II. — Époque et causes de la formation des dunes actuelles
Les dunes actuelles remontent à une époque récente. Aucun desauteursqui ont décrit la côte de l'Aquitaine avant le vi* siècle, c'est-à-dire avant l'invasion des barbares, ne fait allusion à l'existence de sables mouvants. Les Normands, au ix^ siècle, pillèrent la côte et en rapportèrent un riche butin, ce qui semble indiquer que le pays était encore prospère et cultivé à ce moment. Au xiii« siècle la forêt de Biscarosse s'étendait certainement jusqu'à la mer; un document authentique de 1277 en fait foi. Montaigne, en 1580, écrivait (2) : « En Médoc, le long de la mer, mon frère, le sieur d'Arzac, voit une sienne terre ensevelie sous les sables que la mer vomit devant elle... Les habitants disent que depuis quelque temps la mer pousse si fort vers eux qu'ils ont perdu quatre lieues de terres. Ces sables sont ses fourriers, d'arènes mouvantes qui marchent une demi-lieue devant elle et gagnent pays. » L'inventaire de la terre de Les-
(1) M. Bert, op, ci/., page 15.
(2) Essais, livre i, titre XXX.
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parre (1585) porte que les pâturages de Cabans (au Verdon, Médoc) « sont beaucoup gagnés parles sables de la mer ». A partir de cette époque les documents deviennent nombreux qui signalent la marche de plus en plus générale des sables. On a voulu conclure du texte assez vague de Montaigne cité plus haut que l'origine de la formation des dunes nouvelles remonterait au XVI® siècle. Les faits précités à propos de l'église de Lège, auxquels on pourrait en ajouter d'autres, prouvent le contraire. Le mouvement, sans être aussi ancien que le supposait Brémontier en se basant sur la vitesse de progression qu'il avait constatée, remonte certainement à une époque reculée; mais on doit admettre que c'est vers le xvie siècle que le phénomène commença à prendre de la généralité et fut signalé de tous les côtés à la fois.
On a vu plus haut que M. Bcrt pense qu'une recrudescence des apports de la Garonne, à la suite des déboisements pratiqués dans son bassin supérieur, a eu pour eSet d'augmenter la quantité de sable rejetce par la mer et de provoquer ainsi la formation des dunes nouvelles. Il est certain que le déboisement des côtes gasconneSy en remettant à nu des sables autrefois couverts de forêts^ y a surtout contribué. Beaucoup d'auteurs considèrent même ces défrichements (dont la réalité est du reste historiquement établie) comme la cause unique de la formation des dunes nouvelles. Ce qui est le plus probable, c'est que les deux causes ont agi en même temps: le dcboisemont des Pyrénées et celui de la côte ont cooporé au désastre signalé à partir du xvie siècle. On peut discuter sur le motif de l'accroissement des apports de la mer. On connaît l'explication de M. Bert; d'autres l'attribuent à un changement dans le régime des courants côtiers, ou à d'autres causes encore dans le détail desquelles nous ne saurions entrer ici.
IIL — Historique de la. fixation des dlnks Le défrichement est certainement la cause principale, sinon
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unique, qui a provoqué la formation des dunes nouvelles. G'esl le reboisement qui lésa fixées et a mis fin à cet envahissement des sables qui a tant éprouvé et terrifié nos pères, surtout au cours du xvme siècle. .
Près du village de la Teste, non loin des rives du bassin d'Arcachon, et au milieu de la première forêt créée sur les dunes autrefois mouvantes, s'élève, encadré par des pins, un simple monument. C'est une dalle dressée de marbre rouge, arrondie à sa partie supérieure, sans autre ornement qu'une fleur de lys entourée d'une couronne. On y lit cette inscription :
l'an m dcc lxxxvi
sous