II. — Le caoutchouc, la gutta-percha, la balata
m. — La gomme arabique, la gomme Sénégal. La copale. Le quinquina.
Le camphre.
IV. — Les produits alimentaires des forêts coloniales. La cannelle. La
noix de kola. Le cacao. L'huile de palme et le beurre d'aouara. Le
beurre de karité.
§ 1" — Les produits forestiers dans le passé.
Aussi loin quo nous puissions remonler dans lo passé des sociétés humaines, nous voyons la forêt jouer un rôle essentiel
4 l/uTILITÉ DES FORÊTS
dans leur histoire. Nos premiers aDcêtres, dit-on, tiraient de la chasse et de la récolte des fruits sponlaués la base de leur alimentation : le souvenir de ces temps lointains s'est conservé cliez le poète qui nous chante, comme l'âge d'or, l'époque où les premiers hommes ramassaient, pour s'en nourrir, les glands tombés de l'arbre majestueux de Jupiter. Ce qui est certain, c'est que les anciens professaient pour les forêts un respect qui avait évidemment son origine dans le sentiment profond de leur utilité. Pline nous dit qu'elles sont le bien le plus précieux que les dieux aient octroyé aux hommes (1). Tous les peuples primitifs avaient établi dans les forêts la résidence de leurs divinités et longtemps on a continué d'y pratiquer les cérémonies d'un culte dont les derniers vestiges ne sont pas encore entièrement effacés de nos jours.
Nous avons quelque peine, aujourd'hui, à nous faire une idée exacte de la place que tenait la forêt daos la vie économique de nos aïeux, à une époque où l'homme ne disposait pas des ressources qu'ont mises à notre service les progrès merveilleux, et tout récents, de l'industrie et de l'agriculture.
Tout d'abord, la forêt est restée très longtemps, jusqu'au début du XIX® siècle, la seule source du combustible . Pour se défendre contre le froid, pour préparer ses aliments, pour extraire de leurs minerais et pour forger les métaux, pour alimenter tous les foyers industriels, le bois était la seule ressource de nos ancêtres. Les arbres fournissaient encore, il y a un demisiècle à peine, sans aucune concurrence, la matière première des charpentes de nos maisons et celle de nos navires; le bois nous procure encore celle de nos meubles et de la plupart de nos outils et ustensiles. Tout progrès du commerce, de l'industrie, de la richesse et de la civilisation générales supposait, autrefois comme de nos jours, mais dans une mesure bien plus étroite encore, un accroissement correspondant de consommation de matière ligneuse. C'est à quoi songeait Sully et, après
(1) « vSuiuiiiuiu imuius homini, datuin. » Pline, liv. 12, § 1 (cité par Baudrillart).
lui, Colbert lorsqu'ils disaient que la France périrait un jour faute de bois.
Nos pères ne tiraient pas seulement du bois de leurs forêts. On peut même avancer que ce produit a longtemps été le moins considéré; il n'est devenu rare que dans la période moderne. La forêt était, au moyen-âge, la source inépuisable d'une foule de revenus divers. On y trouvait, par exemple, le miel et la cire d'abeilles^ matières si précieuses pour nos ancêtres qui ne connaissaient ni le sucre, ni la stéarine, ni le pétrole I On en extrayait les feuilles mortes, produit important là surtout où la culture des céréales était peu répandue et où les cultivateurs, à défaut de paille, avaient un besoin urgent de feuilles mortes pour la litièçe de leurs bestiaux. De nos jours encore, ce dernier produit a parfois gardé de la valeur; il existe encore des forêts dont la feuille morte constitue la production principale (1). La récolte des faines a été longtemps et est restée quelquefois un revenu important. L'huile de faîne était naguère d'un usage habituel dans beaucoup de pays forestiers (2). De même la résine de l'épicéa, celle du pin sylvestre et du sapin étaient jadis soigneusement exploitées : on les dédaigne aujourd'hui. Il serait facile et inutile de prolonger beaucoup cette énumération; nous nous bornerons à mentionner, parmi ces produits forestiers que nous qualifions aujourd'hui d'accessoires, et qui étaient autrefois les principaux, la chasse et le pâturage, au sujet desquels nous nous étendrons un peu.
La chasse^ en dehors même du rôle utile du gibier pour l'alimentation, a toujours tenu une grande place en forêt. Nos rois, chacun le sait, étaient restés, comme leurs premiers ancêtres, des chasseurs passionnés. La conservation, à travers les siècles,
\\) Cette situation se présente d'une part dans les pays à terrain pauvre et à climat rude où la culture des céréales est à peu près impossible et d'autre part aussi dans des pays à sol très fertile où les cultivateurs s'adonnent de préférence à des cultures indusirielles à grand rendement comme le tabac, les betteraves, le huublon et né^litrent le blé, moins rémiméi-.itcur.
(2) (Certaines furets delièlrt! en avairnl même [ii-is b'ur nom. Pnniii nos souvenirs d'enfance se Irouvi^ un bois d»' hêtre, près de liilclu', en Lorr.iiue, «pie Ion appelait « Olig-wald », la forêt à buile.
6 l'utilité des forêts
d'un immense domaine forestier royal, ducal ou seigneurial s'explique surtout par le soin jaloux avec lequel les souverains ménageaient le terrain de leurs chasses : c'est au culte de nos rois pour le a noble déduis ») que nous devons, en grande partie, do posséder dans le domaine national cette partie infiniment précieuse et la plus riche de nos forêts qui provient de l'ancien domaine souverain. Aujourd'hui m&me, la chasse en forêt n'a pas perdu toute importance. La location du droit de chasse fournit encore un appoint notable (quatre à cinq pour cent environ) au rendement des forêts de l'Etat français.
Cependant de tous les revenus forestiers le plus important aux yeux de nos ancêtres était certainement \e pâturage. Il est bien connu et banal de répéter que, pendant tout le moyen-âge et au début de l'époque moderne, les forêts étaient estimées, non pas tant d'après la richesse de leur matériel ligneux que d'après le nombre des bêtes aumailles ou des porcs qu'on pouvait y nourrir. Ce qui est remarquable, c'est que cette situation ait persisté, même dans certains pays très riches et très civilisés, jusqu'à une époque relativement récente. Une description faite en 1560 de la forêt de Haguenau (Alsacej, la plus riche de la vallée du Rhin, dans une région très anciennement peuplée et prospère, se borne à indiquer, pour donner une idée de son étendue, sa longueur en lieues et le nombre do porcs qu'on peut y nourrir. Au cours du xvn® siècle, la dite forêt rapportait à la ville de Haguenau, par l'exploitation de la glandée, au moins vingt fois plus que par les coupes de bois (i) et le revenu de celles-ci ne commence à devenir franchement le revenu principal que vers le milieu du xviii° siècle (2).
(1) Dès cotte époqup, copcndant, les constructeurs dp navires de Rolterdam venaient à Haguenau pour y aclieler des cliénes ciue le llolta^'e anienail, par le Rhin, jusque sur leurs chantiers.
(2) L'exploitation de la glandée de i:;06 procura à la ville un hénéfice net de plus de 32.000 fr. de notre monnaie. On avait mis en fonM, cette année-là, environ 7.000 porcs, dont beaucoup ai)parlenaient à la ville, cjui faisait la spéculation d'en acheter pour les revendre après engraisseni'^nt. 11 en était venu de très loin : un porcher de Monlbéliard, localité distante de près de (piaranle lieues, en avait amené un troupeau de 500 léles. Les animaux, engraissés pour le coniple de la ville, furent exportés en masse jus(juà Heidelberg, Francfort, etc. La glandée de
Ailleurs nous voyons, comme dans Ja forêt de Darney (Vosges), au xvn» siècle, les glandées s'adjuger 2.000 fr., alors que les ventes d'arbres et toutes les autres redevances du domaine n'atteignent pas i.500 francs (1).
A mesure que l'agriculture a progressé, la pratique du pâtur rage en forêt a été de plus en plus abandonnée. Les droits que beaucoup d'usagers ont conservés, en vertu de concessions très anciennes, de mener leur bétail en forêt ne sont plus guère utilisés. Le pâturage n'a gardé son importance que dans des pays neufs comme l'Algérie, où les Arabes nomades l'exercent encore comme le faisaient nos aïeux il y a quinze ou vingt siècles, ou bien encore dans les régions deshéritées des sommets de nos montagnes, où la culture pastorale est la seule rémunératrice. Partout ailleurs, il n'est plus exercé que très exceptionnellement et a perdu toute importance. Notons cependant que, dans les régions méridionales, la sécheresse du climat ne permettant pas la culture des fourrages en quantité suffisante, le pacage est souvent une nécessité et est resté une source de revenu important pour la forêt.
1509 fut encore plus productive; il ressort de la gestion un bénéfice de 75.500 fr. de notre monnaie! Il est vrai de dire (jue toutes les années étaient loin d'être aussi favorisées. En loiO, année de grande sécheresse, la. glandée ne produisit (jue 43 fr. de bénéfice et, en 15i8, 30 fr. seulement. Mais des revenus équivalant à 30.000 ou 40.000 fr. de notre monnaie étaient normaux les années de glandées complètes, et nous relevons 26 de ces dernières dans une période de 92 ans (renseignement communiqué par M. le chanoine Ilanauer, archiviste de la ville de Haguenau). D'autre pari la forêt, d'une étendue de 14.000 hectares, renferme 7.500 hectares de pin sylvestre, 3.900 dechéne et 2. 400 de hêtre. D'après ces données, la forêt produisait, au xvi* siècle, par le panage, pour la partie peuplée de chêne et de hôtre, un revenu net par hectare équivalent à 3 à 4 fr. de notre monnaie. Le rendement fourni par le bois à cette époque était à peu près nul. à peine suffisant pour compenser les charges de la propriété. Un quart de siècle après finstallation d'une maîtrise des Eaux et Forêts à Maguenau et la mise de la forêt en coupes réglées (celle-ci eut lieu, à Haguenau, en i 695) la forêt produisait net pour le bois, y compris la valeur des délivrances aux habitants, environ 2 fr. 40 de notre monnaie par hectare et par an (moyenne des années 1719 à 1721). Ce n'est que vers le milieu du xviii" siècle (jue le revenu bois commence à dépasser celui que fournissait le pâturage deux siècles et demi plus tôt : il fut en moyenne de 4 fr. par hectare par an de 1735 à 1750. A partir de ce moment il s'accrut du reste rapidement : il avait encore triplé à la fin du siècle (12 à 13 fr. vers 1784). Aujourd hui, les coupes de bois produisent environ trente fois plus d'argent qu'en 1720 et le revenu du panage est devenu insignifiant, (i) M. Guyot,7es Forêis lorraines avant / 7^9. Nancy, 1886, page 161.
8 l'utilité des forêts
On peut remarquer que beaucoup de menus produits^ sans valeur pour le propriétaire forcslier, sont toujours encore une ressource précieuse pour les populations riveraines des forets. La récolte des baies, fraises, framboises, champignons, mousses, des plantes ornementales ou officinales, du menu bois mort, des cônes vides des pins, des bruyères, fougères, etc., ordinairement abandonnée gratuitement ou à peu près aux habitants pauvres des villages forestiers, constitue pour ceux-ci un petit bénéfice qui contribue à les attacher au sol natal et à arrêter leur émigration vers la ville. Ce rôle économique et social de la forôt, restée la source gratuite et commune de petits profils pour les humbles, mérite d'être relevé (1).
g ^2. — Les bois de chauffage ^
Ce qui précède sufHra à donner une idée du rôle de la forêt comme fournisseur de produits accessoires divers, rôle beaucoup plus important dans le passé et d'intérêt plutôt historique qu'actuel. Nous n'aurons plus à nous en occuper dans la suite de cet ouvrage. Nous n'envisagerons, comme produits matériels directs des forêts, que le bois^ les écorces et la résine du pin maritime qui constituent, de nos jours, la partie importante du revenu immédiat des exploitations forestières en France.
Les produits ligneux peuvent se classer de bien des manières. Nous nous contenterons ici de distinguer les bois de feu des bois d*œuvre, en séparant ces derniers en diverses catégories, suivant la commodité de notre exposition.
Le bois de feu, on l'a dit plus haut, a été le premier, le plus important, et il estresté jusqu'à ce jour le plus considérable des produits do la forêt, sinon par sa valeur, du moins par sa masse. Les trois quarts de la production des forêts françaises sont encore en bois do feu (2).
{{) La forêt eslle manteau du pauvre [u-overbe suéilois).
(2; D aprùs l'un des auteurs les plus couipcteuts en la matière, Ja situation do
LES PRODUITS FORESTIERS g
Cette situation est regrettable. En effet, le bois de feu a cessé de plus en plus, depuis le commencement de ce siècle, d'être un objet do première nécessité. Sa décadence date de l'emploi de lu houille et elle s'accentue de jour en jour.
En 4815, la ville de Paris, avec une population de 670.000 habitants (1), consommait! .200.000 stères de bois de chauffage, ce qui représente 1 st. 80 par tête et par an. Cinquante années plus tard, en 1863, la population était de 1.668.000 habitants et la consommation de 736.000 stères, soit st. 43 par tête, exactement le quart do ce qu'elle était en 1815. Actuellement (chiffres de 1900), la consommation est tombée à 532.000 stères pour 2.661.000 habitants, ce n'est plus que st. 20 par tète, la neuvième partie du chiffre de d 815.
Les grandes villes absorbaient autrefois, pour les emplois domestiques, des quantités considérables de charbon de bois. Ici aussi la décadence est marquée. Paris, qui introduisait, en 1856, 2 hectol. 77 de charbon de bois par tête et par an, n'en importait plus, trente ans plus tard, que 1 hectol. 27, moins de moitié; actuellement, ce chiffre est tombé à un hectolitre par tête (2.693.000 hectol. pour 2.661.000 habitants).
Il est vrai que cette décroissance de la consommation du combustible ligneux est beaucoup plus rapide dans les villes que dans les campagnes. Ces dernières, plus fidèles aux anciens usages, moins favorisées surtout au point de vue de la facilité des transports et plus à proximité des forêts, continuent à consommer de grandes quantités do bois de feu. Néanmoins, le développement de plus en plus rapide des moyens de transport économiques qui caractérise l'époque actuelle rend la houille de plus en plus commune sur tous les points du territoire et la
FAllemagne ne serait pas beaucoup meilleure à cet éniird, bien ({ue les résineux forment les deux tiers des repeuplements fun'stiers de ce pays. M. Lehr (c/it^ deutschen HolzzôUe. Franfort s. M., 18»:J) estime à 27 0/0 seulement la proportion du bois d'œuvre dans le revenu des (fuatre millions d'hoclarcs de fon'-ts domaniales allemaufles. Il est vrai (juo, dfpuis 20 ans, (.'elle pruporlidii a du auirmeuler assez sensiblement .
(1) l.e recensement de 1S11 donne 023.000 habitants, et celui de lbi21, Tli.OOO. Nous avons admis pour 1815 la moyenne entre ces deux nombres.
lo l'utilité des forêts
clientèle du boîs de feu diminue rapidement, d'année en année. Dès à présent, sur beaucoup de points, les menus bois de charbonnetto et les fagots sont difficiles à vendre à des prix raisonnablement rémunérateurs.
Il est devenu nécessaire, pourlo forestier soucieux de l'avenir de son exploitation, de prévoir le jour où le bois do chauffage ne sera plus employé que dans les campagnes les plus reculées, ou comme combustible de luxe par les classes les plus riches de la population (i). ^
En dehors des foyers domestiques, les foyers industriels absorbaient autrefois des quantités énormes de bois ou de charbons de bois. Les hauts fourneaux, les verreries, les salines, les tuileries et les fours à chaux ont été longtemps des débouchés extrêmement importants pour la forêt. Nous voyons, aux siècles passés, ces établissements s'installer dans les régions les plus boisées du pays, au centre même des grands massifs. Nos souverains se sont souvent préoccupés d'assurer l'alimentation en combustible des usines en leur donnant, comme privilège, un droit de préemption sur les bois des forêts avoisinantes; les servitudes ou affectations qui, sous l'ancien régime, grevaient quantité de forêis particulières au profit d'établissements industriels, étaient l'objet de difficultés et de protestations incessantes dont nos archives conservent le souvenir. Cette situation a persisté jusque vers In milieu duxix® siècle. Une statistique officielle de 1854 nous apprend qu'en 1852 les hauts fourneaux ont brûlé, en France, 5.200.000 quintaux de charbon de bois, ce qui représente, en y ajoutant le bois brûlé en nature, environ huit millions de stères (2) ; c'est plus du quart de la production en bois de feu des forêts françaises. Aujourd'hui, la houille et le coke sont, à de très rares exceptions près, les seuls combustibles industriels. Les nouvelles usines se construisent à proximité
[\) LVmplnî si commode du gaz de lioiiille et peut-«Mre bientôt de l'électricité pour lechautîage des apparlemeuts menace d'enlever au bois cette dernière partie de sa clientèle.
(2) Clavé, Eludvs sur l'Economie fores tuh'e, p. 213.
LES PRODUITS FORKSTIEBS I I
aux et des chemins de fer; les vieux bàlimerits enclavés verdure des bois sont en ruines et depuis longtemps le >s A marlinols » des forces a cessé de retentir dans nos forestières.
véritable révolution, pressentie avec une admirable netvues par les forestiers français dès le commencement du ernier, est due à la généralisation de l'emploi du com- 1 minéral. Ce fut, dit-on, un forgeron liégeois, nommé , qui, le premier, vers la fin du xne siècle, alimenta sa ^ec du charbon do terre. Il est certain, en tout cas, qu'un t demi plus tard l'emploi de ce combustible était encore en Angleterre comme dangereux pour la santé publilus de trois siècles devaient s'écouler avant qu'on emcouramment (vers la fin du xv siècle) la houille pour le ge domestique. On croit que nos houillères du Forez, les icienacs du pays, son[ exploitées depuis le xiv« siècle, ! n'est qu'au siècle dernier que les houillères françaises ite de la découverte des mines d'Anzin en 1734), puis e l'Autriche et de l'Allemagne ont pris de l'importance. ', la production française était do 227.000 tonnes et la mation do 432.000. En 1802, la production était quadrula consommation avait doublé. En 1901, la production e s'est élevée à 32,8 millions de tonnes ; elle a plus tuplé en un siècle et représente actuellement 70 p. 100 •nsommation.
eut admettre que, à poids égal, le charbon de bois et la ordinaire ont sensiblement même puissance calorifique, jduire une tonne de charbon, il faut, suivantles essences ies, huit a dix mètres cubes de bois, c'est la prodiiclion B de trois hectares de forêt. S'il fallait obtenir, en charbois, un combustible équivalent à la houille exlrailo ement du sous-sol de la France à la (in du xix" siècle. Face boisée de cent millions d'hoi;[ares serait nécessaire, faire face à notre consommation annuelle cent cinquante I d'hectares seraient à peine suffisants; c'est seize à di.x-
12 l'utilité des forêts
sept fois plus que nous n'en possédons et bien plus du triple de la surface cultivable de notre pays. Ceci montre bien à quel point les forêts seraient insuffisantes à alimenter nos foyers si nous n'avions pas le combustible minéral à notre disposition.
Ce qui est vrai pour la France Test, à plus forte raison, pour d'autres pays. L'Angleterre extrait annuellement de son sol 220 millions de tonnes de houille : pour obtenir en charbon de bois un combustible équivalent, il faudrait une forêt de six cent soixante millions d'hectares, c'est une surface ciîiç cent cin» quante fois supérieure à celle des forêts du Royaume-Uni et vingt-deux fois plus grande que l'étendue totale de ce Royaume en Europe. De même, en Allemagne, les houillères produisent en ce moment soixante fois plus de combustibles que n'en pourraient fournir toutes les forêts réunies de l'Empire et quatorze fois plus que n'en donnerait une forêt couvrant tout le pays. Dans les Etats-Unis de TAmériquo du Nord, une des régions les plus riches en bois du globe, les houillères donnent chaque année environ 245 millions de tonnes (production de l'année 1900) ; c'est dire que, pour fournir un combustible équivalent, il faudrait trois à quatre fois plus de forets que n'en possède ce pays (i).
Ces chitfres sont assurément les plus propres du monde à montrer jusqu'à quel point le rôle de la forêt comme fabricant de combustibles est devenu secondaire à notre époque. La production du bois de feu devient de plus en plus un véritable anachronisme et la situation de la plupart des propriétaires de forêts, orientés actuellement, en France surtout, principalement vers la production du bois de chauffage apparaîtrait bien som-
(1) Les publications officielles du gouvernement de Washington estiment à 200.000.000 d'hectares l'étendue des forêts des Etats-Unis. — Si l'on estime à six milliards d'hectares la partie de la surface des continents susceptible de porter des forêts (abstraction faite des déserts, steppes, glaciers, eaux intérieures, etc.), et à 30 0/0 le taux de boisement de cette partie, ce qui est certainement très au-dessus de la réalité (le taux de boisement de la Russie atteint à jieine ce chinVc), il «Ml rêsulle (pie tijiitcs h*s forêts du glitltc réunie^ suftiriiirut à peine à fournir les deux tiers du ('i)inbustil)If^ nécessain' |unii' rt'mplacer les huit à neuf cents millions de tonnes que produisent actuellement les houillères en exploitation.
LES PRODUITS FORESTIERS l3
bre s'il n'était heureusement possible de s'appliquer partout, de plus en plus, à fabriquer du bois d^œuvre (1). C'est ce que les agents forestiers de l'Etat pratiquent, depuis trois quarts de siècle, dans les forêts qui leur sont confiées. Il est de l'intérêt évident de tous les propriétaires forestiers de les imiter en cela, malgré les sacrifices et les difficultés considérables qu'entraîne une modification complète de leurs aménagements et malgré l'augmentation énorme de capital, accompagnée d'un abaissement du tauxde placement, qui en sont les conséquences forcées.
§ 3. — Les bois d œuvre.
Les bois d'œuvre, c'est-à-dire ceux destinés à un autre emploi que le chauffage, sont utilisés sous des formes d'une variété pour ainsi dire infinie. Nous nous bornerons, dans celte revue rapide des produits les plus importants de la forêt, à mentionner ceux qui suivent.
Les Bois de marine étaient autrefois employés, à l'exclusion de toute autre matière, à la construction des navires. Les chantiers de constructions navales consommaient des quantités prodigieuses des bois les plus précieux et les plus rares de nos forêts. II y a très longtemps déjà que le recrulement des bois de marine était un sujet de préoccupation pour les grandes puissances navales. C'est à propos de ses efforts pour augmenter la puissance sur mer de la France que Colbert fut amené à s'occuper pour la première fois do forêts : ce fut la restauration de notre marine qui devint Toccasion de celle de nos forêts que prépara l'admirable ordonnance de 1669. Dès cette époque, les constructeurs de navires allaient très loin chercher les chênes de fortes dimensions: les premiers chemins d'exploitation frayés
(1) On verra de plus, au § 4, que de nouveaux débouchés, ouverts depuis peu à la matière ligneuse, tendent à augmenter de plus en plus la (juantité utilisée comme bois d'oeuvre des produits de nos forêts.
l'utilité des forêts
à travers Timmense massif de la forêt do Haguenau (Alsace), bien avant même la conquête française, le furent par des Hollandais, qui venaient jusque-là chercher les chênes de fortes dimensions si nombreux dans cette forêt pour les transporter, au moyen des cours d'eau flottables, jusqu'au Rhin et de là dans leur pays. La nécessité d'approvisionner les arsenaux maritimes avait amené nos rois, dès le xiv* siècle, à prendre des mesures pour se réserver dans toutes les forêts, y compris celles des particuliers, le droit exclusif d'abattre les bois propres à la construction des navires. L'ordonnance de 1669 réglementa à nouveau ce privilège: les agents de la marine avaient autorité pour se réserver, dans toutes les forêts royales, des communautés laïques et ecclésiastiques, ainsi que dans celles situées à moins de dix lieues de la mer et des rivières navigables, tous les arbres à leur usage (1). Ce système resta en vigueur jusqu'en 1792. Il fut rétabli, avec bien plus de sévérité encore, lorsque Napoléon commença à se préoccuper de construire une flotte capable de faire échec à l'Angleterre. La loi du 9 floréal an XI étendit le droit de martelage des agents de la marine à tous les arbres appartenant aux particuliers, sans distinction d'essences ni de dimensions, même à ceux des parcs et des avenues. Les propriétaires étaient tenus de faire six mois d'avance la déclaration des arbres qu'ils voulaient abattre : la marine faisait marteler ceux qu'elle jugeait propres à son service et avait une année entière pour en prendre livraison. Ce n'était qu'à l'expiration de ce délai, et après une mise en demeure préalable, que le propriétaire avait le droit d'en disposer pour son compte, si les ingénieurs n'en avaient pas voulu. Il était difficile d'imaginer rien de plus vexatoiro et de plus arbitraire. Malgré cette mainmise générale sur tous les arbres de l'empire, la marine ne parvint
(1) Les archives de la maîtrise de Haguenaii nous ont conservé le souvenir des efforts faits par les officiers royaux au xvii* siècle pour empêcher l'exportation des chênes vers la Hollande, à répoque où ce pays était en guerre avec la France; les Hollandais achetaient par personnes interposées et les bois leur arrivaient en fraude. Ce détail nous montre conihion. dés celte époque, les bois de marine étaient disputés. KnSilède les rois avaient interdit complètement leur exportation el cette défense isubsista jusqu'en 1810.
LES PRODUITS FORESTIERS l5
jamais à satisfaire ses besoins. A plusieurs époques, elle fui obligée de faire des coupes extraordinaires dont la dernière, celle de 1812, s'éleva à 257.000 stères (1). Ce régime a été aboli depuis et le décret du 16 octobre 1858 affranchit même les forêts communales de la servitude de martelage, la marine ne devant plus s'approvisionner que dans les forêts de l'Etat ou par des achats directs au commerce.
En fait, la marine de guerre n'emploie plus de bois aujourd'hui ni pour la carcasse, ni pour la coque^ ni même pour la mâture. L'acier s'est entièrement substitué au bois, qui n'est utilisé que pour les aménagements intérieurs. Cette évolution a commencé en Angleterre au début du siècle dernier; lorsqu'on appliqua la vapeur à la navigation, il fallut construire des coques plus rosis* tantes, plus légères et de plus grande capacité que les anciennes coques en bois. La marine française commença à employer le fer en 1843. En 1860, on employait encore à la fois le fer et le bois. Les derniers bâtiments de bois, déclassés et démodés, qui subsistent dans notre flotte de guerre, en auront disparu dans un petit nombre d'années.
Il est difficile de préciser la quantité de bois absorbée par la construction d'un grand navire. On estimait, en 1846, les bois de la flotte de guerre française à 650.000 mètres cubes, représentant un volume en grume de plus de 1.600.000 mètres cubes; l'entretien annuel absorbait 40.000 me. (2), le tout sans compter la mâture. Roscher (3) rapporte qu'il faut estimer en moyenne, pour chaque canon, sur les vaisseaux de guerre, 28 me. 3 de bois, dont les neuf dixièmes en chêne et un dixième en résineux. L'enquête sur la marine française de 1849 compte, par canon, de 36 à 51 me. de bois, et, pour les bâtiments de commerce, 1 me. par tonne.
(i) Clavé, op. cilat.j p. 231.
(2) C'est un volume en grume de 100.000 me, correspondant à peu près à la production actuelle des forêts de toute la France. Celle-ci est estimée à 300.000 hïc. de chêne de plus de m. 50 de diamètre; le tiers à peine pourrait être uUlisé comme bois de marine.
(.J) National Œkonomie des Ackerhaues, 2* édition, Stuttgart, 188o.
i6 l'utilité des forêts
La floUe de guerre anglaise compte, en chiffres ronds, trois mille canons environ. S'il fallait construire en bois une flotte équivalente, il faudrait au moins un million et demi de mètres cubes, représentant un volume en grume de plus de trois millions et demi de mètres cubes de bois de tout premier choix. C'est assurément plus qu'on n'en pourrait obtenir en abattant toutes les forêts de chêne de l'Europe. D'autre part, la flotte marchande de l'univers représente aujourd'hui un tonnage d'au moins trente millions de tonnes. On en peut déduire que tous les bois de chêne et de teck existant dans l'univers ne sufflraient pas, à beaucoup près, à reconstruire nos flottes actuelles si celles-ci venaient à disparaître. Il faudrait y épuiser le matériel entier d'une forêt de chêne pur trois fois plus étendue que toutes les forêts de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre réunies (1). Il faut donc se féliciter de ce que les progrès de la métallurgie aient permis aux armateurs de se passer des bois qu'ils recherchaient si avidement autrefois. Le commerce par mer serait annihilé s'il fallait revenir aux vaisseaux de bois de nos bisaïeuls.
Les bois de charpente, employés dans les constructions civiles, ont gardé toute leur importance ancienne, malgré l'emploi du fer et de l'acier. Si l'on a complètement renoncé aux charpentes de chêne, à cause de la rareté de cette essence que se disputent tant d'autres emplois, les résineux sont encore utilisés, en plus grande quantité même qu'autrefois, grâce au développement de la richesse générale qui fait que l'on construit beaucoup plus et plus spacieusement que jadis. Les charpentes de bois présentent, en effet, d'assez grands avantages sur le
(1) Les grands chênes (rouvre et pédoncule) couwent. en France, en chiffres ronds, 3.2.'i0.000 hectares. La production annuelle de HOO.OOO me. de bois de ces essences mesurant 0m.50 do diamètre ou plus permet d'admettre que les forêts renferment, dans leur matériel, environ trois millions de mètres cubes dont la moitié à peine serait utilisable pour la marine, (jui exi^^e des pièces de premier ordre, sans aucun vice ni défaut sur de grandes longueurs. Pour trouver les "70 millions de mètres cubes de bois de marine nécessaires, il faudrait donc épuiser le matériel d'une forêt d'environ 63 millions dhectares.
mêlai pour les constructions bourgeoises ordinaires, grâce à la facilité (le leur découpe et de leur assemblage sur place et grâce à leur légèreté. Le fer ne devient avantageux que pour les bâtiments très vastes, nécessitant des pièces d^une grande portée, ou pour les portions des habitations exposées à Thumidité (pour le solivBge des caves) ou bien encore là où des résistances exceptionnelles doivent être fournies par des pièces de faible volume. On a cru, autrefois, que l'emploi du métal diminuerait les dégâts des incendies; l'expérience a prouvé le contraire. Les solives de fer se dilatent et se tordent sous Faction de la chaleur, renversant ainsi les murs les plus résistants et propageant le feu grâce à leur conductibilité. Les charpentes de sapin, les plus employées en France, non seulement ne sont pas délaissées, mais deviennent, au contraire, de plus en plus recherchées. Toutes les autres catégories de bois d'œuvre ont une tendance à devenir de plus en plus demandées sur le marché.
Les bois de fente chêne, merrains et autres, sont parmi les produits forestiers les plus recherchés, en France surtout, où il en est employé de très grandes quantités au logement des vins. Notre pays est très loin de pouvoir se suffire à ce point de vue; nos besoins annuels, très variables suivant l'importance de la récolte de la vigne, sont couverts par des importations provenant d'Aulriche-Hongrie et des Etats-Unis, dont la valeur s'est élevée à trente-sept millions do francs on 1901 et à trente-trois millions en 1902.
Les sciages de chêne et résineux nous arrivent également en très grandes masses (1.100.000 tonnes de résineux, SO à 60.000 tonnesdechêneen moyenne, représentant une valeur de cent trente millions de francs au moins) des ports du nord-est de l'Europe, des Etats-Unis, d'Autriche-Hongrie, du Canada, etc. La menuiserie et Tébénisterie en consomment des quantités croissantes.
A côté de ces utilisations anciennes du bois d'œuvre, qui ont conservé ou augmenté leur importance, il en a surgi un cer-
ECOKOMIE FORESTIÈRE. — I 2
t8 l'utilité des fohêts
tain nombro do nouvelles depuis une cinquanlaino d'années. Quelques-unes ont pris dans le commerce une place telle qu'il ne sera pas hors de propos do s'y arrêter un moment.
Une catégorie de bois d'œuvre, autrefois inconnue, a pris rapidement une grande importance dans le cours du xix* siècle : ce sont les étais de mine. Les houillères emploient, pour étayer leurs galeries, des quantités énormes de bois en grume de faibles dimensions dont la fourniture est devenue un débouché important pour beaucoup de forêts. Les dimensions des étais varient beaucoup suivant les usages des compagnies houillères ; ordinairement les bois destinés à cet usage sont livrés par les propriétaires de forêts sous forme de perches ayant au moins huit ou neuf centimètres de diamètre au petit bout et une longueur minima de quatre mètres environ. Les essences les plus employées sont le pin sylvestre, le pin maritime, le chêne, les aulnes, etc. Los étais do mine constituent un produit très intérossant parce qu'il peut être fourni sans qu'il soit nécessaire d'immobiliser dans les forêts, sous forme de bois sur pied, un capital très considérable. La demande de cette catégorie augmenté naturellement avec le développement des exploitations houillères. Voici qui pourra donner une idée précise de la relation entre la production de la houillo et la consommation de bois par les houillères (1).
Pendant les années 1877 à 1881 (cinq ans), les houillères royales de Sarrebriick (Prusse rhénane) ont extrait au total 28.807.000 tonnes de houille. Dans le même temps, elles ontconsommé631.37o mètres cubes de bois, soit m. 027 par tonne (2),
(1) D'après des renseignements fournis par la Direction des houillères royales de Sarrebrùck à M. Danckelniann et publiés par celui-ci dans le Zeitschrifl fUr Fovst und Jagdwesen (juillet 1885).
(2) Les bois en question se répartissent comme suit, en raillions de mètres cubes : chêne : grumes i28 ; scinges 7; quartier et rondin 5. Hêtre : grumes 40. Résineux: grumes 7U ; sciages 11. Essence»^ diverses: étais 359. Au total 631.000 m. c. — Le Directeur général des forêts de Prusse (aujourd'hui décédé), Donner, dans sa 3« édition de la Statistique forestière de Prusse, indique que la circonscription minière de Dortmund a consommé, en 1892. 1.0"76.000 mètres cubes de bois pour l'entretien des galeries et puits des houillères, à savoir : 310.000 me.
LES PRODUITS FORESTIEBS ig
valant environ fr. 63. Si Ton applique ce chiffre à la production (lu globe et qu'on estime celle-ci à neuf cents millions de tonnes, on voit que les houillères absorberaient annuellement au moins vingt-quatre millions de mètres cubes de bois, dont plus de la moitié en étais.
La consommation annuelle de bois faite par les houillères belges pour étayer leurs galeries est estimée à d. 000. 000 de mètres cubes, valant au moins 23.000.000 de francs (chiffres de 1903).
En même temps que se manifestait ce besoin tout nouveau des bois de mine, l'industrie des chemins de fer a demandé des quantités croissantes de traverses. Celles-ci se font en plusieurs essences : les plus communément employées en France sont le hêtre, le chêne, le pin maritime et le pin sylvestre. Les tentatives faites, en Allemagne suFtout, il y a quelques années, pour introduire l'emploi des traverses métalliques n'ont donné que des mécomptes ; la supériorité de la traverse de bois n'est plus discutée. Les meilleures traverses sont celles dq hêtre injecté ou de chêne : leur durée atteint quinze à vingt-cinq ans, parfois davantage, suivant Tintensité du trafic d'où dépendent les efforts auxquels elles ont à résister. Les traverses do pin ont une durée beaucoup moindre et celles d'épicéa.(employées parfois en Allemagne) doivent être renouvelées tous les six à huit ans. Si l'on considère que notre réseau de chemins de fer français a une longueur dequarante-trois mille kilomètres (l)(lo chiffre officiel au !•' janvier 1901 est de 42.826), on peut admettre, en tenant compte des voies doubles, garages, etc., que près de cent millions de traverses y sont enfouies et que leur entretien annuel exige au moins cinq millions de traverses représentant un volume en grume de plus de huit cent mille mètres cubes. C'est
de chêne, 43.000 de hêtre et le surpkis en résineux. Cela représente une consommation de m. 025 par tonne extraite, chifl're presque idenlique à celui trouvé à San-ebrûck .
(1) La longueur totale des lignes de chemin de fer en exploitation dans le monde entier aul" janvier 1901, non compris les lignes appartenant à des particuliers, les tramways, etc., est de 190.570 kilomètres. [Bulletin de Statistique du minis* tère des Finances^ 1902.)
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20 lVtilité des forêts
à peu près deux fois plus que n*ea a laissé dispoaibio la diminution, depuis le commencement du siècle, de la consommation on bois de chauffage de la ville de Paris.
On pourrait énumôrer encore un assez grand nombre de débouchés nouveaux ouverts au bois depuis peu de temps. Il suffira de mentionner brièvement deux d'entre eux : le débit en pavés et celui en paille de bois pour emballages.
On emploie, pour le pavé, le pin, le sapin, le mélèze, le hêtre et un certain nombre d'espèces exotiques. Â Paris, c'est le pin maritime qui parait donner les meilleurs résultats; les premiers essais de pavage au bois dans cette ville ont été faits vers 1885. Au l®' janvier 1894, la surface pavée en bois dans les rues de Paris était de 741.000 mètres carrés, au !•*" janvier 1897 elle avait passé à 1.012.000 mètres carrés et au 1®*^ janvier 1901 à 1.594.000 ; ce dernier chiffre représente 18 p. 100, soit plus du sixième de la surface totale des rues de la ville.
La paille de bois se fabrique avec le bois des résineux ; celle d'épicéa est recherchée pour sa blancheur, le sapin est aussi
très employé. Ce produit est supérieur à la paille de céréales pour l'emballage des objets fragiles : il est plus élastique, d'un emploi plus commode et meilleur marché.
 l'appui des considérations qui précèdent il sera intéressant de montrer, par quelques données numériques précises, quelle a été la variation des prix, dans le cours du xix® siècle, de quelques catégories do produits forestiers. Les éléments du tracé graphique ci-dessous (fig. 1) sont empruntés à la statistique forestière rédigée à l'Ecole nationale forestière en 1876, complétée pour les années 1876 à 1900 en ce qui concerne le déparlement do Meurthe-et-Moselle.
Les courbes ci-dessous nous montrent très nettement une tendance générale à la hausse des bois d'oeuvre, surtout des chênes de belle qualité que fournissent les riches futaies du centre de la France et des gros chênes de nos taillis sous futaie de
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l'est. Il est curieux d'y constater Toffet des événements politiques sur la situation du marché. La révolution de 1830 a provo-
i. — Variation dans le cours du xix« siècle du prix, sur pied, du mètre cube de bois dans diverses régions de la France.
que une baisse brusque; celle de 1848 a eu un eflet plus considérable encore. Les années de grande prospérité économique du second empire ont été marquées par une hausse rapide suivie d'une baisse, d'abord pour le sapin, ensuite pour le chêne, baisse que les événements de 1870 sontvenus précipiter sans la rendre cependant comparable à celle de 1848. Le « krach » financier et industriel des années 1887 provoqua à son tour une baisse plus forte (pour le chêne) que celle de 1870.
Les cours du sapin reflètent moins fidèlement les événements de notre histoire politique ou économique à cause des variations de l'offre dues à des productions exceptionnelles de chablis. Ceux des années 1870 et 1871 ont exagéré énormément l'effet de la baisse due aux événements politiques ; ceux de 1876, année désastreuse pour les Vosges, ont amené une baisse brusque, mais momentanée. Ceux de 1892, bien que plus abondants que ceux de 1876, n'ont provoqué qu'une baisse assez faible, do même ceux de 1899. Le desastre de 1902, sans précédent, de pdémoire de forestier, dans nos sapinières vosgîennes, a ramené
L UTILITÉ DES FORÊTS
les prix au-dessous du niveau de l'année 1848; à ce qu'ils étaient vers 1820^ à une époque où les rouies faisaient presque complètement défaut dans la montagne.
Il a paru récemment une étude fort intéressante de M. von Gultenberg sur les Variations du prix des bois dans la moîiarchie ausfrO'honffroise pendant la seconde moitié du xix® siècle (i). La figure ci-dessous (fig. 2) donnera une idée immédiate de quelques-uns des résultats obtenus.
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> fenulus )(<piartier)
Fig. 2. — Varialion de 1848 à 1808 du prix des buis f.ironnés en forôt dans diverses parties de l'Autriche (d'après M. voii Guttenberg).
[\) Holzpreise in Œsferreich, in den Jahren 1848-1898, par A. von Gultenberg, professeur à l'Ecole supérieure d'Agriculture à Vienne (Vienne, Moritz Perles,
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Voici comment M. von Gutlenberg conclut son étude ;
« Un coup d'œil sur l'ensemble de nos résultats montre qu'en général, dans tous pays de la monarchie, les prix ont haussé -dans la seconde moitié du xix* siècle, à savoir, dans la propor* tion de 1 à 2 ou 3 pour les bois d'œuvre, de 1 à 1,5 ou 2 pour les bois de feu. » Il est nécessaire de remarquer que les prix qui ont servi de bases à M. von Guttenberg sont ceux des bois abattus et façonnés. Ils comprennent donc, en plus de la valeur des bois sur pied, celle d'une main d'œuvre relativement importante pour les bois de feu. Il est probable que, si Ton en tenait compte (ce que les données fournies ne permettent pas de faire), l'on constaterait que la valeur sur pied des bois de feu n'a guère augmenté, si même elle n'a pas baissé, tandis que celle du bois d'œuvre a augmenté rapidement, le renchérissement des frais de façon étant insignifiant pour les gros bois, eu égard à leur valeur.
I 4. — Produits forestiers divers.
L'industrie de la fabrication du papier au bois a pris, depuis un petit nombre d'années, un développement vraiment extraordinaire et a amené un renchérissement notable des bois résineux de petite dimension.
L'idée d'utiliser la cellulose extraite du bois à la confection du papier remonte au milieu du xvni* siècle, époque à laquelle deux Français, Guétard et Gleditsch, fabriquèrent à Etampes les premiers spécimens de papiers au bois. Mais ce n'est que vers 1850 que les procédés de fabrication devinrent pratiques et que l'industrie de la cellulose prit de l'extension, principalement en Allemagne, Suède, Norwège et aussi en France.
Les bois les plus employés sont les résineux : pin sylvestre, épicéa, sapin, dont les fij)res sont relativement très longues — jusqu'à huit ou neuf millimètres — et faciles à isoler. Les bois feuillus ont la fibre plus courte, sont moins répandus et d'un
l'utilité des forêts
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prix plus élevé; cependant quelques-uns, comme le tremble, qui donne une très belle pâte, sont assez recherchés (1). Le pin maritime, le résineux le plus répandu en France, est à peu près inutilisable, surtout lorsqu'il a été gemmé, à cause do la trop grande quantité de résine qu'il contient.
Le cellulose peut être extraite du bois soit par des procédés mécaniques, soit par des procédés chimiques; d'où deux catétégories de pâtes à papier bien distinctes (2).
Le procédé mécanique^ le plus ancien,^ est encore le plus répandu, bien qu'il perde rapidement du terrain. Il consiste essentiellement à diviser le bois, aussi fraîchement abattu que possible, en une pâte molle par une friction énergique contre des meules de grès en présence d un courant d'eau. On obtient^ après diverses manipulations,une pâte dans laquelle la cellulose des fibres est encore unie à la vasculose et qui, par suite, ne possède qu'imparfaitement les propriétés feutrantes nécessaires à une pâte à papier. On l'associe à la pâte de chiffons dans la proportion do un cinquième à moitié pour les papiers Gns à écrire, do moitié aux deux tiers pour les papiers de tenture et les cartons. Elle est surtout employée, mêlée à la pâte chimique, pour les papiers de journaux à cause de sa grande affinité pour l'encre d'impression. Les pâtes mécaniques dites humides du commerce renferment encore 50 p. 100 de leur poids d'eau : on admet que 100 kilog. de bois sec produisent environ 100 kilog. de pâte humide.
Les pâtes chimiques se préparent en soumettant le bois débité en menus fragments à l'action d'une matière qui l'attaque de façon à isoler les fibres des matières diverses qui se rencontrent dans les tissus. L'opération se fait en vase clos sous une forte pression de vapeur d'eau et à une température élevée. Les
(1) La culture du tremble, en vue de la fabrication du papier, a pris une assez grande extension dans certaines parties de la France, notamment dans le département de la Nièvre.
(2) La plupart des détails qui vont suivre sur les papiers au bois sont empruntés à l'ouvrage de M. Urbain, répéliteur à l'Ecole centrale, intitulé : les Succédanés du chi/fon en papeterie. Paris, Masson et Gauthier-Villars {Enctjclopédie des Aide-mémoire).
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LES PRODUITS FORESTIERS sS
procédés les plus employés sont celui à la soude caustique et celui aux bisuIOtes de chaux, de magnésie ou do soude.
Le procédé à la soude caustique fournil, en cellulose ou pâte sèche, le tiers ou un peu moins en poids de Ja matière ligneuse traitée. Il exige Tintervention de fortes pressions — jusqu'à 8 et 10 atmosphères — et de températures do i60 à 172 degrés.
Le procédé au bisuIOte repose sur ce que la vasculose du bois est attaquée par les bisulfites à une température d'environ 110 degrés, tandis que le cellulose reste intacte. L'opération est un pou plus longue, mais elle n'exige que do bien moins hautes pressions et des températures moindres que le procédé à la soude; le rendement est aussi plus élevé.
La cellulose au bisulfite est la meilleure; elle se blanchit très bien et équivaut au moins comme solidité de feutrage aux meilleures fibres de lin et de chanvre, surtout lorsqu'elle a été produite à basse température et faible pression. On l'emploie pour fabriquer des papiers de première qualité aussi beaux, suivant beaucoup de fabricants plus beaux même, et meilleurs que ceux préparés avec les pâtes de chiffon. Malheureusement, elle est un peu plus chère, en général, que la pâte à la soude; la différence de prix est actuellement de dix pour cent environ.
La production du papier dans le monde entier était estimée, en 1895, à plus de un milliard et demi de kilogrammes; on estimait à cette époque que l'Angleterre en consommait annuellelement six à sept kilog. par tête d'habitant. A ce compte la consommation, en 1895, de notre pays pourrait s'évaluer à 250 raillions de kilogr. par an et exigerait environ, pour être satisfaite en papier à pale de bois chimique, neuf cent mille mètres cubes de bois de pin sylvestre; c'est la production annuelle de 220.000 hectares de forêt au moins. Depuis 1895, la consommation de pâte de bois a dû augmenter de plus d'un tiers en France, si l'on en juge par les progrès de l'importation (1).
(1) La quantité de papier nécessaire à l'édition quotidienne d'un de nos journaux populaires très répandus, comme le Petit Journal, suffirait à absorber pour sa ffl^bricalion la production annuelle d'uae piueraie de mille hectares environ^ ea
26 L'UTILÎTi DES FORÉTS
La Franco a importé, en 1901, 164 millions de kilogr. de pâle de bois; dix ans plus tôt, en 1892, ce chiffre n'était que do 90 millions. Elle a de plus acheté à l'étranger, la mémo année, 181 millions de kilogr. de rondins résineux destines à la râperie, contre 60 millions en 1892. Ce dernier chiffre montre l'essor rapide de la fabrication indigène dont les principaux centres sont l'Isère et les Vosges. Les pâtes mécaniques représentent encore environ 55 p. 100 des pâtes importées; les pâtes chimiques, qui n'entraient dans l'importation que pour une proportion de 17 p. 100 en 1892, en forment 45 p. 100 en 1901 . La pâte mécanique nous arrive de Suèdo et de Norvvège pour les neuf dixièmes; la pâte chimique de ces deux mêmes pays, d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie, de Belgique et de Suisse.
On a découvert depuis plusieurs années un procédé chimique qui permet do transformer la cellulose de bois en une matière visqueuse, laquelle, passée à la fliière, donne un iil possédant le brillant et la fînessede la soie. On fabrique avec ce (il des tissus pouvant rivaliser avec la soie véritable, au moins pour les emplois dans l'ameublement, les tentures, etc. Une usine importante, établie à Besançon, exploite avec quelque succès l'industrie de fabrication de la soie artificielle.
On peut faire au sujet des bois destinés à la râperie ou à la fabrication de la soie la môme remarque que pour les étais de mine et les traverses de chemins de fer. Tous les bois employés à ces divers usages proviennent de tiges de faibles dimensions qui, autrefois, auraient été débitées en bois de chauffage, quartier et même rondin. L'on peutdire avec assurance que les nouveaux débouchés en étais, traverses et bois de râperie compensent largement, dans l'ensemble des forêts, la diminution de la demande des bois de feu. Celle-ci n'est désastreuse que localement et seulement pour les forêts traitées en vue de la production du menu bois: charbonnctte, fagots et bourrées.
adinetlant que son papier renferme proportions égales de pâte mécanique et de pâte chimi(iue.
Les écorces à tan ont été, jusqu'à une époque tout à fait récente, la seule matière lanante employée pour la préparation des cuirs. Le tanin se trouve Sfirtout abondant dans la portion interne de Técorce des jeunes chênes, âgés de 20 à 25 ans au plus, et particulièrement dans celle des chênes à feuilles persistantes, yeuse et kermès. Nos forêts françaises, sur toute retendue du territoire, prosentent des surfaces immenses traitées en vue de la production des écorces de chêne dont nous exportons de grandes quantités à l'étranger. Depuis une vingtaine d'années, la demande des écorces de chêne pour l'industrie a diminué d'une façon extrêmement rapide. On en aura une idée juste si Ton considère que, dans la période de 1880 à 1899, les prix des écorces de qualité moyenne ont baissé do soixante pour cent et que les écorces de qualité inférieure ou même simplement médiocre sont devenues absolument invendables. Dans ces conditions, la production ne laisse plus qu'un bénéfice insignifiant : telle forêt à écorces qui rapportait autrefois, net, 15 à 20 francs par hectare et par an n'en rapporte plus que 4 ou 5; les forêts de ce type étant triplement frappées par la baisse des écorces, celle des menus bois de charbonnette et par la hausse de la main-d'œuvre rurale. La situation est devenue très grave, surtout pour les forêts de chêne vert, et Ton n'y voit guère d'autre remède que l'introduction ou la multiplication, dans ces forêts, d'essences comme le pin d'Alep, le pin sylvestre ou le chêne blanc susceptibles de donner quelque bois d'œuvre. Dans les forêts de chêne rouvre ou pédoncule, le remède est tout indiqué : il consistera à reculer les âges d'exploitation et à réserver comme baliveaux, lors des coupes, tous les brins susceptibles do former des arbres.
Les causes du délaissement des écorces sont l'emploi, devenu général, des solutions taniqucs fabriquées directement par macération du bois de chêne. Ces solutions permettent d'obtenir le tannage des peaux beaucoup plus rapidement et plus économiquement. De plus, on importe en quantités croissantes des produits exotiques divers qui se substituent avec économie à l'écorcc
a 8 l'utilité des forêts
de chêne. Les plus répandues sont: le bois du quebracho colorado^qux nous vient de TAmérique Centrale; le (anin duchéneliège; le caiechu, extrait de divers végétaux croissant dans rinde (1); les valonées^ cupules du gland du Quercus valonea, originaire du Sud-Est de l'Europe; les myrobolans^ fruits du terminalis citrina (Indes Occidentales), les sumacs, noix de galle, la canaigre, etc., etc.
Le liège est fourni par Técorce des chênes liège et occidental^ essences dont la zone d'habitation est très réduite; on ne les rencontre que dans les pays suivants :
France, côte atlantique. . . . 23.000 hectares
— côte mêdilerriDeenie. . . 128.000 — i ... ^^ . ^.^ ^^ . .
Algérie de 426.000 à 450.000 (2) ^ ^^*-^" ^ '^^'^^ ^^^^'
Tunisie 8u.000à H5.000
Portugal 300.000
Espagne 225.000 x .^« r^ , .
Italie 80.000 ^ ^^^ '""^ *^^^^-
Maroc ?
Les forêts à liège africaines sont encore loin d'êlre complètement mises en valeur.
La production du liège dans l'univers était estimée à un peu plus de un million de quintaux en 190J, dont 41.000 pour la France européenne, 159.000 pour l'Algérie et 13.000 pour la Tunisie; le tiers du liège mis dans le commerce à cette époque était par conséquent d'origine française. Le Portugal produisait, la même année, iSo.OOO quintaux et l'Espagne 255.000. D'ici un assez petit nombre d'années la production de l'Algérie aura triplé (3) et celle de la Tunisie sera devenue huit fois plus forte ; celle du Portugal a atteint sou maximum et se maintient stationnaire, tandis que celle de l'Espagne parait en déclin. Le liège est donc destiné à devenir un jour un produit spécialement français.
(1) On emploie à la fabrication du calechu les espèces suivantes : Acacia calechu, Nauclea Gambir. divers Ai^eca, etc.
(2) La contenance des foréls de chêne liège appartenant aux propriétaires particuliers en Algérie et Tunisie est mal connue.
(3) La production algérienne de 1902 peut être estimée à environ 165.000 quintaux.
UusdLgo du liège était déjà familier aux anciens ; ils savaient utiliser pour les bouées d'ancres des navires, les filets^ les bondes des tonneaux, les chaussures des femmes, son écorce çui renaît à mesure gu'on Fenlève (l). Pendant très longtemps cependant le liège demeura un objet d'utilité absolument secondaire et ce n'est que depuis le xvn^ siècle, époque à laquelle l'usage des bouteilles en verre commença à se répandre, qu'on vint à le rechercher pour la fabrication des bouchons, qui est restée son principal débouche. On se servit d'abord du liège mâle et ce n'est qu'au xviji^ siècle que l'on trouve on Espagne les premières traces d'une véritable culture du chène-liègo (2).
Plus des neuf dixièmes du liège produit annuellement sont transformés en bouchons, dont le nombre dépasse treize milliards. Los principaux pays consommateurs sont la Franco, TAngleterro, l'Allemagne, la Russie et les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, qui absorbent ensemble neuf cent mille quintaux par an.
La plupart dos essences dites résineuses ont été autrefois exploitées dans nos forêts au point de vue de la résine. Actuellement il n'y a plus en Europe que deux essences qui soient gemmées en grand, le pin tioir (T Autriche et le pin maritime; ce dernier seul est spontané en France. Aux Etats-Unis, centre principal de production de la résine, on exploite diverses espèces de pins, particulièrement le pinus australis (Mich.) et le pinus tœda (L.) (3).
L'industrie de la résine, nouvelle en France, y est née dans le cours duxix® siècle, à la suite des admirables travaux de fixation des dunes et de reboisement des Landes effectués en Gas-
(1) Pline l'Ancien, Histoire naturelle, liv. XVI, chap. ni (cité par M. Lamey dans son ouvrage le Che'ne-liér/e . Nancy, 1893}.
(2| Lamey, op. cit., page 3.'j.
(3) La résine extraite du mélèze dans quelques localités du Tyrol méridional et des Alpes italiennes est l'objet d'une certaine exportation par le port de Venise; c'est pourquoi on appelle l'essence (jui s'en extrait térébenthine de Venise. La manne de Briançon (résine des feuilles du mélèze), la térébenthine de Strasbourr/ (extraite du sapin des Vosges) sont des produits qui ont entièrement disparu du commerce.
3o l'utilité des forêts
cogne. Celte œuvre grandiose, sans analogue dans aucun autre pays do l'univers, a créé de toutes pièces une immense foret de plus de huit cent mille hectares d'un seul tenant, le plus vaste massif de l'Europe si l'on en excepte ceux de la Russie et de la Suède septentrionales.
Le gemmage se pratique en France en entaillant légèrement les dernières couches d'aubier des pins et en recueillant dans de petits vases fixes au-dessous de l'entaille la substance qui s'en écoule. Ce produit immédiat ou gemme est ensuite soumis à la distillation dans de grands alambics chaulTés tantôt à feu nu, tantôt à la vapeur ; Vessence de térébenthine passe et se condense avec l'eau dont on la sépare par décantation. La matière restant dans la cornue est le brai sec oii colophane ; brassée avecde l'eau bouillante,, elle donne un produit homogène d'une belle couleur blonde : la résine du commerce.
On estime à 80 millions de kilos au moins la production do gemme annuelle des pignadas de Gascogne. On en lire de 13 à 26 millions de kilos d'essence de térébenthine, 50 à 60 millions de kilos de brais secs et colophane et une certaine quantité d'huiles de résine, produits secondaires dont la quantité peut s'évaluer à 5 ou 6 millions de kilogrammes au moins.
La production américaine, qui est quatre fois plus importante que la nôtre, lui fait une concurrence redoutable sur les marchés étrangers, et même sur le marché national. La valeur de la gemme et de l'essence est du reste extrêmement variable ; elle a passé par un minimum en 1895 et 189G, époque à laquelle le quintal d'essence était tombé à 40 fr. (i). Depuis, les prix se sont relevés, ils étaient de 50 à 55 fr. en 1901 et atteignent actuellement (1903) 80 il 90 fr. les 100 kilogs. La gemme brute se payait, en 1901, 15 et 20 fr. le quintal.
La France ne consomme guère que les deux tiers de sa production et exporte le surplus. La valeur des exportations de gemmes, résines, essence et huiles était, en milliers de francs,
(1) V Industrie de la résine en France, par M. D. Bcllet. (Economiste français du 12 juillet 1902)
LES PRODUITS FORESTIERS 3l
francs en 188!)
mettre, en se basant sur une valeur do treîzo ceulitre do gemme, prix minimum qui n'a même pas plus fort de la crise que subit actuollemont l'inrésinc, qu'une forêt de pin aménagée à 60 ans, mt géoéralement celles des particuliers, produit ■. net par hectare et par an, dont 12 fr. pour la surplus pour le bois. C'est donc ce dernier proi plus important, au moins lorsque la gemme est as prix de 1893 et 1896. Acluellenient on peut osliégalité de valeur eniro les deux produits dans les lières; dans celles de l'Elat, traitées avec un âge I plus avancé, le boîs garde la première place, }S prix relativement élevés pour l'essence, ion française est susceptible de s'accroître encore, s'améliorer comme qualité et prix de revient. Les t la gemme sont actuellement très nombreuses et suite, très peu importantes et assez rudimentairees. De grands établissements pourvus d'un oulilnné donneraient, avec moins do frais, un rendové en produits meilleurs.
tien du bois en vase clos donne, en outre du chardons la cornue, de l'acide pyroligneux et du goui se dépose au fond du récipient; de l'acide pyroé par décantation on retire du mél/tylène et des içues.
me ou alcool méthylique est employé, mélangé à la dénaturation des alcools qui constitue son prinlé et on absorbe environ quinze mille hectolitres ancc. Les produits acétiques servent à fabriquer
3a l'utilité des forêts
des acétates divers : do soude, de plomb, d'aiuminc, do cuivre, etc., de l'acétone, de l'acide acétique pour l'industrie et de l'acide acétique bon goût pour conserves.
Du goudron, matière extrêmement complexe, on extrait une quantité de produits variés, notamment la créosote, le gaïacol, les phénols, etc.
Dans ces dernières années, l'industrie de la distillation du bois a grandi et s'est beaucoup perfectionnée en France. Elle exporte actuellement du méthylène à l'étranger alors qu'autrefois notre pays on importait de grandes quantités. On estimait à quinze millions de francs, en 1904, la valeur des produits obtenus annuellement en France par la distillation du bois.
Le rendement fourni par la distillation est d'environ 22 à 23 p. 100 en poids de charbon et 36 à 45 p. 100 de méthylène et goudron. Depuis quelques années on a découvert un procédé pratique pour séparer, parmi les produits gazeux do la distillation, un ffas de bois susceptible des mêmes emplois que le gaz do houille et dont le prix de revient ne serait que de deux centimes le mètre cube. Un quintal de bois donnerait 7 à 8 mètres cubes de gaz.
Les bois employés pour la distillation sont les brins de taillis, les mêmes qu'on carbonisait autrefois en meules sur le parterre des coupes. Cette industrie est intéressante parce que son extension serait de nature à enrayer la dépréciation des produits de taillis, si abondants encore dans notre pays.