LA FRANGE FORESTIERE D AUJOURD'HUI
La forètyosgienneest essentiellement une sapinière immense, de 80 kilomètres de long sur 8 à 15 de large, d'une contenance de près de 80.000 hectares, presque d'un seul tenant (1) entre 350 et iOOO m. d'altitude. Plus des sept dixièmes de cette étendue sont soumis au régime forestier et appartiennent moitié à l'Etat, moitié à des communes. Dans les 27 forêts domaniales de la montagne du département des Vosges, dont la contenance ^^
productive est de 38.900 hectares, on trouve 23.900 hectares de sapin, 11.000 hectares de hêtre, 3000 hectares d'épicéa et 1.100 hectares de pin sylvestre (2). Cette dernière essence a été introduite depuis quatre-vingts ans environ pour reboiser les vides créés par les exploitations abusives pratiquées au siècle dernier en vue de l'alimentation des salines ducales (3). Le hêtre n'est abondant que dans les Hautes-Vosges granitiques, où il forme 30 0/0 des peuplements; dans les Basses-Vosges siliceuses il n'en représente, avec le chêne et les autres feuillus, que 18 0/0 seulement. L'épicéa ne se rencontre guère que dans les Hautes- Vosges. Le sommet de ces montagnes est artifîciellement dénudé et constitue une curieuse région de pâturages (chaumes) dont un érudit nancéien vient de publier une intéressante histoire (4).
Les sapinières les plus productives sont celles de la région siliceuse : leur rendement est de 7 m. à 7 m. 20 par hectare et par an lorsqu'elles ne renferment pas plus de 10 0/0 de hêtre et de pin; telle est la production moyenne, de 1890 à 1900, d*un massif de 7.400 hectares d'^un seul tenant formé parles forêts du Val de Senones, des Bois Sauvages et de Celles. Cette dernière forêt a même produit 8.9 pendant cette période; il semble qu'on
(1} Le taux de boisemeat du grès vosgieii est de 72,5 p. 100 en Meurthe-et- Moselle.
(2) Notice sur les forets domaniales des Vosges, par M. E. Mongenot, Conservateur des forêts à Epinal. Nancy, Berger-Levrault et C'«, 1900.
(3) Voir plus haut, page 291.
(4) Les Hautes-Chaumes des Vosges, par P. Boyé, Nancy, Berger-Levrault et C'«,
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y ait réalisé un matériel surabondantaccurouléauxépoques antérieures. Sur les terrains granitiques le rendement ne dépasse guère 5 à 6 mètres cubes par hectare peuplé de sapin.
La production des sapinières vosgiennes comporte dans son ensemble, et abstraction faite des feuillus, 77 0/0 do bois d'oeuvre et 23 0/0 de bois de feu. Cette dernière proportion est plus élevée dans les Hautes- Vosges, où les arbres sont plus courts, plus coniques et plus branchus.
Le volume à Theclare boisé dans l'ensemble des forêts domaniales vosgiennes est actuellement de 317 mètres cubes; il dépasse souvent ce chiffre et atteint jusqu'à 390 mètres cubes dans la forêt d'Hérival qui produit, depuis 10 ans, 9,60 me. par hectare.
Le rendement en argent a atteint 95 fr. par hectare pour l'ensemble des forêts en 1899; il est habituellement supérieur à 100 fr. dans les Vosges gréseuses et varie de 60 à 70 fr. en moyenne dans la région granitique.
Les forêts des Vosges sont généralement aménagées en futaie pleine, suivant une modalité de ce mode de traitement qui se rapproche du jardinage. L'âge d'exploitation le plus habituel est de 144 ans.
Au sud des Vosges Ténorme rempart calcaire du Jura présente des sols plus fertiles et moins boisés. Le sapin s'y rencontre entre 600 et 1200 mètres d'altitude; les sommets jurassiens sont couverts de forêts d'épicéa assez étendues qui sont les massifs de celte essence les plus avancés dans la direction de l'ouest qui se rencontrent en Europe.
Les sapinières du Jura se présentent plus riches et plus homogènes dans leur ensemble que celles des Vosges.' C'est là qu'on trouve les plus belles forêts de l'espèce que nous possédions dans notre pays et, sans doute, les plus belles qui existent.
Le massif de la Joux s'étend, en terrains du calcaire corallien,
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sur S. 620 hectares d'un seul tenant, entre 630 et 900 mètres d'altitude, aux confins des départements du Jura etduDoubs;il est peuplé de sapin 9 et épicéa 1 dixième. On y a trouvé, en 1883, 420 mètres cubes de bois par hectare moyen en arbres de m. 60 de tour et plus. En 1894 un nouvel inventaire a mon-, tré que le matériel s'était accru, dans l'intervalle, de plus de 9.000 mètres cubes, soit d'environ m. 24 par hectare et par an. Comme on avait, pendant cette période, exploité 9 me. 23 l'accroissement de la forêt a donc été de 9.23 -j- 0.24 = 9 me. 47 par hectare et par an, sans tenir compte des bois de moins de 0m.60detour.Cetaccroissementdépasseraitsans doute 10 mètres cubes par hectare et par an si Ton déduisait de la contenance totale les parties improductives (routes, maisons, terrains de culture des préposés, etc.). Le revenu en argent a été, en moyenne, de 1882 à 1892, de 282.000 francs brut et de 261.500 net, soit exactement 100 fr. par hectare (1). La valeur fonds et superficie de la forêt étant d'environ 18 millions de francs, c'est donc un revenu de 1.45 0/0 environ que donne le capital d'exploitation.
La forêt contiguë de Levier ne le cède en rien à la précédente. Elle renfermait, en 1895, sur une surface totale de 2.690 hectares, un matériel de 1.148.000 me. en bois de m. 60 de tour et plus, soit 425 mètres cubes à l'hectare. La production est de 26.400 me. ou 10 me. valant, en chifires ronds, près de 190 fr. brut par hectare et par an. La l'« série, d'une contenance de 380 hectares d'un seul tenant, renfermait, en 1895, à l'hectare, 526 mètres cubes en bois de tous âges, chiiTrequi n'est probablement atteint dans aucune autre forêt sur une étendue égale. La forêt de Levier renferme des peuplements étendus dont le volume dépasse 1.200 mètres cubes à l'hectare en bois déplus de m. 30 de diamètre. Voici, à titre d'exemple, le résultat d'un inventaire
(1) Les prix du sapin pendant la décade considérée ont été exceptionnellement bas. Pendant la décade précédente, de 1813 à 1882, la forêt a produit 10 me. 4 par hectare et par an e/ 166 fr. net.
fait sur une surface d'un hectare au canton de la Fontaine du Gtt :