‹ Économie industrielle [microform]Chapitre 27 sur 155 · PETITE INDUSTRIE · texte numérisé non relu

PETITE INDUSTRIE

fissure abrupte que nous avons dépeinte correspond de même au danger principal de l’Etat « constitutionnel », à ce contraste delà bourgeoisie et du peuple, ou, comme disent les Italiens, du popolo grosso et du popolo minuta (11).

(1) La tendance du métier à ressembler de plus en plus à la fabrique, à mesure que la civilisation s’élèv’e, se manifeste particulièrement en ce que, dans les grandes villes, le nombre des compagnons qui correspondent à un maître est régulièrement d’une importance plus grande que dans les petites villes ou même dans les campagnes. En Prusse, en 1861, on comptait, pour 100 boulangers en moj^enne, 44 compagnons dans l’ensemble du territoire ; mais, tandis que la principauté de Hohenzollern n’en accusait que 22, leur nombre s’élevait, à Berlin, jusqu à j8. Chez les bouchers, le pourcentage des compagnons atteignait 38 pour l’ensemble, 19 pour Ilohenzollern, 61 pour Berlin. Le métier de ramoneur présentait, pour l’ensemble de 1 État, 4 compagnons pour 3 maîtres, et à Berlin, 5 pour 1. Dans cette dernière ville, le nomb're des donneurs de travail s est accru, de 1867 à 1871, de 5,3 0/0, et celui des preneurs de travail, de 48,9 0/0, de sorte que à l’un des premiers correspondaient, en 1867, 4,3 des seconds, et, en 1871, 6,2 (Schwabe, Letliner \ olksznehlung von 1871, p. 63). Lorsque la productivité d un métier s’accroît, le nombre des compagnons augmente d ordinaire plus vite que celui des maîtres.

(2) Edinb. Rev. avril 1849, p. 432.

(3) Sur 137 établissements de peignage de laine et d’impression de coton à Bradford, 3,5 0/0 seulement avaient été fondés par les riches, et o4 0 /O par dos ouvriers .‘^ans ressources à leurs débuts (M. ^VIRTH, Grundziige der N. Œk., 4, p. 22).

(4) Il existe à Mulhouse des fabriques où les manœuvres ne gagnent guère plus de 300 francs, et où certains dessinateurs se font annuellement 30.000 francs (Wirth, op. cit., 4, p. 75).

Mais combien rarement un manœu\Te deviendra-t-il dessinateur 1

(5) Tandis qu’anciennement la plupart des villes importantes comptaient plus de décès que de naissances, elles contribuent aujourd’hui régulièrement aussi à l’accroisse-

tr

ment de la population. II faut voir une des raisons principales de cette transformation profonde dans le relâchement des anciennes corporations. La perpétuation de la classe industrielle urbaine était, autrefois, l’œuvTe presque exclusive des maîtres, c’est-à-dire de la moitié supérieure de l’ensemble, tandis que dans la vie des fabriques, la plupart des enfants sont procréés par la partie inférieure de la population dont la situation est la pire, mais le nombre de beaucoup prépondérant. En Suisse, le canton d’Appenzell- Rhodes extérieures, celui de Claris et celui de Zürich, présentent le nombre relatif le plus élevé d’individus mariés, tandis que les cantons de Lucerne, Unterwalden et Uri ont le plus faible. Dans le canton de Claris, presque 72 0/0 des adultes parviennent au mariage ; dans celui d’Appenzell, plus de 70 0/0 ; Schaffhouse, 68 0/0 ; Zürich et Vaud, 67 0/0 ; Lucerne à peine 43 0/0 (Cisi, Schjveiz. Bevoelkerungsstatistik, 34 et suiv.) ; {Edinb. Rev., LXXX, p. 93 et suiv.). Ce dernier ouvrage prétend écarter des fabriques le reproche d’accroître le prolétariat social, par ce motif que l’augmentation surprenante de la population des districts de fabriques proviendrait plus de l’immigration que de la procréation sur place. Ainsi, par exemple, en Angleterre, de 1831 à 1841, les dix comtés agricoles qui ont présenté le plus faible accroissement de population, soit 5 1/2 0/0 seulement, avaient cependant accusé un excédent de 10 0 /O des naissances sur les décès. Par contre, les cinq comtés industriels offrant l’augmentation la plus forte, soit 26 0/0, avaient un excédent de naissances de 11 0/0 seulement. L’importance disproportionnée de la nuptialité dans les vûlles industrielles s’expliquerait, en partie, par le nombre plus considérable des jeunes hommes que 1 immigration y a attirés. Mais c’est justement pour cela que

cette nuptialité ne cesse pas d’être un effet de l’essor des fabriques !

(6) Cochin adopte une division des ouvriers parisiens en.

trois groupes : ceux qui placent à la caisse d’épargne ; ceux qui, pendant la morte-saison, au moment du terme de lover, empruntent au mont-de-piété ; ceux que l’Assistance publique est obligée de secourir {Acod. des Se. m. et /)., 1864, III, 249). En France, au 31 décembre 1837, 7 villes industrielles, comptant ensemble plus de 400.000 habitants, ne possédaient qu’un chiffre de 10.506.000 francs de dépôts à la Caisse d’épargne ; 14 villes non industrielles, n’ayant pas tout à fait 400.000 habitants, témoignaient d’un chiffre de 14.331.000 francs ; et 8 villes maritimes, d’une population d’ensemble à peine plus élevée, d’un total supérieur à 19 millions 1 /2 de francs. [Dans le royaume de Saxe, qui, plus que d’autres États allemands, est développé au point de vue industriel, l’institution de la Caisse d’épargne jouit d’une surprenante prospérité. Le nombre des déposants est passé, de 1845 à 1909, de 57.707 à 3.095.550 et le chiffre des dépôts s’est accru de 8.072.000 mark.s à 1.620.820.000 marks au cours de la même période. Mais ceci pourrait être rattaché à l’augmentation de la population. La valeur moyenne d’un livret de Caisse d’épargne atteste plus clairement le sens de l’économie. Elle atteignait, en 1845, 139,8 marks ; en 1875, 356,5 marks ; en 1895, 381,9 marks ; en 1909, 523,6 marks, ce qui représentait par tête de la population, en 1845, 4,5 marks ; en 1875, 95,5 marks ; en 1895, 197,1 marks ; en 1909, 341,2 marks. Enfin, on comptait, en 1845, un livret par 31,18 habitants, et, en 1909, par 1,.53 habitants {Statt. Jahrb. f. d. Koenigreich Sachsen)].

(7) La prospérité des affaires produit à Manchester plus d’augmentation des cas d’ivresse que des dépôts aux Caisses d’épargne. De nos jours, précisément, le bon marché sans cesse plus grand et la variété croissante des produits industriels, à côté du renchérissement des objets les ])lus indispensables à la vie, détournent l’omTier ordinaire do l’épargne d’une façon presque systématique (voir A. Lange, Arbeiterfrage, 1875,

(8) Niebl-hr {Rriefe, III, 242 et suiv.) recevait, dès 1829, d’un radical anglais, un pamphlet dans une 4™e édition stéréo-

type, dont la vignette représentait une femme horriblement laide, avec une couronne et une mitre. Elle s’occupait à remplir davantage encore une panse d’une informe grosseur, tandis que cinq enfants, affamés et en guenilles, criaient la faim tout à côté où se traînaient à terre dans un sombre désespoir. Des poésies très répandues de Mead, Gerald Ma;sey, etc., flagellaient les Mill-Lords {Mill a, en anglais, le sens de fabrique), objets d’une haine plus violente encore que les mylords ; les machines à vapeur y étaient comparées au Moloch, qui, comme elles, avait l’intérieur rempli de flammes, dévorait des enfants vivants, etc. Le dédain de la personnalité humaine des ouvriers, du côté des patrons, est caractérisé par l’expression très usuelle de millhand, signifiant en anglais ordinairement « ouvrier de fabrique », mais littéralement « main de fabrique ». Les mauvais côtés des fabriques anglaises sont exposés dans les ouvrages suivants : Gaskell, The manufacluring population of England (1883) ; CooKE Taylor, Factories and the jactonj System (1844) ; Lord Shaftesbury, Speeches upon subjects relating to the labouring class (1868) ; Engels, Loge der arbeitenden Klassen in England (1845, 2® éd., 1890). Les côtés favorables sont présentés aussi,d’après les rapports des comités du Parlement, dans l’exposé fait à la Société de statistique de Manchester : Analysis of the evidence taken before the factory committee (1.334) et dans Ure, Philosophy of manufactures (1835).

(9) L’amélioration des rapports personnels de patron à ouvrier est à espérer tout d’abord là où la fabrique occupe un emplacement isolé dans la campagne. Dans ce cas, les changements de patrons et d’ouvriers ne peuvent être aussi faciles. L’avancement même des ouvriers à des places plus avantageuses à l’intérieur de la fabrique n’est pas rare, parce que le choix y est moindre. La misère dans laquelle les ouvriers peuvent éventuellement tomber doit toucher la quiétude et le point d’honneur môme des patrons les plus durs, d’une manière bien plus sensible qu’au milieu de la cohue des grandes villes. Des gains élevés ne destinent guère l’ouvrier qui les habite, lorsque sa demeure est abjecte, qu’à une augmentation de ses

plaisirs du cabaret. Un haut salaire procure facilement à l’ouvrier des campagnes plus de joies domestiques (Thornton, Oi’erpopulation, 394 et suiv.). Malheureusement, ces fabriques isolées se trouvent, au point de vue économique, bien trop inférieures aux grandes métropoles industrielles, pour, que leur exemple puisse servir de point de départ à une amélioration sociale et donner le ton à la société. Au point de vue social, dans la région du Bas- Rhin, on atteint un résultat favorable lorsque le patron condescend à parler avec ses ou\Tiers le patois bas-allemand (Voir Thün, Industrie am Niederrhein, I, p. 139).

(10) Les ou\Tiers de fabrique ne se placent pas, au point de vue de leur moralité personnelle, à un niveau particulièrement inférieur.

(11) Comparer Schaefle dans le Deutsckes StaatsevoeHerbuch, 111, 483. Pendant la Révolution française, les ouvriers des fabriques ne jouent aucun rôle important, et ce sont les petits patrons et les compagnons qui composent le public du Palais Royal. C’était bien plus une poussière mobile, plus facile à remuer, mais aussi plus facile à contenir que les masses ouvrières organisées dans les fabriques (Comparer von Sybel^ Gesch. der Revoluiionszeit, I, p. 54).

C’est surtout dans le tissage que les produits les plus fins paraissent avoir été l’œuvre des fabriques. 11 existait des tissages à Fatras, où travaillaient deux fois autant de femmes que d’hommes, et le renom des mœurs y était déplorable. La teinturerie, pour des motifs techniques, n’était à peu près jamais confiée aux esclaves de la maison. Les neuf ou dix esclaves cordonniers de Timarque devaient payer par jour à leur patron deux oboles, et leur surveillant trois. Il est question de deux fabriques athéniennes, où les esclaves sont attachés à la maison ; l’une tisse des sacs, l’autre prépare des drogues. On mentionne encore un grand constructeur de navires, qui avait porté toute l’ile d’Ægine à un haut degré de prospérité. A l’époque impériale, la ploutocratie et l’esclavage réunis causèrent la pléthore dans les industries d’art, et par suite, leur rémunération dérisoire. Elles restreimirent fin mpmp fprpno 1a

Les fabriques ne peuvent exister dans une mesure importantes (fue seulement à partir d'un niveau déterminé de V économie sociale, qui n’est pas d’ailleurs placé au plus bas. Dans l’antiquité, dont l’industrie s’est en général moins développée que chez les peuples modernes, les fabriques sont apparues relativement de bonne heure. L’esclavage, en effet, facihtait aux riches ce genre d’établissements..

communautés précitées en produits et travaux industriels]. Aux débuts des fabriques possédées par des particuliers, on a remarqué à Tournai en 1365, une défense à tout « usurier » de s’occuper de tissage. On cite en Angleterre une mesure analogue dans l’ordonnance 2 /3 de Philippe II et Marie Tudor, ch. xi. Nüremberg et Augsbourg comptaient des fabriques, dès le commencement du xv^ siècle. Le libraire-imprimeur de Nüremberg A. Koberger, mort

en 1513, était propriétaire de 24 presses, et occupait plus de 100 compositeurs, imprimeurs, correcteurs, enlumineurs, ’ relieurs, etc. (1).

[Les raisons qui depuis les débuts du xyi® siècle, ont poussé à établir des fabriques, ne peuvent être indiquées en détail. Pendant la durée du régime des corporations, il n’existait en général aucun moyen de réunir un grand nombre d’ouvriers dans un même atelier industriel. En effet, les règlements corporatifs limitaient fréquemment le nombre des outils à employer, celui des produits dont la fabrication était licite, et presque toujours celui des apprentis et compagnons que chaque maître pouvait entretenir près de lui. La manufacture à domicile ou système du fonds de commerce {Verlagssystem), nullement générale, mais toutefois fréquente, paraît avoir formé une phase de transition. Bien qu’elle constituât un progrès, elle entraînait aussi des inconvénients. Il lui était impossible de conquérir droit de cité dans les branches de métiers dont les produits étaient facilement transportables du lieu de production au lieu de consommation. Elle offrait le désavantage d’une surveillance très faible des ouvriers à domicile, qui, abandonnés à eux-mêmes, manquaient pour la livraison des marchandises, de probité et d’exactitude. Elle rendait plus difficile l’introduction et la généralisation des progrès techniques. Lorsque, à mesure de son développe-

ment, l’industrie créa des branches nouvelles, celles-ci ne ^ consentirent point à se plier aux formes anciennes du mé-

I tier ou. de la manufacture à domicile et choisirent la fa-

I brique. C’est ce qui se passa autrefois pour la papeterie,

les verreries, les brasseries, les forges et fonderies de fer, de cuivre et laiton, et plus tard pour l’imprimerie, la blanchisserie de cire, l’amidonnerie, le travail du tabac, la torréfaction de la chicorée, le raffinage du sucre, la fabrication des machines, des tentures, des lampes, de la porcelaine, de la I faïence, etc.... L’établissement de maisons de force et d’or-

phelinats depuis le xyii^ siècle, occupant leurs pensionnaires à des travaux industriels pour subvenir aux frais de leur entretien, pourrait à l’occasion avoir mis plus en lumière les avantages de l’exploitation en grand. Ceux-ci se manifestèrent en regard de la manufacture à domicile, es- ^ sentiellement en ce que la surveillance des ouvriers fut

facilitée par leur réunion, que l’introduction d’une discipline plus stricte maintint la régularité et la constance de leur travail et qu’enfin l’enseignement des progrès de la

technique permit d’ohtenir une capacité de production plus importante.

Dans certaines industries, notamment dans celle de la céramique, la fabrique « domaniale », appelée à l’existence par le souverain régnant ou par quelque autre haut seigneur, joue son rôle. On désire soutenir une industrie nais- , santé, en acclimater une autre dans une branche ayant fait

I ses preuves à l’étranger, mais non encore admise dans le

pays même. On veut, à la manière de la pratique mercantile, attirer de l’argent dans celui-ci. On y sent le besoin d’objets de valeur et très demandés, et on souhaite de le satisfaire à meilleur compte qu’il n’est possible en les tirant de 1 extérieur. En dehors de l’initiative, de la libéralité, de I l’esprit d sacrifice de seigneurs puissants et fortunés, l’oc-

Roscher ,•/

troi de privilèges assurant au fondateur, pour une série d'années, le monopole des profits de l’entreprise constitue un ressort essentiel au développement en grand de cette dernière. Par des exonérations d’impôts et de douanes, par des mesures favorisant l’importation des matières brutes, par l’admission de la liberté du commerce pour les produits, les gouvernements se sont partout efiorcés, sur une plus ou moins vaste échelle, d’encourager la grande industrie dans son essor. Enfin, dans des cas tr's nombreux, la fondation de fabriques a été provoquée par la venue d’artisans habiles émigrés d’autres pays. En particulier, l’expulsion do France des protestants et leur installation aux endroits où ils trouvaient un accueil amical, en Hollande, en Suisse, en Allemagne, y a causé le développement de 1 exploitation en . grand dans l'industrie. Colbert pourtant avait su attirer des ouvriers étrangers et recueillir par là des avantages aussi grands que ceux que l’Angleterre s’est entendue à se procurer au cours du nviii® siècle. Néanmoins, les fabriques ne s’acclimatèrent que lentement en Allemagne, Dans un pays aussi développé aujourd’hui au point de \ue industriel que le royaume de Saxe, on ne compte, sur 2. 808 exploitations occupant plus de 50 ouvriers, que 50 seulement fondées antérieurement à 1801, Ce n’est qu isolément qu on peut démontrer l’existence dès le xvi« siècle, dans les villes de l’Allemagne du Sud, d’établissements exploités suivant le mode des fabriques. On trouve en 1573, une raffinerie de sucre à Augsbourg, en 1592, une tréfilerie d’or et d argent à Nüremberg, en 1593, une savonnerie à Augsbourg, en 1649, une fabrique de bleu à Annaberg, en 1681, une manufacture de fil d’or et d’argent à Leipzig, en 1698, une autre du môme genre à Augsbourg. C’est de l’année 1676 que datent les manufactures de soie et de laine fine à Neuostra, dans l’électorat de Saxe, qui furent créées par Jean

Daniel Krafft et les frères Span. Les Huguenots, immigrés en masse en Allemagne, à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes contribuèrent pour beaucoup à l’ouverture de fabriques de velours, de soie, de rubans, de tentures et autres et plus généralement à l’extension de l’exploitation en grand. C’est en 1686 qu’Abraliam Valéry cornmença de fabriquer le drap à Halle, occupant l’année d’après plus de 50 ouvriers et 300 fileuses. Un peu plus tard s’installe à .Alagdebourg la manufacture d’Electorat dite « jaune » pour les bas, la laine, les draps, les rubans et la soie sous la direction d’André, Pierre Valentin et Claparède ; elle rassemble 500 ouvriers. Le 12 décembre 1703, Frédéric-Guillaume édicté ordonnance portant qu’aucune manufacture nouvelle no pourra désormais être établie sans concession préalable. Bientôt après s ouvre à Berlin l’Entrepôt royal, grande fabrique modèle de draps, d’origine privée, mais passée ensuite aux mains de l’Etat. La métallurgie faisait déjà l’objet d’un développement considérable, sous la forme de l’exploitation en grand, dans le comté de la Mark. Depuis le milieu du xviiie siècle, il existait dans la Hesse-Cassel des forges et des aciéries, une fabrique do fer blanc, des fabriques de bleu et depuis 1776, unoglacerie à Schwarzenfels. La fayencerie au xviiie siècle se manifestait aussi sous la forme d’exploitations dépassant fréquemment de beaucoup le simple metier. La porcelainerie a presque toujours gardé le caractère de la grande fabrique comme en 1710 à .Meissen, en 1718 à Strasbourg, en 1751 à Berlin, en 1755 à Frankenthal, en 1762 à Ho.clist sur le ^lein. Par contre, en vieille Bavière, encore à la fin du xviiie siècle, les nombreuses tentatives de l’Etat pour créer artificiellement, au moyen d avantages douaniers de primes et de monopoles, une in- ^ ustrie des fabriques ne réussirent pas à l’implanter (2).

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Dans les pays étrangers à l’Allemagne, dans lesquels le régime corporatif avait été vaincu de meilleure heure ou bien n’avait jamais joui d’un prestige aussi remarquable, les exploitations en grand, susceptibles d’être considérées comme des fabriques, apparaissent beaucoup plus tôt. VItalie manifeste, au xv<^ et au xvi^ siècles une tendance centralisatrice, particulièrement dans l’industrie de la soie.

Les établissements importants, ceux de 20 à 25 métiers à tisser, qui dans l’industrie privée n’apparaissent qu’isolément au xix® siècle, sont plus fréquents au xvi®. D une façon générale cependant, le système du fonds de commerce ou de l’industrie à domicile ( Verlagssijstem) prédomine encore. Mais on rencontre à Venise de grandioses établissements de l’Etat pour la fabrication de câbles de navires, de

toile à voile et de matériel d’équipement.

En France Paris pouvait montrer au xvii® siècle ce que l’on appelait des lieux privilégiés, où il était loisible à certaines personnes de se livrer à une industrie sans crainte d’être troublées par les syndics des corporations. Ces emplacements furent l’occasion du développement de quelques industries, comme celle de la miroiterie, de la draperie,^ de la poterie, de la toile cirée. A Amiens et à Tours, il existe depuis la fin du xvi® siècle des fabriques de tapis. Des draperies et des fabriques de tapis, fondées d’abord en partie par Colbert, se rencontrent au xvii^ siècle à Sedan, Beauvais, Bouviers, Aubusson et Carcassonne. En 1662, la manufacture des Gobelins est réorganisée à Paris ; en 1669, il s’ouvre à Abbeville en Picardie une fabrique de draps qui ocupe 500 ouvriers venus de Hollande (3, 4). Les fabriques d’un genre plus important deviennent plus fréquentes au

xviii® siècle.

Dans les Pays-Bas, où le droit des guildes opposait également des barrières à la production, on écarta de bonne

WRiflBllîfflf V ■

heure celles-ci. Les premières fabriques datent du dernier tiers du xvii® siècle ; il se fonde en 1666 une fabrique de miroirs à Amsterdam, et en 1678, une fabrique de soie à Haarlem. L’immigration des huguenots français active le développement industriel, et l’on en vient à créer des entreprises en partie très vastes. Pierre Baille, occupe par exemple à Amsterdam 1 10 métiers ; la fabrique de soie de Jacques Van Mollen à Utrecht donne du travail à 500 ouvriers (5).

Pour VAngleterre, une ordonnance du temps de Henri VIII en 1530 interdit à Oxford aux artisans étrangers d’entretenir à la fois plus de 10 compagnons étrangers : c’est une preuve que, à cette époque, on ne prête plus la main à la stricte application du droit corporatif. Néanmoins, les fabriques ne commencent à devenir nombreuses que pendant le cours du xviii® siècle sous l’influence de l’invention des machines. La machine à filer fabriquée par Highs en 1764, qui actionne en même temps 6 broches, peut encore être employée au domicile même de l’ouvrier fileur. Los perfectionnements inventés par Arkwright et Hargraves deviennent la cause de l’installation de fabriques. Arkwright ouvre la première, qui fut actionnée par des chevaux, en 1768 à Nottingham, et la seconde, où la force hydraulique servit à la propulsion, en 1771. En 1780 il y eut 20 de ces fabriques, et en 1790, 150. Lorsqu’on en arriva plus tard à remplacer la force hydraulique par la machine à vapeur de Watt, des tissages mécaniques s’établirent bientôt en Ecosse, et le triomphe du tissage en fabrique devint décisif en 1803, grâce à l’invention par Thomas Johnson de la machine dite dressing frame : un enfant pouvait désormais assurer le service de deux métiers. Le passage à la fabrique dans la métallurgie et la céramique, s’opéra de façon analogue (6).

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En Belgiqiie^on rencontre avant 1764 de nombreuses fabriques dans des domaines différents de l’industrie. Les plus grandes d’entre elles sont un tissage de camelotte à Tournai, avec 862 ouvriers, un tissage de toile au même endroit en occupant 800 et un tissage de laine à Malines avec 434 ouvriers. Toutefois, la plus grande partie de ces ou\Tiers travaille à domicile. Les établissements qui n’emploient leurs ouvriers que dans les locaux mêmes de la fabrique, sont une porcelainerie à Tournai, avec 200 ouvriers, un tissage de toile et de rubans à Ypres avec 130 ouvriers, et un tissage de soie à Ostende avec 102 ouvriers (7).

En Autriche, les privilèges corporatifs furent battus en brècbe par les franchises impériales (Hoffreiheiten), libérant des artisans isolés des liens des corporations. En outre, depuis le début du xviii® siècle, il fut concédé ce que l’on appella des Privativa, c’est-à-dire des privilèges par lesquels on rendait autant que possible indépendantes les fabriques de création nouvelle. La première de ces fabriques appelée à 1 existence fut en 1709 celle d’un certain Adam Ignace Ho-ger, pour l’extraction d’huile de grains de raisins. Dès le xviie siècle cependant étaient apparues des entreprises importantes, telles en 1668 la « fabrique et manufacture de soie » du comte Sinzcndorf et en 1676, la manufacture établie à Vienne, sur l’emplacement du Tabor dans la Leopol-lstadt, manufacture réunissant en elle-même le tissage de soie et de laine, la fabrication du verre et de la majolîque, l’exploitation des produits pharmaceutiques et la confection d’ustensiles de ménage (8).

En Russie, jusqu’à l’époque de Pierre le Grand, l’activité industrielle est extraordinairement peu développée. Ce souverain énergique s’intéresse au même point à l’essor des métiers, auquel il veut aider par l’octroi de l’organisation corporative, qu’à l’acclimatement de l’industrie des fa-

briques, dont il délègue la direction au Collège des manufactures nouvellement institué. Ses efforts furent couronnés d’un succès véritable, au point qu’à sa mort, il aurait existé 100 fabriques de différentes sortes, dont quelquesunes occupant jusqu’à 300 ouvriers. Pour le pays, la création de ces fabriques était de la plus grande importance, en ce qu’elles introduisaient de nouvelles branches d’industrie, qui n’avaient pas été cultivées jusqu’alors, comme celles des tissus de soie, du papier, du verre, de la toile à voiles, etc. Elles servaient en même temps d’écoles pour l’ouvrier russe. Ce n’était point encore toutefois des fabriques au sens moderne, car les machines n’étaient employées que dans des cas extrêmement rares. Lorsque Catherine II arriva au pouvoir, on comptait en 1762, 984 fabriques ; l’année de sa mort, en 1796, leur nombre avait été porté à 3161. Il est vraisemblable que le sens du mot « fabrique » était à l’époque ancienne un peu plus étendu qu’à présent, et qu’il ne fallait pas toujours conclure de son usage à une grande exploitation. La majeure partie de ces fabriques, créées sous l’influence immédiate du gouvernement, reposait sur le travail forcé. Elles n’occupaient, en général, que des serfs seigneuriaux. Les fabricants faisant partie de la caste marchande se voyaient concéder le privilège d’acheter des villages avec leurs serfs, ou bien ces derniers leur étaient procurés par des nobles. Encore au début du xvii® siècle, le nombre des ouvriers de fabrique non libres dépassait celui des ouvriers salariés. C’est de cette manière que prirent naissances les types de fabriques domaniales héréditaires {Erhgiitsfabriken) ou possessoires {Possessionsfabriken). Les premières appartenaient aux nobles, qui y faisaient travailler leurs propres serfs. Les secondes étaient celles auxquelles le gouvernement accordait des subsides, tels que des emplacements, des terres ou des ouvriers ;

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celles encore qui étaient construites au moyen d’avances par le gouvernement de capitaux remboursables ; celles enfin, dont les possesseurs obtenaient la permission d’acheter des paysans, bien que de par leur caste sociale ils n’en eussent point le droit. Ces fabriques ne disparurent que graduellement, et à leur place apparut, surtout après l’émancipation des serfs en 1861, la fabrique capitaliste (9).]

(1) Esciiine, Adv. Tim., 87 ; Pausanias, VII, 21,7 ; Xéno- PHON, Cyroped., ^dII, 2, 5 ; Démostiiène, Adv. Olyrnp., 1170; Démosthène, Adf. Arislocr., 690 et suiv.; Poehlmann, Uebetvoelkerung der ant. Grosstaedte, 38 ; \"opiscus Firmes, etc., ch. iii ; Decker, Polit. Diskiirs, édit. Zinken, 2, p. 1422 et suiv. ; Oskar von Hase, Die Kobcrger, 1885, p. 54 ; Rotk, Gesch. d. Nürnberger Handels, 3, p. 32 et suiv.

(2) [Rudhardt, Zustànd von Bayern., 2, p. 178;Alb. Koe- NiG, Die saechsische Baumwollenindnstrie am Ende des vorigeri Jahrhunderts, 1899; Wilh. STiEDA,/)îe Anfaenge der Porzelhmfabrikaiion aiif dem Thüringerwalde, 1902 ; Wilhelm Stieda, Die keramische Industrie in Bayern waehrend des 18 Jahrhunderts, 1906 ; H. Tollin, Gesch. der franzoesischen Kolonie von Magdeburg, 3 vol., 1886-89 ; Otto Wiedfeldt, Statistische Stiidien ziir Entwicklungsgeschichtc der Berliner Industrie von 1720, 1890-1898 ; M. Mohl, Ueber die vi’ürttembergische Gewerbsindustrie, 1828 ; A. Thun, Industrie ani Niederrhein, 1886 ; Fr. G. Wieck, Die Manufactar-und Fabrikindustrie des Koenigreichs Sachsen, 1845.]

(3) [Geering, llandel und Industrie der Stadt Basel, 1886-; SiEVEKiNG, dans le Jahrbiich f. Gesch., 12, p.^132].

(4) [Farnam, Die innere franzoesische Gewerbepolitik von Colbert bis Turgot, 1878 ; Levassei r, Histoire des classes ouvrières en France, 2e éd., 1901 ; Germain Martin, La grande industrie sous le règne de Louis XIV, 1899].

(5) [O. Pringsheim, Beitraege zur wirtschajtlichen Entwic-

klungsgeschichte der vereinigten Xiederlande, 1890 ; W. E. Berg, De réfugiés in de Nederlanden na de herroeping van het edict van Nantes, 1845; H. J. Koenen, Geschiedenis de nijverheid in Nederland, 1856].

(6) H. DE B. Gibbins, Industry in England, 1896 ; Cii. Bab-

bage, Ueber Maschinen-und Fabrikwesen, traduit de l’anglais en allemand par Friedenbcrg, 1833 ; [IIasbach, Zur Charakteristik der englischen Industrie, dans le Jahrb. f. Ges., 26, p. 455 et suiv. ; II. Held, Zwei Bûcher zur sozialen Gesch. Englands, 1881; M. ^. OcHENKowsKi, Englands wirtsschaftlische Entmcklung irn Ausgang des Mittelalters, 1879; W. Cunningham, The growth of english industry and commerce diiring the early and middle âges, 1890 ; . Cunningham, The growth of english

industry in modem times, 1892].

(7) [Armand Julin, Les grandes fabriques en Belgique vers le milieu du A 17//® siècle, 1903].

(8) [F. IlALLWiCH,/)/e Anfaenge der oesterreichischen Grossindustrie, 1892 ; H. Reschauer, Gesch. des Kampfes der IIand~ werkerzünfte, etc., 1884 ; Hans J. Hatschek, Das Manufaciurhaus auf dem Tabor in Wien, 1886].

(9) [11. Stieda, Peter der Grosse als MerkantUist, Russische Revue, 4, p. 105 et suiv. ; M. Tugan-Baranowskv, Die russische Fabrik in Vergangenheit und Gegenwart, 1898 ; Andr. Blau, La Russie commerciale et industrielle, 1899 (ouvrage en russe) ; Gulisciiambarow, Résultats du commerce et de l'industrie sous Nicolas /®r, 1896 (ouwage en russe)].

Malgré l’essor des fabriques, la vitalité du métier, c’est-àdire de la petite exploitation, demeure indéniable. Il faut il est vrai se garder, à ce propos, d’un jugement trop général. Il serait sans portée aucune, puisqu’aussi bien il est d’autre part impossible d’espérer satisfaire, par quelques

dispositions d’ensemble, tous les milieux de la petite industrie. On ne peut dresser un catalogue des métiers susceptibles de subsister encore et de ceux qui sont incapables de supporter la concurrence. On n’affirrnera pas avec certitude que telles branches d’un métier ont terminé leur rôle, et qu’il est inutile de tenter quelque chose en leur faveur ; que par contre, d’autres sont d’une nature telle, que les encourager promet un succès. Les conditions des métiers présentent à cet égard une diversité par trop grande. Un métier, qui dans un certain endroit semble voué à disparaître, peut, si les conditions de lieu deviennent différentes, parfaitement subsister encore. Nous devons seulement reconnaître qu’il s’accomplit, à l’intérieur du métier, une évolution propre qui menace de le détruire. La situation de la petite industrie n’est à cet égard, d’une façon générale, nullement si défavorable qu’on se plaît souvent à l’affirmer. Le métier reste toujours, pour ainsi dire, pavé d’or et nourrit fort bien son homme, quand celui-ci s’entend à son exercice. Il n’y a en vérité, que son aspect qui, par comparaison à celui d’autrefois, se soit modifié de façon notable. Le terrain que la petite industrie a perdu d’un côté, elle l’a regagné d’un autre. La fabrication des peignes, la clouterie, la taillanderie, la casquetterie, la chapellerie, et quelques autres encore sont disparues en tant que petites exploitations jusqu’à leurs plus misérables restes. La cordonnerie, la tannerie, la ferblanterie, la tonnellerie, la pelleterie, peutêtre aussi la poterie, soutiennent encore une lutte à bien des égards désespérée contre la concurrence de la grande industrie. JNIais d’autres professions comme la boulangerie, l’épicerie, la boucherie, le métier de couvreur, la serrurerie, le jardinage, la tapisserie, tout ce qui touche au bâtiment, vraisemblablement encore la menuiserie, peuvent non seulement se maintenir, mais encore se considérer comme éta-

^ blies sur des fondations parfaitement saines. C’est qu’à la

y vérité, le champ de leur action est devenu tout différent

I d’autrefois (1).

Dans l’un des métiers traversant les circonstances les plus difficiles, la menuiserie en meubles et en bâtiments,

ce sont, sans aucun doute, les machines modernes à tra-

I veiller le bois, qui ont été en première ligne le signal de la

révolution. Nous citerons les scies circulaires et à ruban, servant à diviser les planches selon les dimensions requises, les fraiseuses, qui découpent le bois suivant le tracé des lignes et contours, les machines à forer et à mortaiser, les scies à découper, qui font à l’intérieur d’une planche les entailles nécessaires, etc. A leur influence viennent s’ajouter ‘ d’autres causes. Le petit patron menuisier est, pour l’achat

• de sa matière première, réduit sans conditions à s’adresser

' au marchand de bois. Il n’a ni le loisir, ni les fonds néces-

r saires pour entreprendre de longs voyages, pour se mettre

I en relations immédiates avec le producteur ou pour acheter

personnellement aux enchères à Hambourg le bois d’outremer. Il ne possède d’ordinaire pas davantage assez de crédit ni de capitaux pour se constituer les réserves importantes, dont il aurait cependant un absolu besoin, en raison de la lenteur du bois à sécher. En face de lui, les grandes entreprises de fabriques, riches en capitaux, entretiennent des rapports directs avec les négociants en gros ou avecjes scieries et reçoivent leurs marchandises, par bateaux et f wagons complets, à bien meilleur marché. Elles achètent

! même des coupes de bois et les font débiter dans les scieries,

l Le résultat est que le fabricant en gros achète ses provi-

* sions de bois au moins 10 % et assez souvent 20 ® /o moins cher que le petit menuisier, qui est obligé de s’en tenir au négociant en bois. Enfin, le modeste ébéniste éprouve quelques difficultés à écouler sa marchandise. Tous ses pa-

reils ne sont pas en situation d’installer une boutique do vente. La spécialisation s’étend fort loin, et il est impossible à l’acheteur de visiter un à un le fabricant de chaises, celui de tables, celui de lits, celui d’armoires, etc.... Il s’adresse de préférence au magasin, où il rencontre aussi un choix de tout, mais sous la dépendance duquel le producteur se trouve placé (2).

La cordonnerie, en tant que petit métier, souffre des transformations techniques apportées par l’époque moderne. Souliers et bottines peuvent être confectionnés par des appareils ingénieusement construits. La machine à coudre a donné naissance au piquage de bottines, qui s’est partout aujourd’hui développé en fabrique. Plus tard ont été introduits d’autres engins qui, au moyen de matrices, produisent semelles, talons et empeignes par centaines en quelques instants. Des machines différentes facilitent l’assemblage et la mise en forme de la base de la chaussure. Toutes ces courbeuses, coupeuses, perforeuses, etc., ne peuvent guère être possédées que par la fabrique de chaussures mécaniques. Sa capacité de rendement est étonnante. Une fabrique d’Erfurt, occupant 300 ouvriers, accuse une production hebdomadaire en chiffres ronds de 1.000 douzaines de paires de chaussures. Une fabrique de Pirmasens, qui confectionne toutes les sortes de chaussures, emploie 150 ouvriers dans l’établissement même et un nombre encore plus grand de piqueuses à domicile. Elle jette journellement sur le marché 400 paires de souliers pour adultes et 800 paires pour enfants. Aux Etats-Unis, les fabriques de chaussures, favorisées à leurs débuts par les besoins militaires aussi vastes qu’urgents de la guerre de l’Indépendance, encouragées plus tard par la guerre de Sécession, sont parvenues à un développement remarquable (3).

[La profession de tailleur en tant que petit métier, ne

souffre pas autant du fait de la machine que de celui de la force écrasante du capital. La machine à coudre peut être acquise aisément par chacun. La machine à boutonnières, celle à broder, qui coud les passements sur les manteaux dans la confection pour dames, la machine à repasser ont certainement une grande importance. j\Iais bien plus dangereuse est la concurrence des maisons de confection et des magasins d’habillement. Les premières font travailler à des prix surbaissés des ouvriers à domicile. C’est le célèbre S matin g System ou système de la sueur, système de l’intermédiaire, que les ouvriers sont contraints de subir parce qu’ils sont trop pauvres ou qu’ils ont appris trop peu pour prétendre à une vie indépendante. Les seconds écoulent au dehors, dans des circonstances analogues, les pièces de vêtements confectionnés. Ils s’adressent à la clientèle de la grande masse des consommateurs qui n’attache d’importance qu’aux bas prix. Berlin possédait en 1894, 104 magasins de gros de manteaux pour dames et enfants, et 280 magasins de détail tenant cet article. Leur chiffre d’affaires d’ensemble a été estimé par un expert, en années moyennes à 80 ou 90 millions de marks, et en bonnes années, à 100 ou 110 millions. Le chiffre annuel de l’un dos plus grands de ces magasins atteint 16 millions de marks ; chez un autre, il est de 12 millions et les magasins moyens et petits accusent un chiffre encore supérieur à un demi-million]. Un magasin de vêtements de Paris possède huit succursales en France et trois au Brésil ; le chiffre d’affaires de la Belle Jardinière atteint 12 milhons en France seulement.

Le développement des fabriques de vêtements n’est pas moindre. A Berlin, en janvier 1895, il en a ete fondé une dont les ateliers se composent de deux grandes salles ; chacune mesure 1.000 mètres superficiels et 300 personnes y

peuvent travailler à leur aise. Les diverses machines qui s’y trouvent employées sont actionnées par la force électrique. Un établissement semblable existe à Erfurt pour la confection de manteaux pour dames. On est allé encore plus loin sous ce rapport dans l’Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. A Chicago et à Glasgow, l’atelier des tailleurs fonctionne à la vapeur et les vêtements sur commande appartiendront bientôt, au dire des experts, au domaine de l’exception rare. 11 faut citer, parmi les établissements les plus connus, le Royal Army Clotking Depot, à Pimlico près de Londres. On y confectionne les effets les meilleur marché comme les plus fins, et il en sort par semaine 11.000 vêtements, grâce au travail de 2.000 ouvriers. En face de ces maisons ne peuvent se maintenir, en tant que petits métiers, que les tailleurs qui étabhssent un commerce sur mesure. Ces derniers peuvent, en raison de ce que la diversité des tournures et des goûts conduit bien des personnes à ne porter que des vêtements sur mesure, compter sur une clientèle fixe et aisée. Ils continuent, dans les villes moyennes, de subsister avec succès. Les petits patrons sont un peu soutenus par les maisons qui, dans les dernières années, se sont établies un peu partout pour expédier dos collections d’échantillons d’étoffes, en acceptant des commandes pour n’importe quelle quantité de drap par l’intermédiaire de la poste (4).

La tonnellerie a souffert des circonstances différentes, notamment de la diminution de son terrain de production, ainsi que de la transformation de l’économie domestique et de l’ensemble de l’organisation industrielle. C’est à peine si les machines ont trouvé chez elle leur emploi ; pourtant leur absence même ne saurait empêcher la supériorité, sur le métier, de la grande exploitation. Les achats de celle-ci sont faits à meilleur compte et sont de meilleure qualité ;

1 la division du travail est chez elle plus pratique et elle reste

capable de satisfaire à la demande lorsqu’elle se produit brusquement. L’emballage en tonneaux est encore usuel pour des articles très nombreux, tels que l’huile, les drogues, ! le savon, les fruits, les légumes, les pommes de terre, mais

i le besoin se fait sentir d’un matériel moins cher remplaçant

le tonneau en bois d’un prix comparativement élevé. La consommation domestique des récipients en bois, autrefois importante, a diminué. Les baignoires se font aujourd’liui en tôle et en faïence ; les cuviers à linge et les bacs à vaisselle sont aujourd’hui remplacés par des lessiveuses, et le seau en bois est supplanté par le seau en tôle. Les canalisations d’eau ont rendu inutiles une foule de récipients de tonnellerie, qui servaient à puiser, à transporter et à conserver le liquide. Les tonneaux à salaisons, à farine, à choucroute, à haricots dans lesquels chaque maison conservait ses provisions de bouche, sont devenues des raretés (5).

C’est suivant un mode légèrement différent que paraît s’être restreinte la sphère d’activité de la poterie. La porcelaine et la faïence ont depuis le début du xix® siècle, détrôné la vaisselle do terre cuite. La dureté de leur émail, leur finesse, la beauté de leur aspect en ont largement répandu l’emploi pour les besoins de l’art et du luxe. Pour les usages culinaires, les vases d’argile cuite méritent encore aujourd’hui de leur être préférés, mais pourtant le fer triomphe sur eux. La marmite en fonte semble plus pratique, parce qu’elle présente moins de fragihté et cuit plus vite les ahments. Une concurrence plus dangereuse que t celle du fer a été faite à l’argile par les ustensiles de cuisine

récemment apparus en tôle émaillée bleue. Ils ont fait notamment table rase des bouilloires et cafetières en terre cuite qui formaient autrefois, comme accompagnant cons-

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