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IV. — Les procédés de fixation des sables mouvants

Le boisement des dunes s'est fait au moyen de semis de pin maritime (pinus maritimù, Lam., pintis pinaster^ Soland.)fqui se trouve absolument dans sa station sur la rive gasconne et

de plus de quatre à cinq millions. » (Prorès-verbal officiel cité par M. Derl, op. cit., pages 54 et 55.) L'êvulualion à une somme é«;ale (à quatre ou cinq millions) des frais et des revenus de l'opération se trouve dans le mémoire de Brémontier à rinstitut et avait été adoptée par Chaptal dans son rapport du 9 frimaire an IX. Les premiers travaux furent exécutés simultanément au Verdon, à Arcachon et au Cap Ferret dans la Gironde. Ils furent entrepris dans le département des Landes en 1803, à Lit et àMimizan.

(l) On verra plus loin que 22.000 hectares de lèdes, comprises par Brémontier dans les terrains à reboiser, purent être abandonnées à diverses communes comme terrains cultivables lors(iuo la marche des dunes fut arrêtée.

l6o L* UTILITÉ DES FORéTS

qui se prête admirablement ay genre de services qu'on en attendait.

Le pin maritime, essence de lumière par excellence^ croit en plein soleily et sous le soleil du midi, dès la première année de sa vie. Sa végétation est plus rapide, surtout dans sa toute première jeunesse, que celle d'aucun autre grand arbre de notre flore forestière. EnGn, grâce à sou extrême fécondité,on trouve toujours facilement à se procurer ses graines en grandes quantités et à bas prix (1).

Les semis ont été uniquement employés en Gascogne, à l'exclusion des plantations beaucoup plus coûteuses et plus aléatoires. Voici comment, d'après M. Grandjean (2), Ton a opéré.

On répandait, à la volée, par hectare un mélange formé de 25 kilogr. de graine de pin, 8 kilog. do graine de genêt (sarO' thamnus vulgaris) et 5 kilog. de graine de gourbet (psamma arenaria). Les semis s'effectuaient sur le sable, sans faire subir au terrain aucune préparation préalable. Puis on recouvrait les parties ensemencées de ramilles de pin, couchées à plat sur le sable, après les avoir taillées à la serpe pour les rendre aussi planes que possible en forme d'éventail. On les disposait en bandes dirigées du nord au sud, le gros bout tourné vers l'Ouest, enfoncé légèrement dans le sable, et recouvert par les derniers rameaux du rang précédent. Toutes les branches s'imbriquaient ainsi comme les tuiles d'un toit. Pour fixer les branchages il suffisait de jeter de distance en distance une pelletée de sable.

Les jeunes semis, une fois levés, étaient protégés contre le vent au moyen de palissades établies par le procédé suivant : Des planches de pin étaient enfoncées verticalement dans le

(1) Les graines de pin sont récoltées dans les forêts de l'Etat par des concessionnaires qui sont tenus: !<> de déposer sans frais, dans les maisons forestières le vingtième de leur récolte, 2» de conserver le surjdus, jusqu'au l®^ septembre, à la disposition de l'Administration des Eaux et Forêts au prix actuel de fr. 45 le kilogr. de graine désailée rendue ensachée dans une gare de chemin de fer. On peut estimer à fr. 35 environ le prix de revient du kilogr. pour l'ouvrier. Les cônes ouverts au soleil fournissent une graine dont le taux habituel de germination est de 90 0/0 (Bert, op. cit., pp. lOl-lOo).

(2) Op. cit., pages 64 et suivantes.

LA FORÊT DE PROTECTION l6l

sable de façon à former, à l'ouest des parties ensemencées^ une barrière orientée nordnsud et faisant une saillie de 1 m. environ au^essus du sol. Les planches n'étaient pas jointives; on maintenait entre elles un intervalle de deux ou trois centimètres. Lorsque le sable, s'accumulant contre leur obstacle, avait atteint leur sommet, on les relevait au moyen d'une chaîne et d'un levier. L'opération d'exhaussement était répétée deux ou trois fois jusqu'à ce que les semis fussent assez forts pour se protéger eux-mêmes et fixer le sol.

On avait eu soin de commencer les travaux par l'extrémité ouest, près de la laisse des hautes mers, de façon à ce que les premiers semis abritassent les suivants.

Telle est la méthode très simple que l'expérience a déter-* minée comme la meilleure : c'est elle qui a donné naissance à la foret des dunes .

Aujourd'hui les semis sont terminés. Lorsqu'on fait une coupe dans la forêt nouvellement créée le terrain se réensemence tout aussitôt, sans qu'on ait à s'en occuper, au moyen des graines qui tombent des arbres que Ton abat et de celles que le vent apporte du voisinage. Il n'est plus besoin de couverture; le sol est suffisamment abrité par les brindilles, les feuilles mortes et la couche d'humus constituée.

Il ne suffisait pas^ évidemment, de fixer les dunes existantes. Il fallait aussi tarir la source des apports de sable, faute de quoi on s'exposait à voir continuellement de nouvelles dunes se former sur le littoral et monter à l'assaut de la forêt nouvellement créée. La dune littorale correspond à cette nécessité.

L'idée première delà dune littorale remonte à Brémontier, qui en indiqua le principe en 1787. L'exécution n'en eut lieu que beaucoup plus tard, par les soins du service forestier dans la Gironde, par ceux du service des Ponts et Chaussées dans les Landes .

« On établit, parallèlement à la laisse des hautes mers et à une distance de 30 à 50 mètres de celle ligne, un clayonnage ou

l'utilité des forêts

TK.

une palissade. Â mesure que le sable nouveau arrive et s* accumule devant cet obstacle, une partie passe entre les interstices des planches ou des clayons et vient chausser la palissade par derrière. Peu à peu le sable s'élève en bourrelet et recouvre la palissade; on la relève alors en la plantant sur le sommet du talus et on continue jusqu'à ce que la digue ait la hauteur voulue (1). »

La hauteur la plus convenable pour la dune littorale varie entre 12 et 16 mètres. On lui donne une pente faible vers la mer, de 18 à 20 degrés, ou même moins; du côté des terres, les sables prennent leur inclinaison naturellede 40 à 45 degrés. On donne à la dune une forme trapézoïdale en la terminant par un plateau de 60 à 70 mètres de large, de sorte que la base se trouve avoir une largeur de 110 à 130 mètres environ. Aussitôt qu'elle est constituée on la couvre de gourbet de façon à la fixer et arrêter l'ascension des sables sur la pente ouest.

L'action protectrice de la dune littorale contre le vent d'ouest se fait sentir jusqu'à des distances de 250 à 300 mètres de son pied, c'est-à-dire environ vingt fois sa hauteur.

Voici quels étaient, en 1900 Ja longueur de la dune littorale et ses frais d'entretien:

Département de la Gironde 120.596 mètres 28.997 francs — des Landes 104.963 — 39.723 —

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