VI PRÉFACE
L'Economie forestière, de son côlé, confine aux sciences malhémaliques, juridiques et politiques. Aux mathématiques elle emprunte les procédés de mesure des grandeurs matérielles qu'elle considère. Les sciences juridiques interviennent pour définir les conditions de la propriété et celles de la jouissance de l'homme sur ces biens d'une nature si spéciale que forment les forêts. Les sciences politiques envisagent la sauvegarde des objets d'intérêt général; or, les forêts présentent le caractère d'utilité publique à un degré éminent et à divers points de vue.
La délimitation exacte du domaine de l'Economie forestière est impossible à tracer. C'est ainsi, par exemple, que l'existence d'un régime spécial, dit régime forestier^ auquel sont soumises dans notre pays les forêts publiques se justifie d'abord par la difficulté, toute particulière aux forêts, de distinguer le capital, qui doit rester intact, du revenu qui doit être livré à la jouissance du présent. Cette distinction, aussi délicate qu'indispensable, ne peut être faite que par des hommes désintéressés et compétents; elle ne peut avoir de sanction que grâce à la surveillance et au pouvoir coercitif de l'Etat. L'étude du régime forestier, qui réglemente rintervention de l'Etat dans la gestion des forêts publiques, communales et autres, se trouve ainsi intéresser l'économiste . D'autre part le régime forestier est défini par un ensemble de textes législatifs et de règlements : à ce litre, son étude rentre dans la spécialité du juriste. Aux siècles antérieurs surtout, la législation et l'économie forestières se confondaient à peu près complètement dans les textes des ordonnances forestières; notre Code forestier actuel et son règlement d'application renferment encore maintes dispositions
qui sont du domaine de TEconomie forestière ou même de la Sylviculture. Entre les sciences forestières et juridiques la frontière est souvent des plus indécises; je n'ai pas craint de la franchir largement.
J'ai fait aussi une grande place, cependant moindre encore que je ne l'eusse désiré, à la partie historique de mon sujet. L'étude du passé, en matière de forêts plus peut-être qu'en toute autre, est non seulement intéressante, mais aussi indispensable à Tintelligence exacte du présent. Malheureusement nos connaissances en archéologie forestière sont encore très réduites, malgré quelques publications récentes au premier rang desquelles se place l'ouvrage (1) de mon maître, M. Guyot, dont les conseils m'ont encouragé à développer cette partie de mon travail.
Je pourrais, au reste, invoquer de nombreux précédents, s'il était utile de justifier davantage les excursions sur des domaines voisins que constituent quelques parties de la première série d'études que je présente au public forestier. Dans son Traité d'Economie forestière^ ouvrage si remarquable à plusieurs titres, Puton, un des esprits les plus distingués que la France forestière ail possédés, a largement excursionné sur le terrain du droit qui, du reste, lui était familier. De môme Clavé, dans son excellent petit ouvrage (2), vieilli, mais encore bon à lire, de môme encore bien d'autres à l'étranger.
Enfin je ferai remarquer que ce n'est pas un Traité que j'ai entrepris d'écrire, mais une série d'Etudes détachées. Le caractère d'un pareil ouvrage comporte, bien plutôt que
(i) Les Forêts lorraines avant 178g. Nancy, 1886. (2) Etudes sur r Economie forestière, Paris, 1862,
PREFACE - VII fj
■fi
VIÎI PRéPACB
tout autre, des digressions qui ne renlreraîenl pas dans le cadre plus strict d'un traité didactique.
Ceci m'amène enfin à l'objet essentiel de toute préface, qui est de présenter l'ouvrage au lecteur en lui fournissant quelques explications sur son but et sur l'esprit dans lequel il a été écrit.
J'ai voulu, dans une suite d'Etudes qui formeront trois séries et autant de volumes, présenter aux forestiers et à tous les amis des sciences forestières ou économiques un exposé de Tétat actuel de nos connaissances sur les différentes parties de l'Economie forestière. Ces Etudes seront, si l'on veut, autant de conférences sur des points spéciaux, J'ai adopté ce plan sans prétention et sans solennité inutile pour avoir la liberté de m'étendre à mon gré, parfois longuement, sur les sujets nouveaux ou peu connus de la généralité des lecteurs, sauf k passer rapidement sur les questions déjà rebattues. J'espérais, en prenant ce parti, faire un livre surtout utile et j'ai couru le risque d'en écrire un qui pourra paraître insuffisamment ordonné et mal proportionné, touffu dans certaines parties, concis dans d'autres.
Cependant ceux qui me feront l'honneur de lire attentivement ces Etudes remarqueront, sans doute, qu'elles embrassent toutes les parties de l'Economie forestière, sans en omettre aucune. Leur ensemble constitue une véritable encyclopédie, et renferme la matière d'un Traité complet, le plus étendu, de beaucoup, qui ait été publié sur l'Economie forestière en langue française. Isolées, plusieurs de ces études formeraient à elles seules un petit volume ou un traité spécial : telle l'étude sur la dendrométrie, celle sur les estimations et expertises forestières (II® série) ; tels encore les