‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 13 sur 155 · HYPOTHÈSES, DÉBUTS · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES, DÉBUTS

pidement puissant dans le commerce que dans la fabrique (voir Held, Soziale Geschichte, 566).

(5) Le grand commerce d’exportation des laines de l’Islande à la fin du moyen âge a son origine, d’une part, dans le superflu de l’île en laine brute et en heures de loisir durant l’iiiver ; d’autre part, certainement aussi dans le besoin intense de marchandises étrangères, que devait éprouver un peuple colonial relativement alors si cultivé au milieu d’une nature si avare (K. Maurer, Island, 409, 421 et suiv.) ; [E. Ba.vsch, Die Islandsfahrt der Deutschen, p. 58, 71 et suiv.]. — Aujourd’hui, le soutien le plus ferme de la grandeur industrielle de TAngleterre est sa richesse en houille. Mais la défense d’Edouard I®*", de brûler à Londres ce combustible, parce qu’il corrompait l’air, a été renouvelée après lui et n’est tombée tout à fait dans l’oubli que sous Charles 1®'“. En 1620 encore, les fonda*ies de fer de Lord Dudley, fonctionnant au charbon de terre, furent détruites par la populace. C’est seulement en 1740, qu’à la suite de la cherté croissante du bois, la consommation de la houille passa à 17.000 tonnes annuellement, et à 22.000 en 1750. (Mac- CULLOCU, Stat.Acc., I, 569, 579). C’est ainsi encore que l’industrie cotonnière saxonne date de la guerre de Sept ans, qui apporta des entraves à la fabrication du drap et de la toile et causa en même temps la rareté des cotonnades indiennes. [A. Koenig, Die saechsische Baumwollindustrie, 1899 ; G. Groel- LiCH, Die Baumwollveeberei der saechsischen Oberlausüz, 1911]. L’industrie française a reçu de la Révolution une impulsion puissante ; les nécessités de la guerre appelèrent dans les ateliers une foule de savants, et beaucoup de découvertes furent faites qui eurent une fécondité durable.

(6) L’opinion émise par K. Bue cher dans son ouvrage Ueber Entslehung der Volksmrthschaft, 1893, p. 81 et suiv.), que la production salariée représenterait un échelon antérieur au métier proprement dit, ne peut se soutenir. Elle a été combattue, notamment par von Below dans la Historische Zeitschrift, neue Folge, 50, et par W'. Sombart dans Der moderne Kapitalismus, 1902, p. 92.

CHAP. I. DEVELOP. DE l’iNDUSTR. EN GÉNÉRAL

§ 10. IMPORTANCE POLITIQUE DE l’iNDUSTRIE 121

Les industries les plus considérables, celles surtout qui travaillent pour 'la consommation en masse des produits usuels, ne peuvent trouver une base suffisante pour l’écoulement de leurs produits dans une condition des ouvriers qui serait servile, c’est-à-dire limitée au minimum nécessaire à l’entretien de l’existence (2). Si l’antiquité comme l’Orient, en dépit du degré supérieur du reste atteint par leur civilisation, ne sont jamais parvenus à un développement industriel vraiment remarquable, cela est dû, en grande partie, à ce que tous deux n’ont jamais entièrement renoncé à l’esclavage (3, 4, 5). Mais de plus hautes perspectives s’ouvrent encore au caractère civilisateur de l’industrie. C’est elle qui a fait naître la maxime, étendue progressivement ensuite aux autres branches de l’activité économique : « si c’est la dignité de sa fonction qui honore le roi, que ce soit le labeur de nos mains qui nous honore ». Ce sentiment de l’honneur, en même temps cause et effet de la puissance économique (6), favorise dans la vie d’un Etat l’ascension des éléments démocratiques, d’autant mieux que le travailleur industriel doit, bien plus que le travailleur agricole, avoir le souci d’un public dont il fait lui-même partie intégrante.

inausirie se rattache dans sa structure la plus intime à la vie de la cité, qui sans elle ne serait que très exceptionnellement en état de nourrir une agglomération d’hommes de quelque importance (voir ci-dessus, § 4, et vol. 11, § 19 et suiv.) Les industries accessoires elles-mêmes, qu’on qualifie volontiers d’agricoles, prennent d’ordinaire naissance d abord dans les villes, à cause du besoin restreint qu’on a de leurs produits et du prix élevé qu’ils atteignent. Elles émigrent ensuite v’ers la campagne, mais retournent finalement le plus volontiers à la ville lorsque leurs déchets viennent à y trouver un marché rémunérateur (1). [En outre, le développement industriel est placé sous la dépendance de la constitution agraire. Les régions de grande propriété sont industriellement moins développées que celles où la moyenne et la petite propriété occupent une place prépondérante. Les premières, en effet, ne manifestent pas un pouvoir d’achat et d’absorption des productions journalières égal à celui des secondes. En Allemagne, on peut observer que la Posnanie, la Prusse orientale et occidentale, la Poméranie, ainsi que le ^lecklenbourg, dans lesquelles la grande propriété domine, ne témoignent que d’une industrie relativement peu importante]. L’industrie est en étroite réciprocité d’effets avec la lilierté personnelle. Dés que la première se développe, s’affaiblit le principal soutien du servage, c’est-à-dire l’impossibilité de se nourrir où se trouvent, dans l’état agricole élémentaire, les non

(1) Reuxing, Feslschrift der 25 Versammlung deutscher Land-und Forstivirte, 1865, p. 1714) ; H. Crusius, Die technis- ■chen Gewerbe in der Landwirtschaft, 1885 ; Laspeyres, dans la Vierteljahrschrift de Faucher, 1871, 2, p. 10, 16, 18.

(2) Dans les Etats esclavagistes de l’Amérique du Nord, le duc de Larochefoucauld-Liancourt trouva souvent, au cours de son voyage de 1795 et années suivantes, des tables splendides avec de la v^aisselle d’argent, etc., dans une chambre où la moitié des vitres des fenêtres manquaient depuis des années {Voyage, X, 2, p. 95).

(3) Un second motif qui se rattache à cette situation se

122 CHAP. I. DÉVELOP. DE l’iNDÜSTR. EN GÉNÉRAL

Mi î

. Il I

■I ■ - 1 lll-

trouve dans l’antiquité comme en Orient, dans l’insuffisance relative des moyens de communication et dans l’insécurité du. trafic. C’est aussi pour cette raison que dans l’antiquité, la proximité des matériaux bruts à utiliser c-st restée, par exemple, un motif plus décisif de l’établissement d’une industrie que dans les temps modernes. Sur l’économie publique en Grèce et à Rome, voir vol, I, § 47.

(4) A Rome, pendant longtemps, les artisans n’ont été jugés dignes de l’honneur de porter les armes que devant l’impérieuse nécessité d’une menace de guerre {Us iesv ht\, Roemische Geschichte, III, 197, 254). Dans V antiquité, ies industries tra^ vaillant pour l’exportation sont, à peu d’exceptions près, des industries de luxe, A Carthage et Milet, on a fabriqué de belles étoffes de laine, en raison de la proximité des troupeaux de moutons à laine fine de la Lybie et de l’Asie-Mineure. Cos a tissé la soie {Aristote, Hist. anim., V, 19) ; (Pline, H. N., XI,. 27). Amorgos a possédé des tissages de toile fine (Aristophane, Lysistrata, 150, cum schol. ;Suid.4.s, s. v.). Il a existé à Malte ime industrie capable de travailler trois années de suite à un vêtement féminin (Cicéron, Verr., IV, 46, 103). Le travail précieux des métaux, à Ægine d’abord, et plus tard à Corinthe, Ephèse, Athènes, les éventails et les tré])ieds d’or de Delphes {Athen., V, 26, \'I, 70), les poteries fines d’Athènes et de Corinthe, aussi de Mégare, de Samos et de Rhodes (Pline, //. N.,. XXXV, 46 ; CuRTius, Peloponnesos, 1, 408) ont tout à fait le caractère d’industrie d’art (Mommsen, Inscr. R. N., 3784, 3811). C’est encore Athènes qui a présenté le plus de ressemblance avec l’industrie moderne : une armurerie y occupe trente-deux ou\Tiers ; une fabrique de lits, vingt (De.mosth,, Adu. Aphob., I, 816) ; la cordonnerie y est florissante (Pollux, VII, 89), et Socrate, par exemple, y puisait volontiers ses allusions. Il ne faut pas s’imaginer comme par trop restreinte l’industrie des anciens. Les Sybarites portaient principalement des vêtements de Milet {Athen., XII, 519), Ægine et Tarante coopéraient à la fabrication des flam.beaux, lelon la phrase de Pline {H. N., XXXIV, 6), Ægina superficiem, Tarentum sca-

§ 10. importance politique de l’industrie 123

pos ; Ægine fabriquait la partie supérieure, celle correspondant au degré de civilisation le plus élevé. Tarante la tige. Les cordonniers avaient donné naissance aux métiers séparés des calceolarii, gailicarii, caligarii, sdearii, crepidarii, cerdones,. sandaliarii, et il existait même un véritable uicus sandaliariorum indépendant (MARQüARDT,ftoew. Aliert., 5, p. 2, 21). U n’y a qu’à se remémorer l’histoire du verre à vitres, du savon et des li\Tes, pour apprécier les progrès de la diffusion populaireréalisée par l’industrie moderne (Voir Hermann, Staatswirtschafüiche Untersuchiingen, 2® partie, 102 ; Bcchsens- CHVETZ, Die Hauptstaetten den Gewerbfleisses im kluisischen Alterlum ; Blcemner, Die gewerbliche Taeiigkeit der Voelker des klassischen Altertums, 1869) ; [Eduard Meyer, Die wirtschaftliche Entvt'ickdung des Altertums, dans les Kkine Schriften, 1910)]

(5) En Orient, l’industrie possède avec celle de l’antiquitécette particularité commune de ne connaître essentiellement que les deux extrêmes. Une industrie grossière y satisfait les besoins courants, elle est entièrement domestique ou tout au plus locale. A côté, une précieuse industrie de luxe travaille pour le dehors. C’est ainsi qu’en Chine sont surtout florissantes la taillerie de pierres, la sculpture sur ivoire, la confection d’objets incrustés et laqués, la fabrication de la porcelaine, la broderie et la parfumerie. Le Siam a son orfèwerie et ses soieries d’un fini achevé. Les industries du Kachmir, le papier, les tapis, les châles, les fins ouvrages de bois' de laque, d’acier, le sucre, l’essence de roses, y sont prospères pour des motifs analogues à ceux qui se rencontrent en Suisse : la situation alpestre y a longtemps préservé des guerres ; la population s’y est pressée de très bonne heure et a même rendu nécessaire une culture intense des plantes aquatiques ; le climat y est fort tempéré par comparaison à celui du Bengale. Hérat fabrique de précieux tapis de laine et de soie ; Yezd a ses étoffes d’or et ses armes ; Chiraz ses armes, ses émaux, ses objets d’or, ses miroirs, etc. L’importance du tissage des tapis en Orient est certainement due à ce que les peuples nomades sont obligés d’avoir

124 CHAP. I. DÉVELOP. DE l’iNDUSTR. EN GÉNÉRAL

xjne préférence marquée pour ce genre de meubles (Comparer •déjà le 2® livre de Moïse, 26, 36, 8).

(6) Au moyen âge, la décadence d’une ville en état de porter Jes armes s’accompagne, en général, de sa décadence industrielle (Voir Wachsmuth, Eiirop., Sittengesch., 4, p. 523). En Flandre et en Brabant, l’industrie s’affaiblit lorsque les villes perdirent leur indépendance vis-à-vis du souverain (Anderson, a. 1331, 1380).

(7) En Grèce, les plus anciens tyrans, ces précurseurs de la •démocratie, ont fait beaucoup pour l’industrie : citons Périandre, Pisistrate, Polycrate. Solon a institué des poursuites publiques contre l’oisif. Tout citoyen devait pouvoir indiquer ses moyens d’existence et faire apprendre un métier à ses enfants. Plus tard également à Athènes, les hommes d’État qui •ont progressivement établi le régime de la démocratie pure, ou cherché à relever l’industrie : tels Thémistocle (Diod., XI, 43) et Périclès (Thucyd. II, 40) ; Cléon, Eucrate, Cléophon, Hyperbole, Lysias, ont été eux-mêmes artisans. Par contre, une loi de l’aristocratique Thèbes portait que quiconque ne pouvait exercer de fonctions publiques, s’il avait depuis moins de dix ans, pratiqué un métier forain (Aristote, Po/fL, III, 3, 4 ; M, 4, 4). Xénophon {Œcon., 4, 2 ; Memor., I\’, 2, 22), et Platon, De rep., VI, 495 ; IX, 590 ; De legg., VIII, 846), •étaient d’aristocratiques contempteurs de l’industrie.

Une importance multiple s’attache à la question de Vordre naturel successif des branches particulières de Vin- ■ diistrie. Une roche dénudée qui s’effrite progressivement ne peut commencer par porter des arbres, mais se revêt d’abord de lichens, de mousses, etc. Puis sur la croûte de terre qui s’est formée par leurs débris apparaissent des herbes, des plantes herbacées, des arbustes, des arbres, et

§ 11. ORDRE SUCCESSIF DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE 12S-

ce n’est que tout à fait à la fin que peuvent pousser les céréales ordinaires. Ainsi, certaines industries supposent certaines autres antérieures, sans que réciproquement les premières soient à leur tour la condition préalable de l’existence des secondes.

Chez les peuples très primitifs dont l’industrie ne produit que les seuls objets nécessaires à leurs propres besoins domestiques, la fabrication commence d’ordinaire avec desmatériaux dont l’état brut s’approche de très près de la forme finalement projetée. Ainsi, par exemple, les toisons de moutons ont été portées avant les étoffes de laine. Sous ce rapport aussi, c’est aux dépens de leur civilisation que les pays tropicaux (Vol. I, §§ 36, 209) ont été spécialement « favorisés » par la nature. (1) Dans l’ensemble, les matériaux d’origine animale ont été travaillés antérieurement à ceux d’origine végétale. La mise en oeuvre des minéraux n’est parvenue que trcS tard, en raison de ses difficultéstechniques plus fortes, à acquérir une notable importance (2). On peut affirmer d’une façon très générale, que^ l’histoire a débuté par les métiers susceptibles d’être exercés en petit, avec une division du travail restreinte, et des capitaux modestes qu’il n’était pas, en outre, besoin d’immobiliser longtemps, l’écoulement des produits étant rapide et surtout à proximité (3). La loi de succession est encore plus clairement démontrée, quand certaines espèces de fabrication ne deviennent possibles que lorsque les progrès de la technique ont appris à triompher des résistances de la nature au travail de la matière première (4). Au nviii® siècle l’opinion s’était répandue que le développement « naturel » de l’industrie débute par une façon grossière et superficielle donnée aux matériaux bruts indigènes et destinée tant aux besoins du dehors que tout particulièrement aussi à ceux des consommateurs les plus pauvres de l’intérieur. Des pro-

126 CHAP. I. DÉTELOP. DE l’iI^DUSTR. E]!? GÉNÉRAL

grès conséentifs auraient permis de passer à une fabrication toujours plus fine, s’adressant de plus en plus au public fortuné, jusqu’à ce qu’enfin îe travail de matériaux bruts étrangers poussé à un degré d’achèvement supérieur, et en vue pour partie d’une réexportation lointaine, soit venu fournir l’apogée de la marche des choses. L’expérience démontre toutefois que cette suite prétendue natureüe » des événements n’est exacte que là mi un peuple très cwilisé intervient dans des conditions primitives pour en amener le développement artifnriel. Il en est ainsi des colonies de métropoles riches et cultivées, comme du commerce d’un peuple raffiné avec un autre encore barbare et placé sous sa domination économique (5). On se trouve en tous cas, en présence d’un tournant significatif de l’histoire éconoiniqne d’un peuple, quand il commence à exporter ses produits nationaux dans un état qui n’est plus tout à fait brut. Un pays producteur de grains fait généralement bien d’orienter son industrie d’exportation, tout d’abord vers la meunerie. En effet, la mouture, celle surtout perfectionnée, de même qu’avant elle le battage des gerbes, séparent de la matière première les parties qui, par rapport à leur poids, présentent la moindre valeur et sont témoins riches en résidus. La matière première en excédant devient ainsi d’un transport, non seulement plus facile, mais présentant encore des inconvénients moindres par rapport à l’équilibre de l’agriculture (Vol. II, § 43) (6).

(1) Les vases ont subi ainsi un développement progressif. Les premiers ont été des coquillages, des écailles de fruits, par exemple d’arbres à calebasses (Wappaetts, Brasüien, 1328) ou autres semblables, c’est-à-dire des produits naturels presque finis. Puis leur ont succédé des imitations en cuir, en fibres entrelacées, etc., ensuite en argile, enfin en métal (Kle*m, Aüg.

§ 11. ORDRE SUCCESSIF DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE 127

fi

JKalturgesch., I, 188). Les indigènes d’Haïti ntilisent des fruits naturels comme savons, des sections de tiges de bambou comme bassins et comme seaux, des lianes tressées comme cordages, des épines comme aiguilles, etc. (Nicholls, dans la publication de Toeppi N, .4 îw allen Welüeilen, juin 1881,267). Avant que les objets en caoutchouc ne fussent importés en Amérique, tes Indiens possédaient déjà des pipes à fumer le tabac «Æ des seringues en caoutchouc formées naturellement par l’écooleïnent et la coagulation de celui-ci autour de branches minces (Wap- PAEES, op. cit., 1324), Les plus anciens tuyaux ont été faits avec des peaux d’animaux dont on avait recousu les ouvertures natureiles. Les cordes primitives des peuples nonuides ont été confectionnées en crin de cbevaL (2) Le miel a précédé fe sucre de canne. En îtaKe, k hn était encore inconnu aux temps de Pytbagore (Ehoo. Laïrt., Mil, 1, 19). En Egypte, les momies ont été, aux débuts, enveloppées de laine de mouton ; les bandelettes de toile ont cammenoi seulement avec la «kuziéme dymastie (Yates, Textrmum. antiquorum^ 1, 256 et soiv.). Parmi les n&atières colorantes, la pourpre des coquillages a été la première, l’aniline la dernière à acquérir une importance considcrabie. Pendant longten^s, les vitres de fenêtres, ks couvereies de montres, ont été en corne au lieu de verre. Il est caractéristique que la laïque primitive îndio-gertaaBiqïue ne connaît point d’expressimis pour l’industrie proprement dite des mines et fcHideries. EHe en possède de même encore beaucoup moins de communes arec îa langue actuelle pour désigner les minéraux, qu’eDe u’esi a pour les plantes et les animaux. Po«r les bahuts du moyen âge, un des principaux articles du mobtliier de cette épocfue, on a sœcceæiveinent employé depms l’ivoire jusqu’au bois, depuâ le cuir pressé jusqu’au carton. Ce n’est que très tard que le pétrole et'le gai d’éclairaige, les vêtements, les tentures en verre ou en amiante, ks plumes d’acier ont acquis de l’imjDortance. (Comparer Eîf. Herrmann, Prinzipka der W irtseheft,. 82, 86). En France, en 1788, sm la valeur d’ensemble de la produetion. indoatrieJk, on comptait 18 0/0' pour lés produits nuEé.'a’m:,

128 CHAP. I. DÉVELOP. DE l’iNDUSTR. EN GÉNÉRAL

34 pour les végétaux, 48 pour les animaux (Tolosan). Par contre, en 1812, les chiffres respectifs atteignaient, d’après Chaptal, 22, 42 et 28 0 /O.

(3) \'oir Rau, Ansichten der Volkswirtschajt (1821), no 4.

(4) Charlemagne et plusieurs de ses successeurs apposaient leur cachet au moyen de gemmes romaines, auxquelles on avait ajouté une invocation au Christ de protéger l’Empereur. Depuis Louis le Germanique, on imita l’antique sous la forme de la propre image du souverain (Stumpf, Der Reichskanzler, I, 1, p. 106 et suiv.).

(5) Gustave Wasa fit exporter les fers de Suède en Allemagne, d’abord sous forme de minerai, puis sous forme de fonte. Après qu’il eut fait venir d’Allemagne des forgerons,, l’exportation de la fonte fut interdite en 1545 et remplacée par celle du fer en barres. Pendant les troubles qui survinrent sous ses successeurs, les fonderies et les forges déclinèrent, de sorte que jusqu’en 1604, ce fut presque seulement de la fonte qu’on put exporter. Charles IX revint à la politique de Gustave Wasa, , et n’autorisa qu’exceptionnellement l’exportation de la fonte commune. Dès lors, attirés par l’éclat belliqueux à cette époque de la vie populaire suédoise, vinrent bientôt des commandes de l’étranger en boulets, en canons, etc. Sous Gustave-Adolphe, forger des armures, des piques et des mousquets était devenu une industrie domestique des paysans dans bien des provinces : beaucoup d’entre eux payaient leurs impôts sous forme d’armes (Geiger, Schwed. Gesch.^ 2, p. 118 et suiv., 346, 3, p. 61 et suiv.). Dans l’État de New- Jersey, les fonderies de fer étaient florissantes avant la Révolution, tandis que les forges ne pouvaient soutenir la concurrence anglaise. Les principaux produits de l’État de Massachusetts étaient du mauvais rhum et du sucre, en raison de ce que l’Amérique n’éprouvait nul besoin de faire venir tout travaillés d’Angleterre, au prix d’un énorme détour, des produits bruts poussant à sa proximité immédiate. On citait encore parmi eux la potasse, les cordages, la toile à voile, les vaisseaux équipés, à cause des bois en excédent et de l’importance de la navigation ; les chapeaux gros-

^11. ORDRE SUCCESSIF DES BRANCHES DE l’iNDUSTRIE 129

siers dont les chasses aux castors toutes voisines fournissaient la matière ; le blanc de baleine, l’huile, etc., provenant des pêcheries (Ebeling, 3, p. 469 ; 1, p. 315 et suiv.).

(6) Lorsque Humboldt se trouvait en Amérique, les Mexicains ne savaient comment débarrasser leur coton de ses graines, ce qui faisait baisser des deux tiers le prix sur place de la marchandise. L’invention de la machine à égrener, dite saw-gin, les sortit d’embarras. Depuis lors, même dans le sud des Etats-Unis, l’exportation du coton brut a pris un puissant essor, et à côté d’elle, la filature grossière est également devenue florissante. L’échelon suivant est représenté par la ville de Lowell de l’État de Massachusetts, où la fabrication des étoffes grossières est prépondérante. D’après Steinhaüs {Russlands industrielle und kommerzielle Verhaeltnisse, 1852, p. 243 et suiv.), les Russes exportaient la laine de leurs moutons généralement en suint, parce que le climat, l’eau, etc. en rendaient le lavage très difficile. [Les magnifiques gisements d’argile de la partie sud-ouest du Westerwald ont fourni pendant longtemps quantité de blocs bruts pour l’exportation. Peu à peu ensuite, la fabrication des pots à boire, des cruches à eau minérale et à eau-de-vie, des pipes à fumer, ont formé, en se développant, des branches d’industrie florissantes, ne travaillant pas seulement pour la consommation locale, mais trouvant aussi des débouchés en Autriche, Suisse, Hollande, Belgique, Angleterre, Norwège et Suède, et même jusqu’en Amérique {Schr. d. V. f. Sozialp., 62, p. 383, 409, 440)].

Le développement de l’industrie se poursuit de façon différente dans les pays qui ne sont pas satellites d’un étranger très avancé en civilisation (1). Un intérêt capital s’attache à la question de savoir si Vindiistrie précieuse des objets de luxe est la première à prospérer, ou si c’est au con- Roscher g

fi

r4lS

• is.

'-il;

130 CHAP. I. DÉVELOP. DE l’iNDÜSTR, EN GÉNÉRAL

traire, celle des objets communs, travaillant pour les besoins de la masse. Le « bon sens » ferait pencher en faveur de cette dernière opinion, mais l’expérience historique prouve le contraire. La partie de la population désignée par l’expression de classe moyenne est, chez la plupart des nations qui se sont développées d’une manière indépendante,^ d’une origine beaucoup plus récente que la classe des maîtres et celle des serviteurs. Elle n’acquiert, en général, d’importance que lorsque les métiers sont devenus florissants, et justement grâce à leur essor. 11 s’en suit que ces débouchés proches et certains, dont chaque métier a besoin pour se risquer, ne peuvent s’appuyer sur la consommation de la classe moyenne. Les classes qui lui sont inférieures sont trop pauvres et trop grossières pour apporter ici leur aide : chaque maison, en effet, y produit encore elle-même « par ses propres ressources » tous les objets qui lui sont nécessaires. Aussi longtemps que le paysan russe n’a acheté que « le sel et le fer », il n’a pu que se prêter fort peu aux profits industriels (3). Aussi ne reste-t-il guère à l’industrie, lorsqu’elle veut conquérir le marché intérieur, que la consommation surtout des riches et des aristocrates. C’est pour ce motif que Colbert, en prenant des mesures pour stimuler en France, les progrès des métiers, a surtout visé les industries de luxe. (4) On a très mal à propos comparé sa façon d’agir avec celle d’un particulier qui porterait des galons d’or, des joyaux et des- dentelles sans posséder au préalable une simple chemise (5). Il existe encore aujourd’hui des peuples barbares, beaucoup plus adroits à fabriquer certains produits spéciaux d’une supériorité très grande, que d autres plus nombreux et de bonne qualité (6). Au surplus, le fait se répète-t-il en particulier souvent qu’une précieuse production de luxe ouvre, pour ainsi dire,, la voie à une autre d’objets communs et en grandes masses.

Les arts de l’émaillerie, de la fonderie, de l’étirage, ainsi V que le laminage en feuilles minces, ont tout d’abord em-

ployé les métaux nobles, puis ensuite le cuivre et l’étain (7). Les falsifications sont toujours et partout plus récentes que les marchandises loyales, et l’on a aussi commencé par faire des eaux-de-VK) très fortes, des papiers de qualité supérieure et durable. Les dorures sont, avec le temps, devenues toujours plus minces, jusqu’à ce qu’eufin l’on ait inventé le vernis d’or tout à fait artificiel (8). On s’explique d’ailleurs facilement, que chez les peuples en décadence, qui ont perdu la plus grande partie de leur industrie, certains

métiers de luxe puissent encore continuer longtemps de survivre (9).

Lorsqu il s’agit de travailler un produit brut étranger, les peuples industriels d’une civilisation très avancée cherchent surtout à l’obtenir à l’état le plus brut possible. Leurs capitaux surabondants, leurs forces innombrables de travail et d’intelligence se font entre elles une concurrence si vive qu’elles rendent désirable toute extension de leurs . coudées franches ». Leurs armateurs développent de plus en plus eurs services et baissent sans cesse leurs frêts, même orsquo les déchets ne sont pas, au préalable, séparés d’avec la marchandise transportée. Leur 'industrie perfectionnée sait exécuter les travaux préparatoires beaucoup mieux que d’autres pays, qui ne s’occupent principalement que de production brute (cliap. vu). La même loi naturelle entre donc ici en jeu, qui dans le commerce proprement dit et a un degré de civilisation supérieur, simplifie toujours es transactions (§ 18). Les peuples, parvenus au plus haut degre do culture marquent, en général, un intérêt particulier pour le trafic avec ceux dont la civilisation est assez peu avancée, parce que c’est chez ces derniers que la matière première se trouve à meilleur compte et que les pro-

CHAP. I. DÉVELOP. DE l’iN’DUSTR. EN GÉNÉRAL

duits fabriqués atteignent le plus haut prix, tandis qu’il en est inversement chez les premiers (Vol. I, § 130). Lorsque par contre, un peuple industriel à demi développé seulement veut travailler une matière exotique, il agit au mieux en l’important, aux débuts, sous une forme presque achevée, pour qu’il ne lui reste à donner que la façon définitive (10). Cette règle souffre naturellement une importante exception lorsque le stade final de la fabrication d’un produit est d’une nature telle, que seuls des' peuples d’une civilisation avancée sont aptes à l’entreprendre.

(1) Ad. Smith {Wealth of Nations, III, ch. iii), distingue fort justement les industries qui mettent en œuvre des matières premières venant de l’étranger, et qui sont filles du commerce extérieur, de celles qui perfectionnent des produits bruts indigènes et se trouvent, la plupart du temps, placées à l’intérieur du pays. Il appelle ces dernières « les plus naturelles », mais il doit confesser pourtant qu’elles sont en Europe, en général, les plus récentes.

(2) V. Haxthausen, Sludien, 3, p. 569.

(3) Dans la France ancienne, un trône d’un éclat extrême avec le clergé et la noblesse de cour était jiresque tout, la bourgeoisie presque rien. Les paysans avaient été considérés par Jean Bodin {De repiiblica, 1591, III, 8) comme un accessoire seulement du commerce des grains, de la boulangerie et de la boucherie ! Pourtant, d’une façon très générale, le peuple français possède, au point de vue productif, les capacités et les dispositions les plus étendues pour les métiers raffinés touchant aux sciences et aux arts. Colbert a dû tenir compte de cette particularité. Comme lui et avant lui, Henri IV avait introduit en France, à peu près seulement des industries de luxe. Peu de temps encore avant la Révolution, les ustensiles domestiques communs, etc., étaient extrêmement grossiers, mais ceux des riches étaient aussi beaux qu’à présent (Levasseur, Histoire des classes ouvrières, II, 374). Aujourd’hui de même, les Siamois

Page 1