‹ Economie forestière (volume 2)Chapitre 25 sur 99 · GÉNÉRAL DES FORÊTS · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL DES FORÊTS

Article 1^\ — (Est relatif à la reconnaissance des limites, à la délimitation et au bornage).

Article 2. — Règiement général des forêts. « Les différents règlements et ordonnances de nos rois, qui doivent être exécutés par privilège (!).., ont fixe à (JO, 90, 100, 150 et 200 ans 1 âge auquel les bois du domaine, mis en futaie, doivent être abattus (2)... Comme le roi est possesseur d'une immense quantité de forêts, la réserve de la plus grande partie en futaie est d'une grande ressource pour fournir des bois de service. Le public en profile et TEtal n'y perd rien. Car il est égal, et môme bien souvent profitable, de vendre vingt arpents de fulaie plutôt que cent arpents de taillis. Ces différents âges depuis soixante jusqu'à deux cents ans donnent la facilité aux officiers intelligents de décider avec toutes les précautions qui vont être détaillées, auquel de ces âges ils doivent fixer la révolution (sic) d'une forêt domaniale.

« Le règlement général des coupes d'une foret dépend :

« 1« DeTessence des arbres qui composent le massif;

i\ 2^ De la qualité du sol;

« 3** Du débit le plus avantageux. »

(Suivent des développements sur ces trois points. Guiot admet que pour les pins et sapins (?) dans le midi de la France Tàge d'exploitation convenable est de 70 à 80 ans; pour les forêts de chênes il serait, en bon fonds, de 120 à 130 ans.)

.. . « La règle générale pour raménagoment d'une forêt considérable est de la partager en plusieurs parties, dont chacune se coupe à un certain âge : ces parties se nomment triages. Chaque triage contient une révolution d'âge, c'est-à-dire doit

(1) C'esl-à-dire les rjglenimts g»î:i'5i'auK. ou or.l.mnm.'f^s qui doivent cire exéutéb à défaut d'indications spéciales de irglemenls particuliers.

(2}Gaiotcst ici dans l'erreur: les rèi(lcin'^nt< géniranx n'ont in liqnô (jue âge de 100 ans comme minimum, sans eu préciser aucun.

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être partagé en un certain nombre de coupes qui s'exploitent annuellement les unes après les autres.

« II y a deux choses importantes à observer dans cette distribution : la première est de placer la succession des coupes de manière que le débardage se fasse toujours par les anciens taillis. » (La seconde est de donner une étendue convenable aux ventes annuelles.)

Article 5. — (Cet article énumère les cas danslesquelson peut régler les taillis à moins de dix ans : oseraies, arbres d'émondo, taillis de châtaignier ou coudrier produisant des cercles ou des échalas.) « Quand le débit du bois à charbon est assuré on gagne beaucoup do couper un taillis, même en essence de chêne, en bon fond, dès Tâge de 10 ans. La vigueur de ce jeune bois donne une qualité particulière au charbon, que les cuisiniers savent estimer et apprécier. »

Article 4. — Défauts (inconvénients) des jeunes taillis (de moins de dix ans). (Le sol n'est pas suffisamment ombragé, les bruyères et herbes n'y disparaissent pas dans l'intervalle des coupessuccessives. Trop répétées, celles-ci épuisent les souches.) « Les jeunes taillis sont exposés deux ou trois fois aux gelées du printemps et à la dent du bétail pendant qu'un vieux taillis ne le sera qu'une fois. » (Les brins du taillis ne donnent pas de graines fertiles avant vingt à vingt-cinq ans, et les baliveaux n'ont aucune valeur lorsqu'ils sont marqués dans des taillis trop jeunes.)

Article 5. — Des taillis âgés. « On peut assurer qu'il n'y a point de forêts dont le fonds, regardé généralement, ne puisse produire des taillis jusqu'à l'âge de vingt ans, sans aucune porto pour le propriétaire, quand même la plus grande partie des essences serait en bois blanc.

<(Le premier avantage d'un taillis de vingt ans est de donner déjà un peu de grand bois...

« Le second avantage consiste dans les baliveaux réservés, dont on fait les grosses charpentes. Il n'y a pas de comparaison entre les baliveaux des jeunes taillis et ceux des taillis âgés;... un

DE LA RÉFORMATION A LA SUPPRESSION DES MAtXRISES 473

baliveau élevé sur un taillis de vingt-cinq ans aura au moins vingt-cinq pieds de tige, tandis que celui qui se trouve sur un taillis de dix ans n'aura que dix pieds. Cette diiïérence est dans la même proportion pour la grosseur... Quand même il n'y aurait pas avantage à couper un taillis une seule fois à 20 ans au lieu de deux fois à iO, il y en aurait beaucoup sur les baliveaux... Ce qui est certain est qu'un moderne de deux âges dans un taillis de 25 ans produit le double en charpente qu'un moderne de deux âges dans un taillis de 20 ans.

<( Le troisième avantage consiste dans le repeuplement... A vingt ans et au-dessus, la masse entière fournit une quantité prodigieuse de semences. Les bonnes essences s'élèvent au-dessus des bois blancs qu'elles font périr...

a Ces trois avantages réunis devraient décider tout bon citoyen à régler ses bois à l'âge de vingt ans, et plutôt au-dessus qu'audessous... Au lieu de couper 26 arpents de io ans, on n'en coupera que 20 à 20 ans ou 16 à 25 ans ; la valeur de Tarpent augmentera d'année en année... on sera remboursé avec usure de l'intérêt de l'argent... on augmentera son revenu de moitié en sus ou d'un tiers. »

Article 6. — Figures et séparations des ventes. « La figure d'une vente parait d'abord de petite importance; mais ceux qui ont fréquenté les bois savent bien que ce n'est point une chose indifférente. » (Suivent des considérations sur l'inconvénientd'une forme trop irrégulière des coupes.) « Pour éviter un semblable défaut il faut établir une laie sommière, et quelquefois deux. Ces laies, qui sont ordinairement de six pieds de largeur, servent de décoration, de routes de chasse et facilitent les visites des gardes du canton. Sur ces laies sommières on élève perpendiculairemant les laios simples qui doivent séparer les ventes et qui sont communément de trois pieds de largeur... » (On peut, du reste, éviter la perte de terrain et les frais de défrichement qu'occasionnent les lignes d'aménagement.) « Pour cela, il suffira de faire des fossés longs d'une toise chacun en les plaçant de dix perches en dix perches dans l'alignement que l'arpenteur

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aura dressé pour la séparation dos coupes. Aux extrémités de chaque laye on fera un fossé à marteau (en forme de T)... »

Article'?. — Des massifs en réserve. (L'auteur résume la législation en vigueur de son temps sur les fonds de réserve et insiste sur Tutilito qu'il y aurait pour les particuliers à en inslituer dans leurs bois.)

Article 8. — Dessèchement (assainissement) des forêts.

Article 9. — Des chemins de débardage.

Article JO. — Régénération naturelle des futaies. (L'auteur recommande une culture superficielle du sol en vue de faciliter la régénération.)

Article 11. — Repeuplement des taillis.

Î5 3. -- Les Taillis-souS'futaie (1).

Tous les forestiers étaient d'accord, dès la fin du xvu® siècle, sur l'utilité de reculer Tâge d'exploitation pratiqué jusqu'alors pour les taillis dans la plupart des taillis à baliveaux. Ils donnaient, de cette mesure, les mêmes motifs culturaux que nous en donnons encore actuellement : le sol se détériore sous l'action de coupes trop fréquentes, il est envahi par les bruyères et les morts-bois; les bonnes essences disparaissent d'autant plus sûrement que les morts-bois fructifient et drageonnent avec abondance dans les jeunes taillis, ce qui n'est pas le cas pour la plupart des espèces précieuses. Enfin les baliveaux marqués dans les taillis trop jeunes ne viennent pas à bien, ils restent bas, branchus, étalés, plus nuisibles qu'utiles. Aussi tous les règlements, très nombreux, édictés soit par les réformateurs, soit par les grands-maîtres, prescrivent-ils des durées de révolution qui sont généralementde 23 ans, quelquefois davantage, rarement moins, dans les bois des communautés laïques ou ecclésiastiques.

(1) Nous rappelons que ai la forme (rexploilation forestière mixte et composée que nous appelons aujourdhui laillis-sous-fulaie a existé anciennement en France, son nom arluol ne date que du lOTunionoement du xix' siècle.

Dans les forêts du domaine les âges d'exploitation de 30, 35 ou même 40 ans ne sont pas rares au xviii® siècle pour les taillis.

Le côté économique du sujet, la théorie des exploitabilités des taillis, a fait de même l'objet de nombreuses recherches au cours du xviii* siècle. Réaumur eut le mérite de poser la question le premier dans ses Réflexions sur Vétat des forêts du royaume {{), Il aurait voulu voir instituer des expériences en vue de déterminer l'accroissement annuel du volume d'un arpent de taillis afin de reconnaître avec certitude vers quel âge il commence à diminuer. Buffon, en 1739, déclarait de même que la grandeur de l'accroissement annuel du volume passe par un maximum a qu'il faut saisir pour tirer de son taillis tout Tavanta^e et tout le profit possibles ». Ces deux auteurs sont néanmoins restés dans les généralités, sans préciser leur pensée. Duhamel (2), en 1764, alla plus au fond du sujet en calculant l'accroissement moyen du volume et de la valeur à différents âges. Ce dernier, qu'il appelait le prix de la feuille, éiaiij d'après ses calculs, de 11 livres à 20 ans, de 16 à 25 ans et de 18,5 à 30 ans. Il en concluait la convenance de retarder jusqu'à 30 ans la coupe des taillis, au moins en bons fonds. Telle est aussi l'opinion de Telles d'Acosta, grand-maître de Champagne. Juge de Saint-Martin admettait une augmentation jusqu'à 40 ans au moins de l'accroissement moyen de la valeur. Varenne de Fenille a parfaitement établi la théorie do l'exploitabilité en montrant que son terme est atteint lorsque le dernier accroissement est devenu égal à la moyenne arithmétique de tous les précédents; c'est à ce terme, qui marque le maximum de ce qucnous appelons l'accroissement moyen (3), qu'il convient de fixer l'âge de coupe. Cet auteur distingue l'exploilabilité absolue, correspondant au maximum du rendement en matière, qu'il appelle l'époque du maxirnum simple^ de l'exploitabilité relative à la plus grande rente ou maximum composé. Perthuis

(1) Mémoires de rAcaulémic des sciences, séance du 24 décembre 1721.

(2) Exploitation des bois, tome I. pni^'os 113 et suivantes. 13) Voir 2« volume, pages 2iJG et 3iî<.

IIG LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

a développé beaucoup et exag^éré la précision de celle théorie dans ses mémoires publiés tout à la (în du xviu' siècle. II divise les peuplements en sept classes, suivant les conditions de station qu'il arbitre d'après la longueur des pousses annuelles. Pour chacune de ces classes, il indique l'âge d'exploitalioa le

PlllUBERT-CHABLES-M.\HIE VARENNE, Seigneur de Fciillle,

Membre des suckMi^s d'agriculture de Paris, Lyon, Dijon, Conscn-alcur des furets du il' arnm disse meut (Ain), en 1191.

mort à Lyon, le 26 pluviôse an 11.

{d'iipiés un portrait conservé dam la f «mille de Varenne de Fenille).

plus convenable et le plan de balivage à adopter. C'est ainsi que les chênaies de i' classe (dont les pousses s'allongent à 20 ans de 4 à 8 pouces, à 25 ans de 2 à4 pouces, à 30 ans de 2 pouces par an) doivent être réglés à Sîi ans et on y doit réserver par hectare 24 baliveaux de l'âge, Hi modernes et 8 anciens.

L'Ordonnance défendait de réserver moins de 16 baliveaux par arpent (dans les coupes de taillis des communautés). Les règlements ordonnèrent presque partout d'en laisser 2S, ce qui

DE LA RéFORMATION A LA SUPPRESSION DES MAÎTRISES 177

est aussi le chiffre ioscrit dans l'ordonnance réglementaire du Code forestier actuellement en vigueur (article 70). Quant aux arbres précédemment réservés, on les conservait habituellement, mais seulement dans des limites de nombre ou d'âge fixées, ou bien encore jusqu'à cequeles officiers estimassent qu'ils étaient surabondants, offusquant les taillis, ou dépérissants. L'exploitation des arbres abandonnés se faisait en mémo temps que celle du taillis^ ou une année plus tard. Les officiers qui marquaient les baliveaux en réserve marquaient aussi, soit les arbres à conserver, soit ceux à abattre, suivant les usages locaux. C'est le garde-marteau, qui, réglementairement, devait lui-même, de sa propre main, faire le martelage, ce qui avait donné lieu, dans les maîtrises, àcette plaisanterie traditionnelle que la première condition requise pour faire un bon gardemarteau est d'avoir le poignet solide (1). Voici enGn, d'aprèsGuiot, quelques détails sur la façon dont

(i) Voici quelques exemples de règlements pour des taillis :

/« Règlement pour les bois des communautés de laprovince du Perche, du /" avril iBS6 (par Baril Ion).

Le tiers de la forêt sera mis en rései-ve, en un canton désigné par les commissaires de la réformation ou les officiers des maîtrises. Le surplus sera divisé en 15 coupes annuelles. Lors des coupes annuelles on rései*vera 20 baliveaux de l'âge à larpent à la première révolution, 16 aux suivantes. On pourraabattre chaque fois 8 à 10 arbres par arpent âgés de 75 ans au moins, sauf que là «où la possibilité ne serait telle il sera réglé... quelle quantité on peut couper par arpent jusqu'à ce que les bois soient suffisamment repeuplés de baliveaux ».

Pour les bois de moins de 100 arpents, le canton à mettre en réseiTC est réduit à l'étendue de 10 à 15 arpents ; l'âge d'exploitation à 10 ans, le plan de balivage reste le même.

Les coupes seront exploitées « de proche en proche, de suite en suite, sans remplissage. »

t* Règlement pour la forêt communale de Bezain (maîtrise de Salins, Jura) par J. Maclot, 1727.

La commune qui possède 452 arpents de bois taillis surchargés d'anciens chênes dont les exploitations se sont faites jusqu'à présent en furetant et jardinant... sera tenue de les régler en vingt coupes dont la première sera coupée en recépage en Tannée 1728 et les autres de suite en suite... et pour décharger celte forêt des arbres secs morts et entièrement dépérissants... il sera marqué annuellement en réserve 20 chênes par arpent et 6 arbres fiiiiliers de bonne nature... le surplus des arbres sera abandonné avec le taillis dont il sera réservé 2o baliveaux de l'âge par arpent, de chêne autant que faire se pourra... »

S* Arrêt du conseil du iî octobre 1728 sur l'exploitation des forêts dépendant le» commanderies de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (de l'ordre de Malte).

... « Articles. — Après la réserve apposée, les trois quarts restant seront réglés it divisés en 25 coupes...

^Article 6. — Lors de ces coupes il sera laissé 25 baliveaux de Tàge du taillis

ECONOMIB FORBtnÂRE. — III. 12

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on opérait les balivages dans lea nnaitrises vers le milieu du xvui* siècle.

On doit choisir les baliveaux de Tâge premièrement parmi les brins de semence, ensuite parmi les brins de pied (rejets de souche isolés) et enfin, à défaut d'autres, parmi les brins do cépées. Les chênes doivent être préférés, mais ce serait une faute d'exclure les hêtres, charmes, bouleaux, etc a Dans les forêts où Ton a sagement réservé des baliveaux en plusieurs essences de bois, on ne voit pas, comme dans les autres, les plaines de bruyères si généralement répandues. » Les modernes et anciens sont choisis parmi les arbres les plus vigoureux. «On no saurait prendre trop de précautions pour faire un bon choix. A cet effet, il faut le tourner (faire le tour de larbre); ce qui échappe le plus ordinairementsont ces trous malheureux que ces

par chacun arpent, nature de chêne, s'il y on a, sinon ils seront pris des meilleurs bois durs qui se trouveront.

a Article 7. — On y laissera aussi tous les baliveaux, tant anciens que modernes, de la nature de chêne ; et en cas qu'il ne s'y en trouve pas, on y réservera 10 baliveaux par arpent dus plus beaux au-dessous de 40 ans et i de ceux audessus, s'il y en a (1).

n Article S, —Le surplus des baliveaux, en nature de hêtres, charmes et autres bois, sera abattu avec les taillis... i»

(Suivent des i)reseriptions sur les formes des coupes extraordinaires d'arbres.)

4" Héylemeîil pour les buis de la ville de Tonnerre, par Faluère, grand-maitre à Paris, 1742.

... « La réserve apposée dans les bois de la dite ville... demeurera consen'ée pour croître en futaie,., le r.'gloment des coupes ordinaires du surplus sera fait à IVigo de 2'i ans... et lors des dites coupes il sera réservé â.i baliveaux de l'âge du taillis p.ir arpent, de brin et essence de chêne autant qu'il sera possible, outre les .uicieus et les modernes qui y seront.

... «Les coupes seront faites à tire et aire et à fleur de terre par gens entendus, choisis, aux Irais de la dite ville, et capables de répondre de la mauvaise exploitation... •>

.'i'» Arrêt du conseil du '2 't juillet il SS sur le ré r/ le me ni des coupes dans la forêt de Belle nie {Ortie),

... «Le quatrième triage, ditde Saint-Ouen, sera divisé en 33 coupes de taillis... lors de chacune des(iueilcs il sera réservé, par arpent, IG baliveaux de l'âge, 8 modernes et 4 anciens. »

60 lièfjlcnent établi en i:SS par Vintendant de la Gai aizière pour les forêts des communautés dans la province d'Alsace.

Les forêts, après séparation du (piart pour former un fonds de réserve, seront divisées en r.) ou 30 coupes annuelles dans la plaine, et 35 à 40 dans la montagne. Il sera réservé 32 baliveaux de làge par arpent plus tous les modernes et anciens.

(l) Les arbres ne dovant se couper, d.uis ces forêts, qu'au titre extraordinaire. leur &fe n'ejl pa un multiple de la durée de la révolution des taillis.

mij^érables oiseaux yerdset industrieux savent placer avec génie daps les cicatrices ou sous les aisselles des anciennes branches. »

... « lue nombre le plus avantageux (des réserves), pour les taillis de vingt ans et au-dessus, se réduit à réserver les 16 baliveaux de l'âge (conformément à l'ordonnance), 10 modernes et 6 anciens par arpent, en tout 32 baliveaux de divers âges. Parce moyen on peut abattre, lors de la révolution suivante, 3 vieilles écorces, 4 anciens et 9 modernes. »

|l faut éviter deux abus : Les uns ne peuvent se résoudre à abandonner un arbre ; ce sont a des anciens forestiers regardant ces vieux chênes comn^e dans le temps qu'ils rendaient des oracles » et laissent ainsi les taillis chargés de bois surannés. D'autres, s'attachant trop littéralement au plan de balivage adopté, coupent des arbres en pleine vigueur Jà où ils sont nombreux ou bien réservent des arbres sans avenir lorsqu'il y a pénurie de beaux sujets. Guiot développe à ce sujet des réflexions dont plusieurs forestiers du xx^ siècle pourraient encore faire leur profit.

Dans les taillis coupés plus jeunes, de 10 à 20 ans, il faut augmenter le nombre des baliveaux de l'âge, en laisser au moins 20 au lieu de 16.

Il n'est pas possible de laisser se multiplier indéfiniment le nombre dos arbres, gans jamais en couper. « Cetle multitude d'arbres anéantirait totalement les taillis. » Il est vrai que les communautés savent y mettre ordre en réclamant des coupes extraordinaires « sous des prétextes spécieux et souvent peu conformes à la vérité dont ils forment le gros de leurs suppliques. J'en ai vu cependant dont le crédit moins puissant n'a pu obtenir la coupe des anciens baliveaux, et je connais des taillis totalement perdus par cette raison. »

Il existe, continue notre garde-marteau, différentes manières de baliver.

La première est pratiquée dans les forets qui sont affermées

}ailà des maîtres de forges. On ne marque pas d'arbres, ni même 6 baliveaux avant la coupe : le locataire fait abattre les taillis,

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respectant tous les modernes etanciens^ et de plus dans le sousbois, tous les brins do semence et les plus beaux brins de pied. Puis, a vers le jour de la Sainte-Magdeleine » (22 juillet) les officiers vont vérifier le nombre des baliveaux de Tàge laissés, « lequel nombre se trouve toujours rempli au-delà du nécessaire. L'opération se termine par le procès-verbal de décharge contenant le congé du marchand, qui ne s'effectue qu'après avoir pris la petite réfection » .

En même temps qu'on vérifie les baliveaux de l'àgo, on marque au marteau, sur une grosso racine, les arbres à abandonner que l'on compte et que l'on estime après avoir mesuré leurs circonférences. Ces arbres sont l'objet d'une vente distincte.

La seconde méthode consiste à marquer tous les arbres à résçrver, y compris les baliveaux de l'âge, avant de faire l'adjudication. Les baliveaux sont marqués sur un blanchis, les modernes sur deux blanchis voisins et les anciens sur deux blanchis placés aux extrémités d'un même diamètre. On fait le compte des arbres réservés et l'adjudicataire doit les représenter au récolement. On fait l'estimation des arbres « condamnés à mort par pied de tour », c'est-à-dire qu'on n'estime pas chaque arbre à part, mais qu'on fait le total des circonférences par catégories, les arbres se vendant en bloc à tant le pied de ce total (1). Cette méthode est suivie dans les taillis où la révolution est assez courte pour qu'il soit nécessaire de distinguer par un mode de marque spécial les modernes des baliveaux et des anciens. Dans les hauts taillis, ces arbres, d'âges très différents, ne risquent pas d'être confondus et on les marque tous de même, d'une seule empreinte.

Notre auteur fait très bien ressortir les inconvénients de la marque en réserve surtout lorsque les modernes et les anciens sont marqués à deux ou trois pieds du sol, comme il arrivait souvent. Les blessures faites aux arbres entraînent des vices ou même le dépérissement. Un autre inconvénient est dans la difficulté do connaître exactement le nombre des arbres réservés,

(1) Voir pour ce mode de vente le £• volume, page 7.

et dans le danger de substitutions d'arbres abandonnés à des réserves plus précieuses. Aussi le vieux garde-marteau de Rambouillet se prononce-t-il catégoriquement pour la marque en abandon (1).

L'ordonnance de 1669 interdit formellement Técorçage des bois sur pied, la coupe des taillis après le 15 avril, et l'allumage de feux en forêt. II en résulta une grande gêne, notamment pour lexploitation des taillis sartés des Ardennes. Dans plusieurs villages les habitants se virent contraints d'émigrer sur les terres de Tévêché de Liège, par suite de la rigueur avec laquelle le grand-maître Fuchsamberg fit appliquer l'Ordonnance. Aussi, dès Tannée 1672, un arrêt du conseil, daté du 8 février, autorisa, sur le rapport de Colbert, l'écorçage suivant les habitudes anciennes, le sartage à feu couvert et la culture du seigle après les coupes d'écorce.Des autorisations d'écorcer les chênes sur pied furent accordées à titre exceptionnel, notamment par arrêt du 30 mai 1702, pour les bois de l'abbaye du Val (près d'Harcourt, Eure).

Le mode d'exploitation que nous appelons aujourd'hui furetage des taillis est très ancien. Nous en avons rencontré des exemples dans la période précédente. Nous avons vu aussi (2) ce mode de traitement pratiqué dans le Morvan au xvii® siècle. Un arrêt du conseil du 14 août 1784, relatif au règlement des forêts de communautés du Nivernois, y fait une allusion malheureusement très obscure. Nous croyons que c'est le furetage qui est désigné sous les termes de « fouille des bois (3) ». L'arrêt

(1) Les deux modes de martelage, en résen-eou en abandon, ont été réglementaires pour les arbres des taillis-sous-futaie jusqu'au 26 germinal an X. A cette date, la circulaire n» 85 prescrivit de marquer en réserve les baliveaux à réserver au-dessus des taillis et en abandon les arbres à abattre dans les forêts de bois résineux ou les forêts jardinées.

(2) Voir !<' volume, page 359.

(3) Nous avons cité plus baut (page 146) un texte de livre de Sainct-Yon où il est question de coupes de feuille. Il y a peut-être là une faute d'impression pour coupes de fouille.

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en question est extrêmement confus et il est difficile d'en démêler la signification précise.

^ 4. — Les futaies feuillues.

Les aménagements en futaie des réformateurs du temps de Golbert sont d'une simplicité extrême. On se contente, après avoir divisé les forêts en gardes ou garderies et celles-ci en ^rea^e^ (ou cantons), de classer ces triages en un certain nombre de catégories. La première, formée des meilleures parties, est souvent mise en défends et laissée, comme nous dirions aujourd'hui, en dehors du cadre de Faménagement. Du surplus, on forme 2 ou 3 ou plusieurs séries ou aménagements dont l'âge d'exploitation est d'autant plus élevé que les conditions de végétation sont plus favorables (!). Chacune de ces séries, comprenant des cantons d'un seul tenant ou disséminés, est exploitée de proche en proche dans chaque canton et de suite en suite dans l'ensemble, c'est-à-dire qu'on épuise un canton avant d*aborder le suivant voisin. Les coupes se font à la réserve d'étalons dont le nombre minimum, fixé par l'Ordonnance, était de 10 par arpent, mais que les règlements particuliers fixèrent le plus souvent à 20, dès les premières années du xviu® siècle, non compris les parois, pieds corniers, et parfois les fruitiers.

Les règlements ne font plus habituellement mention, au moins à notre connaissance, à la fin du xvii^ siècle et pendant la première partie du xviii% de coupes intermédiaires. Il semble que les abus auxquels ces opérations avaient donné lieu les aient rendues véritablement odieuses aux commissaires députés de Colbert, devenus grands-maîtres, et à leurs successeurs. Leur nécessité était pourtant certaine, et cette omission d'une pratique indispensable ne tarda pas à avoir des suites très fâcheuses dans les futaies feuillues.

Nous possédons, en France, des forêts privilégiées où la régé-

(1) Voir, aux pièces justifioalives, la piiice n» 9.

nération du ch6ne est tellement aisée qu'elle se produit sans risque, même àla suite des coupes àblanc étoc. La forêt de Dcllême passait pour telle dès le xvi« siècle : ChaufFourt écrit (en 1602) qu'il est bien inutile d'y laisser des étalons, tant la régénération est sûre et facile. Ce qui est certain, c'est que, dans les forêts de Touest, du sud-ouest et du centre de notre pays, la réserve d'un petit nombre de senienciers suffit ordinairement, le Bol étant le plus souvent couvert de semis provenant des glandées qui se reproduisent à courts intervalles. De plus, dans ces régions, le chêne rejette encore bien de souclie jusque vers iSO ans (au moins dans le bassin moyen de la Loire) et les rejets, surtout lorsqu'ils ont été recépés, forment des peuplements d'avenir. Iln'en est plus de même lorsqu'on s\vance vers le Nord- Est, vers l'estuaire de la Seine, qu'on dépasse les environs do Paris ou la région de l'Ile-de-France.

Dans le Nord-Est les coupes trop claires se salissent, sont envahies par les bois blancs, et surtout par les bouleaux. Partout, dans l'Est, les liiorls-bois, la bruyère, les épines se substituent aux essences précieuses. Lors même que celles-ci apparaissent, l'omission des anciennes coupes de recépage, d'oxpurgade, d'éclaircissement, les laisse disparaître sous la pression d'espèces sans valeur.

Cette situation ne larda pas à frapper les observateurs. En 1721, Réauinur jeta un véritable cri d'alarme, dénonçant les procédés des maîtrises. Il demande qu'on recoure davantage à la régénération artificielle. Les chênes qui naissent dans la broussaille envahissant la coupe ne viennent pas à bien, dit-il, et, les futaies trop âgées ne rejetant plus de souche, on ne peut compter sur l'appoint des rejets dèsque les révolutions deviennent un peu longues. Duhamel aussi était partisan des régénérations artificielles, qu'il recommande à plusieurs reprises. « Il est d'expérience que les hautes futaies abattues ne forment dIus un bois, mais dos landes, ou du moins dos bois de mauvaises essences. Le meilleur parti que l'on puisse prendre est le faire l'adjudication de ces futaies, à charge par les acquéreurs

J84 LES MÉTHODES FORESTIERES d'aUTREFOIS

d'arracher les arbres, d'essarter et dresser le terrain, et de le repeupler (1). \)

Les régénérations artiGcielles furent en effet pratiquées assez généralement par nos prédécesseurs du xviii* siècle. L'Ordonnance leur en faisait, du reste, un devoir impérieux en prescrivant de pourvoir à l'ensemencement et au repeuplement des vides dans l'enclos et aux rains des forêts (2). C'est ainsi que les réformateurs avaient trouvé, en 1669, dans la forêt de Bercé (Sartlie) 152 arpents dévides sur une contenance totale de 8.300 arpents ; ilsles Grent reboiser tout aussitôt. De 1724 à 1734, on reboisa artificiellement 300 arpents de vides dans l'intérieur de la même forêt ; les travaux étaient adjugés à un entrepreneur au prix de .45 livres par arpent. En 1727, on entreprit même le reboisement de 2.000 arpents de landes et bruyères contigus à la forêt, ce qui occasionna une dépense de 170.000 livres (3). Dans la forêt de Fontainebleau on reboisa artificiellement 5.438 arpents pendant la période de 1720 à 1750. On pourrait citer de nombreux exemples de travaux analogues dans d'autres forêts (4).

En même temps qu'ils recouraient aux boisements artificiels les forestiers prirent une autre mesure qui devait faciliter le repeuplement des coupes, Ils avaient remarqué que celui-ci était surtout difficile dans les bois très âgés,lesquels, suivant Texpres-

(1) Semis et plantations, op. cit.^ p. lxviii, de la préface (1780).

(2) Ordonnance d'août 1669, titre 27, article 3. L'édit ds mai 1716, article 51, oi^onne aux grands-maîtres d'envoyer chaque année au conseil leurs propositions de dépenses pour repeuplements à ellectuer dans les forôts.

(3) Un travail fort intéressant de M. Béraud, inséré dans le volume de 1861 des Annales forestières, et auquel nous empruntons ces détails sur les repeuplements faits à Bercé, rapporte qu'au commencement du xixo siècle il était prescrit par le cahier des charges que les adjudicataires ne pourraient commencer leurs exploitations, dans les futaies de la conservation d'Alençon, qu'après avoir fait répandre 200 kilogrammes de gland et de faîne par hectare, graines qu'on recouvrait par une légère culture superficielle du sol. Cet usage était traditionnellement suivi dans la région depuis le xviiic siècle au moins : nous l'avons du reste vu prescrit par les ordonnances du xvie siècle,

(4)Pecquet. grand-maître en Normandie, fit reboiser, vers 1755, dons la forél de Rouvray, 3.000 arpents en bouleau, gland, châtaigne et falnc. La description de ces travaux se trouve dB.ixsV Instruction de Telles d'Acosta, 2« édition, page 33.

sien de Froidour, « sont comme les femmes qui devienoent stériles dans leur vieillesse » et ils en avaient conclu qu'il fallait abaisser l'âge d'exploitation là où la régénération se faisait mal. Cette conclusion était d'autant plus naturelle que nos prédécesseurs ne distinguaient pas aussi rigoureusement que nous les rejets des semis qu'ils confondaient plus ou moins dans leurs recrutes ou renaissances. Des motifs d'ordre financier contribuèrent surtout puissamment, particulièrement sous le règne de Louis XVI, à accentuer cette tendance h l'abaissement de la durée des révolutions. Les futaies eurent leurs révolutions réduites à 100 ans, puis à 50 ou même 40 ans; on en faisait ainsi ce qu'on appelait des demi-futaies ou des quarts de futaie. Comme on y laissait, à chaque coupe, des baliveaux de l'âge outre les arbres déjà réservés antérieurement, les forêts ainsi traitées finirent par se rapprocher beaucoup, comme aspect, des taillis^ et surtout des hauts taillis, avec lesquels elles furent confondues et réunies sous le nom de taillis- sous-futaie ddinslo. nomenclature adoptée au commencement du siècle dernier (1).

(1) Les exemples de celte réduction progressive des âges d'exploitation au xvm» siècle abondent dans toutes les parties de la France. En voici quelquesuns :

Dans la forêt de Haguenau Tâge d'exploitation avait été fixé à 200 ans en i674, et, de fait, on coupa 150 arpents par an (la deax-centiôme partie de l'étendue) en 1698 par exemple, et jusque vers 1740. La coupe, d'abord localisée en un seul point, fut bientôt répartie en plusieurs triages (séries); en 1750 on coupa 200 arpents (ce qui correspond à une révolution de 150 ans) en 8 triages. Cette possibilité fut assez longtemps maintenue, mais vers 1778 la révolution fut réduite à moitié environ, soit 75 ans, et en 1782 elle n'était plus que de 60 ans. La multiplicité des coupes extraordinaires fut telle qu'au moment de la suppression des maîtrises on abattait, en réalité, chaque année, bien près de la cinquantième partie de la contenance totale. Aussi lors de l'aménagement de 1842 (par Talotte Meynier et Nanquette), les aménagistcs trouvèrent-ils sur 870 hectares ( l'étendue totale est de 14.766 hectares) des peuplements qu'ils qualifièrent de taillis- sous-fuiaie et aménagèrent comme tels en en formant cinq séries à la révolution de 35 ans, tandis qae le surplus fut considéré comme futaie et réglé à des âges d'exploitation de 90 à 160 ans.

De naôme la forêt de Blois, réglée à 150 ans environ en 1074, à 235 ans en 1700, le fut à 108 ans en 1783. — A Bellémc la révolution était de 150 ans en 1560, de 150 ans encore en 1665, de 99 et 33 ans en 1783. — 'fronçais était, comme presque toutes les forets du Bourbonnais, aménagée à 200 ans en 1672 ; en 1779 un tiers de l'étendue fut mis en réserve et le surplus aiïecté aux forges voisines avec brève révolution. — .A Mormal, la révolution fut de 100 ans pendant presque tout le xviii» siècle, jusqu'en 1779, date à laquelle l'âge d'exploitation fut abaissé à 35 ans. — En 1739 encore, la forêt deBrotonne était divisée en

186 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d' AUTREFOIS

En même temps qu'on abaissait ainsi la durée des révolutions, on éleva souvent le nombre des étalons destinés à parcourir deux ou trois durées de révolution: à Haguenau, où il était de 10 par arpent en 1674, il fut porté à 20 en 1717.

Voici comment nos prédécesseurs justifiaient cette mesure déplorable de l'abaissement des durées de révolution .

Dans la maîtrise de Blois,on allègue la disette de bois. «S. M. a reconnu que le motif qui avait déterminé à régler ces foréls en 1688 et 1700 à un âge aussi avancé (233 à 240 ans forêt de Blois, 315 ans forêt de Russy et 150 ans environ forêt de Boulogne) a été le peu de consommation et de débit que ces bois avaient alors, mais bien loin que ces motifs subsistent encore, il a été adressé à S. M. des représentations sur la disette de bois qui commence à se faire sentir dans le Blaisois, occasionnée par la modicité des coupes dans les forêts de S. M. » En suite de quoi l'âge d'exploitation fut abaissé à 108 ans à Blois, à 126 à Russy et 130 ans à Boulogne fl).

Le plus souvent, c'est l'envahissement du bouleau et dos bois blancs qui est signalé, surtout en Bretagne, Normandie et le Nord-Est. APerseigne, en 1782, l'ingénieur-aménagiste Chaillou déclare que le bouleau se répand partout ; il fait abaisser en conséquence la révolution à 30 ans sur les trois cinquièmes de l'étendue, et à 100 ans sur le surplus (2). A Morraallesboisblancs envahissaient la forêt malgré les coupes d'éclaircie qui repassaient tous les 20 ans avant 1778 ; l'âge d'exploitation fut réduit à 35 ans en 1779, c'est-à-dire que la conversion en ce que nous appelons aujourd'hui taillis-sous-futaie fut décidée, à l'exception de cinq cantons mis en défends (ces derniers furent entièrement abattus en 1793. 1794 et de 1810 à 1818).A Senonchesdemôme. En 1779, à la forêt de Moulins (conservation d'Alençon) des

10 garderies, dont 8 en fulaie à 120 ans, une en taillis à 2'6 ans, et une autre en défends. L'année 4783 la révolution des futaies fut abaissée à 60 ans. — Senonches, ré^dé jusqu'alors à IGO ans, fut divisé en 1180 en 3 triages ; les deux premiers (4.1100 arpents) réglés en taillis à 30 ans et le surplus (3.200 arpents) en futaie à 100 ans.— iJc niOmc à Lyons, Fontainebleau, Orléans, Gbinon, etc., etc.

(1) Arrêt du conseil du 27 juillet 1782.

(î) Arrêt du conseil du 24 mai 1780.

caotoQS entiers de demi-fulales sont « pour la plus grande partie essence de bouleau, et presque pas de bois dur (1) ». Dans celle voisine de Bonsmoulins, en 1780, «rtous les taillis (jeunes bois) étaient presque en bouleau ». En J783,à Brotonne, d'Armesson expose que « l'âge auquel cette forêt a été réglée (120 ans en 1739) est trop élevé pour que les souches puissent repousser, d'où il résulte que les coupes ne se repeuplent qu'en bois blanc; le chêne et le hêtre ne reparaissent qu'après un recépage des bois blancs. La forêt produit moins que si on la coupait assez jeune pour qu^elle rejette. »

Cette dernière phrase, que nous soulignons, nous donne le véritable ou tout au moins le principal motif des mesures prises sous le règne de Louis XVI dans presque toutes nos plus belles forêts de futaie. Le ministre des finances, Necker, dans uoe situation difGcile,ses projets d'emprunts ne réussissant que médiocrement, avait dû en venir aux économies et aux réformes financières : on demanda aux forêts un surcroît de recettes pour le trésor. La forêt deHaguenau, qui produisait 28. 000 livres par an en 1720, 37 . 000 en 1730. rapporta 200.000 livres en 1784 et 226.000 par an de 1785 à 1787.

L'envahissement des bois blancs ne fut du reste pas enrayé, loin de là, par l'abaissement général des âges d'exploitation . Les conséquences de cotte dernière mesure furent encore singulièrement aggravées du chef des coupes extraordinaires, tant celles pratiquées par les officiers des maîtrises, que parles forestiers des périodes révolutionnaire, impériale, et des premières années de la Restauration. Les descriptions do forêts, surtout en Bretagne et Normandie, faites vers 1820, sont navrantes. Partout le bouleau a prisla place dos bonnes essences. A Perseigne, il est si abondant que les aménagistes s'avisent d'établir des tables do production pour cette essence, sur le modèle de celles du Saxon Cotta. De tous côtés on ne parle que d'expurgades, 'extractions de bois blancs. Plusieurs de ces forêts, et non des

(DCcs mêmes cantons sont aujourd'hui peuplés de chêne 3, hêtre 5, charme, uleau, tremble 2.

•iikr

LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

moins importantes, se ressentent encore aujourd'hui du fâcheux insuccès des coupes de régénération trop claires et trop fréquentes pratiquées au xviiP siècle et au commencement du siècle dernier. Les dégâts ont été fortement aggravés par rabaisse^ ment des durées de révolution et surtout par l'abandon presque général des coupes de recépage-nettoiement et d'éclaircie qui étaient pratiquées au xvi^ et au commencement du xvii^ siècle.

La tradition de ces coupes d'amélioration avait cependant subsisté, et, malgré les anathèmes des réformateurs de Colbert, qui craignaient par-dessus tout de voir reparaître les « énormes abus » de leurs prédécesseurs immédiats, elles ne cessèrent jamais complètement d'être pratiquées.

Les recépages notamment reparaissent dans les aménagements dès le milieu du xviii® siècle, peut-être môme avant, comme un moyen d'assurer la prédominance des bonnes essences dans les renaissances de futaie. Dans les régions où les coupes se salissaient par trop, se couvrant de bois blancs, de bouleaux ou de morts-bois, on laissait cette souille s'élever pendant 20 à 30 ans, sans y toucher. On avait remarqué que peu à peu le chêne et le hêtre s'y introduisaient en sous-étage : si on venait alors à recéper le tout à blanc étoc ces essences précieuses se développaient rapidement et prenaient le dessus. De même les rejets de peu d'avenir, nés de la coupe de futaie, reccpés à 25 ou 30 ans, donnaient naissance à de nouveaux recrus capables de croître en futaie. De là une pratique qui se répandit de plus en plus, qui était devenue presque générale vers la fin du régime des maîtrises, et que nous allons exposer avec quelque développement.

Une forêt qu'on voulait aménager à 100 ans étaitdi visée on 125 coupes annuelles; chacune de celles-ci était exploitée deux fois pendant la durée de la révolution, une première fois en recépage à 25 ans, une seconde fois en coupe principale à 100 ans. C'est ainsi que fut aménagée la forêt de Bourse, près d'Alençon, par Urbain Chaillou en 1780. Le canton de Montmirel,par exemple,

fut divisé (sur le plan) en 124 coupes destinées à être coupées à 24 età 100 ans, alternativement. De même le canton des Hauts- Faîtes fat divisé en 1S8 coupes pour être exploitées aux âges alternatifs de 25 et 133 ans. La forêt de Perseigne^ aménagée en 1782 parle même Ghaillou, fut traitée d'une façon semblable. Il déclare « qu'après la coupe des futaies surâgées il ne revient presque jamais que des bois blancs,... pour remédier à cet inconvénient fréquent, il suffit de recéper les dits bois blancs au plus tard 30 ans après, et alors le terrain se repeuple naturellement en bois durs ». Aussi divisa-t-il les deux cinquièmes de la forêt en 120 coupes pour être exploitées on coupe principale à 100 ans et en recépage à 20, le reste (5.613 arpents) étant destinée être traité en taillis à la révolution de 30 ans. Le même système fut appliqué, toujours par Chaillou, aux forêts de Bellême, Reno- Yaldieu, la Trappe et bien d'autres (1). Voici comment il s^exprimait, en 1779, dans l'aménagement de la forêt de Bonmoulins: «Pour perpétuer les futaies, il faut avoir soin de ne jamais les replacer dans les mêmes endroits oiï elles auront été coupées qu'après un recépage au moins, sans quoi on s'exposerait à n'avoir que de la mauvaise futaie. » Et ailleurs « nous avons observé que tous les taillis (jeunes repeuplements) de cette forêt étaient presque en bouleau; nous pensons que lorsqu'ils auront été coupés le chêne et le hêtre prendront le dessus et profiteront ». Nous retrouvons encore ce procédé dans la forêt de Brotonne en 1783, dans le Bourbonnais (forêt de Marcenat), où il était encore suivi en 1837. A Blois, les recépages furent aussi pratiqués, quoique, semble-t-il, d'une façon assez irrégulière, jusqu'en 1850. De même à Ghinon. L'aménagement de la forêt de Haguenau, en 1842, les prescrivait encore. Voici ce qu'on lit, à cet égard, dans ce dernier aménagement :

« Comme lesglandées sont rares et que les bois blancs portent semence presque tous les ans, les renaissances de ces coupes (des coupes à blanc avec réserve de 40 semenciers à l'hectare

(1) Voir, aux pièces justificatives jointes à cette étude, la pièce n» 21 .

190 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

qui avaient été pratiquées jusque vers 1840) offrent desperchis de semence et sur souches souvent inégaux et incomplets, d'essences diverses, principalement de charmes, bouleaux et trembles, sous lesquels végètent des semis de chêne, hêtre et charme des différentes récoltes arrivées depuis la coupe. Ces scmis^ généralement clairs et languissants sous le couvert du perchis, seront successivement étouffes et perdus si on les laisse dans l'état actuel. Par un recépage de tout le peuplement, chaque petit brin de chêne, hêtre et charme, aujourd'hui étoufi*é, rejettera avec vigueur et fournira uq sujet dans le nouveau recrû... »

Les coupes systématiques et réglées de recépage que nous venons de décrire restèrent dans 1^ pratique forestière pendant plus d'un siècle, et ce n'est que dans la seconde moitié du xix' siècle qu'elles disparurent très généralement pour être remplacées par ces opérations qu'on qualifia d'abord de nettoiements et que nous appelons aujourd'hui des dégagements de semis (1).

La théorie des coupes de régénération progressives, telles que nous les pratiquons aujourd'hui, est trop souvent considérée en France comme originaire de l'Allemagne, et faussement attribuée à G. L. Hartig. En réalité, si nos auteurs du xvni® siècle ne l'ont nulle part exposée d'une façon didactique et complète, comme Hartig le fit en Allemagne, on en trouve des indications disséminées dans beaucoup d'écrits divers.

On voit souvent, dans les procès-verbaux de visite, que les officiers des maîtrises, pour déterminer l'assiette des coupes, recherchent les emplacements où le peuplement éclairci a donné

(1) Voir, aux pièces justificatives, le n«24, article 6, où l'on décrit les neiloiements dans les taillis pratiqués pondant la seconde moitié du xyiii^ siècle. Les rocépages systématiques de parcelles entières sont encore pratiqués avec succès, même de nos jours, dans plusieurs futaies de chêne du centre et de l'ouest de la France. Lorsque les renaissances ont souflcrt du couvert ou des dégâts d'exploitation, on procède parfois, aussitôt après la coupe définitive, à un recépage général de tout le peuplement. Quelquefois même, lorsqu'on veut favoriser le hêtre qui rejette mal de souche, cette essence est exceptée des recépages. A la suite de ces opérations radicales, le repeuplement renaît avec une vigueur parfois absolument merveilleuse.

DB LA RlêPORMATION A LA SUPPRESSION DES MAÎTRISES 191

naissance à des serais qu'ils font découvrir. Tel ce grand-maître (Eynard) qui expose, en 1729, dans son procès-verbal, qu'une parcelle est garnie do vieux chênes « sur le retour, de deux à trois cents ans... lesquels étant coupés donneront occasion au terrain de produire des bois de nature de chêne, y ayant actuellement une infinité de germes (semis) de nature de chêne provenant du gland tombé ». Le grand-maître, en faisant couper la vieille futaie à la réserve de 40 étalons à Thectare, ne faisait pas autre chose que ce que nous pratiquons aujourd'hui sous le nom de coupe secondaire.

Réaumur (en 1721) fait nettement la différence entre les semis et les rejets qui se montrent sur le parquet des coupes nouvellement exploitées; il distingue aussi les rejets des vieilles souches, qui ont peu d'avenir, de ceux que produit l'abatage des taillis. A la suite des coupes trop claires, les semis de chêne s'introduisent sous le couvert des bois blancs ou bien à l'abri des buissons de morts-bois; il ajoute que ces semis ne sont pas toujours suffisants à produire un bon repeuplement et qu'il serait plus sûr de semer des glands.

Dans leur procès-verbal de visite des forêts confiées à leur gestion, les forestiers de la seigneurie de Ribeaupierre indiquent parfaitement, en 1784, comment on doit régénérer le hêtre, en dégageant les semenciers, et en les abattant ensuite progressivement à mesure que le repeuplement se développera (1).

Le garde-marteau de Rambouillet, Guiot, s'exprime ainsi qu'il suit dans son manuel déjà cité plus haut (2) :

i< Quand une forêt est bien bornée, partagée en triages (séries) et mise en coupes réglées à l'âge le plus avantageux par des séparations permanentes; lorsqu'on a exécuté un bon dessèchement (assainissement) général et procuré des chemins solides pour le débardage, il ne reste plus à désirer, avant de profiter de la récolte, qu'un moyen de perpétuer la succession des futaies,

(1) Voir, aux pièces justificatives jointes à cette élude, le n" iît, article 11. {i) Nous rappelons que ce manuel date de mo. Le passage vi^é ici se trouve u chapitre X, intitulé : Régénération nalurelU des futaies.

dont les ventes restent ordinairement en friche après leur exploitation. »

(Ici Guiot expose que l'obstacle habituel à l'installation du semis provient de la présence de mousses, herbes et bruyères sur le parquet des coupes.)

... <( J'ai remarqué que lorsque les semences n'avaient point trouvé cet obstacle, qui est presque général dans les futaies, on voyait avec plaisir des petites parties de bois regarnies d'ellesmêmes, et qui, sous les grands arbres, s'élevaient bien plus promptement que les plantations les mieux cultivées et les plus dispendieuses; on trouve de ces petits pelotons de gaulis dans la forêt de Compiègne, qui prouvent que la fécondité naturelle surpasse l'art le plus raffiné... Ces observations préliminaires étant une fois bien conçues, on comprendra facilement tous les avantages que Ton pourra se procurer par la méthode que je vais exposer,

c( La méthode consiste à détruire les feuilles, les mousses et les herbes ou bruyères qui, formant un sol apparent, couvrent le vrai sol d'une futaie. Cette destruction doit se faire dans les dernières années qui précèdent la vente ou exploitation du canton que Ton se propose de regarnir... L'intempérie des hivers est quelquefois si grande qu'elle occasionne souvent la perte d^une grande partie des semences: cela est vrai; mais la fécondité des grands arbres est si prodigieuse, qu'elle supplée abondamment à cette perte, et il en reste toujours assez pour garnir abondamment le terrain : d'ailleurs, les mousses et les herbes ne reviennent pas sitôt dans le même état... et les semis que les baliveaux réservés produisent pendant les premières années qui suivent l'exploitation procurent de nouveaux plants...

(( On dira peut-être que la fabrication et le débardage d'une futaie suffiront pour détruire cette peuplade naissante... mais la pratique m'a prouvé que ces jeunes arbres... savent parfaitement plier et se prêter aux fardeaux les plus pesants, que les sèves suivantes les relèvent, les redressent et les affermissent de nouveau dans leur premier état; au surplus... la nature pro-

DE LA flEFORMATIOS A LA SUPPRESSION DES MAÎTRISES 193

FiSMrc a.

Henbi-Uuis DniAMEI.

Clievalior, sci^ineiir du Munt-cnii. Vriiiny. Sciîï.iI, tic.

M^rnbrp iliî l'Ai '«il «mie dns srinires du P.iris, (le la Société royalp de Lonrlres, (Ifs Acniiêmii^s de Sniiit-Pri[pri de StocLolm, de Pnlermc, dn Padoiie, de l'Iri^lidiL ilc Kulu^ de la Société rovalp dRdiuilwurg. dn celle ri'Ah'riciillure de Paria, "Né à Paris, en liOO, Morl t Piiris, en ns2.

lOi

LES MéTIIODES FORESTlÈllES d'aUTREFOIS

duit bien au delà de ce qui peut être sacriGé aux accidents et aux intempéries des saisons, pourvu toutefois que les obstacles généraux soient détruits... On tirerait un parti avantageux de ce repeuplement en n^exploitant les vieux arbres que plusieurs années après sa ?iaissance,€n le recépantla même année: par ce moyen on aura toujours un excellent bois taillis (fourré, semis) qui coûtera beaucoup moins qu'une plantation. »

Voici enfin comment Vafenno de Feuille, vers 1790, nous décrit le traitement de la forêt de Scillon (l) :

r( Cette forêt appartenait à un monastère de Chartreux (elle est entièrement peuplée de chêne, en sol fertile),., les religieux n'exploitaient pas leur futaie par coupes régulières (à blanc étoc), mais en jardinant (en coupes d'amélioration, d'arbres choisis çà et là) et ne faisaient la coupe blanche qu'après avoir longtemps coupé par éclaircies, après quoi la portion évidée était remise en taillis (jeune repeuplement), soit par le moyen des semis, soit profitant de la crue des buissons recépésqui s'étaient insensiblement établis dans les clairières les moins fréquentées par le bétail; car il est à remarquer que, dans ces buissons, il se trouve souvent de jeunes chênes qui se développent et s'élancent aussitôt qu'ils cessent d'être étouflFés.

«Lorsque dans une futaie.... on se propose de faire une coupe blanche, il n'est pas toujours indispensablement nécessaire, pour repeupler l'espace vide, de recourir (à la régénération artificielle). Souvent, et j'en suis certain, il croît dans les clairières, comme je viens de le dire, beaucoup de buissons d'épines noires cl blanches, de coudriers, de genévriers..., etc. Plus ces amas d'arbrisseaux sont nombreux et touflFus, plus il y a de ressource. Ces parties, qui n'offrent qu'un coup d'œil agreste et sauvage, mais qui n'ont point été attaquées parle bétail, sont intérieurement garnies déjeunes chênes et autres arbresprove-

! 1) Œuvres (Vririviculhirp de. Varenne de Feuille édition de 1807, page 108. La fon't de S(Mllon/près de lUnirg (Aini, réduite à 614 heetares par les aliénaUons faites en 1811 et l<s:;:j, appartient encore aujourd'hui à l'Etat. Elle est traitée en futaie pleine à la révolution de 150 ans.

nus de semence, qui prennent incessamment le dessus après le rccepage, pourvu toutefois que la bruyère et la fougère ne dominent point dans le terrain. . . »

Nous avons vu tous les auteurs forestiers et plusieurs praticiens (1) signaler les avantages de l'éclaircie et nous avons indiqué aussi la raison pour laquelle ces utiles opérations ne furent pas rendues généralement obligatoires par les ordonnances. Les quelques lignes suivantes, empruntées à Duhamel (2), exposent très bien les idées qui avaient cours de son temps à ce sujet.

« 11 faut avoir soin de visiter, tous les six, huit ou dix ans, les futaies, et faire abattre les arbres qui se trouveront trop serrés, ceux qui seront bas et courraient risque d'être étouffés par les autres, enfin les arbres difformes et languissants.

((Au moyen decet éclaircissement, on ne réserve que les arbres vigoureux et les mieux formés» qui, se trouvant alors plus à Taise, profiteront très promptement... Quand ces éclaircissements sont faits avec intelligence, il est inconcevable combien on tire de bois d'une futaie un peu étendue, sans qu'on l'ait dégradée en rien... Mais il ne faut faire ces opérations que peu à peu, car si on faisait de trop grands vides à la fois, les arbres produiraient quantité de branches latérales^ leur tronc resterait bas et traversé de beaucoup de nœuds...

Dans toutes les vieilles futaies, il se rencontre beaucoup de charmes, d'érables ou de bois blancs.... qui, dans leur jeunesse, poussent avec force et détruisent peu à peu le chêne, de sorte qu'il semble que la futaie ait changé d'essence ; au lieu que si Ton a soin de retrancher ces arbres do moindre valeur à chaque éclaircissement que Ton fera, — à moins qu'ils ne se trouvassent dans de grands vagues — l'essence de chêne se conservera jusqu'à la dernière exploitation.

(1) Voir entre autres, aux pièces justificatives, la pièce n© 24, article 6.

(2) Seffiis et plantations^ page 402. Nous avons exposé au tome H de cet Qu- 'âge (pages 261 et suivantes) les travaux de Vareune de Fenille sur le sujet des :laircies .

190 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

a Quelque avantageuse que soit la méthode que je viens de proposer pour conduire les futaies, je persiste cependant à croire que l'on a très bien fait de défendre d'exploiter les bois du roi et ceux des communautés par éclaircissement ou en jardinant, parce qu'au lieu d'abattre les arbres faibles et languissants la réforme pourrait tomber sur les plus beaux arbres de la meilleure essence, ou bien on en abattrait une si grande quantité que la futaie se trouverait dégarnie (1). »

Quoi qu'en dise Duhamel^ les coupes d'éclaircie étaient pratiquées dans beaucoup de forêts royales au xviiP siècle, ainsi que dans les forêts des communautés, là où on élevait des futaies.

C4'ost ainsi, par exemple, que, dans la foret de Mormal, pendant tout le cours du xviiic siècle, et jusqu'en 1778, des coupes « d'cxpurgadc » furent régulièrement pratiquées avec une rolation de 20 ans (2) en vue d'extraire des futaies les bois blancs et les bois dépérissants. Dans toutes les forêts la hache repassait plusieurs fois, sinon périodiquement, dans les peuplements en croissance pour en extraire les chablis, bois-morts et dépérissants. Un arrêt du Conseil du 6 novembre 1717 prescrit explicitement ce genre d'opérations dans la forêt de Haguenau. Varenno do Feuille nous rapporte que la forêt do Seillon, peuplée de chêne, était régulièrement éclaircie par les Chartreux qui en furent propriétaires jusqu'en 1789 (3). Les religieux obtinrent du reste fréquemment l'autorisation de pratiquer des éclaircissements dans les cantons en futaie (les quarts en réserve) de leurs forêts. Dans le cours du xvni* siècle les moines de Cîteaux pratiquaient dans leur quart en réserve de véritables coupes d'amélioration portant sur des taillis vieillis surmontés de baliveaux. M. Picart (4) compare avec quelque raison ces

(1) Duhamel n'pôle ici un lieu eommun de son temps en déclarant que les coupes par pied d'arbre et les éclaircies étaient interdites. En réalité, ces coupes étaient non seulement tolérées, mais ordonnées dans beaucoup de forêts domaniales ou de communautés à l'époque où écrivait Duhamel.

(2) D'niirôs un uirmoire de lS35,.si«:né par l'inspecteur forestier à Mormal.

(3) Voir plus Iiaut pafje lî)4.

(4) Op.ci/., pa^re 2:5:2.

opératioQS aux coupes préparatoires que nous pratiquons au< jourd'hui dans les taillis-sous-futaie lorsque nous voulons les convertir en futaie pleine. De nombreuses autorisations d'asseoir des coupes de « nettoiement » dans les quarts on réserve furent accordées par arrêts du conseil, notamment daos les maîtrises de Lorraine. C'est ainsi que la commune do Vassimont fut autorisée, en 1789, à exploiter son quart en réserve « par forme de nettoiement seulement, à la charge... d'y réserver tous les arbres vifs, sains et d'espérance (1) ».

§ 5. — Les conversions de taillis en futaie pleine.

La question de la conversion en futaie des forêts réduites en taillis se posa d'assez bonne heure, dès qu'on voulut réagir contre les abus de ces réductions en taillis qui s'étaient tant développés aux xvi« et xvii® siècles. Le moyen employé était primitivement fort simple : on laissait vieillir les bois pour les « laisser croître en futaie ». Nos prédécesseurs n'avaient pas encore, il y a trois ou quatre siècles, appris par une expérience suffisamment certaine et claire, la différence de longévité et de valeur économique qui distingue ordinairement les rejets de souche des serais. Cette notion ne se dégagea nettement, semble-t-il, que vers le commencement du xviii® siècle.

Lorsque les peuplements de rejets de souche qu'on laissait vieillir dépérissaient sans produire de grands arbres, on en attribuait souvent la cause au sol, « qui n'est pas capable de nourrir de hautes futaies ».

Cependant, petit à petit, au cours du xvii^' siècle, peut-être un peu auparavant,on voit se répandre cette pensée que des recépages (c'est-à-dire des dégagements énergiques) ou des éclaircissements, qui extraient les rejets de souche et découvrent les brins, sont nécessaires au succès de l'opération. Quant on est 1 présence de ces peuplements renfermant suffisamment de

I) Voir aux pièces justificatives le n» 27.

198 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

semis ou de rejets de jeune souche, il est certain qu'on peut, en effet, grâce à des coupes d'extraction répétées, les faire <( croître en futaie ». Cela devient facile dans la partie de notre pays où le chêne provenant du recépage d'individus même assez âgés présente une longévité et une vigueur presque comparables à celles des brins de semence.

Les forestiers du xvii® siècle, moins exclusifs que certains de leurs successeurs, ne pensaient pas que la conversion en futaie pleine fût le seul moyen d'améliorer la production des forêts en bois d'œuvre. Froidour jugeait préférable de multiplier les arbres de réserve au-dessus des taillis, d'allonger la durée des révolutions (1). a Les coupes qu'on pourra faire successivement des baliveaux qui se trouveront dans les ventes fourniront autant de bois que si on les (les peuplements de la forêt) avait laissés croître en futaie pour les couper par coupes réglées, et même avec plus de succès parce que cetle réserve ne contiendra que des arbres d'élite... lesquels étant pris dans des taillis âgés seront élevés et sans branches, comme des arbres de futaie ». Plus tard, après une ou plusieurs révolutions de taillis, pendant lesquelles on aura enrichi la forêt en arbres, u on sera mieux que jamais en état délaisser croître le tout en futaie..., ainsi qu'on le jugera plus à propos. »

Le xviii® siècle ne paraît guère avoir entrepris de conversions. Il était réservé au siècle dernier d'établir, non sans tâtonnements, la méthode que nous suivons aujourd'hui avec des succès inégaux .

§ 6. -• Les futaies résineuses ! Dans les Vosges lorraines on continua, au cours du xviii» siè-

cle, la pratique, déjà ancienne dans la région, du jardinage par pieds d'arbres. Il ne semble pas que les forestiers lorrains

(1) Voir aux pièces justificatives la pièce n» 7.

DE LA RëFORMATION A LA SUPPRESSION DES MAÎTRISES 199

aient jamais eu l'idée de coupes de régénération renouvelant, eo peu d'années, le peuplement de tout un canton.

<c Le caractère de ces exploitations étaitia dosignationd'un certain nombre d'arbres que Ton enlevait chaque année sur toute retendue de la forêt. Il n'y eut jamais de divisions sur le terrain correspondant à ce que l'on appelle de nos jours une période de rotation du jardinage, et cependant la nécessité de rechercher sur de vastes espaces les arbres mûrs pour la coupe annuelle ne fut jamais considérée comme un inconvénient. C'est que les forêts étaient habituellement partagées en séries do contenances assez restreintes, dont l'origine remonte aux marches des scies, dont nous avons déjà parlé. Quelquefois l'étendue de ces marches se trouve indiquée, ainsi les 14.500 arpents de la forêt de Mortagne étaient affectés à cinq scieries, ce qui donne pour chacune un canton moyen de 580 hectares. Ainsi encore la scie Lajus (gruerie de Badonviller) avait un district de o20 hectares. Lorsque pour une raison quelconque une scierie venait à disparaître, on maintenait cependant son affectation sur le terrain, de sorte que les coupes annuelles, ainsi conservées dans les mêmes limites, ne risquaient pas de s'étendre à des espaces trop considérables. Enfin les nécessités do l'exploitation et la pratique des opérations forestières avaient amené les agents à localiser en fait les martelages, même en l'absence d'ordres formels, et à réaliser à peu près ce que Ton obtient aujourd'hui par une rotation régulière.

« Les massifs purs do résineux sont assez rares en Lorraine; fréquemment le sapin se trouve en mélange, surtout avec le hêtre. Dans des forêts ainsi peuplées, la coupe pur pieds d'arbres pouvait certainement s'appliquer aux feuillus aussi bien qu'à l'essence principale. Cependant, dans le cours duxvni^ siècle, on prit l'habitude de scinder les deux exploitations : tout eu continuant le jardinage pour les résineux, on traitait le hêtre au moyen d'assiettes ou coupes par contenance, auxquelles on applique le nom spécial de nettoiements (1)...

(1) Voir aux pièces Justificatives le n» 23.

200 LFS MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

« Les documents que nous avons entre lesraains suffisent pour nous édifier sur Tapplication de la coupe par pieds d'arbres au xvin* siècle. Nous pouvons choisir comme type de mandement, par une exploitation de ce genre, celui des bois de la châtelienie de Rambervillers, en 1730; sur 9.047 arpents do sapinière, on coupera chaque année 6.000 pieds d'arbre, dont moitié qualité de chevrons, un quart de simples et doubles pannes, le dernier quart qualité de troncos. Pour apprécier ce texte, il faut se rappeler que le mot tronce désigne Tarbre fait, d'au moins 15 pouces, soit environ 80 centimètres de diamètre ; la panne double et simple, puis le chevron, correspondent aux diamètres moyens de 13, 10 et 7 pouces. Tous les autres règlements de la même époque sont identiques, pour la forme, à l'exemple qui précède, sauf, bien entendu, des variations très diverses dans la proportion dos arbres appartenant aux différentes classes.

...(( Nous no savons par quels procédés les forestiers d'alors arrivaient à déterminer (les possibilités) : leurs secrets, probablement empiriques, ne nous sont point parvenus. Le résultat dénote une science réelle et une profonde entente des conditions de l'accroissement dans les futaies résineuses (1). »

Pendant que les forestiers lorrains jardinaient uniformément les sapinières, leurs collègues du versant alsacien des Vosges se montraient plus éclectiques dans le choix de leurs méthodes, qu'ils faisaient varier suivant les circonstances surtout dans les forêts du domaine, celle des abbayes et des seigneuries (2).

(1) Les foréls lorraines, par M. Gh. Guyot, pages 327 et suivantes.

(2) Les trait('s de AVeslphalie avaient conservé h la province d'Alsace tous ses droits, usages ctprérogatives, notamment en matière de jouissance etd'administration des forêts. Les maîtrises, établies en 169i à Ensisheim pour la Haute- Alsace, à lïaguenau pour la Basse-Alsace, essayèrent bien de s'emparer de l'administration des Forêts des comraimantés, conformément à rOrdonnance de 1669, mais un arrêt du conseil du 29 novembre 1700 fit défense aux officiers forestiers « de s'immiscer à l'avenir, sous quelque prétexte que ce soit, en la connaissance des matières concernant les bois appartenant aux particuliers, aux communautés laïques et régulières, môme aux bénéficiers de la province d'Alsace ».

En fait, les communautés, au moins laïques, n'y gagnèrent rien, bien au contraire. Les intenlants de la province, avec plus d'autorité encore, et bien moins

DE LA néPORMATION A LA SUPPRESSION DES MAÎTRISES ^01

Les peuplements étaient souvent formés de jeunes bois,gauIis ou perchis sur la majeure partie de l'étendue d'un canton, surmontés d*arbres de moyenne ou grande taille, généralement nombreux, mais cependant isolés ou groupés par bouquets. Ce

de compétence fiiie les officiers des maîtrises, s'emparèrent de l'administration dfs forêts communales et de tous droits de juridiction sur elles. Cette situation fut sanctionnée par un arrêt du conseil du roi qui, en 1142, reconnaît aux seuls intendants (à l'exclusion des maîtrises des Eaux et Forêts, du conseil souverain d'Alsace et des autorités locales) la compétence en matière de police et d'administration des forêts communales.

Ces intendants émirent, en conséquence, en 1148,1749, 1161, 1112 et 1183 une série de règlements pour l'administration et Y aménagement des forêts des communautés. Celui de 1761, dû à de Lucé, proscrivit d'une façon absolue les coupes par pieds d'arbres, dans toutes les forêts, et les divisa uniformément en coupes réglées de taiUis, avec un quart en réser\'e destiné à croître en futaie. Enll831a Galaizière, qui considérait également les coupes par pieds d'arbres comme désastreuses, précisa les instructions de son prédécesseur. « Cette division (en coupes réglées), dit-il, présentait dans quelques forêts une révolution trop rapprochée et inférieure au temps nécessaire pour amener le bois à une hauteur convenable, tandis que les coupes offrent ailleurs une révolution centenaire (que l'intendant trouve trop longue)... » Le règlement de 1183 prescrit que les forêts de plaine seront divisées en 25 ou 30 coupes annuelles, après apposition d'un quart en réserve ; qu'il sera conservé lors de chaque coupe 32 baliveaux de l'âge par arpent, et interdit toute délivTance extraordinaire d'arbres aux habitants. Dans la montagne la méthode d'aménagement est la même, la révolution est seulement portée à 35 et 40 ans.

Ce système d'exploitation était évidemment fâcheux dans les sapinières. Les représentants des communautés ne manquèrent pas de s'en plaindre très énergiquement. L'assemblée du district de Golmar déclare que les baliveaux réservés sont infailliblement renversés par le vent, que, de plus, « le sapin en naissant veut être à couvert des rayons du soleil et ne vient que lorscfuil est ombragé par les arbres voisins i». On oppose aux méthodes imposées par l'intendant celles suivies par les abbayes « qui ont conservé leurs bois au milieu des dégradations dont elles sont entourées, par la seule méthode de jardiner • (.\rchives du Haut-Rhin, 1301, G.) « Si les communautés laïques continuent les coupes réglées... dans les sapinières que tous les reniements des autres provinces prescrivent ne devoir être exploitées çu en jardinant^ il en résultera... la ruine totale des bois » (lettre d'Aigrefeuille à l'intendant de Blair, IIGG). Nous nous garderons de défendre la méthode préconisée par les intendants dans son application aux sapinières. Il est pourtant certain qu'elle constituait un progrès réel sur les exploitations sans frein du passé. Sous le nom de jardinage, celles-ci n'étaient trop souvent qu'un pillage sans contrôle du patrimoine forestier commun par les chefs des communautés et leurs amis. En limitant la coupe annuelle au quarantième de la forêt après avoir distrait préalablement et soustrait à toute exploitation un quart de l'étendue, en s'opposaiit énergiquement à toute délivrance amiable de baliveaux réservés les intendants instituèrent un régime répaeur, eu égard à ce qui s'était passé daiis la première moitié du xviu« siècle. *es plaintes des communautés, ou plutôt de leurs représentants officiels, ient sans doute inspirées au moins autant parla suppression des abus anciens i par rinperfection, réelle du reste, des méthodes nouvelles introduites un 1 témérairement, jusque dans les sapinières, par les intendants provinciaux.

type, qui parattavoir été le plus répandu, devait résulter assez naturellement des extractions d'arbres pratiquées d'une façon plus ou moins intensive aux époques antérieures. On réunissait un nombre suffisant de cantons présentant ce même aspect et on divisait l'ensemble en une cinquantaine d'assiettes annuelles. Chaque année on en parcourait une, enlevant tous les bois dépassant, par exemple, 50 à 60 centimètres de diamètre. Ces coupes provoquaient la naissance de semis, et, lors du second passage, le peuplement se retrouvait dans un état assez semblable à celui qu'il présentait lors de la coupe précédente pour que la même pratique pût se continuer indéfiniment. Là où les gros arbres étaient nombreux on ne les prenait pas tous, subordonnant l'importance delà coupe à la nécessité de ne pas découvrir le sol. Les peuplements n'étaient pas abandonnés à euxmêmes pendant toute la durée de cette rotation de 50 ans séparant les coupes principales sur le même point. On venait « de temps en temps les délivrer de la multitude des bois blancs s'opposant à leur croissance » (1), c'est-à-dire qu'on y faisait des coupes d'amélioration.

Lorsqu'au contraire les peuplements se présentaient sous l'aspect de futaies pleines, équiennes ou à peu près, « la manière d'administration, » comme dit le maître forestier de Ribeauvillé (2), devenait plus délicate.

Après avoir reconnu l'impossibilité pratique de la coupe à blanc suivie d'une régénération artificielle, on avait d'abord essayé de faire des coupes par bandes étroites, allant du haut en bas du versant, et alternant avec des bandes laissées intactes ; mais les dégâts des chablis amenèrent bientôt à renoncer à ce procédé de régénération. On imagina alors le suivant :

On parcourait la parcelle à régénérer en coupant le tiers environ des sapins, avec la précaution d'espacer les abatages le plus possible. On ouvrait ainsi de petites trouées, disséminées

(1) Voir aux pièces justificatives le n» 2J.

(2) Voir aux pièces justificatives le n» 24, paragraphe 42.

çaetlà.Dèsque celles-ci étaient couvertes de serais suffisamment nombreux et élevés, une nouvelle coupe du tiers des arbres restants provoquait l'apparition de nouveaux semis et on continuait ainsi jusqu'à ce que le repeuplement étant devenu complet on pût passer à la coupe définitive. Les documents dont nous disposons ne nous permettent pas de préciser le temps qui était ainsi consacré à la régénération. Il devait être de 25 à 30 ans, ou peu s'en faut. Nous savons seulement que les forestiers de Ribeauvillé estimaient qu'il fallait 50 ans environ pour faire passer à la dimension d'arbres exploitables des perches ayant déjà à peu près cet âge de 50 ans (1). Il en résulterait que l'âge d'exploitation devait être assez voisin d'un siècle et que, la période de régénération s'étendant sur le tiers ou le quart de cette durée, on peut présumer que le quartier en régénération occupait le tiers ou le quart de l'étendue de la forêt, le surplus étant soumis à des coupes d'amélioration. Nous n'émettons là, toutefois, qu'une hypothèse; la a méthode d'administration » était probablement moins précise et arrêtée dans l'esprit des forestiers alsaciens, d'après lesquels nous parlons, que nous ne sommes obligés de la dépeindre pour pouvoir l'exposer clairement.

Les jardinages composés par pieds d'arbres, avec possibilité définie, ont du reste été pratiqués en Alsace, comme en Lorraine, dans le cours du xviii» siècle. Le règlement des forêts de Riquewihr (Haut-Rhin), de 1768, nous montre une forêt taxée à 300 arbres do 20 à 30 pouces do diamètre et à 1.200 tiges do 8 à 15 pouces, pour charpente à équarrir (2).

Dans le Jura, les règlements de Maclot (1727) nous initient à un système sensiblement différent (3). Les forêts sont divisées en 8 à 30 assiettes, le plus souvent 20 ou environ, et chaque année on en parcourt une en abattant par hectare un nombre fixe d'arbres déplus do 3 pieds de tour. La possibilité des arbres

(1} Voir aux pièces justificatives la pièce n» 22.

(2) Voir aux pièces justificatives la pièce n" 20.

(3) Voir aux pièces justificatives la pièce u» 16,

204 LES MÉTHODES FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

correspondait à une coupe de 1 à 3 arbres par hectare et par an. En même temps que celle coupe principale, on réalisait parfois un nombre légèrement supérieur de sapineaux de 2 à 3 pieds de tour. C'est ainsi que, dans la forêt d'Arc, on coupait 600 sapins de plus de 3 pieds et 800 de 2 à 3 pieds à chaque passage. Ce système se rapprochait beaucoup (au mode de possibilité près) de notre jardinage actuel lorsque la durée des rotations ne dépassait pas une dizaine d'années; il s'en écartait au contraire asseznotablement lorsque celle-ci atteignait 30 ou même 40 ans (1).

Les sapinières des communautés de Franche-Comté furent soumises, dès 1730, à un régime spécial imité de celui institué par le règlement Maclot. Elles furent divisées en dix assiettes annuelles égales, destinées à être parcourues par des coupes de jardinage portant uniquement sur les arbres de plus de trois pieds de tour. Ni le nombre, ni le volume do ces arbres, n'était indiqué; le grand-maître devait fixer chaque année leur quantité eu égard à la richesse des peuplements, à leur état et aux besoins des habitants (2). On peut croire, qu'en pratique les exploitations portaient régulièrement sur tous les arbres de trois pieds et au-dessus qu'on rencontrait. Aussi les forêts avaientelles pris, à la fln du siècle avant-dernier, l'aspect de massifs irréguliers de jeunes bois, semis fourrés et gaulis mélangés, sans gros arbres. A l'époque de la Révolution, le désordre s'introduisit dansles exploitations; on cessa de respecter les limites des anciennes assiettes annuelles, les coupes ne se ûrent plus guère que dans les parties les plus rapprochées des villages. Le surplus, rarement visité, se couvrit de vieilles futaies qui se régularisèrent de plus en plus, les gros bois étouffant les bois moyens. Telle est l'origine de ces magnifiques futaies, quasiéquiennes, âgées aujourd'hui de loO à 200 ans environ, que nous admirons dans beaucoup de forêts du Jura : elles proviennent du vieillissement des peuplements irréguliers déjeunes bois

(1) Voir la note de lapiôce justificative n« 16 ci-après.

(2) Voir aux pièces justificatives la pièce n« 11. On remarquera que Farrét du Conseil ne fait pas mention de «]uarls en réî^en'e dans]les sapinières.

DE LA RÉFORMATION A LA SUPPRRSSION DBS MAtTRISES 205

créés par lo régime suivi pendant le xvin* siècle et dont les éléments les plus jeunes ont péri sous le couvert.

D'autre part; les cantons rapprochés des villages se rajeunissaient de plus en plus par l'extraction continuelle de tous les arbres utilisables, et Tabus des coupes y favorisait la substitution de répicéa au sapin. Depuis, ces cantons ont passé à l'état de demi-futaies d'une régularité souvent remarquable.

A la même époque les forêts feuillues appartenant aux communautés dans cette province étaient, en vertu d'un arrêt de 1741, traitées en taillis, à la révolution de 25 ans, après distraction d'un quart de l'étendue destiné à croître en futaie (1). Il s'éleva souvent des conflits sur la question desavoir si les forets, mélangées de sapins et de feuillus, devaient être soumises au régime du règlement de 1730 ou bien traitées en taillis. Dès le commencement du xvni<» siècle, beaucoup de forêts do communautés, autrefois peuplées de sapins, avaient été tellement ravagées par des coupes abusives portant surtout sur cette essence^ la plus précieuse, qu'elles ne renfermaient plus guère que des jeunes taillis de hêtre, coudrier et morts-bois mélangés çà et là de semis de sapin. On les soumit habituellement au traitement en taillis, en prescrivant la réserve systématique de tous les résineux en même temps que celle des baliveaux, conformément à l'arrêt de 1741. A mesure que, sous ce régime conservateur, le sapin redevenait abondant, on finit par recourir à un mode de traitement mixte que nous retrouverons aussi dans les Pyrénées, comme nous l'avons déjà vu appliqué dans les Vosges. Les feuillus sont soumis, dans ces forêts mélangées de hêtre et de sapin, à des recépages périodiques par assiettes ou par contenance, qu'on continue à appeler des coupes de taillis. Les arbres, sapins et hêtres, sont traités en jardinage, sans doute suivant un procédé analogue ou identique à celui du règlement de 1730. Cette situation persista, dans beaucoup de forêts, jusqu'au début

(1| Voir aux pièces justificatives la pièce n» 18.

du siècle dernier, et la tradition en est encore bien conservée dans le pays.

C'est surtout en vue de Tapprovisionnement de la marine qu'on s'occupa de réglementer les forêts des Pyrénées. Les sapins fournissaient do la mâture, les hêtres des avirons et les buis des poulies. Certaines forêts, comme celle d'Irati, furent exploitées pour la mâture dès la première moitié du xvn^ siècle, sous le ministère de Richelieu. Mais c'est seulement sousColbert que ces travaux reçurent une vive impulsion. Les coupes pour la marine se pratiquaient dans toutes les forêts, quels qu'en fussent les propriétaires, en vertu du droit que le roi avait toujours exercé et qui est du reste formellement rappelé par l'article 2 du titre 21 de l'Ordonnance de 1669, Les bois n'étaient enlevés, en vertu même de ce texte, que contre remboursement de leur valeur.

En 1666 nous voyons un certain sieur de Sainte-Colombe, (( directeur de la Compagnie des Pyrénées », chargé de couper des sapins pour les faire parvenir à l'arsenal de Rochefort. Colbert se montre très préoccupé de savoir a s'il pourra remplir ses engagements». Le 2 mars (666,1e ministre témoigne sa joie dans une lettre à l'intendant de Rochefort. <( Vous me donnez une bonne nouvelle !... Sainte-Colombe a réussi à venir à bout des difficultés. . . 60 mâts sont en route pour Rochefort. »

En 1672, un sieur Dumont est chargé de faire des travaux pour rendre flottables les gaves et exploiter les mâts des Pyrénées. Colbert recommande vivement à Froidour d'assister Dumont dans son entreprise. Il veut qu'on fasse un mémoire exact de toutes les forêts, du domaine, des communautés ou des parliculiers qui se trouvent dans la Navarre, le Béarn et la Haute- Guyenne, qu'on en fasse l'arpentage et description, qu'on examine si elles peuvent fournir à perpétuité les mâts et autres bois nécessaires aux arsenaux dont les proportions seront expliquées par Dumont. Il interdit sévèrement d'employer à aucun autre usage les bois propres à la marine: «Je vous recommande biea

particulièrement d'examiaer avec lout le soia et toute Tapplication dont vous êtes capable, tous les moyens de pouvoir conserver et establir dans tout ce pays-là une production continuelle de mâts et autres bois pour Tusage de la marine (1). »

Nous voyons, au cours du xviu^ siècle^ plusieurs compagnies occupées à exploiter des matures pour le compte do l'Etat, mais sans grand succès, semble-t-il. En 1765, le ministère jugea préférable d'exécuter les coupes en régie, au compte du roi. Nous avons eu l'occasion de raconter ailleurs (2), d'après un intéressant ouvrage de M. Pierre Buffault (3), quelques épisodes de ces exploitations, restées fameuses dans plusieurs vallées pyrénéennes. Elles furent nettement dévastatrices pour toutes les forêts qu'elles atteignirent. Tous les sapins utilisables étaient extraits sans aucun égard à l'état dans lequel restait la forêt où il ne subsistait que des arbres sans valeur, et encore ceux-ci étaientils brisés et mutilés par l'exploitation. A la suite des coupes pratiquées par les ingénieurs de la marine, les forêts, rendues accessibles grâce aux chemins qu'ils avaient construits, devinrent la proie du bétail, des incendies, des coupes à outrance. Le hêtre s'était substitué aux sapins sur de vastes étendues, le vacant remplaça la forêt sur des étendues plus considérables encore. Ce n'est que de nos jours, après plus d'un siècle, que ceux de ces massifs sur lesquels a pu s'étendre l'action tutélaire du régime forestier ont retrouvé leur prospérité ancienne et se sont repeuplés de sapins, réapparus sous l'ombrage des hêtres.

Quant au traitement suivi dans les sapinières, eu dehors des coupes de mâture, ce fut toujours le jardinage. Dès 1667, Froideur avaix été envoyé dans les Pyrénées occidentales pour y travailler à la réformation. En 1672, Colbert l'envoie dans le Béarn et la Basse-Navarre et écrit en même temps à l'intendant de Bordeaux, de Sève, pour l'engager à assister le réformateur

1) Lettre du 8 octobre 1672, àFroidour.

2) Revue des Eaux et Forêts, année 1905.

) Forets et gaves du pays d'Aspe. Bordeaux, Imprimerie Durand, 1904,

208 LES MÉTJIODKS FORESTIÈRES d'aUTREFOIS

a lors des premières procédures dans le Béarn, pays très difficile ». Les règlements établis par Froîdour furent sanctionnés par une série d'arrêts du conseil s'étendant jusqu'en 1684. On devait jardiner les résineux, avec interdiction de façonner des pièces de moins d'une certaine dimension (par exemple de moins de quatre cannes, ou vingt et un pieds de longueur avec un demi* pied de diamètre au petit bout, suivant le règlement du comté de Commingesen 1668). En 1702, un arrêt important fut rendu pour l'exploitation des forêts des Pyrénées (1). Les habitants ne pouvaient, dans leurs propres bois, couper aucun arbre de futaie sans autorisation et marque préalable par le grand-maitrc. Les ingénieurs de la marine étaient conviés à assister aux martelages, afin de se réserver les bois qui pouvaient leur convenir, sauf à en payer la valeur « es mains des consuls des lieux ». Cet arrêt ne faisait, du reste, qu'étendre et confirmer celui du 24 novembre 1095, qui avait fait défense à tous les habitants des Pyrénées, depuis Bayonno jusqu'à Perpignan, do couper aucun arbre propre à la marine sans autorisation préalable. Le règlement do 1754 pour la maîtrise de Quillan (2) nous décrit clairement le mode de traitement adopté. On fera, dans les sapinières, « la coupe par pieds d'arbres et par manière d'éclaircissement... les arbres seront pris de manière à ce qu'ils soient suffisamment espacés et que chaque canton demeure garni d'arbres capables de produire de la graine pour le repeuplement... Les officiers auront l'attention... de marquer d'abord les arbres dépérissants et il est interdit d'en marquer aucun moindre de trois pieds de tour ». Aucune possibilité ni aucune durée de rotation ne sont indiquées pour les coupes. Celles-ci constituent, comme on voit, des jardinages tout à fait analogues à ceux qu'on pratiquait à la même époque dans le Jura (3).

(1) Voir aux pièces justificatives la pièce n» 13.

(2) Voir aux pièces justificatives la pièce n» 19.

(3) Un arrêt du Conseil du 6 novembre 1117 ordonna la coupe par pieds d'arbres dans les peuplements de pins sylvestres de la forêt de Haguenau. Il semble pas, du reste, que cette prescription ait été maintenue : les coupes t faisaient certainement par assiettes dans les pins de Haguenau au milieu ' i xviu* siècle.

Le règlement de 1754 est encore inlércssant par le traitement qu'il indique pour les hêtres mélangés aux sapins. Lorsque ces feuillus seront à l'état de futaies (de grands arbres) on en comprendra un certain nombre « suivant la possibilité des forêts » dans les coupes annuelles, sur les mêmes assiettes, de manière à <c faciliter la naissance et la croissance des jeunes sapins ». Lorsque les hêtres seront en sous-étage « garnissant la sapinière par le bas », ils seront Tobjet de coupes spéciales, assises comme les coupes de taillis, à raison d'un vingt-cinquième de la contenance chaque année, avec réserve de 25 baliveaux feuillus par arpent et de tous les semis de sapin. Ces coupes sont intéressantes à rapprocher de celles qui se pratiquaient, à la même époque, sur les feuillus mélangés aux sapins dans les Vosges et le Jura, et que nous avons mentionnées plus haut.

Nous reproduirons encore ici quelques passages extraits d'auteurs non forestiers du xviii® siècle qui ont parlé du mode de régénération des futaies résineuses.

Buffon (en 1739), dans un mémoire souvent cité, dit quelques mots de la façon dont on doit poursuivre la régénération d'un bois de pins sylvestres. « Gomme cette espèce d'arbres ne repousse pas sur souche ni des rejetons au loin (drageons), et qu'il ne se propage et multiplie que par les graines qu'il produit tous les ans, qui tombent au pied ou sont transportées par le vent aux environs de chaque arbre, ce serait détruire ce bois que d'y faire coupe nette, il faut y laisser cinquante ou soixante baliveaux par arpent, ou, pour mieux faire encore, ne couper que la moitié ou le tiers des arbres alternativement, c'est-àdire éclaircir seulement le bois d'un tiers ou de moitié, en ayant soin de laisser les arbres qui portent le plus de graine... »

Voici enfin ce que dit Duhamel (en 1780) dans son Traité des àtnis et plantations (pages 390 et suivantes) : « Il est absolu-

ent nécessaire de n'abattre les sapins que par éclaircissement

Economie forestière. — III 14

210 LES METHODES FORESTIÈRES d' AUTREFOIS

et en jardinant (1). Cette façon d'exploiter est aussi nécessaire pour les mélèzes que pour les sapins, elle peut encore convenir aux pins; mais à Tég'ard de ceux-ci elle n'est pas si importante puisqu'on peut facilement faire des repeuplements de pins eu les semant comme des g^lands.

Nous avons prouvé que Pentretion des forêts de sapins, de mélèzes et de pins^ consiste à conserver dans les exploitations assez d'arbres pour former de l'ombre sur le terrain, et à empêcher que les bestiaux ne ruinent les jeunes arbres qui lèvent en prodigieuse quantité. Moyennant ces attentions les sapinières se perpétuent dans les montagnes des Pyrénées, et sur celles de Puy-en-Velay, où l'on voit de très beaux sapins... Il n'en est pas tout à fait de même des forêts ordinaires (de feuillus); si un peu d*ombre favorise l'accroissement des jeunes arbres qui quittent leurs feuilles (à feuilles caduques), une ombre trop épaisse les fait ensuite périr... »

Ce qui précède suffit à montrer que les éléments d'une théorie complète des coupes de régénération naturelle des futaies étaient réunis dans notre pays dès la seconde moitié du xvni® siècle. Il ne restait qu'à rassembler les données éparses, et à codifier la doctrine en formulant des règles précises et complètes. Si ce travail n'a pas été fait d'abord en France, c'est aux événements politiques, qui vinrent interrompre complètement les études forestières, qu'il faut en attribuer la cause. Il devait être réservé à un étranger, G. L. Hartig, d'énoncer le premier, en une série d'aphorismes célèbres, les règles des coupes de régénération progressives (2).

(1) Dans les pages qui précèdent le passage transcrit ici Duhamel fait ressortir l'impossibilité de reproduire le sapin par des semis ou plantations en plein découvert, les jeunes plants ne se maintenant que sous l'abri de grands arbres.

(2) llartig formula pour la première fois ses « règles générales • dans la première édition de son Aruvelsung zur Ilolzzuchf de 1791. Il recommandait 3 coupes : la coupe d'ensemencenirnt, une seule coupe secondaire, puis la coui>e définitive, en quoi il se montrait sf'nsiblement en retard sur ses contemporain. Plus tard il compléta et aiuéliora sa doctrine, notamment dans son cél bre Lekrbuch fiir Fumter, dont la première édition date de 1808 et la onzièi de 1877.

DE LA RÉFORMATION A LA SUPPRESSION DES MAITRISES 2il

I 7. — Aperçu de quelques méthodes étrangères.

En Allemagne, comme en France, le taillis paraît avoir une origine fort ancienne. Tous les autours mentionnent le cas de la forêt de la ville d'Erfurt, qui aurait été divisée, en 1359, en sept coupes. Ce parait être là, du reste, un fait plutôt exceptionnel. La généralité des forêts allemandes restèrent exploitées saos méthode pendant tout le moyen âge et la première partie de la période moderne.

On jardinait les résineux à peu près sans règle ; dans quelques forêts feuillues on voit pratiquer des coupes par assiette, çà et là, avec réserve de baliveaux. H subsiste cependant des textes qui prouvent qu'on avait eu, dès la fin du xvi^ siècle, ridée de régénérer naturellement par la semence des cantons de forêts résineuses (l),et on mentionne aussi des exemples de forêts aménagées sur un type analogue à nos taillis-sous- futaie vers la même époque (2). Mais ce n'est réellement qu'après la guerre deTrente ans, tout à la fln du xvii® siècle, et surtout dans le cours du xvm*, que l'on commença, en Allemagne, à s'occuper du traitement des forêts.

Les révolutions des taillis, très courtes au moyen âge (7 à 12 ans), furent élevées à 20 ou 30 ans dès la fin du xvi® siècle et au xvu«. On vit même, au xviii® siècle, des aménagements par contenance avec des révolutions de 60 à 80 ans, qui s'appliquaient ainsi à de véritables futaies.

La possibilité par contenance, la seule connue au début, fit place progressivement à l'emploi du volume pour régler la quotité des coupes. On a essayé de faire remonter jusqu'au xvi^ siècle les premières indications de la possibilité par volume, mais ce n'est que vers le milieu du xvm^ que nous voyons apparaître clairement les procédés qui devaient aboutir à la méthode d'aménagement de G. L. Hartig.

1) Règlement pour la forét de la ville de Fribourg (Badc;, de loCl.

2) Règlement pour la forêt de la ville d'Eichstadt, de io9f.

Ce serait un forestier au service du duché d'Eisenach, nommé Bollm, qui le premier aurait eu l'idée, vers 1740, de diviser la durée d'une révolution de 80 ans en 8 périodes égales et d'affecter à la coupe,pour chacune de ces périodes, un canton de forêt choisi de telle manière que la production en matière se maintienne constante pendant toute la durée de la révolution. Les vastes forêts de l'électorat de Hesse, comprenant plus de 168.000 arpents (Odenwald, Spessart), furent aménagées en 1783 par un procédé analogue.

C'est en 1795 que G.-L. Hartig (1), coordonnant les travaux de ses devanciers, Ot paraître son Instruction pour raménage* ment des forêts (2). Voici, très brièvement, en quoi consistait sa méthode.

Après avoir divisé la forêt en parcelle» inventoriées, et fixé une durée de révolution, on divisait celle-ci en parties égales, de 20 ans par exemple. On attribuait à la première période les parcelles les plus âgées, puis successivement les plus jeunes aux dernières périodes. Cette répartition des parcelles se faisait par tâtonnements de manière à rendre constant, d'une période à l'autre, le rendement en matière présumé. Pour calculer ce rendement on ajoutait au volume actuel des bois de chaque parcelle son accroissement jusqu'au milieu de la durée de la période à laquelle cette parcelle était affectée. On avait ainsi la contribution de cette parcelle au revenu; en ajoutant les contributions de toutes les parcelles affectées à la même période, on obtenait la dotation de la période, et ce sont ces

(1) Hartig (Georges-Louis), né en 1764, mort à Berlin, en 1837, comme professeur à l'Université et chef du service forestier prussien. Fils d'un forestier hessois, il fit ses études universitaires à Giessen et entra dans le service forestier en 1785. Dès 178911 réunissait autour de lui des jeunes gens se destinant à la carrière forestière, auxquels il donnait un enseignement professionnel. En 1806, il entra au service forestier du Wurtemberg et passa enfin en Prusse en 1811. Il prit la direction de l'école forestière prussienne en 1821.

[±) Anwelsung zur Taxation derForsten.eic.^ 1" édition en 1795, 2» édition ave^ le titre Anweisuucf zur Taxation und Beschreibung der Fai'steti en 8 volumes I80i et ISOo, 3« édition 1813, 4- édition 1819.

dotations qu'on s'cfForçait d'égaliser d'une période à l'autre (1).

Les accroissements de volume des peuplements étaient fournis par des tables de production.

Hartig ne considérait pas seulement, comme nous venons de le faire, les produits principaux, mais aussi les produits intermédiaires, ce qui augmentait encore notablement la complication extrême de sa méthode.

Cette complication, jointe à l'instabilité inévitable qu'entraînent des prévisions forcément arbitraires d'accroissement futur pour des époques éloignées, fit abandonner la méthode de Hartig dès que celui-ci cessa de diriger le service forestier prussien. Le principe de la division de la révolution en périodes et de la forêt en affectations correspondantes, a cependant survécu et est encore appliqué aujourd'hui dans la plupart des aménagements de futaie pleine.

Pendant que les idées d'où devait naître la méthode de Hartig, qui calcule la possibilité par volume sur la base (Tune durée de révolution y se précisaient on Allemagne, on voit dans les pays de la couronne d'Autriche surgir une autre méthode basée sur la conception foncièrement différente du matériel normal et de l'accroissement.

Le principe de cette méthode est le suivant : Si une forêt possède exactement, comme quantité et répartition entre les diverses classes d'Âge, le matériel normal qui lui convient, étant données les conditions do végétation et la nature des produits qu'on veut en obtenir, on pourra évidemment couper chaque année un volume de bois égal à son accroissement, et obtenir ainsi, à perpétuité, un revenu défini et constant (2).

Si la forêt est anormale, trop riche par exemple, on réduira

(1) La répartition des parcelles entre les dotations des diverses périodes est indiquée dans un tableau divisé en autant de colonnes principales (pie la révoluion comporte de périodes. Ces colonnes reçurent le nom de compavtimenls (en liemand Fach) et la méthode prit le nom de niélhode à compartiments ou ^achwerck, qui est resté dans le langage forestier jusqu'à nos jours.

(2) Voir plus haut, page 03. é

214 LKB MKTHODES FORESTIÈRES D AU:

son matériel en coupant plus que t'accroïss anormalo par suite de la mauvaise proportioi représenlées les diverses claBses d'â^e on ci en portant la coupe sur les bois trop abonda et en ménageant les autres.

Telle est l'idée fondamentale (que nous cl< [>ons sur certains points) de la méthode des nommée parce qu'elle est exposée (ou à peu truction du 14 juillet nSS émanée delà Cha Kammer) de Vienne. L'instruction de 1788 r qu'un moyen d'estimer les forêts en fonds el méthode d'aménagement connue sous le nom larda pas à s'en dégager,dès les premières an

Cette méthode est intéressante non seolei cipe, qui lui a survécu, mais aussi par les pour calculer l'accroissement et le matériel ri on donner une idée rapide en nous bornant les produits principaux.

Les forestiers autrichiens savaient (peut-ê de leurs prédécesseurs français du xviir si< forêt normale, constituant une exploitation d nagée, la possibilité en volume à l'unité d( tant de mètres cubes qu'en comporte l'accroii peuplements exploitables danslaforêl. C'estplcment exploitable, âgé de 100 ans, a un ■ très cubes àl'iiectare, son accroissement mo très cubes, telle sera aussi la possibilité des j par hectare boisé. Appelons la a et soit «I

Le volume du matériel normal est supposi

dire qu'on admet qu'il est, dans la forêt, moil si toute l'étendue était couverte de bois expl

(I) Nous avons oï[>i>-;û et ilisrulfi celle liypotbt-ie 'lan vriiî^e, lipniii is ilu [iiiiï Missdh (|ini,'t!s 3(il et 36(i). No Uni A prn|)os ili^s niiiihuilm d'iimônaiïemenl par volumi

tériel réel dans la forêt étant Y à l'unité de surface la formule des C^niéralistes peut s'écrire, en la réduisant à ce qu'elle a d'essentiel, et en appelant P la possibilité, à l'unité de surface, des produits principaux :

K étant un nombre que les Caméralistes avaient pris arbitrairement égal à riy l'âge d'exploitation, mais auquel on peut donner, comme le fit plus tard Ch. Heycr, une grandeur quelconque suivant la rapidité plus ou moins grande avec laquelle on veut réaliser le matériel surabondant ou reconstituer les forêts trop pauvres.

H. Cotta(I) publia ses premiers écrits sur l'aménagement dès 1804, mais il ne se montre en possession de sa méthode que dans son Instruction (2) publiée en 1820 et surtout dans son Esquisse de ta science forestière (3), qui a paru on 1832. Conservant à peu près le cadre de Hartig, il s'attacha avant tout à prendre la contenance comme base de ses combinaisons. « La contenance, disait-il, est le véritable fondement, la base la plus certaine pour calculer la possibilité des forets et pour apprécier leur état. En pareille matière, les méthodes compliquées sont pour le moins inutiles. )>

Aussi Cotta se contentait-il, pour assurer une dotation égale aux différentes périodes de la durée de la révolution, de leur attribuer des parcelles ayant au total, pour chaque ailcctation,

(1) Heinrîch von Cotta, né en 1763, mort en 18i4 à Tliaïund (Saxe). Il fit ses études universitaires à léna et entra dans le service saxon en 1781). Kn 1810, il fut placé à la tête d'une école professionnelle pour les arpenteurs forestiers, établie à Tharand, à laquelle il annexa dés lors un enseignement forestier. Les cours forestiers, qui n'avaient aucun caractère officiel au début, furent réunis en 1816 à ceux de Tlnstitut topographique, et ainsi se trouva constitué le plus ancien des établissements officiels d'enseignement forestier sous le nom d'Ecole royale forestière de Tharand. Cotta resta directeur de l'Kcolo de Tliarnnd, en même temps que chef du service des aménagemenls en Saxcjiisiiirà sa mort.

(2) Anweisung zur Forsteinrichtunij , elc. 1 vol. Dresde, iNiU.

(3) Grundriss der Forslwissenschaft, Dresde, 1832. La sixième édition de cet ouvrage très connu a paru en 1872.

2l6 LES MÉTHODES FORESTIERES d'aUTREFOIS

des surfaces égales. Lorsque la forêt était trop peu homogène les dilférentes parcelles étaient rangées en plusieurs classes suivant leur fertilité, et celle-ci était exprimée par un coefficient par lequel on multipliait leur contenance géométrique pour obtenir une contenance dite modifiée. Ce sont ces surfaces modifiées que Ton répartissait entre les dotations des différentes périodes.

Nous bornerons là ce bref exposé des principales méthodes étrangères anciennes qu'il est nécessaire de connaître, parce qu'elles ont été le point de départ de plusieurs autres encore employées aujourd'hui dans divers pays.

SOMMAIRE

>'o 1. Règlement pour la gruerie d'Amance (près de Nancy), par Louis

Petit. VS'tH (extrait).

No 2. Procès-verbal de description des forets du comté du Perche et

règlement pour les coupes et administration d'icelles, par le môme.

1561 (in extenso).

No 3. Règlement pour la forêt de Pressigny, par la Table de marbre de

Paris. 1582 (extrait).

>'o 4. Instruction sur la réformai ion des Eaux et Forêts, par Colbert. 10G.3

(extrait).

N'> 5. Règlement pour la forêt de Bellême, par Barillon. 1065 (extrait). .V 6. Règlement pour la forêt de Gaborn, par Froidour. 1667 (extrait). ..V 7. Règlement pour la forêt de (iiroussens, par Froidour. 1067 (extrait). No 8. Règlement pour la forêt de Villemur, par Froidour. 1607 (extrait). N" iK Règlement pour la forêt d(; Boursc'par H. de Marie. 1667 (extrait). N® 9 bis. Procès-verbal de visite et règlement des coupes pour la forêt de

Tronçais, par J. Leféron, 1670 (extrait). N« 10. Règlement pour, la forêt de Braconne, par Froidour. 1674 (extrait). No 11. Règlement pour les forêts du Bord et Longbrel, par J. Leféron.

1088 (extrait).

Nf» 12. Revenu en argent des forêts du domaine avant et après la réfor-

niation de Colbert, de 1660 à 1660 ot do 16S0 à 1689. N'o 13. Arrêt du Conseil sur l'exploitation des bois des Pyrénées. 1702

(extrait).

No 14. Règlement général' des Eaux et Forêts pour la Lorraine, faisant

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