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c) Commerce, transports, hôtels et débits
1907 vis-à-vis de 1895 33,1 55,0 194,6 36,3 68,9 204,6
1895 vis-à-vis de 1882 33,9 85,7 107,3 48,9 9*4,1 137,8
La différence la plus essentielle entre le métier et la fabrique se présente sur le terrain social de la répartition des biens. Non seulement le nombre des compagnons occupant une situation dépendante est, par comparaison avec celui des indépendants, beaucoup plus considérable dans la fa- J)rique (1), mais encore leur dépendance est beaucoup plus accentuée. Le grand contraste entre le patronat et le compagnonnage se déroule à travers Thistoire de tous les peuples supérieurs, et de la façon la plus évidente à travers celle des peuples germaniques. La fabrique est prépondérante du côté du premier, et le métier du côté du second. 11 y a des autorités anglaises qui n’appliquent le mot factory qu’à des établissements comptant une moyenne de 500 ouvriers (2). Mais, pour la classe des artisans, l’avenir normal poi met tant à tout compagnon de capacité moyenne de se hausser jusqu’à la maîtrise ne peut se réaliser qu’avec un nombre de compagnons notablement inférieur à celui des maîtres (§ 42). Dans le métier, ceux qui travaillent ensemble appartiennent à la même condition sociale. Le maître lui-même a commencé par être compagnon et apprenti. Aussi les compagnons trouvent-ils dans leurs perspectives d' avancement^ qui n’offrent que peu d’insécurité avec une bonne conduite, un stimulant d’une efficacité puissante et un frein moral remarquable. C’est surtout pendant la période prospère des métiers que la boutique isolée gardait un aspect si familial, et toute la corporation un caractère de confraternité si complet. En face, le propriétaire de fabrique est placé bien au-dessus de ses ouvriers. C’est par une exception brillante que l’un
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de ceux-ci peut se hisser à son rang (3). La formation d’un compagnon de métier embrasse toute son industrie. L’ouvrier de fabrique subit l’influence du développement de la division du travail. Il exécute au jour le jour la même petite parcelle de besogne et se trouve ainsi d’autant plus rarement capable de gravir un échelon parmi la multitude de ceux de son établissement (4). — A cette différence dans les perspectives d’avancement se rattache le fait, que le métier normal présente un danger si faible, la fabrique un danger si fort d'augmentation du -prolétariat social. Chaque classe d’hommes tend à s’accroître d’autant plus rapidement que, d’après les conceptions de son milieu, moins de moyens sont nécessaires à l’entretien d’une famille. Ainsi, un artisan ordinaire attendra, en général, pour se marier qu’il soit passé maître, et ceci suppose à son tour qu’il possède quelques capitaux. Les choses se passent, chez l’ouvrier de fabrique, d’une façon toute particulière. L’atelier, l’outil et la matière première lui sont fournis par son patron. Il n’a lui-même nul besoin de connaître à fond la production, ne lui consacrant que sa force personnelle dont l’éducation s’achève de bonne heure lorsque la division du travail est poussée très loin. Il en sait assez lors de sa vingtième année pour garder peu d’espoir de jamais s’élever beaucoup plus haut ; sa fiancée travaille aussi dans la fabrique, de sorte que le mariage ne va leur causer aucune augmentation de frais d’entretien. A quoi bon, dès lors et jusques à quand différer de jouir du bonheur d’être époux ? (5). Celui qui commence à mettre régulièrement de côté n’appartient plus au prolétariat. L’expérience démontre que les ouvriers de fabrique, lors même que l’élévation de leurs salaires les mettrait en situation d’épargner, ne sont cependant que faiblement enclins aux économies (6). Pour la majorité des hommes, ces dernières n’offrent un
.attrait considérable que lorsqu’elles peuvent faire l’cAjet d’un placement fructueux. Ceci se produit avec le plus de facilité et d’évidence lorsqu’on possède une affaire personnelle où l’on peut soi-même semer et soigner le grain mis en réserve et se réjouir tous les jours de sa croissance. Perspective immédiate en vérité pour les paysans, les boutiquiers et la plupart des artisans, mais combien lointaine pour les ouvriers des fabriques ! Les oscillations étendmes de l’activité de celles-ci apparaissent au jugement d’un homme du •commun d’un calcul trop difficile pour pouvoir l’inciter à une économie l’assurant contre elles (7).
Presque tous les progrès techniques dans le système des fabriques accroissent la dépendance de Vouvrier vis-à-vis de son patron. Plus le nombre des ouvriers est grand, plus l’individualité rétrograde, chez l’ouvrier ordinaire tout au moins. Plus la division du travail s’accentue, plus acquiert de prépondérance la tête directrice qui tient l’ensemble réuni, plus il devient difficile, à l’ouvrier dont la formation est incomplète, de trouver une place autre part. L’augmentation de la puissance du machinisme et de l’ampleur des débouchés amène la supériorité croissante de celui qui possède le capital et le crédit. Dans la plupart des cas, on àssiste à une lutte très inégale pour la formation des prix. La demande de travail émane d’un petit nombre de riches qui possèdent l’éducation commerciale, l’offre, au contraire, d’une masse inorganique considérable de prolétaires sans culture. En réclamant du travail, les premiers veulent s’assurer un gain, les seconds n’aspirent qu’à ^’ivre. Les premiers peuvent attendre pendant des mois, peut-être même pendant des années, des circonstances plus favorables, les seconds n’ont rien pour subsister que leur salaire. Une dépendance si étroite, plus encore même, si exclusive, entre des êtres humains, doit invariablement constituer un dan-
ger moral considérable si, à l’exemple de ce qui existe entre parents et enfants, l’affection réciproque ne la vient point tempérer de ses rayons. Les relations entre patrons et ouvriers sont malheureusement de telle sorte que de semblables sentiments personnels paraissent à la plupart rejetésdans un lointain inaccessible. On se plaint toujours plus amèrement de ce qu’un si profond abîme sépare les patrons de leurs ouvriers. Ce n’est, dit-on, que sur le terrain du travail qu’ils acquièrent la notion l’un de l’autre ; leurs distractions, les livres qu’ils lisent, l’art qu’ils goûtent, leurs intérêts politiques et même leurs intérêts religieux constituent des mondes différents au point d’être l’un à l’autre incompréhensibles (8-9). On a souvent parlé de la rivalité d’intérêts entre le travail ouvrier d’une part, et d’autre part le capital et le travail directeur. Le meilleur moyen do l’apaiser est l’existence d’une classe moyenne nombreuse de petits possesseurs de capitaux, mettant eux-mêmes la main à l’œuvre, tels que les paysans, les artisans, etc. Ceuxci font défaut à la fabrique, et les intérêts s’y opposent l’un à l’autre, avec une âpreté que rien ne voile. Les ouvriers sont presque contraints de contempler de très près l’éclat du patron et la distance qui le sépare de leur propre misère. Il en est d eux tout autrement que, par exemple, des journaliers travaillant chez un grand propriétaire foncier. Si l’on voulait prétendre que les fabriques augmentent la misère en elle-même, on raisonnerait faussement. I\Iais, aux endroits où elle existe, les fabriques la concentrent d’ordinaire en des districts industriels surpeuplés, en des villes industrielles colossales, et permettent justement par là de la remarquer plus aisément. Les mécontents se convainquent de l’importance de leur nombre, et tout isolé s’enflamme . encore plus au contact des autres. Il devient difficile, au moins en temps de crise, de remédier à la situation, puisque
des régions tout entières, que la même industrie fait vivre, tombent au même moment dans la nécessité (10).
Toutes ces maladies qu’engendre le système des fabriques peuvent être d’autant moins considérées comme incurables que le passage du métier à la fabrique signifie, par lui-même, un progrès de la production collective de l’économie sociale. Elles offrent donc, moyennant une répartition convenable de l’augmentation du revenu social, la possibilité non douteuse de servir à la fois les consommateurs à meilleur marché, d’enrichir les patrons et d’améliorer aussi la condition ouvrière. Tout ceci se base sur un progrès certain de l’intelligence et de la moralité dans toute la classe industrielle.
jugerait par exemple, de façon très fausse, en admettant que le danger social de la fabrique s’accroît en raison directe de l’importance de celle-ci. C’est plutôt l’inverse, parce que l’homme très riche peut être plus facilement généreux, et qu’en raison de sa richesse il est plus étroitement surveillé par l’opinion publique. Jusqu’à présent, il est vrai, on ne constate en ce sens que de faibles initiatives. La fabrique se trouve donc être le principal siège de ce que l’on nomme la question sociale^ cette grande énigme dont le défaut de solution, et plus encore la solution fausse constituent pour les peuples libres et d’une haute culture la menace la plus grave de débilité, de décrépitude et de mort (Vol. I, § 78 et suiv.). Tandis que les artisans formaient autrefois le noyau de la classe moyenne, le riche fabricant s’est aujourd’hui élevé au-dessus de cette dernière autant que l’ouvrier prolétaire est descendu au-dessous d’elle. Le métier possède une parenté spirituelle avec l’État de la fin du moyen âge, ses classes, ses communes et ses corporations. La fabrique en possède une autre avec le « constitutionalisme » moderne et son organisation censitaire reposant sur la liberté individuelle et l’égalité des citoyens. La