Ou peut encore remarquer que cette façon d'opérer facilite aussi la régénéiation des jeunes coupes, vers lesquelles lo vent chasse les graines provenant des massifs voisins.
Les avantages de celle praliqucscrontd'autant mieux réalisés que les coupes seront moins larges dans te sens pnpcndiculaire à celni de leur progression, en forme de bandes longues et étroites détachées sur la lisière du vieux bois, du côté abrité. Dans certaines forèls, sur tout dans celles d'épicéa, on s'est parfois trouve bien d'asseoir les coupes de réffénéraiton en lisières ; on peut alors les faire aussi claires que l'exige le tempérament de l'essence sans avoir trop à redouter les chablis.
Dans les régions montagneuses, le périmètre inférieur étant
4 2 NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l/ AMENAGEMENT
le mieux abrité, c'est par le bas qu'il convient d'entamer les massifs. On donne aux coupes, autant que la forme du terrain et les nécessités delà vidange le permettent, une forme allongée dans la direction des lignes de niveau. En opérant ainsi, on facilite évidemment la régénération par la semence qui se répand naturellement du haut en bas des versants, en même temps qu'on protège les coupes en régénération contre les dégâts du vent.
Il faut cependant observer, avant de quitter ce sujet, qu'il peut être imprudent de suivre trop absolument la règle qui recommande de progresser toujours dans le sens contraire à celui des vents dominants. On se prémunit sans doute, de la sorte, contre le danger le plus fréquent; mais, en revanche, on se découvre et s'expose d'autant plus aux dégâts que peuvent produire des vents venus d'une autre direction que celle qui est la plus habituelle. Les plus grandes chutes de chablis dont nous ayons gardé le souvenir en France ont été provoquées par les vents du nord ou du nord-est, en 48Gi, 1870 et 1902, dans le Jura et dans les Vosges. Cette remarque est de nature à diminuer l'importance de la règle d'assiette en question. Il ne convient pas, en conséquence, de faire des sacriGces d'exploitabilité trop grands pour assurer son application.
Enfin, il est superflu d'insister sur ce fait que si une assiette prudente des coupes diminue la quantité des chablis que produit un régime de vents habituel, moyen, rien ne saurait promunir contre les dégâts d'ouragan, de cyclone, dont l'impétuosité est souvent telle qu'aucune essence, aucune forme de peuplement, ne peut leur résister.
i i. — La vidange des coupes et leur assiette.
C'est une règle d'assiette fort importante que les coupes doivent être assises de telle manière qu'on ne soit pas amené,
l'assiette des coupes 43
lorsqu'on opère la vidange, à traverser de tout jeunes bois. Il faut, autant que possible, que chaque coupe ait une sortie indépendante, c'est-à-dire aboutisse, au moins par une de ses extrémités, el, en montagne, par sa lisière la plus basse, à une voie de vidange.
La raison d'être de cette règle saute aux yeux : il s'agit d'éviter les dégâts de toute sorte qu'entraîne la circulation des hommes et principalement des animaux de trait et des équipages à travers les semis et fourrés.
Les hommes sont surtout dangereux parce qu'ils apportent avec eux du feu, et provoquent des incendies, si faciles à allumer et si dommageables dans les jeunes bois. Les animaux causent des dégâts en broutant les semis ou en les écrasant, mais ce sont surtout les voitures qui occasionnent des dommages. Les voituriers ont souvent intérêt à passer à travers les fourrés de semis qui, en pliant sous les roues, empêchent cellesci d'enfoncer dans le sol meuble el facilitent ainsi le roulage. Pour la même raison, chaque voiturier se fera un nouveau passage, évitant les pistes déjà suivies et défoncées par ses prédécesseurs. Aussi les dommages, de ce chef, peuvent-ils atteindre une proportion incroyable si Ton n'y voille. Lorsqu'il est tout à fait impossible d'éviter le passage des voituriers à travers de jeunes coupes, il faut exiger que ceux-ci suivent des chemins que Ton ouvre spécialement et qu'on borde de fossés assez larges et profonds pour que tout écart soit rendu difficile. On reboise ces chemins lorsqu'ils ne sont plus utiles.
Pour rendre indépendants, au point de vue de la vidange, les différents parquets de coupes, on est amené à les limiter sui^^ vaut certaines règles que nous allons examiner.
En montagne, il convient d'arrêter les coupes aux lignes de crête et de thalweg qui doivent toujours être adoptées comme limites des parquets. En effet, une coupe à cheval sur une ligne de crête sera forcément vidée par les deux versants opposés; les dégâts en seront plus grands et la surveillance plus difficile.
44 xNOriO.XS PR!^LIMlNAIl\i:S A l'aMîLnAGLMKN T
De même si les coupes sont à cheval sur un thalweg, celle situalion offre l'inconvénient de créer sur le bas des deux versants une lisière de jeunes bois qui devront être traversés pour accéder au chemin du fond, tandis qu'en arrêtant la coupe au chemin du fond on ne nuit pas à la vidange du versant opposé.
Pour des raisons semblables les coupes doivent, si possible, être arrêtées contre dos chemins, couloirs, lançoirs, moyens de vidange quelconques, toujours en vertu du principe qu'il faut mettre le plus grand nombre possible de parquets en contact immédiat avec les voies de vidange. Les chemins carrossables suivant à peu près les courbes de niveau, il en résulte que souvent les coupes seront délimitées vers le haut ou le bas par des lignes de niveau ou approximativement de niveau.
Les coupes devront aussi, dans des régions accidentées, êfre limitées par des lignes de plus grande pente, et non pas par des lignes en écharpe sur le versant (à moins que celles «ci oe Soient des chemins de schlitte ou des lançoirs), parce que le débardage dos bois se fait forcément, au moins pour les pièces de fortes dimensions, suivant les lignes de plus grande pente jusqu'aux chemins ou jusqu'aux lançoirs les plus rapprochés.
Enfin, il est évident qu'il convient d'arrêter les coupes aux lignes infranchissables, comme des barres de rochers, cours d'eau, ravins, etc.
Les coupes ainsi délimitées par des lignes naturelles, lignes de crête, thalwegs, lignes de niveau (chemins), lignes de plus grande pente (ravins, ou lignes spécialement ouvertes), auront une forme, sinon régulière^ du moins simple, bien adaptée à la forme du terrain, comme il convient.
En plaine, les coupes seront, comme en montagne, délimitées par des chemins ou par des obstacles infranchissables aux voitures, tels qu'un gros ruisseau, un canal, une ligne de chemin de fer, etc. Les lignes séparatives des coupes seront perpendiculaires aux voies de vidange; on arrivera ainsi à faire aboutir le plus de parquets possible sur une route donnée et Ton évitera aux voituricrs toute tentation d'emprunter le terrain de
l'assiette des coaPES 45
la coupe voisino pour aller do la coupe en usance sur la roule. Délimitées par des perpendiculaires aux routes, les coupes prennent souvent une forme rectangulaire, le petit côté du rectangle étant forme par la roule. (Voir fig !, page 30.)
Nous aurons l'occasion de revenir sur cette question de Ja forme à donner aux parquets de coupes lorsque nous nous occuperons, dans les Eludes suivantes, de la division des forêts et du parcellaire, particulièrement à propos des aménagements par contenance et des taillis.
SOMMAIRE
§!•'. — Définition de la possibilité.
Origine du mot possibilité ; son emploi ancien, sa définition actuelle. La notion de possibilité est inséparable de celle d'un règlement d'exploitation. Les trois modes de possibilité.
§ 2. — La possibilité par contenance.
Ancienneté de la possibilité par contenance. Forme d'exploitation qu'elle suppose et qu'elle établit ; elle ne convient qu'aux exploitations de peuplements. Facilité de son calcul. Elle conduit la forêt à l'état normal. Ses avantages : simplicité, clarté, facilité du contrôle. Ses inconvénients : elle suppose la coupe à blanc étoc et peut entraîner de grands sacrifices d'exploitabilité.
i^, — La possibilité par pieds d'arbres
Ancienneté de la possibilité par pieds d'arbres, abus qu'elle entraînait. Les coupes d'arbres interdites dans les forêts du roi dès le xvi© siècle n'ont, en réalité, jamais cessé d'être pratiquées. La possibilité par pieds d'arbres dans les sapinières. Forme d'exploitation qu'elle suppose et qu'elle établit ; elle n'a été appliquée, en fait, qu'aux sapinières jardinées et aux arbres réservés de taillis-sous-futaie. Elle conduit la forêt à l'état normal. Difticulté de son calcul, surtout lorsqu'on veut l'appliquer aux produits intermédiaires. Elle donne des revenus qui peuvent être fort variables d'une année à l'autre. Abandon de la possibilité par pieds d'arbres.
g 4 . —-La possibilité par volume.
Origines de la possibilité par volume, Réaumur,Buffon, Duhamel, Varenne de Feuille, Perthuis, en France; Beckmann, Hartig, en Allemagne. Méthode des caraéralistes en Autriche.
Les deux catégories de procédés pour le calcul delà possibilité par volume sont basées sur la conception d'une durée de révolution ou sur celle du capital normal. Dans les deux cas, la possibilité par volume, correctement calculée et appliquée, conduit à rét<\t normal d'une forêt aménagée ; qu'il s'agisse d'une exploitation de peuplements ou d'une exploitation d'arbres.
Avantages de la possibilité par volume : sa grande souplesse qui la rend utilisable dans toutes les formes d'exploitation et dans tous les états de la forêt. Elle réduit au minimum les sacrifices d'exploitabilité, les variations du revenu annuel.
Inconvénients de lapossibilité par volume : elle suppose une connaissance assez approfondie dos lois de Taccroissement et du matériel normal correspondant à l'état aménagé qu'on veut réaliser dans la forêt. Elle est d'une application moins commode sur le terrain, se prête moins bien que la possibilité par contenance au contrôle des exploitations effectuées. Appliquée, sans qu'on ait soin de procéder à des inventaires fréquents pour contrôler ses résultats, elle peut entraîner un appauvrissement ou un enrichissement indéfiniment progressif du matériel d'exploitation.
§ 1- — Définition de la possibilité.
Le mol de possibiiité apparaît pour la première fois, à notre connaissance, dans le langage forestier, dans le texte de l'ordonnance de 1376. On y lit (art. 30) que les usagers ne seront soufferts que « selon la possibilité des forets ». On le retrouve, toujours à propos des délivrances usagères, dans les ordonnances de 1402, 1515 et 1683. Cette dernière donne dans son article 10 une définition de la possibilité que nous reproduisons ici : « Et pour ce que nos forets sont venues en la ruine et le dégât où Ton les voit.. . de sorte qu'elles ne peuvent à présent porter les chauffages et pâturages qui ont été concédés et octroyés par nos prédécesseurs, nous voulons qu'il soit informé...
DE LA POSSIBILITÉ Ct impOSsibilitO DE NOS FORÊTS... ET DE CE PAIT
états et RÈGLEMENTS PARTICULIERS suivRut Ics Rvis dcs grauds maîtres, leurs lieutenants et maîtres particuliers, gruyers verdîers et gardes du marteau, et lesdits règlements suivis et OBSERVES. » La possibilité est ici ce que les forêts peuvent fournir eu égard à leur état, « ce qu'elles peuvent porter sans notable préjudice et diminution de nos revenus^ » dit l'article 5 du titre XX de l'ordonnance de 16G9.
Le texte de 1583 nous moniro Is, possibilité Rxée par un règlement particulier àl'établissement duquel collaborent tousles officiers des maîtrises d'alors. Ce terme a conservé exactement sa signification ancienne, et de nos jours encore nous ne défini-
-jv:
NOTIONS PRÉLIMfNAIHES A l'aMKNAGFMENT
rons pas autrement la possibilité qu'elle ne Test dans Tordon* nance de Henri III : elle est la quotité du revenu assigné à la forêt par faménagementy ou, si Ton préfère, par le « règlement particulier » établi pour Texploilation.
La notion de possibilité est donc inséparable de celle d'un règlement d'exploitation, d'un aménagement. Sa détermination , comme nous le verrons bientôt, constitue la partie la plus essentielle, la plus caractéristique, et aussi la plus difficile de cet ensemble complexe de dispositions qui constitue nos aménagements actuels.
La possibilité exprime la quotité du revenu. Celle-ci peut se mesurer avec diverses unités, d'où divers modes de possibilité. Les seuls usités dans la pratique sont les modes par contenance, par pieds d*ar6res, et enfin par volume.
i % — La possibilité par contenance.
L'emploi de la possibilité par contenance, que nos prédécesseurs appelaient la coupe par airCy ou par arpents, ou encore par assiette, est certainement de beaucoup le plus ancien ; son origine ne saurait être précisée. Fixer l'importance de la coupe en indiquant l'étendue du terrain qu'elle parcourra est une idée tellement naturelle qu'elle a du venir immédiatement à l'esprit des premiers hommes qui aient songé à assigner une règle à l'exploitation.
Pendant longtemps, on ne l'a appliquée qu'aux taillis, aux sglvœ cœduœ, sylvœ minuiœ, où les exploitations revenaient périodiquement,à de très courts intervalles, sur le même point (i).
Les futaies n'ont été mises en coupes réglées que dans la période moderne : jusqu'au xvi® siècle, nous les voyons soumises au régime des coupes extraordinaires. Celles-ci se faisaient
(1) Ce» taillis s'appelaient, au moyen-âge, en français des laillis revenants^ ce qui est synonyme de laillis aménagés.
JP»
habituellement par pieds d'arbres ou par trochesy mais souvent aussi elles se pratiquaient sur des assiettes désignées, par arpents, comme nous l'avons dit au paragraphe premier du chapitre précédent.
La possibilité par contenance a été la seule qu'aient connue les forestiers de l'ancien régime, sauf l'exception que nous signalerons ci-après pour les sapinières. Les anciens règlements indiquent toujours le nombre d'arpents à couper dans chaque triage de la forêt, soit en taillis, soit en futaie. A cette indication se joignait la prescription générale des ordonnances do faire la coupe à tire^ c'est-à-dire de proche en proche. Couper à tire et aire, c'est appliquer la possibilité par contenance à des coupes assises de proche en proche. On a voulu faire du « tire et aire » une méthode d'aménagement spéciale aux futaies qui aurait été prescrite par l'ordonnance de 1669 ; cela est entièrement inexact. Toutes les coupes se faisaient à aire (par contenance) sous l'ancien régime et à tire{à% proche en proche); aussi bien celles de taillis que de futaie, aussi bien pour les recépages, expurgades ou éclaircies que pour les coupes principales, sauf toujours l'exception des forêts de sapin.
Il est à peine utile do faire remarquer que la possibilité par contenance constitue nécessairement la foret dans la forme d'une exploitation de peuplements. Elle doit donc, malgré ses avantages que nous allons examiner, être remplacée par un autre mode toutes les fois que, pour un motif quelconque, on est amené à adopter une autre forme que celle de l'exploitation de peuplements. Mais nous verrons, dans les Etudes suivantes, que, môme alors^ on s'efforce, autant que possible, de l'associer à un autre mode de possibilité, comme celui par volume, afin de profiler, au moins dans une certaine mesure, de la simplicité, de la clarté et de la sécurité qu'elle introduit dans les règlements d'exploitation.
La détermination de la possibilité par contenance est d*une
Economie forestièue. — III. i
5o NOTIONS PRÉLIMINAIRES Â l' AMÉNAGEMENT
simplicité extrême. Son chiffre résulte de la division de la con* tenance totale par la durée de la révolution. Une forêt de iOO hectares, aménagée à la révolution do vingt-cinq ans, aura comme possibilité annuelle quatre hectares. Il ne peut se poser, au sujet de ce calcul, d'autre question que celle de la durée de la révolution, laquelle, en principe, comporte autant d'années qu'en compte Tâge auquel on coupe ou veut couper les bois. Nous nous occuperons de ces questions d'âge d'exploitation et de durée de révolution dans les Etudes suivantes.
L'application prolongée d'une possibilité par contenance amène inévitablement la forêt à l'état normal d'une exploitation de peuplements, quel que soit son état primitif, à condition, bien entendu, qu'on veille au repeuplement immédiat des parquets usés. 11 est évident que si Ton coupe chaque année, à blanc étoc, la n^ partie do la contenance, et qu'on reboise tout aussitôt remplacement parcouru. Ton créera ainsi une forêt normale aménagée en forme d'exploitation de peuplements à n ans. La durée de cette création sera au plus égale à une durée de la révolution des coupes et rien n'est plus facile que do se rendre compte, à chaque instant, des progrès réalisés dans la marche vers l'état normal.
La coupe par aire, par contenance, présente un avantage inestimable, qui la rend préférable à tous les autres modes de possibilité, et doit toujours la faire adopter lorsqu'on n'a pas de bonnes raisons d'y renoncer. Cet avantage réside dans sa grande simplicité de calcul et d'application, dans la clarté et la certitude avec lesquelles elle achemine la forêt vers un état normal lui-même très simple : celui de Texploitation de peuplements aménagée. Un autre avantage très précieux, surtout aux époques antérieures oiiles abus dans l'assiette des coupes étaient incroyablement fréquents, résulte de la facilité avec laquelle elle se prête à un contrôle, sur le terrain, des opérations faites, même après un long délai. C'est pourquoi nos prédécesseurs s'y
LES TROIS MODBS DE POSSIBILITÉ 5l
sont attachés uniquement, n'acceptant un autre mode de définition de la quotité des coupes que lorsqu'ils y étaient contraints par la nature des choses, comme nous faisons, ou plutôt de-* vrions faire encore de nos jours.
La possibilité par contenance présente ce grave inconvénient de ne définir complètement la coupe que lorsque celle-ci se fait i blanc étoc< Aussi convient-^elle surtout là où cette coupe à blano étoc peut se faire, au moins approximativement, sans trop d'inconvénienlé Tel est le cas dans les taillis, où la coupe par contenance est de toute ancienneté. Lorsque la régénéra* tion doit se faire par la graine les méthodes par contenance, avec coupes à blanc, telles qu'on les pratiquait aux xvii^ et xviiP siècles, ne peuvent donner de bons résultats que pour les essences de lumière, là où celles-ci donnent de plus des graines très fréquemment. Tels sont le chêne dans le centre, l'ouest et surtout le sud-ouest de la France, le pin sylvestre dans les régions méridionales, le pin maritime. Nos prédécesseurs, qui ne connaissaient pas d^autre manière d'aménager les futaies que d'y faire des coupes par contenance avec réserve d'un petit nombre d^étalons, avaient renoncé à traiter dn haute futaie pleine les peuplements feuillus de toute la moitié nord-orientale de notre pays, région dans laquelle le taillis composé, ou plutôt des formes forestières analogues, existaient très anciennement (1).
La coupe par contenance présente de plus cet inconvénient que sa pratique entraîne des sacrifices d'exploitabilité qui peuvent devenir absolument intolérables lorsque les peuplements sont irréguliers. Aussi les méthodes d'aménagement où la possibilité par contenance joue un rôle deviennent-elles vite inapplicables dès qu'on sort des régions où les coupes à aire de nos prédécesseurs ont créé des suites de peuplements équiennes. C'est surtout le cas dans nos montagnes couvertes de sapinières. L'emploi de la possibilité par contenance s'y
(1) Nous aurons l'occasion de nous étendre, dans l'Etude suivante, sur l'histoire d«s mëUtodes d'aménagement par contenance dans notre pays.
NOTIONS PRéUHlNAIItES A l'amÈNAGËMENT
des difficultés telles que, après les essais trop souvent eux pratiqués dans le cours du siècle dernier, on teud in plus à l'abandonner ou du moins à réduire son rôle ianl retendue et le volume pour régler la quotité des
i précède ne s'applique qu'à la possibilité des produits ux, c'est-à-dire à l'expression de la quotité du revenu exploitables. Il esta peine besoin de faire remarquer que lilité par contenance, qui suppose l'exploitation de la lu matériel en une année ou dans les limites d'une courte ne saurait se prêter à régler la quotité du produit inter-
§ 3. — Id poBBîbilité par pieds d'arbres
oupes d'arbres isolés, fa.ilea en jardinant, se sont cernt pratiquées dès les temps les plus reculés dans les ui n'avaient pas encore été mises en coupes réglées, t des arbres qu'on délivrait aux usagers, qu'on abattait
œuvres du roi. plus rarement des arbres vendus. Ce ! coupe, d'un contrôle difficile, était l'objet de nombreux itre lesquels les ordonnances de nos rois se sont souvent.
s'elTori^antde substituer aux coupes d'arbres des coupes cttcs, c'est-à-dire do parcelles nettement délimitées. Les 3 d'arbres disséminés no cessèrent cependant jamais ement dans les forêts. A toutes les époques, nous voyons r des extractions d'arbres, aussi bien dans les forêts > que parmi les réserves des taillis, dans les forêts du I que dans celles des églises ou des abbayes. Tantôt les des arsenaux, surtout maritimes, étaient l'occasion de oilations, tantôt il s'agissait de créer des ressource! linaires au trésor royal (1).
17 j fui ordoimi'e la vi'uly « iludi;a\ [lieds d'nilirc? pour arpent en touleB
Les coupes jardinatoires, par pieds d'arbres pris çà et là, ou par troches, n'ontjamais été pratiquées qu'à titre extraordinaire dans les forêts feuillues en France (1). Le jardinage des feuillus, en tant que méthode d'aménagement; était inconnu à nos prédécesseurs.
En revanche, ils s'aperçurent de bonne heure que le système des coupes par assiette, c'est-à-dire des coupes à blanc étoc avec réserve d'un petit nombre d'étalons, était impraticable dans les résineux. Un texte de 1613 ordonne que « dans les forêts sapinières les exploitations se feront en jardinant... attendu qu'en y estahlissant des coupes ce serait ruiner notre domaine... (2)». Divers autres textes postérieurs renferment desafGrmations analogues (3). Aussi semble-t-il qu'on ait de tout temps renoncé à introduire en montagne le système des coupes par aire, et c'est dans les sapinières de nos montagnes d'altitude moyenne que les coupes par pieds d'arbres devinrent, petit à petit, dans la suite des siècles, un modo d'exploitation réglé et ordonné.
C'est certainement dans les Vosges qu'il faut rechercher l'origine de la possibilité par pieds d'arbres ; elle y est née de pratiques qui, comme on le verra dans l'étude suivante, remontent au moins au xv® siècle , et sans doute au delà encore. Il est cependant très probable, sinon absolument certain, que des coupes par pieds d'arbres bien réglées se pratiquaient aussi dans
les forêts (du roi) et exécutée en la plupart d'icelles, et ajoutant mal sur mal par arrêt du conseil du roi, du 25 du mois de juin,;il fut ordonné au regard des taillis qu'évaluation serait faite des deux pieds à raison de 50 ou 60 ou 80 livres pièce jusqu'à la concurrence de laquelle somme seraient vendus dos taillis. Au compte des bois de l'année 1576 le nectte de la vente des deux pieds darbrcs es forêts <lo la généralité d'outre Seine et Yonne monte à six vingt dix mille huit cent douze livres, quinze sols six deniers obole ». (Sainctyon, op. cil., p. 30i.) H no serait que trop facile de multiplier les exemples de pareilles opérations qui se renouvelèrent jusqu'au commencement du siècle dernier.
(i) Il convient cependant de faire une exception pour les futaies ri'ser\-ées audessus des taillis. 11 était fréquent de voir des règlements particuliers en ordonner la coupe réglée, malgré les prescriptions générales des ordonnances.
(2) Règlement du 27 juin 1613 pour les forêts du comté de Dabo dans les Vosges.
(3> Voir surtout le Trailé des semis et plantations de Duhamel. Paris, 1780, pages 488 et suivantes.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'aIIÉNAGBMENT
plusieurs sapinières du Plateau central, des Cévennes et des Pyrénées au cours du xviii* siècle (i).
L'application de la possibilité par pieds d'arbres consiste, en principe, à parcourir chaque année Tétcndue entière de la forêt en y coupant un nombre fixe d'arbres choisis parmi les plus gros. En même temps que ce produit principal, on réalise des arbres dépérissants, viciés, mal conformés ou évidemment surabondants qui constituent le produit intermédiaire.
On croit souvent que cette possibilité ne peut convenir qu'à des peuplements renfermant, dès le début, des tiges de grosseurs diverses, et qu'elle engendre nécessairement des peuplements irréguliers, du type jardiné, dans lesquels les bois de toutes dimensions sont confusément mêlés, du semis naissant jusqu'à l'arbre exploitable ; c'est-à-dire qu'elle crée la forme aménagée spéciale qu'on a pris l'habitude, depuis un siècle environ, d'appeler la forme jardinaloire ou jardinée ou encore irrégulière. Il est évident, cependant^ que la pratique do la possibilité par pieds d'arbres n'engendre de peuplements jardines que si on coupe des arbres disséminés ça et là, c'est-à-dire que si on l'applique dans des massifs présentantdéjà, aumoinsapproximativement,lo type jardiné. Mais rien n'empêcherait l'emploi de la possibilité par pieds d'arbres dans une forêt où les peuplements seraient constitués d'une façon absolument quelconque, même dans une forêt où tous les peuplements seraient rigoureusement équiennes. Celle-ci conserverait son aspect et ne passerait pas le moins du monde au type jardiné (2). Cette remarque n'est pas inutile pour
' (1) Voir Dralet, Traité des fovéls d'arbres résineux (Paris, 1820>, page 12i, et Traité de l'aménagement des bois (Paris, 1812), pago 44. C'est à tort du reste que Drnlet dit que le jardinage des sapins a ûié recommandé par Buffon. Celui-ci seulement a recommandé de régénérer par coupes progressives des forôts de pin sylvestre (voir 9" étude).
(2) La possibilité par pieds d'arbres, de même que celle par volume ou par diamètre, sont des modes éminemment conservateurs de la forme des peuplements, qu'elles ne modifient que progressivement, à la longue. Cola résulte naturellement de ce que, s'altafpiant toujours aux plus gros bois dans la forêt, elles ne provoquent la naissance de repeuplements que là môme où se trouvaient de vieux arbres; elk's miiutionnent l'état irrégulier si ces vieux arbres étaient disséminas, la forma de peuplements équiennes si les gros bois étaient cantonnés, juxtaposés dans la forêt. 11 n'en est pas de môme de la possibilité par conte-
éviter une confusion d^idces fréquente entre le jardinage et la pratique d'une possibilité par pieds d'arbres. Mais il est exact, en fait, que la possibilité par pieds d'arbres n'a jamais été appli* quée qu'à dos forêts jardinées, ou, quelquefois peut-être, aux arbres réservés dans les taillis-sous-futaie qui constituent des peuplements analogues à ceux jardines. C'est uniquement en vue de son application aux forêts de type jardine que nous nous en occuperons.
La caractéristique du jardinage, et sa raison d'être culturale, réside dans la dissémination la plus complète dos exploitations. On doit parcourir chaque année la plus grande étendue possible, en principe la forêt tout entière, en ne coupant qu'un seul grand arbre, ou un très petit nombre d'arbres, sur un même point, et en des points aussi éloignés que possible les uns des autres. Il est clair que cette façon d'exploiter n'est concevable que dans les forêts où les gros arbres sont disséminés, où les peuplements présentent une certaine irrégularité originelle.
Nous allons montrer qxCen coupant par pieds d'arbres, dans une pareille forét^ on doit créer à la longue un peuplement de forme jardinée normale^ c'est-à-dire une suite aménagée normale comprenant dos bois de tous les âges, du semis jusqu'à l'arbre exploitable, et en proportions telles que le recrutement de chaque catégorie, son maintien à l'état identique, soit indéHniment assuré par l'accession de nouvelles tiges provenant des catégories inférieures (1).
L'état normal, dans une futaie jardinée de même que dans toute autre forêt, suppose réalisées deux conditions nécessaires et suffisantes :
1° La présence d'un certain matériel total, dépendant do la dimension demandée aux produits exploitables, et d'autant plus
nance, qui fait surgir de jeunes peuplements équiennes sur les assiettes parcourues, quel qu'ait (3té l'état, régulier ou non, des peuplements abattus. (1) Voir Economie forestière, tome II, pages 317 à 326 et 373 h. 377.
56 NOTIONS PRËLrMINAIRES A L^AMéNAGEHENT
grand quocctto dimension est elie-mémo plus considérable (i);
2^ Une proportion convenable de bois do tous âges.
L'application persévérante d'une possibilité par pieds d'arbres amène nécessairement ce double résultat.
Supposons un canton de sapinière présentant exactement la contenance voulue pour porter le matériel correspondant à une production annuelle de p arbres de n ans.
Si ce matériel existe en effet, on pourra couper chaque année, comme produit principal, p arbres de n ans (nous faisons abstraction, pour le moment, de la production intermédiaire), sans que le matériel se modifîe, sans que la forêt cesse de rester indéfiniment susceptible du même revenu.
Supposons maintenant que le matériel soitdifférent, que nous ayons, par exemple, une quantité de bois insuffisante. Gela ne peut se concevoir que si, quelque part, dans la forêts des arbres plus jeunes tiennent une place qui normalement devrait être occupée par d'autres plus âgés (2).
Lorsque cette catégorie d'arbres trop jeunes sera devenue la plus âgée de la foret et viendra en tour, en y prenant p individus, on coupera moins que la production. On laissera donc le matériel s'accroître, et il en sera toujours de même tant que les p arbres les plus âgés, qu'on coupe annuellement, auront un volume inférieur à la production de la forêt. Il résulte de là que la pratique delà possibilité par pieds d'arbres amène â s'enrichir les forêts trop pauvres (3).
(1) Voir Economie forestière, tome II, pages 326 et 321.
(2) L'anomalie sera, sans doute, en généi*al, plus complexe que dans notre exemple, plusieurs classes d'âge pouvant se trouver anormalement représentées, soit en excès, soit en déficit. Mais le raisonnement à faire n'en deviendrait pas différent, il serait seulement plus long à exposer. Nous pouvons nous borner ici à riiypo thèse dans laquelle une seule classe d'âge serait insuffisamment représentée.
(3) Cette démonstration ne serait tout à fait rigoureuse que si la production de la forêt réelle,'daus son état anormal, était exactement la même qu'aurait la forêt à l'état normal. En fait, ces deux productions ditféreront assez peu pour que le raisonnement subsiste, à moins que les anomalies ne soient par trop grandes, mais alors on n'aurait plus atfaire à un peuplement vraiment irrégulier dès le début, comme nous l'avons supposé.
LES TROIS MODES DE POSSIBILITÉ b'J
Oo démontrerait do même qu'elle diminue le matériel dans les forêts trop riches.
Il en résulte nécessairement que sa pratique prolongée amènera le matériel à l'état normal comme quantité.
Comme la coupe annuelle d'un certain nombre d'arbres crée forcément^ en n années au plus, une gradation d'âges complète de 1 à n ans (1), il est certain que notre pratique réalisera Tinstallation sur une étendue de terrain, qui est précisément celle qui se trouve nécessaire et suffisante pour porter un matériel normal, un groupement d'arbres :
1^ Dont le volume est égal au volume normal ;
2° Dans lequel les bois de tous âges sont représentés.
C'est dire que le matériel est sinon entièrement identique au matériel normal théorique, du moins dans un état tellement voisin qu'il n'y a aucune différence à faire en pratique (2).
Cette démonstration, un peu plus subtile peut-être qu'il ne conviendrait en pareille matière, nous parait néanmoins utile abonner ici pour justifier, au point de vue théorique pur, l'emploi de la possibilité par pieds d*arbres, bien que celle-ci n'ait guère qu'un intérêt historique. Nous retrouverons, en effet, un raisonnement analogue au paragraphe suivant, lorsque nous parlerons de la possibilité par volume.
La possibilité par pieds d'arbres présente quelque avantage de simplicité dans l'application qui lui a valu, de nos jours, un certain nombre de partisans, surtout parmi ceux qui, bien à tort suivant nous, ont associé son emploi à la pratique du jardinage,
(i) On peut du moins l'admettre, l'apparition de semis étant, d'une façon générale, la conséquence et la suite naturelle de la coupe.
(2) 11 est certain que si tous les âges de! an ans sontreprésentés, le volume total étant de plus normal, les anomalies seront forcément très réduites, ne pouvant porter que sur une partie du contingent en bois d'un âge quelconque. 11 y aura, par exemple, 120 arbres de a: — a ans, 80 arbres de x ans et 100 arbres de or + ^ ans, au lieu de l'état normal comportant, supposons-le, 110 arbres de a: — a ans, 100 de X ans et 90 de a; + ^« On pourrait sans doute, du reste, démontrer que ces anomcdies doivent aller en se réduisant de plus en plus, à chaque nouveau passage de la coupe sur le môme point, si l'on continue la pratique de couper toujours les plus gros arbres et en môme nombre.
NOTIONS PRiLIBriNAFRKS A l'aMÉNAGEMENT
k--ifc.
te,.'
laquelle peut fort bien s'en passer. Les tentatives de restauration (1) dont elle a été Tobjet sont cependant restées sans effet, et il n*existe actuellement, à notre connaissance, aucune forêt en France où elle soit encore appliquée. On lui reproche, en effet, et avec raison, les inconvénients suivants, qui ne sont suffisamment compensés par aucun avantage spécial :
1^ Son calcul, par un procédé tant soit pou correct, est fort aléatoire, comme nous le verrons à l'Etude qui suivra celle-ci, même lorsqu'on ne considère que les produits principaux. Lors* qu'on essaie de l'appliquer aux produits intermédiaires, l'on se heurte à des difficultés telles que certains de ses partisans, pour ne pas être contraints d'y renoncer dans les forêts jardinéos, ont préféré admettre que ce type de forêts ne comporte pas de produits intermédiaires;
2° Le rendement peut devenir très variable d'une année à l'autre, dans des forêts dont l'aspect diffère souvent considérablement d'un pointa un point voisin, comme c'est presque toujours le cas dans les stations montagneuses. Cet inconvénient est surtout sensible lorsque les massifs, irréguliers dans l'ensemble, présentent néanmoins des parcelles plus ou moins étendues de jeunes bois, ou de bois moyens d'âge uniforme, comme il arrive habiluellement. Il résulte de la nécessité où Ton se trouve presque toujours de n'étendre la coupe annuelle qu'à une partie, le dixième par exemple^ de l'étendue totale des massifs.
Comme la possibilité par volume est à peu près exempte de ces inconvénients, ou ne les présente qu'à un degré moindre, qu'elle offre do plus dos avantages qui lui sont propres, qu'elle s'applique parfaitement du resteàtous les types de peuplements, équiennos, jardines, ou dans n'importe quel état intermédiaire, il est naturel et tout à fait justifié qu'elle soit devenue aujourd'hui le mode par excellence employé dans toutes les forêts où la contenance ne suffit pas, à elle seule, pour régler convenablement la quotité des coupes.
(1) Voir Puton, rrûTi^rf d'Economie forestière^ tome II, aménagement, !•' volume, pages 23 et 224.
LU TR0T8 MODES DE POSSIBILITÉ 5g
^A, — La possibilité par volume.
L'îdéc d'employer l'unité de volume à mesurer la quotité du revenu forestier a dû nattre dès qu'on a pris l'habitude de cuber les peuplements pour se rendre compte de leur volume, de leur accroissement et pour faire l'inventaire des forêts. Nous la voyons exprimée pour la première fois dans un mémoire célèbre que le naturaliste Réaumur présenta à l'Académie royale dos Sciences, le 24 décembre 1721. Ce savant y fait voir comment on pourrait déterminer l'époque du plus grand accroissement des taillis, pour en déduire Tage d'exploitation le plus avantageux au point de vue de la quantité des produits. BufTon et Duhamel reprirent la même question plus tard d'une façon complète, et les auteurs de la fin du xviii® siècle, au premier rang desquels se placent Varenne de Fenille et Perthuis, établirent que la production d'une forêt aménagée» à l'unité de surface, comporte autant de mètres cubes qu'on représente l'accroissement moyen, à l'âge d'exploitation, dos peuplements qui la composent.
Ces théories restèrent cependant sans écho parmi les praticiens français. En revanche, elles trouvèrent un accueil en Allemagne. Dans son livre sur l'Economie forestière (1), le plus ancien ouvrage de ce genre imprimé en Allemagne, Moser (2) traduisit in exteiiso le passage visé ci-dessus du mémoire de Réaumur, et le livre de Duhamel sur l'exploitation des forêts fut traduit en allemand, par Schœllenbach (3), en 1766.
Il est fort explicable, du reste, que la possibilité par volume ait trouvé des partisans en Allemagne dos l'avant-dernier siècle,
(1) Grunclsàtse der Forslœkonomie. Francfort etLeipsig, llol, un volume in-12, page 04.
(2) W. G. von Moser, né à Tubingnc, en 1729; mort en 1793.
(3) Von dur Fdllung der Wàldcr, par G.-G. von Schœllenbach, officier forestier de la ville libre impériale de Nuremberg. Nuremberg, 1760,
6o NOTIONS PRÉLIMINAIRES A L^MÉNAGEMENT
que sa pratique s'y soit répandue, alors qu'en France elle restait à l'état de théorie sans application. En efFct, les forêts françaises, au moment où l'on commença à songer à la possibilité par volume, se trouvaient, en plaine du moins, à l'état d'exploitation de peuplements équiennes par l'application continuée depuis des siècles des coupes par assiettes. En Allemagne, les forêts étaient restées bien plus longtemps sans coupes réglées. L'absence de débouchés, l'état de misère incroyable auquel le pays presque entier avait été réduit par les grandes guerres du xvii^ siècle, y avaient retardé considérablement les progrès d'une mise en valeur systématique des forêts. Aussi celles-ci se trouvaient-elles, au xviii® siècle, dans un état d'irrégularité auquel les méthodes d'aménagement par volume convenaient mieux que celles suivies depuis des siècles de ce côté du Rhin.
On trouve les premières indications du calcul d'une possibilité par volume en Allemagne dans la seconde moitié du xviii« siècle (1). Le procédé, qui fut plus tard repris par G.-L. Harlig (1795), et que nous exposerons dans l'étude suivante, se perfectionna petit à petit de 1740 à 1795 ; c'est celui qui est basé sur la division d'une durée de révolution en périodes, et de la forêt en affectations correspondantes.
A la même époque, on voit surgir en Autriche un mode de calcul tout différent pour la possibilité, que nous examinerons à propos de la méthode d'aménagement des caméralistes (2) dans la neuvième étude. Ce procédé, modifié plus tard en Autriche même et en Allemagne, est encore suivi, dans son principe, de
(1) On cite quelquefois Be<'kmann (17i0) comme un des premiers qui aient basé sur le volume la fixation de la quotité de la coupe. En réalité, Beckmann n'a fait connaître (ju'un procédé, aussi peu pratique qu'arbitraire, pour déterminer le volume du matériel dans une forêt, et son accroissement probable pendant une période de réalisation qui devait durer assez longtemps pour laisser se reformer de nouveaux peuplements exploitables. C'est, peut-être, comme un embryon de la mélbode de llartip; mais il semble bien que Beckmann n'ait recommandé son procédé (jnen ^'ue de vérifier si une forêt était, ou non, en état de fournir un revenu dont la quotité était fixée a priori^ d'après les besoins.
(2) Les caméralistes formaient un conseil jouant, auprès dos arcbiducs, un rôle analogue t\ celui du Conseil du roi en France. La Lbambre auliquc d'Autriche publia, en 1788, une « Instruction générale sur l'estimation et l'aménagement des forêts » où se trouve exposé le procédé de calcul en (|uestioii ici.
LES TROIS MODES DE POSSIBILITÉ 6l
DOS jours. C^est celui qui est basé sur la détermioation de Taccroissement moyen (conformément aux théories françaises) et la comparaison du matériel normal avec le matériel existant dans la forêt (cette conception du matériel normal à constituer est une nouveauté de la méthode autrichienne).
En dehors des méthodes dérivées de celle des caméralisles, le XIX® siècle a produit un assez grand nombre de procédés pour le calcul de la possibilité par volume. Nous nous contenterons de signaler ici celui de Hundeshagen, en Allemagne, celui de Massou et celui que nous désignerons sous le nom de procédé de 1883enFraûce.
^application de la possibilité par volume consiste, en principe, à parcourir chaque année la forêt entière si celle-ci est à l'état jardiné ou dans un état plus ou moins irrégulier, des cantons déterminés seulement si les vieux bois sont cantonnés, en y coupant, jusqu'à concurrence d'un volume fixé, parmi les bois les plus gros. En même temps que ce produit principal, on réalise des produits intermédiaires dont la coupe est réglée spécialement.
La possibilité par volume convient également bien à tous les types de peuplement, à toutes les formes d'exploitation; elle se prête à toutes les exigences culturales permettant de faire les coupes à blanc étoc aussi bien que les coupes les plus disséminées du jardinage.il est facile de montrer qu'elle doit conduire nécessairement à Tétat normal lorsqu'elle est appliquée suivant les règles qui lui sont propres. Mais avant de faire cette démonstration, il convient d'établir une distinction.
On peut, en effet, pour calculer la possibilité par volume, s'appuyer, ou bien :
A. — Sur la notion de Taccroissement combinée avec celle de révolution ;
B. — Sur la notion de l'accroissement combinée avec celle du matériel normal.
62 NOTIONS PRÉLIMINAIRES À l' AMÉNAGEMENT
De là deux coQceptions fondamentalement difFérentes, surtout au premier aspect, des aménagements par volume (!)•
Si l'on a calcule une possibilité par volume de telle manière qu'on devra, en la servant annuellement par une coupe égale, réaliser tous les bois actuellement sur pied en un temps fixé, c'est-à-dire pendant la durée d'une révolution déterminée^ il est clair qu'on s'achemine vers l'état normal dans une exploitation de peuplements.
On aura, en effet, dès la première révolution, une suite de peuplements de tous les âges, de 1 jusqu'à n ans, si n est la durée de la révolution (nous admettons que les exploitations sont suivies de régénérations immédiates).
Les étendues occupées par les diverses classes d'âge pourront, il est vrai, être légèrement différentes. En réalité, elles le seront assez peu pour qu'il soit permis de considérer, en pratique, l'état normal comme réalisé. En tout cas, il le deviendrait évidemment, mémo à l'état théorique absolu, après une application suffisamment prolongée de la môme règle d'exploitation.
Dans le cas où Ton voudrait appliquer la possibilité ainsi calculée à une exploitation d'arbres , on serait amené, pour la justifier, à faire un raisonnement analogue. Il nous paraît sans intérêt de le développer ici. En effet, la détermination de la possibilité par volume dans les forêts jardinées est plus correctement basée sur la conception de l'accroissement et du matériel normal que sur la notion d'un âge d'exploitation. On ne peut admettre Tintervention de ce dernier, combiné du reste avec la notion du capital normal, que dans un but de simplifia cation.
(1) Nous examinerons ces questions, et notamment les procédés de calcul de la possibilité, dans les Eludes suivantes avec tous les détails utiles. Nous ne mentionnons ici (juc ce qui est indispensable à notre sujet, c'esl-à-dire à Tanalyse du mécanisme suivant le(iuel la possibilité par volume conduit la forêt à l'état normal.
Si, daos une forêt dont le matériel normal serait Y' eu égard à la forme de Texploitation et à Tage do coupe choisi^ dont lo matériel réellement existant est V, on coupe chaque année un volume de bois égal à l'accroissement réel, plus une portion de la différence V — V% on amènera forcément la forêt à Tétat normal par un mécanisme identique à celui que nous avons détaillé à propos de la possibilité par pieds d'arbres.
En effets de ce qu'on réalise (1) chaque année, en plus de l'accroissement, une portion de l'excédent du matériel^ il résulte inévitablement que celui-ci deviendra bientôt normal comme quantité. A partir de ce moment, il le restera puisque la coupe égale exactement l'accroissement et l'exploitation annuelle créera une gradation d'âge d'année on année qui amènera forcément, au bout d'un temps plus ou moins prolongé, un état de plus en plus voisin de l'état normal, au moins dans les exploitations de peuplements.
Dans les exploitations d'arbres jardinées, la réalisation de l'état normal au moyen de la coupe réglée par volume est plus difficile à justifier et à vérifier. Déjà la définition do l'état nor^* mal de ces forêts reste fort incertaine (2), malgré les efforts faits depuis une vingtaine d'années pour préciser la notion du capital superficiel des exploitations jardinées. Dans ces forêts, la coupe principale et celle intermédiaire se font à la fois sur le même emplacement, de sorte qu'on est presque forcément amené, plus encore qu(! dans lo cas des exploitations de peu* plemenls réglées par volume, à leur donner une possibilité ^/obale^ c'est-à-dire comprenant à la fois les deux natures de produits. On dirige alors les réalisations de manière à constituer à l'état normal le volume en chacune des catégories de diamètre, en faisant porter la coupe préférablemcnt sur telle ou telle caté-
(1) Si le matériel existant était inférieur au matériel normal, on aurait il déduire chaque année de raccroissement une portion de la dillércnce Y — V pour avoir la possibilité. Le raisonnement n'en est pas cliaugé.
(2) Voir Economie forestière j tome II, pages 321 et suivantes.
64 NOTIONS PRÉLI.\IINAIRES A l'aMÉNAGEMENT
gorie qui paraîtra en excédent, en épargnant d'autre part celles qui sembleront insuffisamment représentées. En d'autres termes, il faut supposer connu le volume normal non seulement au total, mais aussi en ce qui concerne séparément chaque catégorie de dimension, et s'attacher à réaliser spécialement pour chacune d'elles le contingent théorique admis.
De pareilles méthodes sont toujours assez compliquées, non seulement dans leur conception, mais encore et surtout dans leur application qui ne devient pratique qu'au prix de simpliGcations qui prêtent à dos objections. Ce sont cependant celles qui paraissent destinées à prévaloir dans l'aménagement des exploitations jardinées susceptibles d'un revenu réglé. Nous y reviendrons, avec les développements utiles, dans les études suivantes.
Nous avons mentionné l'avantage principal de la possibilité par volume : c'est sa grande souplesse qui permet de l'utiliser dans toutes les formes d'exploitation et dans tous les états de la forêt, même dans ces états indécis, intermédiaires entre les ditférents types classiques déHnis, qui se rencontrent si souvent dans nos sapinières.
Non seulement elle s'adapte à tous les cas, mais elle s'y adapte avec un minimum de sacrifices d'exploitabilité, c'est-à-dire avec le moins de pertes d'argent possible.
Elle laisse une latitude complète au sylviculteur d'adapter pour le mieux les réalisations aux exigences culturales, soit dans les coupes de régénération, soit dans les autres. Elle se trouve ainsi recommandée dans beaucoup de cas où les coupes de régénération doivent être conduites avec des précautions spéciales, et surtout lorsque ces coupes doivent prendre un caractère variable, souvent complètement différent d'un point à un autre.
Elle permet, ce qui est précieux dans l'état d'incertitude oii nous restons souvent sur la forme la plus avantageuse à donner
à nos sapinières, d'en lirer parti sans rien compromettre de la richesse existante, et sans engager nos successeurs, car elle ne nous entraîne pas, comme la possibilité par contenance, à assurer la constitution progressive d'une forme d'exploitation déterminée. C'est par excellence le modo de possibilité conservateur qui permet do tout utiliser, sans rien préjuger, sans rien compromotlro, ni surtout rien détruire.
Elle a enfin l'avantage de réaliser, mieux que la possibilité par contenance ou celle par pieds d*arbres, le rapport soutenu d'une annéo à l'autre. C'est là ce qui a surtout frappé ses premiers adeptes, et l'a fait appliquer de préférence à tout autre dans les forêts irrégulières, soit qu*on veuille les maintenir dans cet état ou non, et dans les forets en désordre, dégradées, anormales, qu'on veut améliorer progressivement.
On peut aussi considérer comme un bénéfice de l'emploi de la possibilité par volume la nécessité où elle place ses adeptes de procéder, pour son calcul, à des inventaires minutieux du matériel dont on dispose dans la forêt. C'est ce mode de possibilité qui a été l'occasion des recherches faites depuis un siècle sur les lois de la croissance des peuplements et sur l'état normal du matériel des forêts, recherches qui ont tant contribué au progrès des études forestières.
Cette dernière circonstance, que la possibilité par volume suppose, pour sa détermination, une connaissance approfondie du mécanisme de fonctionnement du capital producteur ainsi que de Taccroissementdes forêls constitue aussi, à un autre point de vue, un inconvénient. On peut se demander, dans certains cas, si nos connaissances en ces matières sont suffisamment certaines et complètes pour enlever tout risque àl'application d'une pareille possibilité. En tout cas, cette application doit être prudente, modérée et fréquemment contrôlée. Les règlements d'exploitation ne doivent être établis que pour des périodes courtes, et l'état
Economie FonKSTièRB. — III. 5
66 NOTIONS PRiLIMINAIRES A l' AMÉNAGEMENT
vers lequel on s'achemine, souvent vérifié au moyen d'inventaires, dispendieux sans doute, mais aussi fort utiles à une gestion qui veut être éclairée et se rendre compte de ses résultats.
On reproche enfin à la possibilité par volume d'être, sur le terrain, lors de la marque des coupes, d'un usage moins coni' mode que la possibilité par contenance ; d'entraîner, lorsqu'on ne prend pas de précautions suffisantes, un certain désordre dans les assiettes ; de rendre difficile dans les forêts où on l'adopte le contrôle des opérations faites antérieurement ou même le simple récolementd'unecoupe nouvellement exploitée.
Un inconvénient grave de la possibilité par volume est que son emploi peut entraîner, si l'on n'y prend garde en répétant les inventaires et les contrôles du matériel, une ruine totale du capital forestier, jusqu'à même l'anéantir complètement. Cet inconvénient est spécial à la possibilité par volume, lorsqu'elle est calculée uniquement sur la base de l'accroissement et du matériel normal sans qu'on fixe de durée de révolution. Il ne se rencontre pas dans l'emploi des possibilités par contenance ou par pieds d'arbres.
Qu'il existe pour la possibilité par volume, rien n'est plus simple que de le montrer. Soit une forêt produisant annuellement, par hectare moyen, quatre mètres cubes de bois. Si l'on coupe annuellement six mètres cubes par hectare le matériel à l'hectare se réduira de deux mètres cubes chaque année et si l'on persiste aveuglément dans cette pratique de la coupe de six mètres cubes il arrivera un moment, en théorie, où le matériel entier sera consommé. En réalité il pourra fort bien arriver, si l'on ne vérifie les résultats de l'application de l'aménagement, que les mauvais effets d'un faux calcul ne deviennent évidents que lorsque l'appauvrissement sera déjà très avancé (1). Il est cer-
(i) Ces mauvais eflets peuvent se produire non seulement à la suite d'une erreur dans le calcul de la possibilité, mais aussi à la suite d'erreurs systématiques commises lors de son recrutement ! Si l'on emploie, pour déterminer le volume d'aménagement (volume pour lequel les bois sont comptés dans la possibilité) ua autre mode de cubage, un autre tarif par exemple, que celui qui a été employé pour calculer la yujssibilité, on est exposé, à défaut de révisions fréquentes, à des conséquences qui peuvent devenir graves.
tain que la situation inverse peut se produire : une possibilité par volume trop faible laissera s^accuinuler le matériel au delà de toute limite, ou plutôt jusqu'au point où Ton n'aura plus à récolter que des arbres surannés, gâtés.
Que la possibilité par contenance ne présente pas cet inconvénient, cela est de toute évidence. Si Ton veut, dans une forêt, créer une exploitation de peuplements aménagée à 30 ans, il faut y couper chaque année 2 hectares si la contenance totale est de 60 hectares. Dans le cas où l'on se serait trompé sur la contenance, si elle était par exemple que de 58 hectares au lieu do 60, on arriverait à parcourir la forêt entière en 29 ans, l'on aurait créé une exploitation aménagée à 29 ans au lieu de 30, et à partir de ce moment, en continuant la coupe de 2 hectares par an, le capital ne se modifierait plus, il resterait constamment celui d'une forêt aménagée à 29 ans.
De même, dans une forêt aménagée par pieds d'arbres. Si l'on a calculé que l'on peut couper chaque année dans la forêt iOO arbres, avec la pensée que ces arbres auront en moyenne 0 m. 60 de diamètre, il arrivera, si ce nombre d'arbres est trop élevé, qu'on cessera, à un moment donné, de trouver des arbres de 0 m. 60 à exploiter. On sera ainsi amené à en couper de plus en plus petits jusqu'au moment où leur volume total s'équilibrera exactement avec la production de la forêt. Cet équilibre s'établira automatiquement, sans qu'on ait à s'en préoccuper ; on constituera, si l'on a calculé une possibilité trop forte, une exploitation aménagée capable de produire indéfiniment 100 arbres de 0 m. 50 ou de 0 m. 55 au lieu de 100 arbres de 0 m. 60 de diamètre.
On voit par ce qui précède que les inconvénients de la possibilité par volume sont sérieux. Ils ne peuvent être écartés que >ar des inventaires fréquents du matériel, d'où une grande lépense de temps et d'argent, sans compter l'incertitude des
3sultats de pareils inventaires lorsqu'ils portent sur de grandes
ontenances, surtout en terrains accidentés.
68 NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'aMÉNAGEMENT
Aussi n'employons-nous celle possibilité que là où la possibilité par contenance nous parait inapplicable. Et alors même nous nous efforçons de réduire son danger en lui associant, au moins dans une certaine mesure, la possibilité par contenance pour déGnir la quotité des coupes.
En dehors des trois modes do possibilité exposés ci-dessus, on peut en imaginer d'autres. Nous nous contenterons de faire une mention rapide de quelques-uns.
On a proposé de définir la coupe annuelle des produits principaux en déclarant qu'elle portera sur tous les arbres ayant dépassé un diamètre déterminé. C'est ce qu'on a appelé la possibilité par diamètre (i).
Un pareil système ne peut évidemment convenir que dans des forêts très voisines déjà de l'état normal. Dans une sapinière riche en gros arbres, semis et gaulis, mais pauvre en bois moyens, il entraînerait une réalisation rapide et inconsidérée de tous les vieux bois en une courte période de surabondance, à laquelle succéderait une période de coupes très réduites, ou même une suspension complète du revenu.
L'état d'une forêt ne peut être suffisamment normal pour permettre l'emploi de ce modo do possibilité que lorsque les classes d'âge sont très peu nombreuses, comme dans les taillis. Aussi les exploitations d'arbres en taillis, les forêts furetées (2) des sylviculteurs, sont-elles les seules où il ait jamais été appliqué combiné ordinairement avec une possibilité par contenance. On
(\) Voir une note ajouto'e par M. Ad.Lorentz fi la 5** tklilion du Cours de culture (le Lorentz cl Parade (1807).
(2) (le mot de fure/rr s'a|>]di(iiiait autrefois aux futaies comme aux taillis pour dr;si^,'ner le fait de couper « par yûeds d'arbres, vaguement », comme s'exprime le «rrand-maîlre de Toulouse. Anceau, en ni4, dans un procès-verbal de visite des bois de Taldiaycî d Aubrac (cité ])arM. Paul Butïault). On le trouve déjà employt au xvr siècle. Dralet voulait le substituer au mot « jardiner » pour désigner une. jjralicpie réglée, ordonnée, tandis (juc jardiner devait signifier couper sans r»^trle. suivant les besoins ou les exig<;nces culturales, dans une forél non aménagée.
LES THOIS MODES DE POSSrOILITÉ 69
divise la forèt en 20, 25 ou 30 assiettes et on en parcourt une chaque année en coupant sur chaque cépée (les forêts furetées sont presque toujours peuplées de hêtres) les brins dépassant une dimension minima fixée (i). Ce mode est pratiqué très anciennement dans des régions moatagneuses de différentes parties de la France (2). Son importance décroît de jour en jour, assez rapidement : les forets furetées paraissent destinées à disparaître à peu près complètement.
On pourrait aussi, sans doute, substituer à la possibihté par volume une possibilité basée uniquement sur les surfaces terrières, qui se calculerait par des procédés tout à fait analogues, présenterait les mêmes avantages et les mêmes inconvénients. Elle permettrait, ce qui serait un bénéfice, de no baser les calculs, que sur des mesurages certains et faciles, tandis que la détermination du volume des bois sur pied présente toujours quelque incertitude. En revanche, elle aurait le défaut de ne donner aucun renseignement sur le volume du matériel, ni, par suite, sur la valeur du capital engagé dans Texploitation. Elle no dispenserait pas, du reste, des cubages dont on ne saurait se passer pour l'estimation et la vente des bois sur pied.
(i) Puton a proposé un mode de calcul de possibilité basé sur la combinaison du diamètre et du nombre d'arbres (jui aurait été aiiijliqué au xvm" sic'rle en Franche-Comté et ailleurs. [Traité d Economie forestière^ tome II, 1"' voluuie, pages 182-185.)
M. Burel a exposé, dans une brochure publiée en 1888 et intitulée Elude sur la constilulion normale des forêts jardim'te h, un système très compliqué et assez arbitraire pour déterminer une possibilité ])ar diamètres. On eu trouvera un résumé sommaire dans le livre précité de Puton, pa<;es 213 à 221.
2 La forêt domaniale d'Aubrac dans l'Avcyrun , ipii appartenait autrefois \k l'abbaye de ce nom, était traitée, eu suite d'un rè^Mcment de l'H2, parle mode du furetage (c'est une forêt de hêtre à peu près pur, croissant eu terrain basalti(|ue à l'altitude moyenne de 1300 mètres, sous un climat très rude . Les coupes ne devaient porter que sur les bois mesurant plus de deux palmes 0 m. 50 de tour- Ce règlement a été suivi jusqu'à la Ih'volution. Voir Auhrac, son monaslh'e, ses forêts, ses pdlurafjes, par Paul lUjtfaull, inspecteur des forets. Rodez, lîMj3.j - A la fin du xvue siècle, la forêt duiuauiale de Saint-Prix près d'Autun était, aménagée en furetage; on passait sur l(\*i mêmes assiellcs tous les 2*» à 30 ans, suivant les ti'iages, en coupant chaque fois tous les brins de un pied de tour et au-dessus.
IJ est bon de remarquer que le furetage n'a pas, à proprement parier, de possibilité véritable, la quotité delà coupe n'est pas fijécj elle est seulement limitée (>ar la prescription du diamètre minimum.
70 NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'amÉNAGEMENT
On a aussi proposé (1), en vue d'échapper aux difficultés du cubage des bois sur pied, d'exprimer la possibilité ainsi que la grandeur du matériel ligneux en une unité conventionnelle, le sylvCj qui serait une fonction mathématique définie et invariable de diamètre (2). Il resterait donc, lorsqu'on veut acquérir la notion indispensable du volume et de la valeur des peuplements, à déterminer le rapport évidemment très variable suivant les diamètres, les essences, les stations, les modes de traitement, etc., du sylve avec le mètre cube. On ne voit pas très bien la portée de cette conception d'une unité qui ne mesure ni n'exprime rien, qui n'apprend rien de plus que le simple dénombrement des arbres rangés par catégorie de diamètres.
(1) Voir Barème du tari f conventionnel unique, par MM. Biolley, de Blonay et Jobez, Lausanne, sans date. Cet ouvrage est probablement du commencement de 1904, car on y mentionne (sur la couverture) une publication de M. Jobez qui a paru en 1903 et il a éié cité à son tour dans un article de M. Jobez : De l'unification des modes de cubage des ôois, publié dans la Revue forestière de Franche- Comté, en septembre 1904.
(2) Le volume du sylve, y, est relié à la circonférence à hauteur d'homme, Xy par l'équation suivante :
y = 1,726 x!^ — 0,784 x — 0,157 xK « Malheureusement, disent les auteurs du Barème du tarif unique, au-dessous de 1 m. de circonférence, la courbe traverse Taxe des x, les y se présentent négatifs, ce qui a paru d'abord extraordinaire. » On a alors, pour les circonférences inférieures à 1 m. 00, eulmis une autre équation :
y = 0,1041 x^ + 0,7875 œ* — 0,1066 x. Voir à ce sujet notre Economie forestière, tome II, pages 128-129.
SOMMAIRE
Définition des fonds de réserve forestiers. Leur origine : ordonnances de 4553, de 1561. Ils furent institués pour assurer le maintien, en France, d'une étendue de bois de futaie suflisante à rapprovisionnement du pays. Coupes extraordinaires générales de 1568 : le premier effet de la création des fonds de réserve fut d'entraîner un abatage général des futaies qui subsistaient dans les bois des ecclésiastiques. Réduction, suppression, rétablissement des fonds de réserve. Législation de 1669. Le fonds de réserve cesse d'ôlre obligatoire dans les forêts royales ; il est réduit au quart dans les bois ecclésiastiques et des communautés laïques. Résistance des ecclésiastiques àlapplication de l'ordonnance. Abus des coupes extraordinaires au cours du xviiP siècle, gaspillages divers. En somme l'institution des fonds de réserve, sous l'Ancien Régime, est allée directement contre son but en provoquant l'appauvrissement d'un grand nombre de forêts.
L'article 93 du Code forestier. Les fonds de réserve sont maintenus uniquement dans l'intérêt du propriétaire de la forêt.
Les quarts en réserve à assiette Oxe. Leurs avantages, leurs inconvénients. Us conviennent aux forêts aménagées avec une possibilité par contenance.
Les quarts en réserve à assiette mobile. Leurs avantages, leurs inconvénients. Ils conviennent aux forêts aménagées avec une possibilité par volume.
Rôle et importance actuels des quarts en réserve dans les forêts domaniales ou communales. Le progrès des moyens de transport, le développement du commerce, la facilité du crédit permettent aux communes de se procurer des ressources extraordinaires en bois ou en argent sans recourir à des coupes dans la forêt. Projets de modification de l'article 93 du Code forestier. Les fonds de réserve sont encore utiles pour assurer la stabilité du revenu dans le cas d'accidents fortuits ou d'erreurs dans rétablissement des aménagements.
72 NOTIONS PAÉUMINAIRES A l'aMÉNAGEMENT
Résumé de l'histoire dos fonds do n'servo.
Ils furent institués dans un but d'utilil»' publique, qu'ils furent incapables
de remplir.
Au xvii* siècle, on les maintient à la fois dans rintrr<M général et dans
celui des propriétaires forestiers. LVhoc de cette lé^'islalion. Le Gode forestier de 1827 n'envisage i)lus que rinlérotd«*s propriétaires de
fonMs. Cet intérêt ne subsiste plus aujourd'hui comme il y a un siècle.
Dans l'avenir les fonds de réserve ne paraîtront plus justifiés qu'autant
qu'une stabilité de revenu très grande sera exigée de la forêt.
Le fonds de réserve, en économie forestière, est une portion du matériel ligneux qui est soustraite à l'aménagement en vue de parer à des besoins extraordinaires auxquels les coupes réglées de ramcnagement ne sauraient suffire.
Nous voyons surgir pour la première fois la notion du fonds de réserve vers le milieu du xvi® siècle. Un règlement émané de la Table de marbre de Paris, en date du 13 novembre 1549, prescrit que le tiers des forêts appartenant aux communautés d'habitants sera réservé pour croître en futaie ; ce règlement est confirmé par une ordonnance de 1333. Quelques années plus lard, une ordonnance de 1561 renouvela etgénéralisa cette prescription, retendant aux forets royales et à tous les bois de mainmorte.
Les rois, pressés par les besoins des finances publiques, venaient de décider que les cantons de futaie restés intacts jusqu'alors, au moins en principe, dans les parties centrales des grandes forêts du domaine, seraient soumis dorénavant à des coupes réglées. L'expérience trop constante du passé avait montré que la mise en coupes d'une futaie équivalait, en fait, à sa destruction : les repeuplements qui pouvaient se produire étaient l'objet de recépages ou de nettoiements périodiques. Pratiquées abusivement et dénaturées, ces opérations finissaient trop souvent par ne laisser que de véritables taillis, dans le sens actuel du mot. A plus forte raison en était-il ainsi.
LES FOiNDS DE RESERVE yS
lorsqu'à la suite de dégâts de pâturage ou d'incendies le recépage n'élait plus une coupe de dégagement, d'amélioration, mais une coupe radicale, totale, de tout le repeuplement. (Voir à ce sujet le | 3 du Chapitre II de la neuvième Etude.)
C'est en vue d'assurer les besoins de la consommation que l'ordonnance (1) de 1561 vint ordonner que le tiers des bois jusqu'alors réduits ou qui seraient à l'avenir réduits en taillis (2) serait mis en dehors des coupes ordinaires pour croître en futaie.
L'ordonnance de 1561 visait toutes les forêts royales, celles des ecclésiastiques et celles des communautés laïques. Une opposition extrêmement vive surgit aussitôt contre son application, surtout de la part des gens d'église. Dès 1565, l'ordre de Malte obtint d'en être dispensé. En 1568, on dut accorder, par mesure d'ensemble, à tous les ecclésiastiques, une coupe extraordinaire qui fut l'occasion d'un abatage général de ce qui avait été réservé. Comme l'ordonnance avait soigneusement rocommandédo former la réserve des bois les plus âgés on voit que le premier eflFct de la création des fonds de réserve fut un appauvrissement notable de toutes les forêts des abbayes, cvechés, etc. Mais les bénéficiaires ne se tenant pas pour satisfaits, le roi crut devoir faire une nouvelle concession et réduisit au quart de l'cteinlue, en 1373, la portion à laisser en dehors des coupes réglées (3). Maigre cela, l'opposition ne devint pas moins vive, si bien que Henri III, en 1580, révoqua purement et simplement les mesures adoptées par son prédécesseur.
(1) « Les bois de haute futaie... ont été réduils en nature de bois taillis seulement et mis en coupes ordinaires .. et étant ce (jui reste drsdits hois de haute futaie continué à être coupé, et le taillis (le repeuplement des cuiipesl. demeurant en coupes ordinaires et sans (ju'on le permette recroître en hauls huis ,
notre royaume se trouvera en bref lemi)s de tout dépopulé et dégarni de gros et
hauts bois .. Pour à cpioi pourvoir ordormons que la tierce piulie des
bois taillis sera dorénavant délaissée pour croître et se convertir eu nature
de bois de haute futaie. » (Ordonnance d'octobre 1561, article unicpie.)
(2} Nous rappelons que pour nos prédécesseurs le mot /az7/w désignait un jeune bois de moins de 30 à 40 ans par exemple, (pielles que soient son essence ou sou orifrine. Réduire un bois eji taillis, c'était le régénérer.
(3) Cette ordonnance ne vise ni les b(»is du roi, ni ceux des communautés Iaîc|ues.
74 NOTIONS PRELIMINAIRES A l' AMÉNAGEMENT
Henri IVy en 1597, frappé des progrès rapides depuis un demisiècle de la destruction des futaies, remit en vigueur Tordonnancede 1561, dans toute sa sévérité primitive en ce qui concerne les bois des ecclésiastiques. On peut douter qu'il ait été mieux obéi que ses prédécesseurs. L'usage finit même par se perdre de respecter un canton réservé dans les forêts du domaine. Froidour, qui cependant reconnaissait que l'ordonnance de 1S61 « a été d'une grande utilité parce qu'elle a empêché la ruine entière des forêts du roi qu'on réduisait en taillis et a empêché rentière dissipation que les ecclésiastiques faisaient de leurs bois », n'estimait pas « qu'il faille toujours l'exécuter à la lettre (1) ». En fait, il n'en tint aucun compte lors de la réformation des forêts de la grande maîtrise de Toulouse.
L'ordonnance de 1669 imposa de nouveau l'obligation de laisser croître en futaie une portion des bois des ecclésiastiques (2) et des communautés laïques (3). Cette portion fut fixée au quart. Les ecclésiastiques ne devaient pouvoir toucher à la réserve que pour réparation de dégâts d'incendie, ruines, pertes extraordinaires, etc., arrivés par accident fortuit et non par le fait des possesseurs.
Il n'est pas besoin d'affirmer que les gens d'église firent une résistance opiniâtre à l'établissement des quarts en réserve. Les moines de Citeaux, par exemple, plaidèrent et sollicitèrent jusqu'en 1718, pendant un demi-siècle, avant de se soumettre. Chacun prétendait posséder à cet égard une immunité spéciale. Dès 1670, le clergé obtint par arrêt qu'il serait sursis pendant deux ans à l'exécution de l'ordonnance et ce sursis fut renouvelé une seconde fois pour trois ans en 1675. Les ecclésiastiques prétendaient que les officiers des maîtrises, sous prétexte d'asseoir les quarts en réserve, faisaient dans leurs bois de continuelles et interminables descentes qui ruinaient les propriétaires en frais de vacations et autres. Pour les faire taire, le roi décida, en
(1) Instruction, etc., I, pages 27-28.
(2) Titre XXIV, articles 2 à 5.
(3) Titre XX V, articles 2 et 8.
1681, que les ecclésiastiques pourraient procéder eux-mêmes à l'apposition des quarts en réserve dans un délai de six mois, après quoi il y serait pourvu sans frais par le grand -maître en personne.
En 1706, l'obligation du quart en réserve fut supprimée pour les bois des gens de main-morte dans les provinces de Flandres, Hainaut et Artois. En 1730, pareille immunité fut accordée pour les sapinières de la Franche-Comté. Mais, peu d'années après, l'ordre et Tautorité reprirent leurs droits et les dispenses accordées furent révoquées à peu près partout. C'est à cette époque, celle qui suivit la mort de Louis XIV, de 1710 à 1750, que presque toutes les forêts feuillues appartenant a dos communautés furent aménagées en France. On les sépara en deux parties : un quart destiné à croître en futaie, et le surplus divisé en 25, rarement moins, quelquefois 30 coupes ordinaires. Beaucoup de ces aménagements sont encore suivis aujourd'hui.
Contraints enfin de supporter l'application de l'ordonnance (1), les ecclésiastiques recoururent à une autre tactique, consistant à demander des coupes extraordinaires dont le produit était trop souvent a dissipé en bâtiments inutiles et de somptuosité », si
(\) La résistance opiniâtre des bénéficiaires cri'lésiasliques, cardinaux, évéqucs, abbés qui vivaient à la cour où ils menaient une vie fastueuse (*), s'expliijue par cette considération que le produit du quart en réserve était attribué à ramélioration ou à la réparation des églises, abbayes, etc., tandis que le produit des cou[)es ordinaires profitait au bénéficiaire personnellement. L'apposition des cpiarts en réserve dans les forêts abbatiales produisit cette conséquence, assurément non prévue par les rédacteurs de l'ordonnance, que de toute part ou vit démolir les églises romanes, les bâtiments conventuels aux étroites fenêtres ogivales et aux escaliers en hélice ; les communautés enrichies leur substituaient de somptueux édifices dans le style du xvni«siècle. C'est ce qui arriva notamment à Citeaux, où les moines dépensèrent en démolitionsct constructions le prix de 2.000 arpents de coupes extraordinaires effectués en 30 ans, et qui avaient produit environ 500.000 livres soit plus de un million de francs, valeur actuelle. On a conservé les procèsverbaux d'adjudication pour 1.250 arpents vcndus202.000 livres. Les fonds provenant de ces ventes no rentraient pas dans les caisses de l'abbaye, ils étaient mis en dépôt et affectés spécialement au paiement des travaux qui, souvent, étaient mis en adjudication séance tenante, aussitôt après la vente des bois f ordonnance de 1669, titre XXIV, art. 8). C'est ainsi, par exemple, qu'en 1739 les officiers do la maîtrise de Tarbes mirent en adjudication une vente de 1133 arpents dans le quart
(*) Panni les nombreux bénéfices dont jouissait le cardinal-ministre Mazarin, ^e trouvaient 23 abbayes rapportant un revenu rtet annuel de 239.000 livres. Une seule, Saint-Denis, représentait un retenu estimé liO.OOO livres & l'inventaire de la succession du minisire. Plusieurs autre». comme Guny, Saint- Etienne de Caen, Saint-Victor de Marseille, rapportaient de 30.0UU & 40.000 livres par an au bénéficiaire.
NOTIONS PRELIMLNAIIIES \ L AMENAGEMENT
bien que, dès le milieu du xviii® siècle, les cantons mis en réserve se trouvèrent plus pauvres et dévastés que le surplus de la forêt (1). De 1728 à 1746, les moines do Citeaux exploitèrent 846 arpents de leur quart en réserve qui en renfermait 1.449 et le surplus fut rasé en 1760. Les moines s'avisèrent d'ailleurs aussitôt d'un procédé dont la pratique nes*est que trop répandue et conservée. Dès 1729, ils obtenaient de la faiblesse des officiers forestiers que les parcelles exploitées dans le quart en réserve Tannée précédente passeraient à la série des coupes ordinaires et que la réserve recevrait en échange une surface égale des bois les plus âgés de la forôt. Pareil fait se reproduisit lors des coupes extraordinaires des années suivantes si bien qu'on exploita en 30 ans plus de 2.000 arpents de coupes extraordinaires, quoique le quart en réserve ne mesurât que 1.449 arpents. On peut affirmer que, dans un très grand nombre de cas, l'institution des quarts en réserve alla directement contre son but en procurantaux bénéficiaires le moyen de réaliser en peu de temps tous les peuplements âgés de plus de 20 ans, et quelquefois môme de plus jeunes encore, qui se trouvaient dans leurs bois. Tant il est vrai, dit avec infiniment de raison le savant auteur de l'ouvrage auquel nous empruntons ces détails (2), que toute entrave apportée à la propriété particulière ne peut que nuire à l'intérêt général. Si l'Etat juge nécessaire d'assurer à la nation un approvisionnement en gros chênes, c'est à lui de les produire dans les forêts qu'il possède ou dans celles qu'il devrait acquérir
îit"
en réserve de Tabbayc de la Case-Dieu. La coupe fut adjugée 7.8j0 livres, puis séauoe tenante, on mit en adjudication auraliais les travaux auxtiuels était allecté le produit de la coupe et les deux adjudications furent faites au même individu. (Voir un article do M. Vivier dans la Revue des Laiw et Forêts de 188j, pages 3%-397.)
Une autre consé([uence de rétablissement des fonds de réserve fut plus heureuse. A défaut du coupes ordinaires, «juc les bénéficiaires sans crédit sufOsanL à la cour n'obtinrent pas toujours, on demandait à i)rali(iuerdes éclaircissements, des ex[un'^'ades. Sous ce nom nous voyons exécuter dans beaucoup de forêts ecclésiastiques de véritables éclaircies dès le milieu du xviir- siècle, ëpoejue ti laquelle ces opéiations prirent une grande extension. (Voir pour plus de détails le chapitre lli« di'lKlude suivante.)
(1) Voir Pccjpn.^t, op. cit., Il, puu'c 4C1.
[2) M. Picard. Les Forels de l'abbaye de Citeaiu', p. 240.
à cet effet. Vouloir contraindre les particuliers à exploiter leurs forêts dans des vues d'intérêt général est une entreprise aussi injuste que chimérique (1).
La législation do 1669 sur les fonds de réserve, confirmée en 4791 et 1817, est restée en vigueur jusqu'en 1827, date de la promulgation du Code forestier. Celui-ci porte dans son article 93 :
Un quart des bois appartenant aux communes et aux établissements publics sera toujours ?nis en réserve, lorsque ces communes ou établissements posséderont au moins 10 hectares de bois réunis ou divisés.
Cette disposition n'est pas applicable aux bois peuplés totalement en arbres ?*ésineux.
La dispense du quart en réserve, établie par le âecond paragraphe de l'article 93, est difficilement explicable. On a prétendu qu'on aurait voulu, par là, faire une concession aux communes de la montagne du Jura, propriétaires de forêts de sapins. Cette explication tombe si l'on se reporto à la discussion de la Chambre des députés (séance du 28 mars 1827). On y voit que la commission avait maintenu le second paragraphe de l'article 93 tel qu'il était proposé par le gouvernement, et qu'un député de Franche-Comté, Nicaud de Rouchaud, en demanda lasuppression, en excellents termes du reste. II déclare que toutes les sapinières de Franche-Comté renferment des quarts en réserve qui en forment la meilleure partie. « On coupe en jardinant dans le quart en réserve comme dans le surplus de la foret, seulement on le fait... beaucoup plus rarement et comme le temps, la fraîcheur du sol et la tranquillité procurent seuls aux bois de sapins un grand développement, les coupes de quart en réserve sont toujours celles qui produisent les arbres les plus remarquables par leurs dimensions et ceux qui ont la plus grande
(1) Voir le tome I de cet ouvrage, pages 287 et 204 A 2%.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES A L* AMÉNAGEMENT
valeur... Faire cesser un tel état sera une mesure désastreuse pour les communes et indigne de la sage prévoyance du législateur. » Malgré ces observations, l'article 93 fut voté sans modification par la Chambre des députés et celle des pairs. C'est qu'en dépit des affirmations de Nicaud, bien placé cependant pour renseigner ses collègues, beaucoup de députés, sur la foi du gouvernement et de la commission, croyaient à l'impossibilité de concilier le jardinage des sapins avec l'institution des quarts en réserve. Les légistes, rédacteurs du Code de 1827, n'étaient guère moins ignorants de ce qui concerne les sapinières que leurs prédécesseurs, les commissaires rédacteurs de l'ordonnance de 1669.
La législation actuelle présente avec celle de d669 des différences essentielles.
Cette dernière instituait les réserves à la fois dans Tintérôt général, pour produire des futaies, et dans l'intérêt du propriétaire de la forêt, pour subvenir à des besoins extraordinaires. Le Code forestier n'a retenu que ce dernier point de vue. La réserve ne doit plus croître en futaie : la loi est muette sur le traitement qui lui sera appliqué. Comme conséquence, il n'est plus prescrit que la réserve sera assise dans les meilleurs fonds de la forêt, les plus propres à produire de grands arbres. L'ordonnance réglementaire du Code, dans son article 137, a seulement ordonné pour le cas où le quart en réserve serait exploité en laillis-sous-futaie, un balivage plus conservateur (réserve de 60 à 100 baliveaux de l'âge au lieu de 40 à50),llest aussi resté dans la tradition de n'exploiter les coupes extraordinaires du quart en réserve qu'à un âge un peu plus avancé que les coupes réglées de la série alFouagère; les agents forestiers s'efforcent en général de maintenir cette tradition.
La législation, aussi bien celle de l'ancien régime que celle de 1827, ne connaît qu'une seule manière de constituer un fonds de réserve dans les forêts : il consiste à séparer un canton que
l'on soustrait aux coupes réglées et dont le matériel accumulé constitue la réserve. Tous les textes sont formels à cet égard. Les fonds de réserve ainsi établis s'appellent des fonds de réserve à assiette fixe.
Les fonds do réserve à assiette fixe ont pour avantage la simplicitéy la clarté inhérentes à tout ce qui, en forêt, est défini par assiette, topographiquement. On voit immédiatement, par une simple visite au bois, quelles sont les ressources du quart en réserve.
En revanche le fonds de réserve à assiette fixe présente cet inconvénient grave que ses ressources peuvent n'être pas disponibles au moment voulu, bien que se trouvant considérables. Inversement, il peut arriver que la réalisation s'en impose sans qu'il y ait de besoins actuels. 11 arrive, par exemple, que le quart en réserve soit couvert tout entier de taillis de 20 ans ; c'est une valeur considérable, mais qui n'est pas disponible. Si la commune propriétaire de la forêt se trouve en un besoin d'argent pressant, il en résultera qu'elle sera tentée d'exploiter ces bois, malgré leur âge, coupant ainsi véritablement son blé en herbe. Les agents forestiers ne manqueront pas d'y faire opposition, comme il est de leur devoir; d'où une occasion de conflits fâcheux. Le cas inverse, d'une recette provenant delà réserve sans que la commune en ait l'emploi utile, est naturellement beaucoup plus rare. Il n'est cependant pas sans exemple. On pourrait citer plus d'une commune, propriétaire de forêts, qui a gaspillé en constructions inutiles, ou tout au moins d'une importance disproportionnée aux besoins à satisfaire, des sommes considérables fournies par les coupes extraordinaires.
On remédie, dans une certaine mesure, à ces inconvénients en créant une gradation d'âges dans le quart en réserve. On a alors des probabilités qu'il y aura à tout moment des bois pouvant être exploités. En revanche, on est certain qu'il y aura toujours au moins une partie du capital réservé indisponible.
8o NOTIONS PIIÉLIMINAIRKS A l'aMKNAGEMENT
Les quarts en réserve à assiette fixe ont aussi l'inconvénient, lorsqu'ils sont de faible étendue, d'exclure l'application du mode de traitement en futaie pleine par exemple.
Malprc ces inconvénients, les fonds de réserve à assiette fixe sont les seuls qui conviennent dans les forêts aménagées avec une possibilité par contenance, et notamment dans les taillis ou taillis-sous-futaie communaux (i).
Dans les forêts aménagées avec une possibilité par volume, au lieu de soustraire aux exploitations un canton pour en former la réserve, on a l'habitude de constituer celle-ci en épargnant chaque année une partie, par exemple le quart, de la possibilité. Si celle-ci est de 1000 mètres cubes, on n'en coupera que 750, les 230 autres constituant l'épargne. C'est ce qu'on appelle constituer un fonds de j^éserve à assiette mobile.
Comme chaque année on coupe, en principe, les bois les plus âgés, les arbres qui, matériellement, constituent l'épargne seront chafjue année renouvelés, au moins pour les plus âgés d'entre eux. Ce système présente donc ce grand avantage que le capital ligneux, qui est toujours disponible puisqu'il ne comprend que des arbres exploitables, ne sera jamais suranné, formé do bois dépérissants. On peut toujours réaliser la totalité de ce qui a été épargné, sans y être contraint par l'état de caducité du matériel réservé.
En revanche les fonds de réserve à assiette mobile présentent ce défaut que l'importance de la quotité disponible n'apparaît que grâce à la lenuc d'une comptabilité spéciale (2).
Lier l'importance des coupes extraordinaires au chiffre de
(1; On a quchiuefois a<l()i>lé le sj-slômo dos fonds de réserve à assiolte niol)ile dans les taillis lorsqur los coupos ne sont pas assises sur le terrain. C'est une pratique vicieuse (|ui ne jk-uI ([u'accroîlrf le désordre des exploilati<uis dans ces forêts. Elle est du reste rarement suivie et tend de plus en plus à être abaudonn«'e.
(2. Celte coiuidabilité deviendrait eoniplicjuép si Ton devait imputer à l'actif de la réserv(î raceroissenieut jiris par les bois depuis depuis le moment où ils ont passé à la réserve. On s'en dispense f^'énéralement, dans un but de siinpUUcal ion.
LES FONDS DE RESERVE 8l
la possibilité est aussi souvent un danger et peut entraîner la mise en question du chiiïre de cette possibilité, la discussion à chaque instant des bases même de Taménagement de toute la forêt, lorsque surgissent des besoins ou simplement des appétits extraordinaires.
Les fonds de réserve à assiette mobile, bien que leur existence ne soit consacrée par aucun texte législatif, sont considérés par la jurisprudence comme légaux au même titre que ceux à assiette fixe.
On peut se demander si, à l'époque actuelle, les fonds de réserve, limités au rôle d'une caisse d'épargne, ont encore leur raison d'être étant donnée la facilité qu'un propriétaire foncier trouve aujourd'hui à emprunter, dans des conditions avantageuses, des sommes supérieures sans doute à celles que pourrait fournir un fonds do réserve forestier.
En ce qui concerne les forêts privées de quelque étendue, les seules où un fonds de réserve pourrait avoir de l'importance, ce n'est pas un canton seulement, mais la forêt tout entière, que le propriétaire considère ou devrait considérer comme une caisse d'épargne et de capitalisation. De pareilles forêts sont nécessairement entre les mains de personnes riches, disposant d'autres revenus que ceux provenant de la forêt. Elles ne prendront dans celle-ci que ce qu'il est nécessaire d'enlever pour en assurer la bonne végétation, ou pour la maintenir dans un état aménagé, laissant le capital s'accumuler pour le surplus, jusqu'au moment où se présentera une occasion favorable de l'employer ailleurs.
Il en sera de même pour les forêts domaniales. L'ordonnance de 1669 ne prescrit pas l'établissement de quarts en réserve domaniaux, pas plus que le Code de 1827. Celui-ci, dans son article 16, prévoit seulement le cas où de pareilles réserves auraient été instituées, mais sans les imposer. Les forêts domaniales tout
EcO^fOMIE FOnESTlÈRE. — III. 6
82 NOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'aMÉNAGEMBNT
entières doivent, en réalité, être considérées comme des fonds de réserve destinés, non pas à pourvoir à des besoins extraordinaires du budget, mais à approvisionner le pays en matières premières indispensables, en gros bois. On ne devrait y faire que les coupes d'amélioration utiles à l'accroissement, et limiter les réalisations aux bois ayant atteint leur maximum d'utilité, c'est-à-dire, en général, leur maturité.
Dans le cas de forêts communales, surtout lorsqu'il s'agit de communes qui tirent do leur forêt la majeure partie ou la quasitotalité de leur revenu, les fonds de réserve peuvent encore offrir un intérêt réel. Ils présentent alors, dans le ménage communal, les avantages généraux de l'épargne, ceux qui ontdéterminé le législateur à en imposer l'obligation dans toutes les entreprises industrielles ou commerciales faites en société.
Il faut cependant reconnaître que, même dans ce dernier cas, les fonds de réserve n'ont plus le même intérêt qu'autrefois.
Il n'y a plus lieu, de nos jours, de réserver aux communes des ressources extraordinaires en bois. Autrefois, lorsque le commerce des bois n'existait pas, ou était à l'état rudimentaire, par suite de la difficulté des transports, il était difficile à une corn* mune, à une abbaye, de se procurer, autrement que par des coupes dans sa propre forêt, les bois nécessaires en cas d'incendie, de ruine, etc. Mais nous sommes très loin de cette époque aujourd'hui.
Il n'est pas nécessaire non plus de leur réserver des res^ sources extraordinaires en argent. Autrefois il était fort difficile, même aux personnes solvables, de trouver du crédit dans des conditions raisonnables. Chacun sait qu'il n'en est plus de même aujourd'hui où l'argent s'offre de tous côtés à l'emprunteur qui a des garanties à donner.
Les coupes extraordinaires sont une occasion de conflits trop fréquents, toujours fâcheux, entre les communes et l'administration, surtout lorsque le fonds de réserve est à assiette fixe. Elles peuvent devenir, lorsque le fonds de réserve est à assiette mobile, une cause d'instabilité dans les aménagements en met-
tant en question le chiffre de la possibilité. Dans tous les cas elles présentent une source de complication, parfois de désordre et trop souvent de gaspillage, allant ainsi directement contre le but même de leur institution.
Aussi s'explique-t-on, à un certain point de vue, qu'on ait proposé l'abrogation ou tout au moins la modification de l'article 93 du Gode forestier. On a dit que les communes, en un besoin extraordinaire de bois, en trouveront toujours à acheter dans le commerce. Elles se procureront toujours des fonds qui leur seraient nécessaires par l'emprunt devenu si facile grâce à l'organisation du Crédit foncier de France, par exemple. Ce procédé de l'emprunt serait de plus très équitable en permettant de répartir, sur toutes les générations successives qui profiteront d'un travail public, la charge des dépenses qu'il entraine.
On pourrait enfin, suivant un autre système, faire verser par les communes une partie de la valeur des coupes effectuées à la Caisse des dépôts et consignations, de façon à constituer une réserve d'argent à laquelle on pourrait recourir en cas de besoins extraordinaires.
Ces projets de modification de la loi de 1827 n'ont pas eu de suite. Nous pensons qu'il ne faut pas le regretter, et voici pourquoi :
Le quart en réserve n'est pas seulement, pour la commune forestière, une caisse d'épargne. H joue un autre rôle en assurant, comme le font les réserves des sociétés commerciales, la stabilité du revenu ordinaire.
Nous avons suffisamment détaillé plus haut l'intérêt que présente, dans beaucoup de cas, pour les habitants des communes forestières, l'uniformité, la continuité de la coupe annuelle du* bois. Celle-ci peut être compromise par des accidents, des chutes de chablis, des invasions d'insectes, des incendies. Elle peut l'être aussi par des erreurs des aménagistes, dont les pré- YÎsions ne se réalisent pas, dont les calculs, les inventaires se trouvent inexacts. Il est alors très précieux de pouvoir recourir
§4 MOTIONS PRÉLIMINAIRES A l'ahÉNAGKI
aux coupes extraordinaires, pour suppléer au une période de crise.
Si les convoitises que ffiit nailro la possibili coupes extraordinaires ont parfois compromis aménagements, il arrive plus fréquemment encc extraordinaire devienne une sauvegarde pour le saire au service des coupes ordinaires. On ne les communes, pressées de besoins, réclamer abalages généraux d'arbres dans la série affou arrivait trop souvent jadis.
En somme, on peut résumer comme suit l'hif de réserve dans les forets publiques.
Institués au xvi° siècle, ils avaient alors ] l'intérêt général, au profit duquel ils grevaioi charge les bois des ecclésiastiques el des commi Le poids el l'injustice de cette servitude ont r tion inefficace à l'imposer.
Au xvn' siècle, les fonds de réserve, tombé: furent rétablis, àlafois dans l'intérêt des proprij et dans l'intérêt général. La puissance royalC; coup plus efFectivo, réussit celte fois, après de 1 faire respecter ses ordonnances, au moins en réalité, les ecclésiastiques surtout parvinrent tr< à se dérober à la charge qu'on prétendait leur de produire des bois de futaie dans l'intérêt géc de réserve appauvrirent autant de forêts qu'il, dans le cours du xvm" siècle.
Au XIX* siècle, les fonds de réserve ne furent que seulement dans l'intérêt des communes, et ] dans l'intérêt de leurs finances. Aussi furcnt-il pour ce motif, et aussi par suite du progrès d l'organisation administrative. Cependant, nous
siner une nouvelle évolution^ et il arrivera que les fonds de réserve ne seront plus conservés que dans un but analogue à celui qui les fait imposer légalement aux sociétés commerciales, en vue de stabiliser les revenus en cas de crise provenant de force majeure ou d'erreurs de gestion.