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DES MACHINES

La valeur utile du capital d’une nation dans son ensemble s’accroît par tout succès d’introduction ou de perfectionnement de machines. On n’a plus dès lors besoin, pour maintenir à son niveau la production, que de forces humaines inférieures en nombre. Il est très invraisemblable que celles ainsi épargnées demeurent désormais oisives. La société bourgeoise n’étant pas, en général, disposée à retraiter à plein salaire les ouvriers devenus sans emploi, la nécessité, aussi bien que le sentiment de l’honneur, les engage à chercher une nouvelle source de travail. Ce qu’ils produisent ainsi constitue, pour l’ensemble de l’économie nationale, un bénéfice net. Fort heureusement, cette nouvelle source

i § 31. influence sur la production 299

A travail se trouve, dans la plupart des cas, juste à côté

de 1 ancienne, en raison de ce que les industriels entreprenants emploient volontiers le capital qu’ils épargnent à l’ex- I tension de leurs affaires. Au point de vue de l’économie

pri\ée, les bénéfices reviennent au propriétaire d’une machine, aussi longtemps qu’il continue de recevoir du consommateur les prix anciens, alors que ses frais de production se sont amoindris. La concurrence augmente-t-elle peu à peu, de sorte que le prix de la marchandise en arrive -à descendre au niveau des frais actuels, l’avantage final reste aux consommateurs qui peuvent désormais, moyennant une dépense identique, se procurer plus de jomssances I qu’auparavant (1). Si l’écoulement de la marchandise dont

le prix s’est abaissé, s’accroît en proportion exacte de la diminution survenue, la valeur d'échange du capital na- I tional demeure stationnaire. Si, par contre, l’écoulement

atteint une proportion supérieure, sans pour cela faire diminuer celui d’une autre marchandise, cette valeur d’echange s’élève. C’est ce que montre de la façon la plus éclatante l’histoire de l’industrie cotonnière (2). A ce propos, l’affirmation si souvent émise que les produits des machines, malgré leur plus bel aspect, seraient moins solides que les produits à la main, n’est aucunement fondée au point de vue technologique. La régularité certainement plus grande de la machine favorise beaucoup plutôt la solidité de ses produits (3). 11 est vrai que souvent, on a eu recours à une

j matière première inférieure lorsque la production d’une

bonne qualité ne pouvait marcher de pair avec l’accroissement considérable de la facilité du travail : en ce cas, la J puissance spéciale des machines ne devait forcément créer

\ que des dehors trompeurs. Grâce au bon marché des pro-

I duits mécaniques, chacun peut aujourd’hui renouveler

plus fréquemment ses effets, ses ustensiles, etc. Le besoin

CHAP. IV. LES MACHINES

de ce changement est devenu naturel chez les classes sociales qui n’avaient pas jadis à y penser. Il se peut, ici, que souvent la solidité du travail en ait véritablement pâti : mais c’est à travers toutes les classes de consommateurs, parce que l’industrie s’est précisément organisée en vue du plus grand nombre de ses clients.

Au total cependant, pour la production économique et pour l’ensemble des consommateurs, les avantages des machines offrent une prépondérance absolue. Les machines en France ont eu ce résultat, que « tout Français adulte a « sous ses ordres trois esclaves de fer, dont la nourriture « n’exige qu’un peu de combustible ». (Leroy-Beaulieu).

(1) F. B. W. Hermann s’élève contre l’opinion qui considère les chevaux, la vapeur, etc. comme accroissant l’effet du travail humain. Ils ne feraient que déplacer celui-ci et utiliser un capital sous une forme spécialement adaptée à certaines fins {Staatsw. Unters., éd., p. 261 et suiv.). L’augmentation do force en qualité et quantité ainsi obtenue au-delà des frais de production, profite d’ordinaire, au début, à l’entrepreneur, pour devenir, en fin de compte, le bien de tous. Hermann compare cet exemple avec ce qui se passe pour les brevets d’invention (H® éd., 212). Les machines, etc., qui, en même temps, ne multiplient pas le produit de façon remarquable, mais se bornent à diminuer les frais, comme la j)lupart de celles agricoles, se répandent lentement. Les bénéfices reviennent ici, en raison justement de ce que le prix du blé ne s’abaisse pas beaucoup, tout d’abord presque entièrement au fermier, et en fin do compte, au propriétaire du sol (2® éd., 374 et suiv.).

(2) [La consommation de coton brut de la Grande-Bretagne doit être aujourd’hui, en 1909, environ quarante-six fois supérieure à celle d’il y a 100 ans. La valeur de l’exportation de fils et d’étoffes, de retors et de bas, s’est élevée de 25,33 millions de livres sterling en 1846 à 110,44 millions de livres sterling en 1907, {Hdw. d. Staatsw., 3^ éd., 2, p. 684 ; A. Üppel, Die Baumwolle^

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