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ÉDUCATION DES FORCES PRODUCTIVES

■du reste, n’était nullement un partisan aveugle de l’école de Manchester, mais a nettement saisi ce qu’il y a d’exact dans le système mercantile (cpr. sa critique de la doctrine des physiocrates dans son ou\Tage Wealth of Nations, IV, ch. ix, p. 292 et suiv), a trouvé, en tous temps, des contradicteurs. Dès 1777, le premier critique de quelque valeur, Feder prétend qu’on pourrait, sans inconvénient véritable, se passer de beaucoup de marchandises étrangères, et que certaines industries, qui ne dédommagent qu’avec le temps leur entrepreneur, mais dont l’utilité générale devient alors considérable, ne sauraient toujours être commencées sans l’octroi d’avantages spéciaux (Roscher, Gesch. der. n. Œk., 2, p. 599). Kroenke, dans son ouvrage Steuerwesen, p. 324 et suiv., parle déjà d’essais d’éducation de l’industrie au moyen de mesures de faveur quant aux impôts : « si sur dix personnes, il n’y en avait qu’une seule qui réussisse, il faudrait le tenir pour un gain d’importance ». Stein tient un raisonnement analogue en comparant l’éducation par le protectionnisme avec des lois somptuaires (Pertz, Leben

Steins, 2, p. 461 et suiv.). Les protectionnistes modernes s’appuient principalement sur l’intérêt de l’indépendance nationale, nu même titre que les libre-échangistes invoquent, de leur côté, celui de la liberté individuelle. Ad. Muller, avec ses conceptions organiques, combat l’hypothèse d’un marché mondial uniquement mercantile, où tous les négociants occupés de commerce extérieur constitueraient une sorte de république. (Quesnay) ; il rejette aussi, pour des raisons nationales, le libre-échange entre tous pays, ainsi que le système proche parent de l’État universel ; tout ceci, bien qu’il pense comme remède, moins à la protection douanière qu’au développement général du sentiment de nationalité [Elemente der Staatskunst, 1, p. 283, 107 ; 2, p. 290 ; 3, p. 215 ; 2, p. 240-258). Le représentant le plus autorisé de cette tendance est Fr. List, qui témoigne d’un sens historique profond, mais ne possède qu’à un faible degré la science de l’histoùe, avec le style d’un journaliste spirituel. Comparer la critique écrite par Roscher, dans ies Gôtt. gelehrten A., 1842, n° 118 et suiv., qui, d’après Haeus-

SER (Lists Leben, p. 282, 287), « se signale par son caractère judicieux et équitable et par son appréciation impartiale de l’importance pratique de List ». Sur les ressemblances et dissemblances entre List et Ad. Muller, voir Roscher, Geschichte der N. Œk., 2, p. 975 et suiv. v. Thunens a présenté une défense indépendante du protectionnisme {Isolierter Staat, 2, p. 2, 81, 92 et suiv., 98; Leben, p. 255 et suiv.). Le socialiste Marlo {Weltôkonomie, 1, ch. ix, x) établit une distinction entre les produits communs, susci^ptibles d’être obtenus de qualité égale dans tout pays convenablement développé, et les produits spéciaux, comme le café, le vin, etc. Pour les premiers, il est d’accord avec List, pour les seconds avec Smith.

La protection aurait pour effet d’obliger le consommateur à sacrifier un peu de ses jouissances, au profit de la création d’instruments de production, de l’exercice d’habiletés productives, et surtout de la constitution de capitaux. Les étrangers doivent être empêchées de tirer parti des forces naturelles nationales et les indigènes encouragés autant que possible à utiliser les étrangères. Mario se montre aussi exclusif en supposant, à l’inverse des adeptes de Smi; h que, sans la douane, les ouvriers intéressés ne trouveraient rien à faire. Il a raison en ce que l’emploi le plus lucratif et l’occupation la plus intense des forces de travail sont fonctions l’un de l’autre. En France, Ferrier . . défend, dès 1808, dans son ouvrage Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, le système continental de Napoléon. Un auteur très important est Ganilh, le List français, qui publie, en 1822, sa Théorie de V Economie politique ; il admet une graduation des branches de l’économie, inverse en ce qui touche leur productivité, de celle de Smith ; il trouve le protectionnisme nécessaire pour les peuples moins développés, afin que leur activité ne se limite pas aux emplois de capitaux les moins avantageux (2, p. 192 et suiv.) ; ce système favoriserait, notamment, l’augmentation de la population (p. 248 et suiv.). Dümesnil Marigny fait paraître, en 18G0, son ouvrage :

Les libre-échangistes et les protectionnistes conciliés; il fonde son système protecteur sur ce qu’il pourrait considérablement

relever la valeur en argent de l’acîif d’une nation au détriment d’autres nations, surtout en transformant le travail agricole en

travail industriel beaucoup plus productif, argent parlant. Par

Hil-

contre, la valeur utile de tous les actifs nationaux réunis atteindrait son maximum dans le cas du libre-échange complet. Ea Russie, Cancrin demande que tout peuple soit, en quelque sorte, indépendant au point de vue de tous ses besoins princi-

paux, de ceux pour la création desquels il éprouve, du moins.

une « opportunité » moyenne, et ceci d’autant mieux que tous les développements de la civilisation, et les progrès eux-mêmes de l’agriculture, ont nécessairement les villes pour wigine (11 eltreichtum, 1821, p. 109 et suiv., Œkonomie der menschlichen Gesellschaften , 1845, p. 10, 235 et suiv.). Care}’^ voudrait contraindre les colonies à observer, dès le début, l’attitude des vieux paj'S. Si le blé valant dans l’Iowa 25 cents, et à Liverpool, 1 dollar, trouve dans cette ville sa contre-partie dans le retour de 20 aunes de coton, l’agriculteur de l’Iowa n’en reçoit qu’à peu près 4, à cause des frais de transport. Il n’éprouverait donc aucun dommage , s’il se fournissait du coton dont il a besoin, chez un voisin, dont le coût de production serait quadruple de celui des Anglais.

A. Aussi longtemps qu’un peuple demeure, malgré son indépendance politique, encore très primitif au point de vue économique, il se trouve pour le mieux du libre-échange complet avec l’étranger, parce que c’est ce système qui fait agir avec le plus de rapidité l’attrait de la civilisation supérieure, ses besoins et les moyens de les satisfaire.

B. La suite du progrès, même dans le développement d'une industrie, peut être singulièrement entravée par la concurrence sans frein de l’étranger déjà développé lui-même. Les manufactures des vieux pays industriels ont sur ceux des

nouveaux, une supériorité décisive en ce qui touche la richesse en capital, la faible élévation du taux de l’intérêt, l’habileté patronale et ouvrière, et souvent aussi l’estime et la considération dans lesquelles le peuple tout entier tient l’industrie. Un pays jusque là simplement agricole ne manifeste, au contraire, que trop fréquemment à l’égard de celle-ci un mépris qui pousse à l’émigration les jeunes talents prêts à s’y consacrer. Bien souvent, les Anglais ont étouffé la concurrence étrangère par un abaissement temporaire du prix de leurs marchandises (1). En présence de dispositions naturelles équivalentes, on pourrait déjà prédire à la lutte des deux industries une issue semblable à celle du combat entre un jeune garçon de grande espérance et un homme rompu aux exercices athlétiques. A plus forte raison en est-il ainsi, lorsque le peuple le plus développé se trouve en même temps le mieux favorisé par la nature. L’Angleterre, par exemple, possède sur la Russie l’avance de son incomparable situation au point de vue du commerce mondial, qui lui confère vis-à-vis de tous les pays éloignés, sans activité commerciale propre, une supériorité ayant toutes les allures d'un monopole. Elle a, en outre, des ports et des fleuves magnifiques, et une richesse en fer et en houille des mieux réparties. Ces avantages suffiraient déjà, par eux-mêmes, à garantir la simple priorité. ]\Iais ils pèsent encore d’un plus grand poids, lorsqu’un développement accentué de tous les moyens de transport vient à supprimer presque la protection naturelle que l’étranger doit à sa distahce, et qu’en même temps une certaine universalité delà mode, que les peuples les plus cultivés dirigent en général, rend surannées les variations nationales et locales du goût que seule une production nationale- ou locale serait en mesure de satisfaire (2). En pareille circonstance, il se pourrait .que tout un peuple ne fasse indéfiniment, par rapport à un

autre développé avant lui, que l’office d’une campagne en\dronnante, en laissant à ce dernier le rôle presque exclusif de la vie industrielle et urbaine (3). Un protectionnisme sagement averti serait, ici, susceptible de prévenir cette évolution. Les sacrifices temporaires par lui entraînés trouveraient leur justification, dans la présence indubitable de certains des facteurs de la production industrielle, demeurant sans emploi par cela seul, que le retard de la nation empêche la formation des autres. Il faut se retenir d’employer ce terme ironique de « plante de serre », lorsqu’il ne s’agit que d’une protection passagère, dans l’intention et dans la prévision complète que l’arbre devenu grand soit exposé au vent, à la pluie et au soleil de la libre concurrence (4, 5). Le besoin de variété économique, qu’il est nécessaire d’inculquer au peuple, se fait surtout sentir comme pressant aux époques de guerres prolongées. C’est ce qui réfute de la façon la plus claire l’erreur de libres-échangistes si nombreux, de considérer les rapports réciproques d’Etats différents comme identiques à ceux des diverses provinces d’un même pays (6).

[La protection partielle de l’industrie évolue dans le sens d’un protectionnisme solidaire entendant favoriser tous les intérêts de la production et surtout aussi l’agriculture. Il ne s’agit plus seulement de restreindre l’importation du blé, du bétail, du bois, de la laine, etc., au profit de la production indigène de ces objets, mais la navigation et le commerce sollicitent à leur tour l’attention. On impose aux marchandises importées par des navires étrangers ou par voie deterre une surtaxe de douane, on perçoit des tarifs différentiels à la tonne, on réserve aux nationaux la navigation avec les colonies, etc. Ce système lui aussi se justifie théoriquement d’une manière absolue. En effet, comme il est nisé de faire souffrir l’agriculture en lui enlevant des forces

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de travail par rencouragement artificiel de l’industrie, on doit lui attribuer dans la vie économique nationale une importance égale, sinon supérieure, en ce qui touche le développement de ses énergies productives. L’avantage ou l’inconvénient de la situation, pour la grande masse des travailleurs non-possédants, dépend de facteurs très nombreux et peut, suivant les circonstances particulières, se manifester différemment en chaque pays (7)].

(1) Hume a employé à cet égard, lors de la session parlementaire de 1828, l’expression strangulate. Brougham avait dit, dès 1815, que « cela vaudrait bien la peine de s’exposer à une perte à l’exportation pour les manufactures anglaises, afin d’étouffer dans leur berceau les manufactures étrangères « {it. was well worth while to incnr a loss on the exportation of english manufactures^ in order to stifle in the cradle the foreign manufactures). Le rapport à la Chambre Basse, sur la situation dans les districts miniers, en 1854, parle des pertes considérables, atteignant souvent, en trois ou quatre ans, de trois à quatre cent mille livres sterling, supportées volontairement en mauvaises années par les patrons pour garder la maîtrise des marchés étrangers.

(2) Avant le perfectionnement des machines, la prépondérance de la puissance industrielle la mieux qualifiée pouvait ne pas être, à beaucoup près, si écrasante que dans la suite, surtout que dans les pays où le commerce est très développé, le salaire ouvrier se maintient toujours à un niveau supérieur (List, Zollaereinsblatt, 1843, n® 44, 1845, n° 50 et suiv;).

(3) Le comté de Sutherland s’est dépeuplé lorsque l’habitude des marchandises anglaises, l’absentéisme, etc. eurent ouvert économiquement ce pays au commerce extérieur. Comparer la description de la misère à Mitchelsto'wn, lorsque le comte de Kingstown eût cessé d’y dépenser annuellement 40.(X)0 livres sterling (Inglis, Journerj to Ireland, 1835, I, p. 142). La Commission royale d’enquête sur la misère dans le Spessart, en 1852,

constata que les vêtements domestiques confectionnés sur place y avaient disparu de plus en plus, et que les sabots, si appropriés aux contrées forestières, avaient été remplacés par des souliers en cuir. Cet apprentissage de besoins nouveaux empruntés aux pays voisins, dans une région nullement propice à la grande industrie, a notablement accentué l’indigence. Lorsqu’une contrée semblable forme un pays indépendant, le protectionnisme y a sa place indiquée.

(4) List remarque fort justement que jadis, la plupart même de nos arbres fruitiers, de nos vignes et de nos animaux domestiques étaient des « plantes de serre ». Les hommes eux-mêmes sont élevés dans les « serres » de la nursery, de l’école, etc. {Zollvereinsblatt, 1843, n® 36). Le libre-échange a été comparé à un vent qui éteint une faible flamme et attise un foyer (Neu-

RATH, Volksvcirthschafthche iind sozialphilosophische Essays 1880, op. cit., 291).

(5) On ne doit pas affirmer absolument qu’un peuple ne puisse jamais dans 1 avenir, au cas de libre-échange complet, fonder une industrie qui lui soit propre. Comparer la liste des industries qui, sans protection douanière, ont atteint une prospérité telle, qu elles ont pu fournir les marchés étrangers, dans Bau, Lehrbuch, 2, § 206 a. Mais lorsqu’on cite de façon si fréquente la Suisse à cet égard (J. Bowring,'0« the commerce and manufactures of Switzerland, 1836), on oublie les conditions favorables, d autre part si nombreuses, par la réunion desquelles 1 industrie de ce pays a été favorisée. La Suisse a pu garder une neutralité de trois cents ans pendant la lutte contre le protestantisme en France, la guerre de Trente ans, les guerres de Louis XIV et de Frédéric IL Elle a évité ainsi les budgets militaires, l’aggravation des impôts et de la dette publique, etc. En outre, les mercenaires y étaient autrefois nombreux, comme de nos jours les voyageurs étrangers.

(6) Cpr. vol. I, § 99, 199. Le libre-échange était, en Hollande, à l’apogée de ce paj\s, un système se rattachant plutôt au droit international qu’à l’économie politique. Le protectionnisme hollandais est progressivement issu de prohibitions amenées

par les guerres, ensuite desquelles lors de la paix, l’industrie nouvellement créée ne pouvait être abandonnée à elle-même. En dernier lieu, aux temps de la décadence hollandaise, presque

toutes les industries aspirèrent, avec unci singulière logique, à

la protection, même celles qui avaient dans le pays leur origine la plus immédiate et la plus naturelle, comme la pêche (Las- PEYREs, Gesch. des volksw. Ansch., p. 134 et suiv., 146, 159).

(7) [En Angleterre, l’agriculture parvint, dès la seconde moitié du XVII® siècle, à obtenir de participer à la protection douanière. En France, le triomphe de ses intérêts date des années qui suivirent la période dés guerres napoléoniennes. En Allemagne, le protectionnisme fut généralisé par la réforme douanière de 1879. On parle de protectionnisme solidaire parce que le principe de la solidarité de toute l’activité nationale a trouvé en lui son expression. Voir de plus amples développements dans Lexis {Hdw. d. Staats^v., 3® éd. 5, p. 313 ; 7, p. 364 et suiv.)].

C. Le côté politique de la question n’a pas moins d’importance. Le protectionnisme en obligeant les forces du capital et du travail à émigrer de la production de matière brute vers l’industrie, exerce une influence puissante sur la con-

dition des classes (1). La prépondérance énorme que possèdent, dans tout moyen âge d’une société, la noblesse, l’agriculture, les campagnes en général, ainsi que les éléments aristocratiques et conservateurs, se restreint au profit de la bourgeoisie, de l’industrie, des villes en général et des éléments démocratiques et progressistes. Si l’apogée de l’histoire d’un peuple suppose un certain équilibre de ces divers éléments d’une égale nécessité pour le développement de la vie nationale (Vol. II, §21), cet apogée sera plus tôt atteint grâce au protectionnisme, qu’il ne l’aurait été

§ 50. CONSÉQUENCES POLITIQUES ET NATIONALES 43f

naturellement. Ce n’est point par un effet du hasard que presque partout, les monarques absolus qui ont fait plier la noblesse du moyen âge et engagé dans leur voie les temps modernes, ont été aussi les fondateurs du protectionnisme. La fermeture vis-à-vis dé l’extérieur, la solidarité du côté de l’intérieur qu’un système semblable entraîne avec lui, l’influence sensiljle exercée ici par l’autorité de l’Etat sur une foule d’intérêts privés des plus importants, doivent puissamment contribuer aux progrès de la conscience nationale, de la centralisation de toute la vie publique et, il est vrai aussi, de l’absolutisme (2). On en constate, pour ainsi dire, un dernier reste, lorsque même dans un Etat constitutionnel, un gouvernement habile sait tirer parti des droits protecteurs pour s’attacher de puissants partis parlementaires aux dépens, toutefois, de groupements populaires moins puissamment représentés. Lorsqu’on présume, par suite, en faveur du triomphe de la liberté civile sur la toute-puissance de l’Etat, on doit, par voie de conséquence, présumer également en faveur du libre-échange international (3).

D. Une éducation semblable de l’industrie ne peut être tentée avec un succès véritable, que seulement en grand et, par suite, sur une base nationale. La mesure la moins dangereuse du système, la taxe douanière à l’importation (§ 53) suppose une ligne de frontières relativement courte, telle que, même avec une configuration territoriale des plus favorables, un grand pays peut seul en posséder une (4). Plus l’étendue du territoire douanier est considérable, moins la nature y présente, en général, d’uniformité, et plus tôt peut se développer, dans l’intérieur de ses limites, une concurrence active, tandis que le marché de l’extérieur souffre d’une insécurité constante.il faut donc recommander toute union douanière entre Etats parents entre eux, non

seulement au point de vue financier, mais encore au point de vue économique. Entre Etats non parents, égaux en puissance, une communauté si profonde de la politique économique presque tout entière sera difficilement réalisable, et aura plus de peine encore à se maintenir longtemps. Si les Etats, non parents, sont de for(;es très différentes, il est probable que la conséquence de cette union sera bientôt l’absorption du plus faible par le plus fort (Vol. IV, I, § 101 et suiv.) (5).

(1) Il ne faudrait pas apprécier, d’après des règles identiques, le protectionnisme de la Russie et celui des États-Unis. Il peut être nécessaire, en Russie, de fortifier d’une manière artificielle une bourgeoisie provisoirement encore très faible, et d’arracher à leur sommeil des forces et des possibilités sans nombre, en encourageant à s’en servir par ordre de l’État. Dans ce pays également, l’absolutisme du souverain a, dans ses habitudes et dans ses attributions, l’éducation nationale. C’est ainsi, par exemple, que le droit de douane sur le jute apparaît comme très opportun, pour permettre la fabrication avec du lin indigène de la grande quantité de sacs dont on se sert en Russie. On cultivait autrefois, dans les provinces méridionales, le lin uniquement pour sa graine, et on laissait la tige inemployée (Stieda, dans le Jahrb. f. Ges. u. Venv., 7, p. 939). Par contre, aux Etats-Unis, la noblesse n’existe pas. Toute la population appartient à la bourgeoisie, et- les paysans eux-mêmes sont commerçants en grains, négociants en bestiaux, spéculateurs en immeubles, etc. On peut, l’art de se débrouiller y étant aussi universel que l’activité, compter que toute occasion véritablement avantageuse sera mise à profit sans l’initiative ou le secours de l’État. La parole de A. Walker se vérifie pleinement, que « l’Amérique ne doit pas produire de fer, non parce qu’elle y serait trop inhabile, ou ne posséderait point un capital suffisant, ou parce que les convenances de la nature lui seraient opposées et que la protection de celle-ci lui ferait dé-

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