I. — Méthode combinée
A. — MËTBODE DES AFFECTATlOHâ PCRU&NEIIIES.
AitiicLË rnEMiEn. —Rappel des origines et du principe de la méthode.
A l'époque de la promulgation du Code forestier, en 1827, I03 aménage inenls do presque toutes nos futaies feuillues étaient encore réglés par des arrêts du conseil du roi datant du xvn' et surtout du xviii' siècle.
LES EXPLOITATIONS DK PBUPLBUENTS 35 1
On ne fît que très peu d'aménagements nouveaux sous la République et le premier Empire. On peut citer ceux de la forêt de GrésigDe, de l'an V et de l'an XI ; ce dernier prescrivit des coupes de proche en proche, dont la possibilité, dans la section de Tutaie, était 36 arpents, ce qui correspond à une révolution d'à peu près 93 ans. Un décret de 1804 vise la forêt de Bro* tonne : il ordonne le retour à l'améDa^emenl de 1739 (division de la forêt en 10 séries, dont une en taillis à 25 ans elles autres en futaie à 120 ans; avec exploitation annuelle d'une coupe d'amélioration par contenance — conformément aux errements de 1739 — en vue de favoriser la végétation des chênes Bt des hêtres dans les peuplements). Quelques décrets impériaux, ijui restèrent souvent sans application, règlent des aménagements (Roumare, 1813, etc.), ordinairement sur le modèle adopté ï la Gn du xvui° siècle, caractérisé par la brièveté des révolutions, l'assiette des coupes à tire et aire, et la réserve d'une :tnquantaine d'étalons par hectare, lors de chaque esploitalioa. Sous la Restauration, on fit quelques efforts pour ramener un ardre plus précis dans l'exploitation dos forcis de futaie. Une ordonnance de 1818 divisa la forêt de Londe (Seine-Inférieure, 2.197 hectares chêne, hêtre, charme et bois blancs) en six séries dont quatre (1866 hect.) de demi-futaie réglée à cinquante ans Bt deux do taillis à vingt ans. Au bout de quarante ans de ce régime, le traitement en demi-futaie avait produit 107 hectares Je vides, les peuplements do SO ans se refusant à la reproduction par rejets aussi bien qu'à celle par serais ; les étalons faisaient lureste défaut. Le règlemtint de 1821 pour la forêt de Brotonne îii intéressant (1). La durée de la révolution est fixée à 120 ans |comme en 1739 et en 180i) ; les coupos se font par contenance, le proche en proche; il sera réservé lors de chaque coupe 80 italons à l'hectare, six ans plus tard on viendra en couper 60, le sorte qu'il n'en restera plus que 20 (probablement destinés à
(IJ Brronrd Lorenl^, qui fut le premier diredcur de IF.colo forestîÈre, f?lait Bsptoleor lies fort'ts i\ Camlelnii; en IKiil et s\»cu[ia, dil la Iradiliun, Je raménaemenldesTurëls de Brotonne etdcLyuus.
352 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT
parcourir une seconde révolution, comme le prescrivait Tordonnance de 1669) ; vingt-cinq ans après la coupe de réalisation commençaient des coupes intermédiaires par expurgade et nettoiement des bois blancs. Les coupes principales furent suspendues dès 1825.
En 1824, parut une Instruction su7^ les aménagements y d'origine officielle. Ce document ne renferme malheureusement rien sur la partie essentielle des aménagements ; il s'occupe surtout de la description, fixation et levé des limites ainsi que des formes administratives de ces opérations. On y trouve, à titre de modèle, une sorte de statistique générale de la forêt de Roumare où Ton chercherait en vain l'indication précise et directe du mode de traitement actuel ou ancien de la forêt (1). Notons cependant, aux articles 9 à 13, quelques prescriptions sur la formation des séries d'exploitation ou triages.
En 1826, deux ans après la fondation de l'Ecole forestière, Bernard Lorentz, directeur de l'Ecole, présentait un projet d'aménagement de le forêt d'Amance (2) : celle-ci était divisée en deux séries de taillis simple, à la révolution de 30 ans, le surplus étant destiné à être converti en futaie pleine. En 1828, la section traitée en futaie de la forêt de Perseigne (3.220 hectares) fut aménagée à la révolution de 160 ans ; les coupes de régénération se faisaient encore avec une possibilité par contenance, de même que les nettoiements et expurgades.
Les forestiers français avaient appris à connaître la méthode d'aménagement de Hartig (fixation d'une durée de révolution, formation d'affectations périodiques, emploi de la possibilité par volume) lors du séjour que plusieurs d'entre eux (3) firent
(1) Parmi les tableaux annexes à ce modèle se trouve un règlement d'exploitation pour une série de taillis aménagée à 20 ans. Elle est divisée en 20 coupes dont chacune, suivant l'usage, porte à la fois un nom (la Pierrière, les Rossignols, le Mont-aux-Lapins, etc.) et un numéro. 11 n'est fait aucune allusion à un plan de balivage ni même à l'existence d'une réserve en arbres ou autre.
(21 Une ordonnance du 16 mars 1826 désigne des forêts dans le département de la Meurthe pour être aménagées par les élèves de l'Ecole royale forestière,— La foret d'Amance, dont il est ici question, forme aujourd'hui la !• série de la forêt domaniale de Champcnoux.
(3) Mentionnons, parmi les importateurs en France des doctrines de Hartig :
LES EXPLOITAtlONS DE PEUPLEMENTS ^53
dans les régions alors françaises de la rive droite du Rhin. Ils rapporlèrenl dans leur pays la doctrine de la régénération naturelle par coupes progressives, qui fut appliquée dans les forêts de Senonches, Bellème, etc., dès 1821. La méthode d'aménagement de Hartig n'eut jamais aucun succès de ce côté du Rhin ; sa complication, ses hypothèses» son arbitraire répugnèrent de
Buffévent. Baiidrillart, Zaepffel, Bernard Lorentz. — Buffévent (J.-L.-M.-T., comte de) élailné à Colinar en 1787. Son père, gouverneur de Charleville, émigra à la Révolution et emmena avec lui son jeune. fils, qui resta en Allemagne jusqu'au moment où les émigrés purent rentrer en France. Il débuta dans le service forestier à Strasbourg. En 1842, il était conservateur àAlençon et prit une part active à l'aménagement des forêts si importantes de ce bel arrondissement forestier. Retraité en 1848, il se retira à Strasbourg, où il mourut en 18G0.I1 a publié, dans les Annales forestières, un assez grand nombre de notices dont la plupart sont des extraits de livres ou traductions d'articles de journaux allemands.
Jacques-Joseph Baudrillaht est né en 1774, fils de pauvres paysans, dans le village de Givron (arrondissement de Relhel, Ardennes). 11 partit en n92,à l'appel de la patrie en danger, avec le bataillon des Ardennes, où il devint sousofficier. Nommé ensuite commis aux vivres, il suivit les armées de Sambre-et- Meuse, Mayence, du Danube et du Rhin jusqu'en 1801, époque à laquelle il quitta Je service militaire et rentra en France. Nous ignorons par quel concours de circonstances il fut amené à s'intéresser aux forêts, mais il est certain qu'il fit connaissance en Allemagne avec les doctrines de Hartig, qu'il étudia à fond. Des revers de fortune l'ayant obligé de solliciter un emploi, il entra dans l'Administration des forêts comme traducteur; en 1819 il était chef de division. Une réorganisation des bureaux en 1832 lui fit perdre son grade, ce dont il conçut, paraitil, un chagrin qui hâta sa fin, survenue à Paris, le 2i mai 1832. Baudrillart fut un travailleur, un compilateur, consciencieux et infatigable. On lui doit, entre autres écrits,une Collection chronologique et raisonnée d'arrêts de la Cour de cassation en matière d'Eaux et forêts de l'an VII jusqu'en 1808; les sept volumes (1808-1814) des .4 wna/e5 forestières; un Traité général des Eaux et forêts, chasses et pêches en G volumes in-4», avec atlas (1821-1828), une traduction (assez médiocre) de Vlnstruclion, de G. -L. Hartig (1805), une autre du Manuel de Burgsdorf |deux volumes in-12, 1808); de nombreux mémoires, etc., etc. Son principal titre de gloire résulte de la part qu'il prit à la campagne qui aboutit, en 1824, à la fondation de l'Ecole forestière, et de sa collaboration au projet du Code forestier et à la rédaction de l'ordonnance réglementaire de 1827. Cette dernière, notamment, est presque entièrement son œuvre. Nous savons (par des notes manuscrites de Parade) que c'est surtout à son intlucnce que Ton doit l'adoption de la section 11, art. 67 à 72 de cette ordonnance, où sont recommandés le traitement en futaie et la pratique des éclaircies.
Une notice biographique sur Baudrillart, par Silvestre,se trouve dans le volume de 1832 des mémoires de la Société nationale d'agriculture, compagnie à laquelle Baudrillart avait appartenu.
ZjRpffbl était ne k Colmar, croyons-nous, vers 1770. Vers 1800, il était agent forestier dans le Palatinat ; il partit en mission pour le Hanovre en 1804, avec Lorenlz et quelques autres, pour reconnaître et aménager les forêts de cette province nouvellement conquise. Rentré en France il fut nommé inspecteur général des forêts, puis, après la suppression de cet emploi, conservateur des forêts, d'abord à Besançon, puis à Colmar, où il prit sa retraite et mourut en 184,'). Nous ne connaissons aucun écrit de lui.
Economie forestière. — III. 25
354 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'amÉNAGEMENT
tout temps à Tesprit français, amoureux d'abord do clarté et de sens pratique. Il n'en fut pas de même de la méthode de Cotta, dont la diffusion en France est surtout Tœuvre de Parade, qui l'avait entendu exposer par son auteur même, à l'école deTha*> randt (Saxe), où il reçut, de 1817 à 1818, les leçons du plus illustre des forestiers allemands. Parade fut attaché à l'Ecole forestière de Nancy comme répétiteurdu cours d'économie forestière le 8 février 1825; en 1830, il fut chargé du cours de sylviculture. Il contribua puissamment à la diffusion on France des méthodes d'aménagement de Golta par son enseignement et surtout par la publication du Cours élémentaire de culture des 6oi$^Q\x\Tàge qui porte, avec sa signature, celle de B. LoreQtz,le premier directeur de l'Ecole forestière. Le Cours de culture eut une vogue très justifiée dès son apparition : les deux premières éditions (la seconde n'est qu'une simple réimpression de la première) parurent presque en même temps, en 1837. Laquatrième, la dernière publiée du vivant de Parade, porte la date de 1860. La cinquième, de 1867, fut publiée par A. Lorentz et H. Nanquelto; la sixième, en 1883, par A. Lorentz et L. Tassy.
Ce n'est guère qu'à partir de 1830 que les travaux d'aménagement furent poussés avec activité. De 1827 à 1830, les seuls exécutés suivant les formules nouvelles furent ceux d'un millier d'hectares do forêts des environs de Nancy, aménagés par le Directeur avec l'assistance des élèves de l'Ecole forestière. Les agents du service ordinaire ne paraissant pas en état de suffire à la tâche, on créa, en 1838, des commissions spéciales d'aménagement. De 1830 à 1840, une étendue de 19.000 hectares de forêts domaniales fut aménagée en futaie suivant la méthode de Cotta, que Ton appelait, fort improprement, méthode du réen» semencement naturel et des éclaircies (1), De 1841 à 1850 on
(1) Cette dénomination est mal choisie, parce que nila pratique des éclaircies.ni )e réenscmcDcemcnt naturel ne sont spéciaux à la méthode de Cotta modifiée quo nous décrivons ci-aprîs sous le nom de méthode combinée, avec affectations permanentes. La régénération naturelle par ensemencement se retrouve dans toutes les forêts de futaie, y compris et surtout dans celles jardinées; les éclaircies se pratl(iuent dans toutes les forêts dont 1 âge d'exploitation dépasse une trentaine d'années, quelle que soit leur forme.
Fig. ti. ~ Parade-Soubeirol {Adolphe-Louis-François), né k Kibeauvillé (Hautr Kliîn), le H février 1802, répétiteur à i'Ecole foresUère de Nancy en 1825, sousdirecteur chargé du cours da sylviculture en 1830. Directeui' de l'Ecole en 1838. Mort en fonctions le 29 novembre 1863.
(D'après dea portraits conservés à la Uibliothèque de l'Ecole nationale des Eaux et Foréls, — La signature est un fac-slmilii de celle apposée par Parade en 182fiaubas d'un procÈs-verbal de délimitation do la forêt de Champenoux.)
356 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT
aménagea 85.600 hectares de forêts de TEtat ; en 1853, de nouvelles commissions furent instituées et le travail se poursuivit dès lors avec activité par toute la France.
Une instruction de 1828 (Circulaire administrative n® 163) ne nous apprend que très peu de chose sur l'aménagement des futaies feuillues. On y fait remarquer que l'on ne doit traiter en futaie que les cantons peuplés de chêne et hêtre <( où l'exploitation pourra être reculée jusqu'à 120 ans au moins )>.I1 existe peu de forêts, ditl'Instruction, qui soient susceptibles d'être traitées en futaie dans toutes leurs parties ; mais en revanche presque toutes présentent au moins [quelques cantons où l'aménagement en futaie est possible; « il n'est pas nécessaire, au surplus, que les parties à mettre en réserve (à traiter en futaie) soient toujours d'une seule contenance ni d'une étendue considérable »... a Les agents (forestiers) s'expliqueront sur l'opportunité d'appliquer à ces parties la méthode des coupes par éclaircie, et ils indiqueront approximativement les époques où les éclaircies devront avoir lieu, l'âge auquel devra se faire la coupe sombre ou d'ensemencement, et les intervalles à laisser entre cette coupe, la coupe claire et la coupe définitive. Ces indications s'appliqueront à chaque division ou coupe du massif à réserver en futaie. »
Nous citons ce texte in extenso. Il nous montre qu'en 1828 on considérait le traitement en taillis comme de règle générale pour les forêts mises en coupes ; les futaies sont des réserves, ce qui est une conception bien archaïque, rappelant le temps, antérieur au xvii® siècle, où les futaies, défends réservés, étaient opposées aux forêts mises en coupes. Nous y remarquons aussi une des plus anciennes mentions officielles, à notre connaissance, des coupes de régénération progressives, sombre, claire et définitive pour les futaies pleines.
La méthode de Cotta fut du reste assez profondément modifiée en France. Voici très sommairement ce qu'elle était devenue dès 1860, lors de la publication delà première édition du Cours d'aménagement de Nanquette.(Voir plus haul,page 300.)
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
Après avoir fixé la durée de la révolution, on divise colle' en périodes égales, assez longues pour que l'on puisse, pendi l'une d'elles, régénérer un canton étendu de la forêt (1). ( périodes, dont la durée dépend ainsi du tempérament des ess< ces et du climat local, comprennent ordinairement de vîngl trente, rarement quarante ans. On détermine ensuite quel seront les parcelles à réaliser pendant chaque période, c'est dire qu'on constitue des dotations ou affectations pour chaq période. La division de la révolution en périodes, celles de la rétca affectations correspondantes, est faite d'une manière di nitive, dès le début de raménagcmcnt, et ne doit plus jam être modifiée. Chaque affectation doit être formée d'nn b d'un seul tenant, naturellement délimité, séparé et disting d'une façon permanente des affectations voisines, de façoi former une masse topographique dans la forêt.
La possibilité des coupes principales se calcule par volun comme dans la méthode de Cotta. Les coupes intermédiaïj (d'éclaircie) n'ont pas de possibilité fixée; on se contente d'in quer leur assiette annuelle pour la durée de la période. L' sielte des coupes principales n'est pas déterminée ; elles se fo suivant les besoins de la régénération, sur un point quelconq dans les limites de l'affectation en tour d'être réalisée.
A la fin do chaque période la possibilité est calculée de ne veau d'après le matériel de l'affectation qui vient en tour et i assiettes des coupes d'éclaircie sont réglées à nouveau pour période qui commence.
Article deuxième. — Affe d'exploitation «t révolntlan. L'âge (T exploitation à adopter pour une série de futaie feu
(l| Colta avttil Bj.é la durt-c des périodes en fonrlion de celle des révolutioi ellcdeTait Otrc de Sans puur les rùvoluLiuns de moins de£0 ans, île 10 ods pi les révulutions licSO i\ (iO ariH.eln.OnenseiKiinit dùj^àl'Kcolc Tore s Itère de Xan il ya 10 ans, que la durée dos [lériodcs iluil dépendre du lemps nt'TCKHaire i r*nénéralion. (VoirTraiW de t'imènagemenl, par t\r.iiii]omi>n, IS3G,tomcl.pii);e' Niinquelle. en 1860. recommandait des durées de (HTimles de 20 ii 40 ans el mù davantnge dans les sapinii-rea. (Cours iCumina^ement, pages 101 et tOK.)
358 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aM^NAGEMENT
lue dépend du but assigné à rexploitation et des conditions de végétation locales. Si Ton se trouve dans une forôt propre à la culture du chêne, et qu'on veuille produire des bois d'œuvre de la plus forte dimension possible, la question se posera de déter* miner quel est, sur le point où Ton se trouve, Tâge que les peuplements ne peuvent dépasser sans perdre de leur qualité, quelle est l'époque de leur maturité. Si Ton veut obtenir des bois de hêtre de 0 m. GO de diamètre à hauteur d'homme, on recherchera quel est le temps nécessaire à cette essence, dans la forêt, pour acquérir la dimension fixée. Pour cela il suffira de faire abattre un certain nombre d'arbres de 0 m. 60 et de constater leur âge. Une pareille détermination ne peut être qu'approximative. II se peut que les sujets d'observation, ayant crû dans les conditions où se formeront les produits de l'exploitation qu'on va réaliser^ fassent défaut. 11 n'est du reste nullement nécessaire de fixer d'une façon immuable, dès le début, l'âge d'exploitation. Saconnaissance n'a d'autre but immédiat que de régler, pour un temps, la progression des réalisations à effectuer et il pourra toujours être modifié lorsque l'expérience en aura fait éprouver l'opportunité.
La durée de la révolution est le temps que l'on meta parcourir la série entière par des coupes réalisant la totalité du matériel (1). Il est clair que la durée de la révolution doit, normalement, comporter autant d'années qu'en comprend l'âge d'exploitation, ou, pour parler le langage courant, incorrect, mais clair et commode, que la durée de la révolution doit être normalement égale à l'âge d'exploitation. Mais ce desideratum ne peutêtre réalisé que lorsque le matériel de la série est, dès le début, au moins approximativement normal.
Si ce matériel comporte une quantité excessive de bois qui, par suite de leur âge ou de leur état de dépérissement, doivent être réalisés d'urgence, il pourra arriver qu'on soit amené à abréger la durée de la première révolution. Inversement, lo
(1) Voir plus haut, page 1-4.
LES BXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
défaut de bois exploitable obligera parfois Taménagiste à prolonger aaormalemcat la première révolution des coupes ou même à la faire précéder d'une période supplémentaire d'attente pendant laquelle aucune réalisation ne sera faite.
Cette remarque était utile ici pour éviter une confusion fréquente entre les doux notions d'âge d'exploitation et de durée de révolution. Elles sont, comme on voit, foncièrement distinctes. Il n'en est pas moins vrai quc/dans la grande majorité des cas, la durée de la révolution et l'àgc d'exploitation s'expriment par un même nombre d'années et il est très désirable qu'il en soit ainsi à moins de raisons très graves d'adopter une révolution de durée anormale qu'on qualifie souvent do révolution transitoire ou préparatoire lorsque sa durée diffère de l'âge d'exploitation choisi.
Article troisikmbi — L6 règlement s^énéral d^ezploitation.
La durée de la révolution étant choisie, on la divisera en périodes égales et la série en affectations correspondantes.
La durée de la. période devra être telle que l'on puisse facilement, durant son cours, en même temps qu'on réalise le matériel d'une affectation, obtenir la régénération naturelle de toute la partie parcourue, grâce aux règles suivies pour la conduite des coupes de réalisation. Le temps nécessaire à régénérer naturellement (1) un canton de forêt dépend de diverses circonstances dont les principales sont la fréquence des années de semence et le tempérament du jeune plant de l'essence à laquelle on a affaire. Il est réduit au minimum pour des ecsences à la fois très fertiles et à jeune plant très robuste, comme le pin maritime ou le chêne dans les climats doux. Dans ce dernier cas (du chêne), des périodes de 16 à 20 ans peuvent convenir. Il atteint son maximum dans les essences dont le jeune plant est délicat) et sous les climats rudes qui rendent les années de semence espacées.
(1) Cest-à-dire au moyen des semences fournies par les peuplements en osance.
36o LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT
Pendant une période de durée fixée, une affectation entière, de contenance déterminée, sera réalisée. L'assiette des coupes est donc réglée sommairement par contenance pour la durée de la révolution : on a arrêté en bloc l'étendue à couper pendant des périodes de temps égales successives. Ce règlement sommaire sera d'autant plus étroit, plus précis, que la durée de la période sera moindre ; ordonner qu'on coupera sur 50 hectares en 20 ans est évidemment beaucoup plus précis que de prescrire qu'on coupera sur 100 hectares en 40 ans. Le rôle de la contenance, dans notre méthode combinée, sera, en d'autres termes, d'autant plus considérable pour le règlement des coupes que la période sera plus courte, et, consécutivement, l'affectation moins étendue. C'est dire que nous avons intérêt à adopter des durées de périodes aussi courtes que les circonstances le permettent, afin de réaliser le plus complètement possible les avantages inhérents à l'emploi de la possibilité par contenance. Nous avons suffisamment indiqué ce point de vue dans la première partie do cette étude pour pouvoir nous dispenser d'y insister ici (1). Nous avons notamment fait remarquer que toutes les fois qu'il paraissait impossible do fixer la durée de la période au-dessous d'un maximum d'une trentaine d'années la méthode que nous exposons ici présentait plus d'inconvénients que d'avantages et qu'il devenait même parfois préférable alors de renoncer à constituer la forêt en exploitation de peuplements. Il faut cependant observer que l'on doit, pendant la durée de la période, pouvoir régénérer un groupe de parcelles parfois assez étendu, ce qui peut, sans doute, exiger un temps sensiblement plus long que celui qui serait nécessaire, en moyenne, pour un peuplement déterminé parce qu'il n'est pas toujours ^possible d'entamer toutes les parcelles à la fois.
On donne aux périodes successives une durée égale parce qu'il est plus simple et plus commode qu'il en soit ainsi, et qu'il
(i) Voir Dixième Etude, Impartie, chapitre m, § 2, II (page 304).
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
n'existe, a priorij aucun motif de faire autrement. Ce n'est que dans le cas d'anomalies graves dans la constitution du matériel de la série que l'on pourra déroger à cette règle, comme on le verra plus loin. Nous avons dit que la durée de la période est une fraction, un sous-multiple de la durée de la révolution. Pour pouvoir diviser commodément cette durée en parties égaies on est parfois conduit à adopter des longueurs de révolution qui sembleraient bizarres au premier abord : par exemple, 144 ans lorsqu'on veut former 8 périodes de 18 ans ou 6 de 24 ans ou encore 4 de 36 ans. Pour une raison toute semblable, il est commode que la durée de la période soit un multiple de la durée de rotation des coupes d'amélioration, quoique ce desideratum n'ait pas une importance considérable, ni vraiment réelle.
La formation des affectations périodiques s'effectue ensuite. Pour y arriver il convient de commencer par ranger toutes les parcelles de la série dans Tordre où elles devront être réalisées. En tête de cette liste se placeront naturellement les peuplements dépérissants, malades, viciés, qui doivent disparaître tout d'abord. Puis ceux ayant encore de l'avenir, par rang d'âge. Un pareil classement est toujours délicat à faire. La difficulté de prévoir l'ordre de réalisation des peuplements de la série d'une manière qui ne risque pas d'être contredite plus tard par d'autres appréciations ou des accidents imprévus constitue une objection grave et fondée contre la méthode que nous exposons, telle du moins qu*on la pratique encore généralement en France.
Le classement des parcelles étant opéré, on peut procéder à la formation des affectations.
On attribuera à la première période les parcelles placées eu tête de la liste jusqu'à concurrence du cinquième de l'étendue de la série (si l'on a, par exemple, divisé la révolution en cinq périodes) ; les parcelles suivantes jusqu'à concurrence d'un nouveau cinquième serontaffectées à la deuxième période et ainsi
362 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAQEMENT
de suite. On aura ainsi une première ébauche de ce qui deviendra, après les remaniements dont nous allons parler, le règle* ment général (TexploUaliony c'est-à-dire le tableau qui indique les dotations périodiques.
Les affectations, ou dotations des périodes successives, doivent, en principe, être égales en contenance parce que, les périodes étant égales en durée, il est nécessaire qu'il en soit ainsi pour que le rapport soit soutenu d'une période à l'autre. Il y a pourtant un cas où les exigences même du rapport soutenu obligent à former des affectations de contenances différentes. C'est celui où les divers cantons de la série présentent des inégalités notables au point de vue des éléments fixes de la production, sol ou climat. On rend alors les affectations équivalentes en augmentant la contenance de celles qui renferment des parties moins productives (1). Cette augmentation se fait à vue, à restime,sans employer de ces coefficients de fertilité autrefois en usage et souvent encore employés à l'étranger : de pareils procédés ne présentent qu'une apparence illusoire de précision. Us sont en réalité tout aussi arbitraires et moins simples que l'appréciation directe.
On évitera d*adopter des inégalités de contenances pour les affectations en les motivant par des irrégularités tenant aux peuplements. Il serait mauvais, par exemple, d'augmenter la contenance attribuée à la première affectation si la forêt, très riche en bois moyens, est très pauvre en vieux bois. Ce serait créer une anomalie permanente (les affectations devant rester invariables) pour remédier à une irrégularité qui disparaîtra. Il vaut bien mieux, dans des cas semblables, recourir à Tune des combinaisons que nous examinerons ci-après lorsque nous nous occuperons spécialement des anomalies qui peuvent se présenter dans la quantité ou la disposition du matériel.
(1) Il parait superllu de faire remarquer que les contenanceB envisagées ici sont les contenances boisées ou susceptibles de l'être, abstraction faite des rochers, marais, cours d'eau, routes, pépinières, maisons, etc.
LES EXPLOITATIONS DE PEUPLEMENTS
Cette première ébauche d'un règlement général devra être remaniée eu vue de satisfaire aux conditions suivantes :
10 On veut que les affectations soient d'un seul tenant ; 2^ On veut qu'elles soient naturellement délimitées ;
3^ On veut qu'elles se suivent sur le terrain dans l'ordre de progression des coupes, c'est*à-dire que la première soit au Nord-Est de la deuxième, celle-ciau Nord-Est de la troisième et ainsi de suite.
Ces conditions imposées à la formation des affectations sont la conséquence naturelle du fait qu'on les considère comme permanentes, établies d'une façon immuable, définitive. On veut qu'elles constituent dans la forêt des unités topographiques, des blocs naturels, distincts entre eux. Elles seront donc d'un seul tenant et leurs limites coïncideront avec les lignes naturelles les plus apparentes, les crêtes, les thalwegs,les principales voies de vidange. On veut enfin pouvoir suivre rigoureusement les règles d'assiette en faisant progresser les coupes dans le même sens pendant toute la durée do la révolution .
11 est évidemment très difficile, impossible en général, de satisfaire à la fois à toutes les conditions de la formation des affectations.
Si la forêt n'a été parfaitement régularisée autrefois par des coupes égales, assises de proche en proche par nos prédécesseurs, la première ébauche du règlement général présentera des affectations morcelées, renfermant des parcelles disséminées çà et là. Il faudra donc remanier ce règlement provisoirement établi, en se résignant à des sacrifices d'exptoitabilité. L'art de l'aménagiste consistera à trouver les combinaisons les moins onéreuses, et à voir sur quels points il devra de préférence faire porter les concessions.
La condition la moins importante à remplir est celle relative à l'ordre dans lequel les affectations doivent être cmplacées sur le terrain.
On peut aussi consentir, surtout en plaine, à donner aux affectations des limites qui ne coïncident pas exactement avec
364 LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNA&EMENT
les principales routes existantes, sauf à ouvrir sur une plus grande largeur, par exemple sur quatre mètres au lieu de deux, les lignes de parcelles qui deviennent des lignes â! affectations (séparatives des affectations).
On renonce moins volontiers à former les affectations d'un seul tenant. Nos prédécesseurs immédiats surtout, les forestiers du commencement de la seconde moitié du siècle dernier, s'attachaient extrêmement à ce desideratum de l'affectation en bloc (1). On n'y peut satisfaire qu'au prix de sacrifices d'exploi-
(4) La conception des affectations permanentes d'un seul tenant ne se rencontrait pas dans la méthode de Cotta importée en France par Parade ; il n'en est pas non plus question dans la première édition, de 1837, du Cours de culture, ni même dans la quatrième, datée de 1860. Elle n'apparaît qu'assez timidement dans une note de la cinquième édition de cet ouvrage (page 196), édition publiée en 1867, après la mort de Parade, par A. Lorentz et II. Nanquette. C'est,croyonsnous, L. Tassy qui le premier, dans ses Eludes sur l'aménagement (l'« édition, 1858, page 186), recommande d'asseoir, dans la série, les coupes de proche en proche plutôt que dans Tordre indiqué par Texploitabilité lorsqu'il y a conflit entre ces deux indications. « Quelle que soit la perte (qui en résultera) il faut considérer qu'elle est subordonnée à des circonstances transitoires, destinées à disparaître, ordinairement, après la première révolution... Les pertes qui résulteraient de la non-application des règles d'assiette tiendraient, au contraire, à des causes permanentes et se reproduiraient à chaque'révolution. » Après L. Tassy, Nanquette, dans son Cours d* aménagement y de 1860, a imprimé : « Pour remplir, les conditions principales de l'assiette des coupes, il faut que les coupes se succèdent de proche en proche, d'où cette conséquence que chaque alTectation doit être formée autant que possible de parcelles ou de groupes de parcelles d'un seul tenant (page 107). » Le bon sens des agents forestiers ne tarda pas cependant à se révolter contre l'erreur évidente d'un système qui impose des pertes sérieuses certaines et actuelles à la génération présente en \ue de la réalisation, plus que problématique du reste, au profit de nos successeurs, dan-s un siècle ou deux, d'un état idéal dont ils ne se soucieront pas plus que nous ne nous soucions de celui qu'avaient conçu nos prédécesseurs, du xviii® siècle. Aussi, L. Tassy, avec son ardeur de polémique habituelle, écrivait-il, en 1887 {l'Aménagement des forets, 3« édition, page 248) : « Les exigences des règles d'assiette peuvent faire coUoquer dans une alTectation des bois plus jeunes ou plus âgés qu'il ne faudrait... la réorganisation de la forêt et les grands avantages qu'on a le droit d'en attendre pour l'avenir le veulent ainsi. Il semble que ce sont là des principes auxquels il n'y a rien à objecter, et pourtant que d'étonnement ne provoquent-ils pas tous les jours! Il n'est pas rare de voir des forestiers (qui)... ne comprennent pas qu'au-dessus des besoins du peuplement il y a ceux de la forêt. . . Mais il est évident que si l'on ne consultait, pour se diriger dans le martelage d'une coupe, que l'état actuel du peuplement, on ne pourrait ({ue perpétuer le désordre dans une forêt, ou l'y mettre s'il n'y était déjà... Les agents (forestiers praticiens, par opposition aux aménagistes) n'ont pas toujours l'intelligence des sacrifices qu'il convient de faire à la régularisation de la marche des coupes » Cette citation prouve surabondamment que, dès l'époque où L. Tassy
écrivait, les forestiers étaient assez généralement d'accord pour condamner le cadre trop étroit des aménagements de leur temps.
LES EXPLOITATIONS DE PBUFLRMEXTS û65
)uveiit très lourds lorsqu'il cxislo ce qu'on appelle des s de position du matériel.
înue dans une certaine mesure ces sacrifices il'exploiar la pratique des virements ou transferts. Voici ce tend par là.
lOQB que, pour former d'un seul tcuant l'alfectation entour, on ait cLc conduit à y englober une parcelle A de •es dont l'âge actuel n'est que de 80 ans, alors que l'âge alion étant de 120 ans, et les périodes au nombre de g-c minimum des bois aPFoctés à la première périoile trc de 96 ans. S'il se trouve, dans la dotation de la dcuiriode, une parcelle B, do même contenance, âgée do 80 ans, soit do 90 ans, par exemple, on effectuera un ( en décidant que, par dérogation au règlement gcaéral, lie A sera réalisée au début de la ileuxième période, e de 104 à 116 ans, par conséquent, tandis que la paren compensation, le sera dès la fin de la première, ire entre 102 et 114 ans.
céments ne sont prévus d'une façon ferme et obligatoire nt qu'ils intéressent la période en cours, et no se font te période à la suivante (par exemple de la première à de ou à la dernière) en vue d'éviter des complications dans le règlement général. Ceux qui concernent les
ultérieures ne sont mentionnés qu'à titre d'indication nt.
rements ainsi pratiqués tendent à permettre, comme on pplication régulière du règlement dans lo cours de la
révolution, mais ils compliquent l'aménagement de la e et rendent illusoire, pendant sa durée, le règlement qui ne subsiste plus qu'à titre d'indication do tendance
très lointain avenir. En d'autres termes, ils font sacridre et la clarté dans le présent à la promesse, néccssai-
léméraire (t), d'un ordre plus parfait et d'une clarté
luir de béiiùiicici' dans un sitclc J'unc nii.'::i]ri.' ila (juciru ilu oullcï 411c
LKS TRAVAUX ESSENTIELS DE L AMENAGEMENT
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plus grande à obtenir dans l'avenir... dans un siècle ou deux. Cela suffit à montrer leurs inconvénients et à justifier la recommandation de n'y recourir que dans la mesure absolument imposée.
Ce qui précède s'applique aux anomalies de disposition des peuplements telles qu'elles résultent d'une application rigoureuse des règles d'assiette. Il peut s'en rencontrer de plus graves tenant à la quantité du matériel ou, ce qui est la même chose, à une anomalie dans la représentation des diverses classes d'âge, dont les unes sont surabondamment et les autres insuffisamment distribuées dans la série. Ces anomalies graves résultent parfois surtout d'une multiplication excessive du nombre des séries, et il serait facile de les rendre beaucoup plus rares en ne formant de séries distinctes qu'autant qu'il est vraiment nécessaire (1).
Supposons, pour prendre un exemple, une série d'une contenance de 120 hectares, pour laquelle on a choisi un âge d'exploitation de 120 ans. Elle devrait renfermer normalement, si l'on veut adopter une durée de révolution de 120 ans divisée en cinq périodes :
24 hect. de bois âgé de 97 à 120 qui formeront la réaffectation, 24 — 73 à 96 — II« —
24 — 49 à 72 — IIP —
ye
11 peut arriver que, les vieux bois faisant défaut, l'on ait : 14 hectares seulement de bois de 97 à 120 ans, 24 — — 73 à 96 —
nous examinons iri c<{ doublement témdraire ; d'abord parce qull se produira riitaint nient des aeciilenls imprévus qui rendront vaines les combinaisons faites, et ensuite parce que, quand môme elles aboutiraient, il est encore certain (jufî nos successeurs, ([ui n'auront plus le môme idéal forestier rpie nous, ne prulite l'ont pas de la situation que nous aurons préparée. Mj Voir i»lus haut, pa^es 331) à 341.
24 hectares seulement de bois de H à 24 ans. 10 — — 1 à 10 —
Il y a ià une anomalie par insuffisance de matériel. On ne pourra évidemment établir Télat normal qu'en réduisant la coupe pendant quelque temps, en réalisant moins que l'accroissement que l'on prendrait dans une forêt normale. Il est tout indiqué, au cas particulier, de consacrer la première période à la reconstitution du matériel en lui affectant les iO hectares de bois de i à 10 ans, qui ne seront réalisés qu'en seconde révolution. Les dotations des périodes successives seront formées comme suit :
10 hectares de bois de 1 à 10 ans. 14 — 97 à 120 —
P période