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CHAPITRE II LA FRANCE FORESTIÈRE D'AUJOURD'HUI

SOMMAIRE

§ 1. — La région du Nord-Est.

Forêts domaniales des déparlements du Nord, du Pas-de-Calais et de la

Somme.

Région du Nord-Est : limites, étendue, taux de boisement. Ardenne. Signy-l'Abbaye.

Les forêts des terrains calcaires : côtes de la Meuse, Argonne, Lorraine,

Côte-d'Or. Taillis sous futaie de hêtres en terrain calcaire. Balivages.

Rendements.

Forêts des terrains argilo-siliceux ou argileux. Balivages. Rendements. Forêts vosgiennes. Etendue, matériel, traitement, revenus. Forêts du Jura. Le massif de Joux-Levier. Types de peuplements. Revenus.

Le Président des Ghérards.

La Vôge. Forêt de Darney.

Les taillis communaux de la Haute-Saône.

La Bresse. Forêt de Chaux.

Les forêts de la Saône. Forêts do Cîteaux, de Pourlans. Le Chêne de Juin. Le Morvan. La forêt de Saint-Prix.

§ 2. — Le bassin de la Seine et le bassin moyen de la Loire.

Limites, étendue, taux de boisement de celte région.

Forêts particulières : traitement, revenu.

Forêts domaniales. Villers-Cotlerets. La futaie des Dayan court. Fontainebleau. Marly, Saint-Germain, etc. Chantilly, Halatle, Ermenonville. Compiègne, Coucy, Saint-Gobain. Lyons, Eawy, Rouvray, le Londe, Rouiiiare, etc.

Les vieux arbres de la Normandie. Le plus gros chêne de France. Les ifs funéraires.

Les forêts du Perche. Bellôme. Histoire de cette forêt. Peuplements typiques. Traitement, revenu.

La forêt de Bercé. Traitement. Peuplements typiques. Revenus. Le canton des Clos.

Les forêts du Blésois. Traitement. Peuplements typiques. Revenus.

Les forêts du Bourbonnais. Le Tronçais. Moladier, etc.

La forêt d'Orléans. Histoire. Traitement. Revenus.

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§ 3. -—La région du Nord-Ouest et le massif central.

Limites, étendue, taux de boisement de cette région. Les forêts de Bretagne, les landes, forêt de Chisé. VAuvergne.

§ 4. - La région du Sud-Ouest et les Pyrénées.

La pignada landaise.

Les forêts de l'Adour et du Béarn.

Les Pyrénées. Taux de boisement, vacants. Les sapinières de l'Aude. Types de forêts : Laurenti, Montauban, Bouconne.

§ 5. — La région méditerranéenne et les Préalpes provençales.

Les taillis de chêne vert. Forêt de Gignac. Les forêts du Gard. La forêt du Lubéron.

Les Maures et l'Estérel.

Les Préalpes. Le Ventoux. Forêt de Bédoin. Essences, traitement, revenus. Les truffières.

§ 6. — Les Alpes.

Le Comté de Nice.

Le bassin de la Durance : les Alpes sèches.

Les Alpes septentrionales. Département des Hautes-Alpes. Durbon, Boscodon.

Les forôU de mélèze. Forêts du Mont Genèvre, de Puy-Saint-Pierre. Le

Queyras.

Le Haut Dauphiné. La Grande Chartreuse.

La Savoie. Forêt de Vailly.

Les reboisements. La Série de Luc (Drôme).

§ 1. —La région du Nord-Est.

Les trois départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme forment une région dont le taux de boisement ne dépasse pas 6 à 7 0/0. Les forêts y sont représentées par quelques grands massifs domaniaux (Mormal, Crécy, Saint-Amand, etc.) et des forêts particulières. Elles sont peuplées de chêne pédoncule, charme, bois blancs et hêtre et traitées en taillis sous futaie, sauf une partie de la forêt de Mormal, qui est en futaie. Mormal et Saint-Amand produisent, net, plus de 100 fr. par hectare et par an. Quoiqu'on taillis, Saint-Amand fournit en bois d'œuvre (étais de mine) les sept dixièmes de sa production, qui est d'environ 4 me. 5 par hectare et par an.

Le bassin de la Moselle, la Franche-Comté, la Bourgogne et le Nivernais forment, au nord-est de la France, un groupe d'un

seul tenant d'une douzaine de départements, d'une étendue d'environ 700.000 kilomètres carrés, dont le taux de boisement dépasse 28 0/0. C'est la région forestière la plus étendue qu'on puisse délimiter dans notre pays ; c'est aussi la plus intéressante par sa richesse et la variété de ses produits. Elle renferme 190.000 kilomètres carrés de forêts :.le cinquième des forêts françaises et près des deux cinquièmes des forêts soumises au régime forestier.

Au nord, on rencontre les plateaux primaires de TArdenne, froids et marécageux, profondément découpés par des vallées aux flancs escarpés, sur lesquels croissent des taillis simples de chêne soumis au sartage; « immenses forêts de petits arbres, » a dit Michelet. Ces forêts appartiennent surtout à des particuliers qui y produisent de l'écorce à tan. De vastes étendues, naguère couvertes de bruyères, sont depuis quelque temps progressivement reboisées en résineux, particulièrement en pins sylvestres.

A une trentaine de kilomètres à Touest de Mézières, se trouve la forêt domaniale de Signy l'Abbaye, d'une étendue de 3.200 hectares. Cette forêt, enrichie par les balivages conservateurs des Bénédictins, se trouve en sol de qualité exceptionnelle; les chênes y présentent communément un mètre de diamètre à l'âge de cent ans. Elle est traitée en taillis sous futaie à des révolutions de 30 à 36 ans et rapporte actuellement (moyenne des années 1888 à 1894) sur l'ensemble des 3.200 hectares :

par hectare et par an, 6 me. 67, dont 1 me. de bois d'œuvre chêne,

et 66 francs brut, ou environ 58 fr. net. Les coupes de la 2® série, l'ancien quartenréservedes Bénédictins, se sont vendues en 1893 au prix de 2.500 fr. l'hectare; on y a réservé près de 200 baliveaux, dont moitié chêne, une douzaine de modernes et vingt anciens à l'hectare. Cette forêt a été mise en désordre» ainsi que tant d'autres de nos plus beaux taillis, par une tentative malheureuse de conversion en futaie qui a été pratiquée de 1876 à 1888. Dans les cantons qui ont conservé leur carac-

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tère normal, le balivage comporte 100 à 150 baliveaux, 30 à 50 modernes et 12 à 20 anciens à l'hectare (1).

Les côtes de la Meuse, de TArgonne, de la Lorraine et de la Côte-d'Or forment autant d'escarpements de rochers calcaires jurassiques, disposés en rides concentriques et abondamment boisés (2) en hêtre, charme et chêne.

Le hêtre est l'arbre par excellence de ces sols peu profonds, souvent secs, et de ce climat rude. Le chêne n'y subsiste, sans l'aide de l'homme, que sur quelques points favorisés; partout ailleurs Faction incessante du forestier (balivages dans les taillis, éclaircies dans les futaies) est nécessaire pour le maintenir. Les forêts sont traitées en taillis sous futaie et appartiennent à des communes, à des particuliers et à l'Etat ; ces dernières sont, en partie, et à juste titre, en voie de conversion en futaie pleine. Les forêts de hêtre, charme et chêne en taillis sur calcaires jurassiques constituent un des types les plus répandus en France. Leur production varie de 2 m. à 4 m. 5 par hectare et par an ; les huit à neuf dixièmes en sont formés de bois de feu avec un peu de bois d'œuvre hêtre. Les balivages se font généralement très riches dans les forêts soumises au régime forestier (3); on réserve en moyenne 100 à 150 baliveaux de l'âge dont souvent plus de la moitié sont des charmes, 50 à 60 modernes de 25 à 45 centimètres inclusivement de diamètre et 7 ou 8 anciens. Ces chiffres sont des moyennes s'appliquant à plus de 150.000 hectares de forêts dans la région. Le volume des arbres réservés est d'environ 50 à 80 mètres cubes immédiatement après la coupe et il double à peu près en 25 ou 30 ans, de sorte que l'exploitation enlève un volume presque égal. Les produits du taillis sont souvent les deux tiers en volume de

(1) Renseignement communiqué par M. Sauce, Conservateur des Eaux et Forôts à Mézières.

(2) Le taux de boisement de l'oolithe inférieure est de 41 p. 100 en Meurthe-et- Moselle et celui des calcaires coralliens de 19 p. 100.

(3) Les Forêts de la Meuse, par M. F. Larzillière, Saint-Mihiel, 1890.— Les Forêts de Meurthe-et-Moselle, par M. G. Huifel (manuscrit à la bibliothèque de l'Ecole forestière), 1888.

ceux de la futaie. Les révolutions sont très généralement de 25 à 30 ans. Des relevés effectués par M. Larzillière sur le prix de vente de 3.039 coupes de taillis vendues dans laMeuse^ de 1877 à 1886, ont montré que (1) :

pour une révolution de 23 à 26 ans le revenu par hect. et par an est de 33 fr. ^ 27 à 30 — — 34 —

La statistique de Meurthe-et-Moselle donne les chiffres suivants pour les forêts à hôtre dominant de ce département.

Forêts traitées en taillis sons-fatale, hôtre dominant dans la réserve, charme dominant dans les taillis

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