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I. — Généralités

Lors de la fondation de l'Ecole forestière, en 1824, nos forets feuillues étaient soumises depuis des siècles au régime des coupes par contenance avec réserve de baliveaux. Elles se présentaient, partout où la durée de révolution des coupes était inférieure à une cinquantaine d'années, dans un état analogue : comme des suites de peuplements d'âges gradués de proche en proche, formés principalement de rejets de souche, surmontés d'un nombre variable, souvent assez important, au moins dans certaines provinces, de grands arbres épars, d'âges divers.

Lorsque nos prédécesseurs du xvm® ou des premières années du xix^ siècle avaient à décrire de pareils aspects de peuplements

ils les qualifiaient de futaies et taillis dessous (\), futaies sur taillis (2), taillis avec réserves de futaie (3), taillis sous futaie {i)y par opposition aux taillis pleins f5) ou aux futaies pleines. Ces mots désignaient des aspects de peuplements, et non pas des modes de traitement. Souvent aussi, notamment en Lorraine, lorsque les arbres étaient nombreux, la forêt était qualifiée de futaie, moyenne ou haute, suivant le nombre et la grosseur des arbres.

Ce type de forêts provenait, nous l'avons vu, de deux origines distinctes. Tantôt c'étaient d'anciens taillis^ qu*on avait traités avec des révolutions de 10 ans ou moins encore au moyen âge, et dont l'âge d'exploitation avait été élevé jusqu'à quinze ou vingt ans au dix-septième, et très généralement fixé à vingtcinq ans durant le dix-huitième siècle. Tantôt c'étaient d'anciennes futaies pleines dont l'âge d'exploitation avait été abaissé progressivement de 200 ou 150 jusqu'à 60, 50, 40 ans^ tant pour augmenter le revenu en argent des coupes que pour faciliter la formation des renaissances, par l'appoint de rejets, en Tabsence de semis suffisants.

Toutes ces forêts furent confondues par les premiers professeirrs de la science forestière en France sous le nom do taillis composés ou taillis sous futaie y et ce terme désigna dès lors un mode de traitement spécial que l'on trouve parfaitement décrit dans le Cours de culture de Lorentz et Parade en 1837.

Le mot tailliSy nous l'avons déjà fait remarquer, a pris sa signification actuelle vers 1825 et c'est, croyons-nous, Baudrillart qui l'a employé le premier avec le sens qui fut du reste adopté par l'enseignement officiel dès son début. Les mots taillis sous futaie paraissent avoir été employés pour la première fois, comme désignant un mode de traitement des forêts, par

(1) Procès-verbal d'aménagement de la forêt de Senonches, par A. Chaillou,

(2) Ibidem et DicUonnaire forestier de Dumont (an XI, verbo futaie) ou encore Dralet, Traité d'aménagement^ 1807.

(3) Dralet, ibid., et 2* édition, 1812.

(4) Chaillou, loc, cit., 1781.

(5) Taillis plein est synonyme de taillis simple.

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Lorentz. On chercherait en vain ce terme dans le dictionnaire de Dumont (an XI), lequel décrit comme un « système d'aménagement » la futaie sur taillis qui comporte la division de la forêt en vingt assiettes annuelles au moins et cinquante au plus; lors de chaque coupe, on recèpe les taillis et on coupe une partie des arbres en réservant 60 baliveaux de l'âge, 20 modernes, 12 anciens, 8 vieilles écorces,plus tous les arbres propres à la marine {Dictionnaire forestier y tome II, page 78). Il n'est pas non plus question du taillis sous futaie comme mode de traitement dans le dictionnaire de Baudrillart (1825). Ce terme est employé par Lorentz avec son sens actuel, dans le procès-verbal d'aménagement de la forêt de Champenoux (1826) et voici ce que nous lisons dans les notes du Cours de sylviculture professé par le même Lorentz en 1830 :

(( On appelle taillis des forêts dont l'exploitation se fait par coupes réglées et dont la régénération se produit par les rejets des souches et des racines. On les exploite à différents âges depuis dix jusqu'à quarante et même cinquante années, mais pas au delà.

<r Ce genre d'exploitation peut être divisé en deux ordres, l'un appelé taillis simple^ l'autre taillis composé ou taillis sous futaie (1). »

Les torêts constituées en forme de taillis sous futaie, forme dont nous venons de rappeler rapidement la genèse, réalisent des exploitations mixtes, ou plutôt présentent deux exploitations, sinon indépendantes, du moins nettement distinctes; celle du taillis^ qui est une exploitation de peuplements, et celle de la réserve, qui est une exploitation d'arbres.

Ce type^ dont on connaît les avantages^ convient surtout aux

forêts des terrains frais et fertiles, dont la réset^ve est formée

de chène^ le taillis de charme et de bois blancs. Les forêts où

le hêtre domine conviennent înieux au traitement en futaie {2).

(1) Manuscrit conservé à la Bihliollirquc do l'Ecole forestière.

(2) De même les forets de chêne en terrain siliceux conviennent mieux au irai-

LES EXPU)ITATIONS HIXTES 4^5

si dans ce çui va suivre envisagerons-nous toujours le cas le réserve constituée en chêne.

n'est pas inutile, quoi qu'il paraisse, de faire remarquer que B n'appelons taillis sous futaie qu'une forêt destinée à pro* re du laillis en même temps que de la futaie (1). Celle dans ■elle les arbres se touchent, annihilant lo taillis, n'est plus un lis sous futaie. Nous ne discutons pas ici son mérite, sa ification, nous lui dénions seulement la dénomination de taillous futaie et môme celle A% futaie sur taiilis, ([a'on a voulu appliquer, en faisant revivre une expression ancienne da -e langage technique. C'est un type différent, d'où le taillis absent, auquel on a abouti par des balivages qui ont opér6

véritable conversion en futaie.

l'exploitation de peuplements, lo taillis, a son règlement par

tenance tout à fait semblable à celui des taillis pleins ou

pies,

l'exploitation d'arbres peut s'aménager avec l'emploi d'une

sibilité par pieds d'arbres ou par volume ; son règlement

>pelle le plan do balivage.

H. — Règlement d'exploitation du taillis.

l'&ge d'exploitation des taillis ne peut pas se fixer comme s tes taillis pleins ou simples sans autre considération que e de leur rendement propre. Il faut encore tenir compte de duence qu'aura la durée de la révolution sur le recrutement a réserve, laquelle fournit la majeure partie du revenu (2) et stitue ainsi l'élément principal de la forât. Nous avons, au ,it de vue des relations entre le recrutement de la réserve et

■nt en Tulaie fi moins que le terrain ne se rapproche, par ses propriétés phyes, des lerrnins ar{;ilpu\.

« Le noHilire lii's baliveaux ÏL réserver doit fitre l'fglê de manière que le ■ert ([Ui en rOaulle ne puisse compriinicltri; la eroissance et la reproiluction liiillis. » {Cours de culture, pa^e 36b.)

Iluu!) un bon taillis sous futaie, rictic en réserve, les arbres fournissent eux tiers ou uiëuio les Iruis quarts du revenu, surtout K*il s'agit de forCts ilu

LES TRAVAUX ESSENTIELS DE l'aMÉNAGEMENT

la durée de la révolution et des taillis, à examiner séparément les deux questions suivantes :

i^ La production de semis de chêne et leur conservation jusqu'au moment du balivagre, d'où dépend le recrutement de la réserve ;

2^ Les qualités de forme des baliveaux, d'où dépend leur aptitude à devenir, avec l'âge, des arbres de choix, fournissant des bois d'oeuvre recherchés.

Les semis ne peuvent s'installer, dans les taillis sous futaie, que lorsque les glandées, souvent fort espacées, coïncident, à un très petit nombre d'années près, avec l'époque d'une coupe (1). Cette coïncidence sera naturellement d'autant plus rare que les coupes seront faites avec de plus longs intervalles. De plus les semis qui viendraient à se produire disparaissent à peu près inévitablement sous la pression et le couvert des taillis dans le

(1) Le petit tableau ci-dessous est destiné à montrer Teffet de la glandée de 1855 sur l'enrichissement en chênes des coupes de la forêt domaniale de Champenoux (Meurthe-et-Moselle) qui ont été exploitées en taillis sous futaie de 1851 à 1853 (nous n'avons pas de chiffres pour les années 1855 et 1856).

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