A. MOUVEMENT DES CLASSES MOYENNES
11 ne faut pas perdre de vue néanmoins que les efforts qui se sont récemment manifestés en faveur du maintien d’une classe moyenne sont légitimes. Aucun motif réellement plausible n’existe en effet pour que cette classe soit absorbée. Ce ne sont certainement pas toujours les progrès ininterrompus de la technique, ou l’introduction de la vapeur, qui ont créé la grande industrie. C’est, beaucoup plutôt, souvent la seule puissance du capital, et finalement son besoin de gains considérables et répétés, qui sont la cause du déplorable asservissement des masses. Les progrès de la technique, la construction moderne des machines et des moteurs nous apprennent qu’en dehors de cas déterminés, ce n’est pas toujours la plus grande machine qui est la plus productive, et qu’on crée de préférence des machines et des moteurs petits, mais d’un fonctionnement irréprochable et pouvant lutter avantageusement avec des machines d’une dimension supérieure.
Lorsqu’une tendance à la concentration se manifeste, lorsqu’à un petit nombre de grands entrepreneurs vient faire face un grand nombre d’ouvriers dépendants, les conséquences de ces faits ne vont pas à la longue sans nuire à la collectivité. Dans les milieux des petites industries, la porte est ouverte à une irritation extrême et à un mécontentement croissant, qui ne sont pas des garanties en faveur du maintien de la paix sociale. Le fait qu’à la place de l’ancienne classe moyenne, s’en est installée une nouvelle, et qu’à la place des artisans, chassés de leur indépendance par l’exploitation en grand, ont fait irruption les contre-maîtres, les chefs d’équipe, les monteurs, les machinistes et autres employés de la grande entreprise, ne saurait tranquilliser la collectivité. Cette classe moyenne nouvelle, en effet, ne peut se comparer, même approximativement, à l’ancienne constitution corporative. Il lui manque toute indépendance po-
44 CHAP. VII. LIBERTÉ INTÉRIEURE DU COMM. ET DE l’INDUST.
litique, et aussi l’indépendance économique, qui faisait l’ornement des corporations. Le maître du bon vieux temps n’était pas, il est vrai, tout à fait libre, mais la loi dont il dépendait avait été faite avec sa collaboration, et dictée par la considération de l’avantage du producteur et du consommateur. La classe moyenne nouvelle vit désormais sous la dépendance du maître qui la nourrit, qui la peut congédier selon son bon plaisir, qui peut lui imposer ses volontés politiques. On a reconnu, aujourd’hui, dans le domaine de l’agriculture, qu’il est nécessaire de créer, par le moyen de la colonisation intérieure, une classe paysanne capable. Dans le domaine de l’industrie, il est d’une importance aussi grande de maintenir dans leur indépendance les petites exploitations qui s’y trouvent en nombre. En Bavière, en Württemberg, en Hesse, en Bade et plus récemment encore en Prusse et en Saxe, on a, surtout par l’attention consacrée à l’enseignement industriel, fini par admettre la légitimité de ces tendances. En dehors de l’Allemagne, c’est surtout la Belgique qui depuis 1896 s’est mise vigoureusement à l’œuvre du maintien des classes moyennes, et qui a provoqué la création d’un Institut international pour l’étude du problème des classes moyennes, dont le Congrès s’est réuni à Münich pour la 3® fois en 1911 (1).
(1) G. ScHMOLLER, W Œs vcrsteken wirunterdem Mittelstand? dans les Verh. d. 8 evangel.-sozial. Congresses, 1897, p. 132 et suiv. ; Biermer, dans le Handw. d. Staatsw. ; H. Lambrechts, Le problème social de la petite bourgeoisie, 1892 ; M. Prager, Die Mittelstandsfrage, 1904 ; H. Bôttger, Vom alten und neuen Mittelstand, 1901 ; W. Stieda, Die Mittelstandbewegung, dans le Jahrb. /. I\at., 3® F., 29, p. 1 et suiv ; W. Stieda, Die Entwicklungsmôglichkeit d. deutschen Handwerks in der deutscken Vorbildungsschule, 17® année, n®s 21 et 22 ; J. Wernicke,