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On a contesté le mérite de Brémontier; il ne serait pas le premier qui fixa les dunes.
Il est certain que, comme tous les grands inventeurs, il avait eu des précurseurs. On a, longtemps avant lui, réussi des ensemencements sur les sables en mouvement. En 1717 les habitants de la Teste réussirent à reboiser une partie de leur forêt sur la
(1) En réalité les travaux de fixation proprement dits n'ont eu aucune importance sous Louis XVI et la dépense totale effectuée pour diverses expériences en vue de trouver un moyen pratique de boisement (49.000 livres environ) ne fut môme soldée complètement que sous le Consulat. Le véritable début des travaux est à reporter à l'an IX ou à l'an X et c'est Uillustre Chaptal qui eut le mérite de faire donner à Brémontier le moyen de réaliser ses projets. L'avènement de Louis XVIII fit suspendre les travaux pendant deux ans; ils furent repris en 1817.
l/uTIMTÉ DtS FORÊTS
dune, qui avait été incendiée Tannée précédente. Vers 1736 Ruât, captai de Buch, avait semé des pins avec succès sur des sables mouvants et quarante ans plus tard ses travaux étaient repris, avec une réussite égale, par son fils. Celui-ci obtint même du roi, en 1779, Tacensement perpétuel, moyennant deux livres de blé par arpent, pour les dunes qu'il viendrait à fixer. Il employa pour diriger ses travaux un habitant de la Teste, nommé Peychan, qui passa plus tard au service de Brémontter, et lui transmit, dit-on, le procédé des semis sous couvertures qu'une tradition déjà ancienne lui avait fait connaître. Il n'est que juste, du reste, de remarquer que Peychan n'avait, avant Brémontier, « fait de plantations qu'au pied des dunes et non sur leurs sommets ni sur leurs rampes qu'il avait toujours crus stériles (1). »
Les procédés traditionnels de semis sur sable mouvant sont décrits plus ou moins clairement dans divers écrits antérieurs au célèbre mémoire de Brémontier de Tan V. Celui qu'on cite le plus habituellement a pour auteur Charleroix-Yillers, ingénieur de la marine, et porte la date de 1779. Mais comme le fait remarquer avec infiniment de raison l'un de ceux qui a le mieux approfondi ce sujet (2), le mérite de Brémontier ne saurait être amoindri parles constatations qui précèdent. On verra en effet que c'est lui, et lui seul, qui par sa foi inébranlable dans le succès, son énergie, sa persévérance et son habileté, réussit à intéresser les pouvoirs publics à la grande œuvre des dunes. Brémontier, répondant à des appréciations émises sur son œuvre parTassin, écrivit un jour à la société d'agriculture de la Seine: « Il (Tassin) dit positivement... qu'il se plaira toujours à proclamer hautement que, sans moi (Brémontier), les semis et plantations des dunes n'auraient jamais pu être considérés que comme une de ces théories brillantes qu'il est impossible de mesurer en pratique. C'est à très peu de chose près tout ce que je pouvais désirer. »
(1) Lettre delà Société des Sciences de Bordeaux au ministre de l'Intérieur du 20 nivôse an XI.
(2) M. Bert, op. cil.^ page 39.
La forêt de protection 167
Cela suffit aussi à sa gloire et justifie que soa nom seul ait survécu et soit resté attaché à la grandiose entreprise dont il fut le promoteur infatigable et le directeur éminent. C'est avec raison et justice que Ton a gravé sur le marbre que, lui, le premier fixa les Dunes et les couvrit de Forêts .
En 1778, Sartine, ministre du roi Louis XVI, reprenant un projet déjà ancien de Yauban, chargea un ingénieur de la marine, Charleroix-Yillers, d'étudier un projet de vaste envergure comprenant l'amélioration du port d'Arcachon, l'ouverture de canaux reliant les étangs entre eux, l'assainissement des landes et la. fixation des dunes.Cesl à propos do cette mission que Gharleroix s'occupa des dunes de Gascogne. On possède de lui un mémoire, daté de 1779, dans lequel il décrit, assez vaguement à la vérité, un procédé de fixation des sables mouvants (1): c'est bien ainsi que s'exprime Thomme qui répète ce qu'on lui a rapporté et n'a aucune expérience des choses qu'il décrit. Charleroix n'eut pas, du reste, à passer à l'exécution. Il quitta la France dès 1781 pour retourner à Saint-Domingue, où il avait déjà résidé avant 1778.
En 1784^Brémontier fut appelé comme ingénieur en chef dans la généralité do Bordeaux. Deux ans plus tard, une décision du 26 septembre 1786 mettait à sa disposition <y une somme de 50.000 livres pour être employée aux ouvrages qui ont pour objet de s'assurer de la possibilité de l'exécution du canal projeté dans les Landes et de trouver le moien efficace de fixer les dunes ». C'est là le premier crédit alloué en vue du grand travail qui allait continuer pendant un siècle pour aboutira la fixation définitive de 110.000 hectares de terrains mouvants, des Sables d'Olonne aux Pyrénées.
Les premières expériences sur le terrain, faites par Brémon-
(1) On trouvera une reproduction des passages de ce mémoire qui sont relatifs aux dunes dans l'ouvrage précité de M. Buffault, pages 113-114, et dans celui de M. Bert,pages 36-38. On remarquera que Gharleroix insiste longuement sur l'emploi d'une plante qu'il appelle a gruau » ou • gricau »,qui fleurit deux fois l'an, dit-il, et grâce à laquelle a on est parvenu, à Dunkerque, à donner des bornes aux sables de la côte». On ignore quelle est la plante dont Gharleroix veut parler^
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lier en vue de trouver le moien efficace de fixer les dunes, furent commencées en 1787, et se continuèrent jusqu'en 1793. Dès cette époque, l'illustre ingénieur était en possession de la méthode définitive qui devait être suivie par lui et ses successeurs (1). Mais la partie la plus ardue de sa tâche restait à accomplir.
Il s'agissait maintenant d'obtenir du Gouvernement de la Convention les crédits nécessaires à l'exécution des travaux. Brémontier s'y employa avec un zèle et une activité admirables et il sut y réussir : c'est peut-être son plus grand titre à notre reconnaissance. Dans des mémoires nombreux^ dont le plus célèbre est daté de l'an V, il décrit en termes éloquents, et avec l'autorité de l'homme qui a vu et parle par expérience de ce qu'il a fait, la formation des dunes, leur progression effrayante, les procédés simples et sûrs qu'il avait lui-même employés avec succès pendant cinq années pour les fixer. Son insistance infa* tigable l'amène à s'adresser l'année suivante à l'Académie de Bordeaux, puis à l'Institut (16 floréal an VIll),àla Société d'Agriculture de la Seine qui lui accorde une médaille (au VIII). Il réussit enfm dans son entreprise difncile d'attirer sur les dunes l'attention et les ressources de l'Etat, que tant d'autres objets sollicitaient à cette époque. Le ministre de l'Intérieur, Chaptal, institua,le 13 messidor an IX,une Commission des Dunes, dont Brémontier fut le président et Tâme, avec charge de poursuivre le fixation des sables dans le département de la Gironde. C'est à celte date qu'il faut faire remonter l'origine des travaux de fixation (2) qui, sous l'impulsion de l'éminont ingénieur, furent
(1) Dans son mémoire de l'an V, Brémontier rend justice à son collaborateur Peychan, qui lui [apporta le concours précieux d'une expérience déjà ancienne lors des premiers travaux.
(2) Le 4 vendémiaire an IX... le Préfet, le Commissaire de la marine, les membres do la Commission .des Dunes), le citoyen Brémontier, nommé président de la Commission par les consuls de la République et auteur du projettes citoyens Peycban, inspecteur, et Barennes tracèrent chacun leur sillon, établirent les premières couvertures et commencèrent enfin cette grande et utile opération, d'où doit dépendre la conservation de tant de possessions précieuses, le salut d'un très grand nombre de navigateurs, la fertilisation de plus de douze cent milles quarrés de terrain, qui, sans exagération dans les dépenses ni dans les produits, doivent apporter un revenu à peu près égal à cette dépense, qui ne peut former un objet