V. — La forêt domaniale des dunes
Les sables mobiles, bien vacant au moment où commencèrent les travaux, appartenaient de ce chef au domaine de l'Etat. A mesure que le boisement s'opéra il ne tarda pas à surgir
(1) Mémoire sur la dune littorale par Ritter, ingénieur des Ponts et Chaussées à Mont-de-Marsan, 1862.
(2) Au nord de la Gironde, entre Royan et l'estuaire de la Loire, il existe 153 kilomètres de dune littorale et sur les côtes de Bretagne, à Quibéron et Sautée, il en existe 7 kil., de sorte que la longueur totale de la dune littorale française dépasse aujourd'hui 386 kilomètres.
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dos revendications de propriété de la part de communes et do particuliers. On s'appuyait surtout sur ce que certaines lettes auraient été occupées pour la culture et le pâturage ; elles n'étaient, disait-on, que les anciens domaines cultivés, momentanément ensevelis, puis découverts à nouveau, de divers propriétaires qui prétendaient les reconnaître. D'autre part, tout le long de la rive orientale de la chaîne des dunes, se trouvaient 22.852 hectares de sables qui se recouvrirent spontanément de végétation aussitôt que les dunes voisines, couvertes de forêts, cessèrent de leur envoyer du sable. Ce territoire présentait un caractèreintermédiaire entre la dune proprement dite et la terre cultivable ou la lande ; on n'y trouvait que quelques collines do sable peu élevées et peu étendues. Ce sont surtout ces terrains, qu'on appelait les letles extérieures, que Brémontier et ses successeurs avaient considérés comme faisant partie de la région des dunes et destinés au reboisement, que les communes riveraines revendiquèrent avec insistance aussitôt qu'il apparut qu'ils n'étaient plus menacés .
Après d'assezlongs débats une transaction intervint, en 1863, sur les bases suivantes :
L'Etat abandonnait à diverses communes la totah'té des lettes extérieures (22.852 hectares). Il abandonnaitégalement à divers particuliers et communes un certain nombre de lettes intérieures non enclavées et non encore reboisées (10.730 hectares), mais en s'y réservant un droit de passage. Il conservait en revanche les lettes intérieures enclavées et reboisées (3.207 hectares) ainsi que le surplus des dunes.
Une loi du 28 juillet 1860, en vue de créer des fonds pour la construction de routes forestières et le reboisement dos montagnes, autorisa l'aliénation de forêts domaniales jusqu'à concurrence de sept millions et demi de francs. Une autre loi de 1864 autorisa la vente « au profit de l'exercice 1864 » de 18.939 hectares de forêts des dunes.
L'exécution de ces deux lo.s eut la déplorable conséquence de faire perdre à l'Etat, dans les deux départements de la
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Gironde et des Laades, 17.127 hectares de forêts qui furent aliénées de 1861 à 1865 moyennant un prix total de 12.726.315 francs, soit en moyenne 801 francs l'hectare, fonds et superGcie. A présent la propriété des dunes gasconnes se répartit comme suit:
Dunes domaniales 51.218 hect. \
Terrains affectés à des services > 51.432 hect. à l'Etat
publics(Génie militaire, Ponts )
etChaussées, Marine, Douane) 221 —
Lettes extérieures abandonnées aux communes 22.852 —
Lettes intérieures et terrains divers remis à des particuliers et à des communes. . . 10.730
Dunes aliénées 17.127 ,--
Erosions de la mer depuis Tan-
rannée 1818 241 —
Total 102.395 hectares,
ce qui est à peu de chose près la contenance de 102.800 hectares attribuée aux dunesde Gascogne par les levés effectués de 1818 à 1822.
On peut remarquer que le produit des aliénations a dépassé de près d'un million (environ 700.000 fr.) les frais totaux du reboisement,y compris ceux de construction delà dune littorale des chemins, tranchées, maisons forestières, etc., etc. Les 51.432 hectares restant à TEtat peuvent être considérés comme le bénéfice net de l'opération, abstraction faite du bienfait de la fixation des sables mouvants.
Quelle est la valeur en argent de ce domaine ?
Sur les 51.432 hectares de forets domaniales dans les dunes, on compte, en chiffres ronds, 9.000 hectares à peu près improductifs (1). On a vu plus haut que les forêts aliénées de 1861 à 1865 ont été vendues en moyenne 800 francs l'hectare. Il est vrai qu'il s'agissait des massifs les plus accessibles, mais d'au-
(1) statistique des forêts soumises au llégiine forestier (publication de TAdministration des forêts;. Paris, Imprimerie Nationale, 1894.
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tre pari les moyens do transport ont été énormément améliorés depuis quarante ans. De plus, le matériel ligneux sur pied dans les forêts a au moins doublé de valeur dans cette période. En effet il n'a guère été pratiqué, depuis le début des boisements, que des coupes d'éclaircic (1), les premières coupes principales remontant à deux ou trois ans seulement. Il n'est donc pas excessifd'attribucr une valeur de 1.200 fr. à l'hectare aux 42.300 hectares productirs,cequi donne un total de cinquante millions de francs^ en chiffres ronds.Tel est le bénéfice commercial, net, en argent, sans tenir compte du bienfait inestimable de Tarrèt des dunes, qu'a laissé la grandiose entreprise inaugurée par Brémontier en l'an IX, il y a un siècle, et terminée, par l'Administration des Eaux et Forêts, après soixante ans de travaux que, seul, le gouvernement de la Restauration interrompit pendant quelques années.
Nous rappelons qu'il ne s'agit ici que des forêts gasconnes. Au nord de la Gironde se trouvent près de 14.000 hectares de forêts domaniales de pins maritimes, créées surdes sables mouvants du littoral pendant cette même période des deux premiers tiers du xix* siècle (2).