‹ Economie forestière (volume 2)Chapitre 53 sur 99 · CHAPITRE VI LES SÉRIES D EXPLOITATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LES SÉRIES D EXPLOITATION

SOMMAIRE

Définition des séries d'exploitation. Avantages résultant de la formation des séries. Inconvénients de leur multiplication excessive. Règles à suivre dans la formation des séries.

Nous avons défini la série comme une portion de forêt destinée à former une unité économique, une exploitation distincte. C'est aussi, si Ton préfère, une suite complète d'assiettes destinée à fournir des produits principaux pendant toute une durée de révolution.

On donne, en faveur de la formation des séries, les motifs suivants :

1^ On réalise mieux, par leur établissement, le rapport soutenu dans l'ensemble du massif si celui-ci présente des régions de fertilité différente. Au lieu d'une seule unité disparate, on aura dans la forêt plusieurs parties dont chacune séparément sera bien homogène et pourra donner un rendement régulier d'une année à l'autre ;

2^ Il peut arriver que, dans l'intérieur d'une même section, des variations dans la nature des essences ou la qualité du sol entraînent des âges d'exploitation différents. Il est alors nécessaire de former des séries distinctes des parties auxquelles seront appliqués des âges d'exploitation inégaux ;

3" La formation des séries peut être avantageuse pour la commodité du commerce, pour celle des bûcherons, des voituriers. Elle diminue les dégâts de la vidange, facilite la régénération

LES SI^.RIES d'exploitation SSq

naturelle, elc, eQ disséminant les exploitations. Elle corrige ainsi très utilement les inconvénients d'une pratique trop rigoureuse de la coupe de proche en proche dans un grand massif.

Ces avantages sont réels ; la formation de séries est souvent utile, parfois nécessaire, imposée, au moins dans des massifs très étendus, pour les deux premiers ordres de raisons énoncés ci-dessus. Quant aux avantages qui résultent de la dissémination des exploitations on peut les obtenir tout aussi bien sans former de séries ou suites complètes d'assiettes pour toute une durée de révolution, en multipliant simplement des suites partielles de coupes dans l'intérieur d'une série unique. Ce n'est que dans les taillis, où les séries ne comportent qu'un petit nonfibre d'assiettes annuelles, que les conceptions do série et suite de coupes se confondent et que la multiplication du nombre des séries présente ainsi tous les avantages que les auteurs lui attribuent ordinairement (1).

Il faut reconnaître qu'on a parfois exagéré, en France, la division en séries de forêts même assez peu étendues et cette façon d'opérer n'est pas sans présenter de graves inconvénients. Nous signalerons les suivants :

l^Plus on accroît le nombre des séries, plus il devient difficile de les composer normalement et plus les sacrifices d'exploitabililé (2) résultant de leur état anormal deviendront considérables ;

2^ La multiplication des séries entraîne, lorsqu'elle n'est pas imposée, une complication inutile et, par conséquent, fâcheuse des aménagements.

En dehors des cas où l'on se trouve en présence d'une situation établie de longue date, comme il arrive souvent dans de grands massifs où nos prédécesseurs ont formé depuis des siècles des suites complètes de coupes ou séries nombreuses, on ne devrait se décider à constituer des séries que dans les forêts trop peu homogènes pour que le but de l'exploitation puisse être

(1) Voir plus haut, pages 28 à 30.

(2) Voir page 28, pour la dclinltion de ce que l'on entend par sacrifice d'expioitabUilé.

34o LES TRAVAUX PRÉPARATOIRES

partout le même. Le nombre des séries découlera alors tout naturellement dû la diversité des buts poursuivis. Un exemple rendra plus clair ce que nous venons de dire.

La forêt de Haye, près de Nancy, est un grand massif domanial de 6.500 hectares croissant sur les calcaires de l'oolithe inférieure. Il présente, dans son ensemble, trois types dififcrents.

Le plus répandu est celui qui correspond à des sols assez peu profonds, exposés à se dessécher et à se couvrir de morts bois, mais fertiles cependant. Là domine le hêtre, et le genre de forêt à réaliser est la futaie pleine de hêtre avec âge d'exploitation de i20 à 140 ans.

Ailleurs, le sol, très peu profond, ou même superficiel,est impropre à la production de grands arbres^ et ces conditions défavorables peuvent encore être empirées par l'effet d'une exposition chaude. Ces parties doivent être consacrées à la production de peuplements résineux xérophiles, pins d'Autriche, épicéas, fnélèzes, etc., avec des âges d'exploitation de 50 à 70 ans.

Ailleurs, enfin, le sol est exceptionnellement profond; il devient alors frais, et comme il est, de plus, fertile, il convient bien à l'éducation du chêne en haute futaie pleine. Ce type ne se rencontre que sur des cantons dispersés dans toute l'étendue du massif.

Il est naturellement indiqué que, dans un pareil massif, il de* vrait y avoir trois unités économiques distinctes et indépendant tes, trois séries, celle des hêtres, celle des résineux et celle des chênes, et il n'existe aucun motif plausible, à notre avis, d'en former davantage. La division en quinze séries distinctes, adoptée au milieu du siècle dernier et conservée par l'aménagement actuel, n'a d'autre effet que de multiplier les anomalies dans chacune d'elles, rendant ainsi beaucoup plus difficile la réalisation de l'état normal. Il est clair, en effet, que celui-ci est bien plus malaisé à obtenir lorsqu'il comporte la création de quinze unités économiques distinctes que si Tensemble n'en comportait que trois.

Les inconvénients de la formation de séries trop nombreuses

LES SERIES d'exploitation 34 1

sont encore augmentés par la règle que Ton s'impose générale-

ment de les constituer d'un seul tenant et de leur donner des ^

limites bien naturelles, les formant par exemple du bassin d'un

ruisseau, d'un versant de montagne, ou les bornant en plaine au

moyen des routes principales de la forêt. (Voir fig.l2.) Il y a là

une ancienne tradition française, remontant à l'époque où les

forêts étaient divisées en triages exploités au moyen de coupes

par contenances assises de proche en proche. Il y aurait intérêt

à s'en affranchir plus qu'on ne le fait généralement, à moins

que Ton ne se trouve en présence d'une situation déjà établie

de longue date, comme nous l'avons remarqué plus haut.

Les séries d'exploitation doivent être établies suivant certaines règles qu'il nous reste à examiner.

Elles doivent être homogènes au point de vue du sol et du climat .

Elles doivent renfermer, dès le début, des bois d'âges suffisamment variés pour qu'on y puisse pratiquer, sans sacrifices exagérés, une suite ininterrompue de coupes principales annuelles pendant une durée de révolution. Il est évident que ces conditions sont essentielles et doivent primer les autres qui vont suivre.

Il est désirable que leurs contours soient simples, naturellement dessinés par les lignes principales du terrain . Dans le même ordre d'idées il est préférable qu'elles soient d'un seul tenant, ou du moins formées de cantons disséminés importants présentant des limites bien naturelles.

Enfin leur contenance ne doit pas être trop petite. Pour une haute futaie pleine, une contenance d'une centaine d'hectares est déjà faible ; elle peut être beaucoup moindre pour une futaie jardinée ou un taillis. En revanche ces deux dernières formes d'exploitation s'accommodent moins bien de séries par trop étendues, dépassant, par exemple, 400 à 500 hectares, à cause du petit nombre d'assiettes de coupes qu'elles comportent.

Page 1