PHYSIQUE DES VILLES EN GENERAL, TOPOGRAPHIE
Au nombre des circonstances qui ont déterminé le choix de remplacement d'une ville plus tard importante figure, en dehors de l'aptitude générale du sol à supporter facilement des maisons (1), la force militaire. C'est ainsi que, pendant tout le moyen âge, la supériorité habituelle que possédait «ur l'attaque la défense de forteresses, a été un des principaux moyens de favoriser, non seulement la construction ^es villes, mais encore, en général, le développement paci' fique de l'économie (2). Mentionnons encore la proximité d'un temple important, d'un cloître, d'un lieu de pèlerinage (3) ; enfin, la résidence d'un grand seigneur ecclésiastique ou laïque dont les biens se trouvaient voisins. Les villes impériales allemandes sont nées, pour la plupart, de palais impériaux (4) ou de sièges épiscopaux. La résidence d'un souverain important attire souvent par elle-même^ -comme un afflux considérable de la sève du corps social dans son voisinage. Aussi le transfert de cette résidence dans un autre lieu marque-t-il d'ordinaire un tournant do l'histoire générale de la nation (5). Plus la civilisation fait ^6 progrès, plus diminue l'importance significative de»
villes comme lieu de refuge pour la contrée d'alentour ou? comme résidence des grands seigneurs ecclésiastiques ou laïques ; par contre, plus leur rôle de servir d'organe principal aux relations économiques passe au premier plan (6). Ainsi de plus en plus, la situation au point de vue du trafic décide du choix de l'emplacement, en tenant généralement compte de ce que l'organisation du travail et des emplois produit "un effet de séparation plutôt que de rassemblement (7). Si nous imaginons tout d'abord un territoire également praticable en tous sens et de forme à peu près circulaire, les besoins du trafic feront rapidement du point central le nœud des voies les plus importantes. C'est ainsi que dans les grandes plaines d'une fertilité sensiblement égaie partout, la capitale est naturellement située au milieu (8). Mais à l'inverse aussi, un puissant État, dont la capitale se trouve placée à proximité dangereuse de la frontière, manifeste d'ordinaire, du côté correspondant, juui. vif penchant aux conquêtes (9). Dans la réalité, la plupart des pays ne sont pas partout également praticables ; on y rencontre d«s voies particulièrement propices aux communications, telles qu« les fl«uves, les lacs, les mers, mai» aussi des régions où les communications sont, à un degré extraordinaire, rendues difficiles par les montagnes, les déserts, les grandes forêts, etc. La tendance régulière du trafic est d'utiliser le plus longtemps possible les voies spécialement favorables, même si, au point de vue géométrique, elles constituent un détour ; elle est aussi, par contre, de traverser, par le plus court chemin, l'obstacle au passage, dès qu'il ne peut être tourné. Un fleuve, dans le sens de la longueur, favorise le trafic par eau ; il constitue, dans le sens de la largeur, un obstacle au trafic par t^re, surtout cpiand il s'agit d'un fleuve au cours rapide et en pays de montagne. C'est sur ce principe que se fonde l'importance-
§ 1. CHOIX DE l'emplacement DES VILLES 3
des villes où se trouve on gué (10) et, pour les pays de vieille ci^'ilisation, dans une mesure encore plus étendue, de celles où l'on rencontre un pont. Toute navigation interrompue par une région sèche cherche également à traverser celle-ci par la voie la plus courte. C'est ce qui fait la valeur des emplacements où un golfe pénètre le plus profondément dans le pays (11), ainsi que l'avantage d'une situation isthmique (12), et ceci s'applique aussi bien à l'emplacement entre deux fleuves qu'à celui entre un fleuve et une mer (13). Le^ endroits qui toujours se prêtent à la formation d'une ville sont encore ceux d'où Ton part pour contourner de grandes montagnes, ainsi que les points d'aboutissement des hgnes de percée des régions montagneuses par les chemins les plus commodes (14). En c-ertains lieux, on trouve en abondance un produit naturel de valeur qui, pour être exploité et dégrossi, demande un travail considérable sur place. Mais il ne peut y naître une viHe importante que lorsqu'ils sont entourés d'un territoire offrant des débouchés étendus, parvenu à un haut degré de développement dans Torganisation du travail et des emplois, pourvu de moyens de transport excellents. Ceci se produit seulement aux degrés supérieurs de la civihsation (15).
La plus haute importance économique sociale et mondiale même est réservée d'ordinaire aux villes dont la situation locale répond en même t^mps aux besoins de sécurité des civilisations primitives, comme aux besoins toujours croissants du trafic des civilisations supérieures ; aux villes qui,parconséquent,de simples chàteaux-forts,etc., deviennent, non seulement des résidences princières, mais finalement aussi, des places d'industrie et de commerce de premier rang (16). La possession d'une telle capitale vaut que tout peuple y consacre les moyens les plus
éminents de son unité, comme par suite de sa puissance (17-18).
(1) C'est à Hambourg et à Brème que la région désolée de la Geest vient interrompre le pays fertile du Marschland et aboutir immédiatement au fleuve. L'endroit où deux fleuves se réunissent a toujours une grande importance militaire, mais il. offre au trafic, en plaines basses, le plus souvent peu d'avantages à cause du danger des inondations (Voir Hahn, Die Staedte der norddeutschen Tiefebenen, dans l'ouvrage de Lehmann, Forschungen zur deutschen Landes und Volkskunde ^
(2) Une foule de camps romains sont devenus le germe d'une ville. Coblentz {Confluentes) a été, vers la seconde moitié du VI® siècle, un bourg (« pfalz », lat. palatium) mérovingien, puis ensuite carolingien ; il a, au ix« siècle, été doté d'une église remarquable (Voir Barthold, Geschichte der deutschen Staedte, I, 30). L'importance de Worms a profité de ce que Charlemagne en a fait le point de départ de ses expéditions contre les Saxons ; il en a été de même de Magdebourg avec les guerres contre les Slaves ; d'Augsbourg et d'Ulm, avec les voyages de l'Empereur à Rome. La pensée militaire, qui sera plus tard celle de Henri 1^^ l'Oiseleur (Widukind, Ann., l. c. xxxv), apparaît, dès 862, contre les Normands dans le premier Edit de Pistes {Edictum Pistense : Pertz, Leges, I, 494).
(3) A l'époque franque et même encore sous Innocent III, seules les villes épiscopales étaient désignées du nom de cii>itates (DucANGE, s. v.)^ les autres villes, de celui à'oppida ou castra. Sont villes épiscopales postromaines : Magdebourg, Hambourg, Brème, Bamberg, Würzbourg, Münster, Paderborn, Naumbourg, Freisingen ; sont issues d'une abbaye, les villes de Saint-Gall, Fulda, Hersfeld, Schaffhouse.
(4) Telles sont les villes palatines {Pfalzstaedte) royales de Goslar, Aix-la-Chapelle, Nuremberg, Francfort, Heilbronn, Ulm, Wetzlar, Friedberg, Haguenau, Colmar, Boppard, Oppenheim. Elles sont parvenues de très bonne heure en Aile-
§ 1. CHOIX DE l'emplacement DES VILLES 5
magne à l'immunité et au droit impérial de libre établissement (Voir Maurer, Gesch. der Siaedteverfassung, I, 442-281). Moscou, qui s'est formé circulairement autour du Kremlin, est une des extensions les plus remarquables du château princier primitif.
(5) Pendant les invasions barbares, Trêves a été quelque temps capitale remaine, ainsi que Milan, parce que le centre de gravité de l'Empire se transportait toujours davantage vers les quartiers généraux des armées, par suite ainsi vers les frontières menacées. Paris devint la capitale de la France, autrefois placée à Lyon, seulement lorsque la région du nord-est, d'une cohésion meilleure, mieux ouverte dans toutes les directions et plus^ imprégnée de germanisme, commença de dominer tout ce qui constituait antérieurement la Gaule. Les capitales de la Russie ont été Novogorod et Kiew, jusqu'à l'importation, de Scandinavie, de l'éducation politique, et de Byzance, de l'éducation religieuse. Moscou et Wladimir les remplacèrent, lorsque la concentration nationale dans le bassin géographique de la grande Russie et l'affranchissement du joug mongolique devinrent une tâche principale. Saint-Pétersbourg correspond à l'européanisation depuis Pierre le Grand, poursuivie par Münnich et Ostermann. *[Voir R. Buschick, Wanderungen europaeischer Haiiptstaedte ; Ratzel, Gedenkschrift, 1904, pp. 3 et 8uiv.].
(6) Déjà Thucydide (I, 7) fait la remarque qu'en Grèce, les villes les plus anciennes, en raison du danger du brigandage maritime, étaient situées plus profondément dans le pays, tandis que les villes plus récentes se trouvaient sur les côtes. Une situation analogue existe entre Upsal et Stockholm, entre Nowogorod et Saint-Pétersbourg.
(7) Aux Etats-Unis, il apparaît comme un principe formel que le siège du gouvernement ne doit pas être placé à l'endroit le plus important pour le trafic. C'est ce qui existe avec Albany- New-York, Harrisburgh-Philadelphie, Columbus-Cincinnati, Springsfield-Chicago, Sacramento-San-Francisco, Jefferson- City-Saint-Louis, Washington-New- York.
b INTRODUeXlON
^8) Munich, Prague, Moscou, occupent le milieu des plaines environnantes. Cette dernière ville est entourée, à une distance modérée» des sources de» fleuves russes les plu» importants. La situation de Madrid, sans autres avantages naturels, ne s'est guère recommandée que par sa position centrale au milieu de la péninsule ibérique, presque circulaire. Une capitale de ce genre est économiquement très peu indépendante ; d'où le* oscillations considérables du chiffre de sa population : 1833 = 166.000, 1836 = 224.000, 1842 = 157.000, 1846 = 200.00, [1910 = 571.000]; Tolède est largement aussi favorablement située : elle a été, depuis 400 après J.-C., le siège des conciles espagnols, et n'a dû sans doute d'être supplantée par Madrid qu'en raison de son soulèvement de 1520. — Vienne est particulièrement la capitale naturelle des pays du moyen- ï>anube^ enclos comme d'une muraille par les Alpes, les Sudètes et les Karpathes, et pour ainsi dire bastionné par la Bohême, le Tyrol et la Transylvanie. C'est ce que reconnaissent eux-mêmes beaucoup de peuples non germaniques qui la désignent par leur nom national de « Becs ». La plupart des pays autrichiens de la Couronne s'ouvrent eu éventail autour de Vienne, de scMfte que poiu" aller de l'un à l'autre, souvent le plus court chemin, et mieux encore le plus commode, passe par Vienne (Czœrnig). Ottokar de Bohême lui-même voulait faire de Vienne la capitale de son grand Empire, et le grand Frédéric ejttcore affirme que c'est vraiment de là seulement qu'u est possible de dominer la Bohême {Principes généraux de la guerre, cb. u).
^9) Visées de la France sur la Belgique depuis Louis XI, de la Russie sur la Finlande depuis Pi^re le Grand. C'est ainsi que tout État important dont la capitale est située près de la Boer aspire à la suprématie maritime. Des fortifications seules ne suffisent pas à protéger la capitale, parce qu'un siège aurait pour conséquence d'interrompre tout le traiic avec le reste du pay^- Stockholm est, depuis la perte de la Finlande, devenue, de capitale bien située qu'eue était, une ville frontière très menacée. Sa situation moyenne entre le nord et le midi la rend
§ 1. CHOIX DE l'emplacement DES VILLES 7
même, en raison des dangers qu'elle court personnellement, «ne cause d'insécurité pour l'État tout entier. C*est un véritable pont vers la Russie que jettent, en effet, les îles finJan- •daiies d* Aland.
(10) Les nombreuses villes dont le nom se rattache au mot ^allemand furt, anglais ford, slave brod, latin tra/ectnm, représentent, en général, des colonies établies de très bonne heure. Hambourg, et plus encore Londres, sont les derniers points où ■Je fleuve peut être commodément traversé.
(11) Riga, Dantzig, Stettin, Kiel, Rostock, Koenigsberg, Oêne«. Lübeck a été surpassé par Hambourg, parce que la mer ^u Nord est, bien plus que la Baltique, une mer mondiale, et ^' aussi l'Elbe est plus important que la Trave. La grande ville indispensable au bord septentrional de la mer Adriatique a été tantôt Adria, tantôt Aquileia, Veane, Trieste, Fhune (Voir Ratzbl, Anthropogeo graphie j II, 467).
(12) II existe d'ordinaire une ville de chaque côté de l'isthme : Panama-Colon, Hambourg-Lübeck, [ou inversement sur un détroit : Memel, Stralsund]. Le port excellent de Constanti- «ople est âtué au croisement d'un détroit dune importance primordiale, au fond de deux grands golfes maritimes, avec un isthme entre l*Asie et l'Europe.
(13) Nuremberç est à peu près au milieu entre le Danube et l'extrémité supérieure du Main navigable, Leipzig entre le Main et l'Elbe, Innsbruck entre le Danube et l'Adige, Alep €ntre l'Euphrate et la Méditerranée.
(14) Les grandes villes d'où l'on part pour contourna les Alpes sont Vienne et Lyon, les lignes principales de percée, Lyon-Turin, Augsbourg-Milan, Munich- Vérone, Vienne- Ve»nise. L'avantage primitif de la situation de Leipzig consiste en ce que c'est en ce lieu que la plaine basse de l'Memagne du Nord pénètre le plus loin vers le sud, et justement au milieu à peu près exact de l'ancien territoire de l'Allemagne impériale et fédérale.
(15) Vaies de sel, de mines, de houille, d'eaux minérales. CFreiberg, en Saxe, où Targent a été découvert aux environs de
1160, Goldberg, en Silésie, d'où l'on a extrait l'or]. En Angleterre, les gisements de houille et de fer, tous situés à l'ouest delà ligne Sunderland-Doncaster-Nottingham-Leicester-Coventry- Bath-Frome, n'ont donné naissance que depuis le milieu du- XVIII® siècle seulement, à des villes industrielles importantes. Antérieurement, cette moitié nord- ouest de l'Angleterre était, à tous points de vue, restée en arrière et d'une population bien^ plus clairsemée, plus pauvre et plus inculte, que la moitié orientale. C'est seulement depuis lors que le centre de gravité de la^ vie sociale en Angleterre a commencé à se déplacer vers le nord et l'ouest. La réforme parlementaire de 1832 et l'abrogation des lois sur les céréales, en 1846, sont des victoires que^ cette Angleterre, désormais nouvelle, a remporté sur cette Angleterre désormais ancienne.
(16) Comme capitale du Latium, Rome était désignée par sa* position centrale, ses collines, son fleuve, qui formait aussi antérieurement un port maritime. Elle était également indiquée ^mme capitale de l'Italie ancienne, parce que, du côté occrdental de l'Apennin, plus susceptible de se développer, le Tibre est de beaucoup le fleuve le plus remarquable, et que so» bassin occupe une situation moyenne entre toutes les plaine» un peu importantes de la péninsule proprement dite. Lorsque toutes les côtes méditerranéennes se trouvèrent réunies en ua empire, la situation centrale de l'Italie vint encore agir en ce sens. (Comparer déjà Tite-Live, V, 54). C'est ainsi encore qu'il a été d'une grande importance pour Paris, dans le système moderne des États de l'Europe, de se trouver plus en moyenne qu'aucune autre grande ville, rapproché de toutes les principales places européennes, et surtout d'être situé sur les routes^ de Saint-Pétersbourg et Stockolm à Lisbonne et Madrid, ainsi que de Londres vers l'Italie. Berlin, à chaque accroissement de l'État auquel il appartient, a développé admirablement le»^ avantages correspondants de sa situation géographique (Voir KoHL, dans la Berliner Viertel/ ahrschrift^ 1866, III. Antérieurement déjà, Kloden, Entstehung, Alter und früheste Ges-- Richte der Staedte Berlin und Koeln (1839), pp. 17 et suiv.).
§ 1. CHOIX DE l'emplacement DES VILLES ^
(17) Pour le royaume actuel d'Italie, il est fâcheux de n'avoir aucune capitale à l'encontre de laquelle n'existent les plus sérieux inconvénients. Rome deviendra difficilement aujourd'hui une grande ville d'industrie et de commerce.
(18) Pour le présent paragraphe on a considéré principalement les ouvrages ci-aprés : J. G. Kohl, der Verkehr und die Ansiedelungen der Menschen in ihrer Abhaengigkeit von der Gestaltung der Erdoberflache (1843), spécialement pp. 18-170- 221 et suiv., 238-468-566 ; du même. Die geographische Lage der Hauptstaedtc Europas (1874); l'étude de Röscher dans les Ansichten der Volkswirtschaft (3^ édition, 1878, I, 317 et suiv.), paru pour la première fois en 1871. [*Fr. Ratzel, Die geographische Lage der grossen Staedte {Die Grosstadt Vortraege und AUfsaetze zur Staedteaussiellung, 1903, pp. 33 et suiv. réimprimé;. Kleine Schriften, vol. II, 1906); K. Hassert, Dte Staedte geographisch betrachtet, 1907 ; A. Penk, Die Lage der deutschen Grosstaedte {Staedtebauliche Vortraege, \o\. V, fasc. 5, 1912)].
C'est également pour la configuration intérieure des villes qu'il ne faut recourir au seul arbitraire comme raison explicative que d'une manière exceptionnelle. Lorsqu'une ville, dès l'origine, est fondée à des fins urbaines, sa forme, dans l'hypothèse où le sol offre une facilité de construire et une viabilité partout égales, sera, le plus naturellement, la forme circulaire. Chaque point de l'établissement se trouve alors le plus près possible de tous les autres, et de plus, les frais de construction, d'entretien et de surveillance de l'enceinte extérieure sont relativement les moins élevés (1). Le point central est occupé par l'endroit qui a déterminé à l'origine la fondation de la ville. Chacun doit souhaiter, en raison même de l'organisation du travail, de demeurer dansr le voisinage immédiat de ce centre, et c'est là, par censé-
quent, que ie terrain prend le plus de valeur. On cherche par suite, à utiliser celui-ci pour le mieux, par analogie avec le procédé de Ja culture intensive, en y augmentant la hauteur et la profondeur des maisons (2). L'accroissement -de la ville a lien, dans l'hypothèse qui précède, de façon circulaire. S'il existe des voies d'eau et des routes commodes, il se produit naturellement suivant leur longueur, en forme rayonnante, à l'encontre des chemins de fer, qui provoquent dans le voisinage de leurs stations la construci/ion. de groupes de maisons disposés en forme de réseau. Dans les deux cas, les vides entre les bâtiments nouveaux ne se comblent que progressivement, en commençant en général par la périphérie. Beaucoup de villes du moyen âge sont issues de villages (3), dont elles ne se sont bien longtemps distinguées que par la circonstance qu'elles •étaient entourées de murailles (4). Elles consistaient intérieurement, en dehors d'égHses, de couvents, etc., en un certain nombre de domaines seigneuriaux (Fronhoefe) enclos de haies et souvent fortifiés (5), avec les champs, les maisons de vassaux, etc. de leur dépendance. Les étrangers qui venaient s'établir, de même que les industries naissantes, groupaient d'ordinaire leurs demeures par rues, et assez souvent à part (6).
Il faut cependant distinguer en Allemagne, entre le nord et le midi. Dans l'Allemagne du Sud et du Sud-Ouest, l'irrégularité de la disposition des villes est particulièrement caractéristique. 11 y règne un enchevêtrement de rues et de places tel qu'on peut y voir un manque absolu de plan (7). L'Allemagne du Nord et l'Allemagne Occidentale ou, plus exactement, les contrées situées à droite de l'Elbe et de la Saale, présentent, par contre, des villes fondées suivant un plan déterminé et très fréquemment, en <outre, par l'entremise d'entrepreneurs (locataires du sol) ;
3un plan normal, très distinctement reconnaissable, y a prévalu. Tandis qu'a Tonest et an snd, c'est la ligne coorbe qni ]"emporte, le nord est Fempire de la ligne droite. Même dans les phis petites villes, les rues, de Margeur différente, s'alignent, tirées au cordeau ; elles sont coupées à angle droit par les antres ; les îlots de maisons sont souvent de grandeur égale et carrés, les rues contournées et sinueuses n'existent guère que dans le voisinage des murs de la ville ^Fritx, 8-9-10). A l'époque moderne, certaines villes et certains quartiers de villes sont désormais disposés suivant un plan mathématique, employé d'abord quand il s'agit de la table rase des colonies, et qui prévaut ensuite dans les créations favorites de la monarchie absolue (il).
En ce qui concerne la répartition des classes, des professions et des étabhssements divers dans les différentes régions de la ville, chaque établissement tend naturellement à occuper l'endroit le plus rapproché de la majorité de ceux qui Futihsent. Ainsi les étabhssements d'un usage général sont attirés vers le centre de la ville (12). Les riches aspirent à l'emplacement où il- est le plus agréable de demeurer : c'était, au moyen âge, d'ordinaire aussi le centre de la ville, à proximité du château du prince, de la cathédrale, etc. ; depuis la transformation des fortifications en jardins, c^est non moins habituellement le pourtour de la vieille ville (13). Les pau^Tes tendent vers la région la moins chère, par suite vers les extrémités de la viUe ; ou, si leur profession les contraint de demeurer dans le voisinage de leur clientèle urbaine, vers les demeures situées 4ans les caves et sous les toits, les maisons de derrière, les ruelles latérales. Le petit commerce recherche partout les rez-de-chaussée, le commerce de luxe, les rues principales, surtout celles du centre, le grand commercé, la proximité <des gares de chemin de fer et des voies navigables ; les fa-
briques sont attirées si possible vers la périphérie et les métiers ayant un débit local se dispersent au voisinage de leur clientèle (14). Au nombre des phénomènes les plus ordinaires de nos grandes villes se trouve la formation de ce qui, à Londres, constitue la Cité {City). Les maisons d'habitation disparaissent de plus en plus des parties centrales, pour céder la place aux besoins du commerce, qui s'y entasse précisément de plus en plus fort (15). Ce n'est surtout pas un mince inconvénient pour les villes à croissance rapide, que la reproduction continuelle des circonstances^ précitées : elle rend en effet nécessaire une masse de transformations des plus coûteuses (16). Les environs immédiatsde ces villes donnent eux-mêmes ordinairement l'impression d'un désert de bâtisses (17). Pourtant, comme dans toute vie, s'arrêter serait commode, mais ne ferait qu'engager la décadence. Dans les villes complètement tombées^ le reste de vie qu'elles possèdent encore persiste le plus longtemps à l'endroit où celle-ci avait originairement commencé (18).
(1) La forme circulaire est entravée par l'existence d'endroits impraticables, comme des marais, des étangs, des bois ou des parcs que l'on veut conserver, ainsi que par celle d'endroits particulièrement engageants comme des eaux navigables, ou pouvant servir à des besoins industriels. C'est aussi naturel que la formation, dans les ports, d'un demi-cercle au lieu d'un cercle.
(2) Sur la hauteur prodigieuse des maisons dans la ville mondiale de Rome, (voir Vitruve, II). Aussi l'État défendit-il de les élever plus haut que 70 pieds, ensuite plus haut que 60, A Carthage, entre le port et la citadelle de Byrsa, les maison» paraissent avoir généralement eu sept à huit étages (Voir NiEBUHR, Vorlesungen über roemische Geschichte, II, 241).
(3) -C'est toujours un indice d'une civilisation déjà plus
avancée, lorsqu'une ville vient à prospérer à un endroit où il n'aurait jamais été possible de créer des villages. Il en est ainsi ■de Gibraltar et d'Ormuz. Il y a beaucoup d'histoire de la civilisation dans ce fait de l'histoire linguistique, que le mot grec ■aù?.>5, à l'origine, claie à bétail tressée, a servi plus tard à nommer le château d'un prince ; son proche parent latin, villa, a <iésigné les somptueuses maisons de campagne ainsi que les plus grandes villes (\'oir Ahrens, Zu Kühners Jubilaeum, 1874).
(4) L'expression : urbem condere, ne veut dire souvent que : entourer de murs un lieu ouvert, (Maurer, Geschichte der Staedteverf., I, 44) ce qui, àla vérité, jusqu'au xii^ et même jusqu'au XIII® siècle, se faisait généralement au moyen de bois (Maurer, loc. cit., 112).
(5) C'est seulement Frédéric I®'" qui défendit, en 1180, la construction, et même l'entretien, sans la permission du prince, <l*une telle munüiu, wicborc in civitate. [A Lübeck, il y avait, vers la fin du xiii«* siècle, neuf grands domaines ruraux avec étables et granges,dans la ville elle-même (Voir Zeitschrift des Vereins für Lübeck. Geschichte, o, p. 141]*. [L'étendue considérable des agrandissements fréquents des villes au xii® et xiii® siècles est confirmée par le fait que, pour beaucoup de villes, le territoire urbain atteint à cette époque n'est devenu trop étroit qu'au début du xix® siècle(Voir K. Th. V. Inama-Sternegg, Staedtische Bodenpolitik in neuer und alter Zeit, 1905, pp. 12 et suiv. ; H. Keüszen, Topographie der Stadt Koeln im Mittelalter (Mémoire couronné par la fondation Mévissen), 1910 ; A. Pus- CHEL, Dos Anwachsen der deutschen Staedte in der Zeit der mittelclterlichen Kolonialbewegungen {Abhandlung zur Verkehrs-und Seegeschichte, vol. IV, 1910) ; R. Eberstadt, Handbuch des Wohnungswesens, 2® éd., 1910, pp. 22 et suiv.],
(6) [Pour Lübeck, voir : W. Brehmer, Beitraege zu einer Baugeschichte Lübecks dans la Zeitschrift des Vereins für Lübeckische Gesch., 5, pp. 141-142. Sur les causes de cette réglementation voir C. Mayer, Kaufmannschaft und Markt zwischen Rhein und Loire dans la Germanische Abhandlung zum 70 Geburtst. Konr^ V. Maurers, p. 412-413].
(7) [II y a pourtant ici aussi des exceptions. En Italie déjà^ de vieilles villes de colonies romaines, comme Florence, Turin, V^'one, montrent un type tout à fait semblable ; dans les pays du Rhin et du Danube, un certain nombre des plus anciennes villes manifestent une indéniable tendance à la ligne droite et à l'angle droit. Telles sont Strasbourg, Metz, Cologne, Constance, Vienne, et peut-être aussi Coblentz, Bonn, sûrement cependant Trêves ; dans ces villes, au milieu du dédale des rues tortueuses ou irrégulières, on peut reconnaître plus ou moins les contours et le tracé des rues des anciens camps romains. Il en est de même des villes fondées par la dynastie de Zae bringen, comme Fribourg en Brisgau,et des villes saxonnes comme Brème, Hildesheim, Naumbourg, Magdebourg].
(8) [D'après des recherches récentes {en particuliw Joh, Fritz, Deuische Stadtardagen, 1894), on peut reconnaître que, non seulement pour des villes petites et moyennes, chez lesquelles des a^andisseraents anciens de la cité et des créations modernes de faubourgs n'ont pas effacé l'aspect primitif, mais aussi pour de grandes villes actuelles comme Èerilin, Breslau, Posen, Dresde, Leipzig, etc., on a employé à peu prés partout la même disposition. « Une aire de construction approximativement circulaire ou ovale présente en son centre une place carrée ou oblongue. Des quatre coins ou du milieu des -oôtés de celle-ci, des rues généralement larges conduisent à la périphérie. Ces rues sont, à leur tour, reliées entre elles par d'autres rues transversales non moins droites, souvent un peu plus étroites, et se coupant suivant la perpendiculaire. De sorte que l'aire tout entière de construction se trouve partagée en un certain nombre de blocs réguliers de bâtisses, carrés ou à angles droits. Une, ou parfois deux rues d'enceinte, concentriques aux mors de la ville, relient entre elles les issues sur ces murs de toutes ces rues principales et ta*ans versai es » (Fritz), L'aire circulaire ou ovale possédait un diamètre de cinq à six cents mètres, ou un grand axe de cinq cents mètres et un petit de trois à quatre cents. Elle présentait une superficie d'environ cinquante ou cent journaux. Au milieu du cercle, on laissait libres une ou deux places car-
rées, pour y édifier plus tard rhôtel-de- ville et l'église et pour avoir l'espace nécessaire au marché. En Silésie, des places du marché avaient des dimensions particulièrement étendues et étaient appelées, d'après un mot slave : Ring. Les portes étaient habituellement au nombre de quatre et fréquemmeni servaient d'issues aux rues médianes, qui, delà, se continuaient au dehors sous la foitne de deux à quatre routes importantes; elles partageaient le mur d enceinte eu autant de parties. Il existai, tcujours une étendue de terre arables mesurant d'ordinaire de cent à cant cinquante « charrues », dont les trois quarts, destinés à être cultivés, faisaient l'objet d'un lotissement entre tous les citoyens. Les débuts proprement dits et la construction de la ville à l'intérieur peuvent dès lors, par analogie avec ce cpii passe dans nos agrandissements modernes de villes, s'être dans beaucoup de cas accomplis dune façon progressive, mais aussi biai peuvent-ils avoir marché avec une vitesse considérable. Joh Fritz, DeutscJie Stadtanlagen, 1894 ; P. R- KoTzscHKE, Dos Unternehmertum in den ostdeutschen Kolonisation des Mittelalters, 1894 ; Dr. Heil, Die Gründung der nordostdeuischen Kolon ialstaedte, 1896-, Da. Rieck, Staedtisches Leben in Mecklemburg in den Zeiten des Mittelalters, 1896]. *[P. J. Meier, Der Grundriss der deutschen Stadt des Mittelalters in seiner Bedeutung als geschiduliche Quelle {Korrespondenzblatt des Gesamtoereins der deutschen Geschichts-und Altertumsvereine, 1909, p. 10 et suiv.) ; Warschauer, Lageplcui der osteuropaeischen Kolonialstaedte {Korrespondenzblaü, 1909, p. 121 et suiv.) ; Neumanx, Der Stadtplan als geschichtliche Urkunde, Mitteilungen ans der lüdaetidiscken Geschichte^. voL II, 1911, p. 87 et suiv.].
(9) Les constructions, dans les villes allemandes, furent pendant longtemps de bois et d'argile : ainsi à Hambourg, Zürich, B^ne, enctÄ'e au xii« siècle ; à Lübeck et Magdehourg, encore au XIII® siècle ; à Goerhti:, Breslau, Spire, Munich, encore an XIV® siècle (Voir Maurer, Geschidite der Staedteverfassung, II, 5 et suiv.). Sur les six mille maisons que comptait Cologne aa XIII® siècle, il y en avait un tiers de si petites qu'elles ne com-
portaient chacune que deux ou trois pièces, et se trouvaient a-éunies par groupes allant jusqu'à dix et même seize, sous un toit unique fait de bois ou de paille (Voir spécialement pour Strasbourg, Schmoller, Jahrbuch für Gesetzgebung^ VI, 375 et suiv.). [A. Lübeck, on faisait une distinction à la fin du XV* siècle entre les maisons à pignon donnant sur le côté et •celles à pignon sur rue. Les premières ne consistaient généralement qu'en un rez-de-chaussée bas, sur lequel les poutres du toit reposaient immédiatement. Des murs transversaux les divisaient en petites habitations pour artisans et ouvriers, lesquelles n'offraient chacune que l'espace nécessaire à une pièce d'entrée et à une chambre adjacente (Voir Brehmer, dans les Hansische Geschichtsblaetter,i886, p. 7)]. Wetzlar ne comptait encore, en 1689, que très peu de maisons entièrement construites en pierre, ou même seulement avec un rez-de-chaussée en pierre ; un petit nombre avaient des murs réfractaires ; la plupart ne possédaient même pas de cheminées dans leurs murs et étaient couvertes en paille (Voir von Ulmenstein, Gesch. v. Wetzlar, II, 261).] Comparer aussi R. Hennings, Das deutsche Haus in seiner historischen Entwickelung, 1882 ; Troels Lund, Das taegliche Leben in Scandinavien waehrend des 16 Jahrhundert, 1882 ; Meitzen, Wanderungen, Anbau und Agrarrecht der Voelker Europas, vol. III, p. 464-520]. *[M. Heyne, Z)a5 ■deutsche Wohnungswesen von den aeüesten geschichtlichen Zeiten bis zum 16 Jahrh., 1899 ; K. G. Stephani, Z)er aelteste deutsche Wohnbau und seine Einrichtung, vol. II, 1903 ; 0.- Stiehl, Der Wohnbau des Mittelalters, Handbuch der Architektur, 4, 2, 1908]. (10) Les rues contournées et tortueuses, les nombreuses impasses, cours, etc., constituaient pour l'air et la lumière, en bien t5omme en mal, un obstacle aussi considérable que les privilèges des familles et des corporations en étaient un pour la police. Même à Cologne, ce n'est qu'au xiii® siècle qu'apparaissent les noms propres de rues (Voir Ennen, Gesch. V. Koeln, 1,667 et suiv.) ; [à Lübeck, c'est au milieu du xiii« siècle, au moins pour toutes les rues principales (Voir Brehmer dans la Zeitschr.d. V. f. Lübeckische Gesch., 5, p. 227)]. A Vienne, Véclairage des
rues n'est introduit qu'en 1687 (Beckmann, Beitr., I, 82) ; d'après Nicolai {Reise, III, 211), ce ne serait même qu'en 1704 ; c'est à Hambourg, en 1678 [(Amsink's, Familiengeschichte, p. cxxxi)] ; à Berlin, en 1679 ; [à Leipzig, en 1702 ; à Dresde, bien qu'une commission instituée par l'Electeur Jean Georges II en 1677, l'ait déjà recommandé à cette époque, ce n'est qu'en 1705 (Otto Richter, Verfassiings-und Venvaltungsgesch. d. Stadt DresdeTi, 1891, 2, p, 127) ; en Hesse, c'est seulement par ordonnance de 1721 {Saemtliche fürstliche hessische Landesordnungen, II, 852) ; à Lübeck, en 1732 {Hansische Geschichtsblaetter, 1886, p. 7)J. Le pavage des rues existe à peine avant le xiii^ siècle, ainsi, par exemple, à Cologne, Worms, Aix-la-Chapelle. Le roi Philippe- Auguste, en France, est regardé comme l'ayant, en 1184, introduit à Paris, ainsi que le rapportent curieusement les Chroniken der deutschen »S^aed/e (Lübeck), XIX, 263. A Lübeck, le début du pavage peut être placé à la fin du XIII« siècle. Mais l'exécution en fut poursuivie avec une lenteur telle, qu'elle se termina au plus tôt au milieu du xiv« siècle (Voir Brehmer, dans la Zeitschrift d. V. f. Lübeckische Gesch., 5, p. 234). A Hambourg, où également depuis le milieu du XIII® siècle, le pavage commence à s'introduire, on était parvenu, un siècle plus tard (1370-1387), à assurer systématiquement son exécution ainsi que le nettoyage {Hamburger Kaemmereirechnungen, éd. Roppmann, vol. I, p. xcv). Pour plus de détails, voir W. Varges dans les Preussische Jahrbücher, 81, p. 250 et suiv. et von Below dans la Historische Zeitschrift, neue Folge, 39, p. 396 et suiv. ; die staedtische Verwaltung des Mittelalters, ainsi que Ernst Gasner, Zum deutschen Strassenwesen, 1889, p. 12^3-143. Le numérotage des maisons n'existait pas encore à Berlin en 1788 (Voir Nicolai, I, 56).
(11) A Rome, qui, après l'incendie des Gaulois (?) avait été reconstruite nulla distinctione passim, on discuta, sous Néron les avantages et les inconvénients des deux systèmes, comme on le fait aujourd'hui (Tacite, Annales, XV, 43).
(12) Ceci est surtout vrai des places de marché. Leur situation proche du centre (comme pour les nombreux et beaux
Rose her 2
marchés de Gand),est, il est vrai, au point de vue de l'économie privée, un lucrum cessans considérable. Mais elle est, pour l'économie sociale, un des placements de capitaux les plus lucratif» qui existent. Très caractéristiques à cet égard sont les « passages » modernes, qui remplissent, en les réunissant, le rôle de la rue, surtout même de la rue coupant au court, et celui du marché.
(13) Les boulevards de Paris sont devenus, sous Colbert, des promenades. A Bruxelles, les classes francisantes supérieures se séparent des classes flamandes inférieures et moyennes d'une façon très tranchée suivant qu'elles habitent la ville haute ou la ville basse. Celle-ci a l'avantage, au point de vue industriel, de la proximité des routes de terre et d'eau, la ville haute l'agrément du bon air et de la belle vue.
(14) Au sujet de la répartition de l'industrie à Paris, voir LÉON Say dans le Journal des Economistes^ XII, 137 et suiv. A Londres, où le trafic tend surtout vers l'est, nous trouvons à l'extrémité inférieure du fleuve les docks et les grands entrepôts, la Tour avec ses arsenaux et, toutes proches de là, les demeures des matelots, des portefaix, des charretiers, etc. Puis en remontant le fleuve, nous rencontrons la Cité, siège des comptoirs, avec la Banque, la Bourse, la Monnaie, la Poste, la Douane, les Cours de Justice. La noblesse a, depuis longtemps, transféré ailleurs ses palais (Anderson, Origin of Commerce, a. 1640) ; ici, les habitants actuels sont, en grande partie, des agents, des commis, des forts, etc. Immédiatement après vient le quartier des théâtres, des musées, des boutiques d'articles de luxe, des hôtels ; plus loin sont les clubs, les palais des Parlements, les ministères, les palais royaux, enfin l'aristocratique Westend. Il faut considérer en quelque sorte comme des appendices, principalement les quartiers du nord-est,habités par les Irlandais,etc. (Spitalfields, Bethnalgreen, Whitechapel), ainsi que les quartiers du sud au delà du fleuve. Sur la formation des villes russes (Voir VON Hâxthâusen, Studien, II, 117 ; III, 136). Voir les excellentes études de La.speyres sur le groupement de l'industrie dans les grandes villes dans le Berliner staedt. Jahrbuch, 1869.
(15) *[Le a creusement » de la Cité s'est manifesté d'abord, •t jusqu'ici avec le plus de force, à Londres. Tandis que dans le comté de Londres, de 1801 à 1896, le nombre des maisons habitées est passé, de 119.198 à 548.551, et la population de 830.659 à 4.401.935, le nombre des maisons habitées dans la Cité a diminué de 17.190 à 5.329, la population de 128.129 à 31.083 (Voir Fucus, Zw Wohnungsfrage, 1904, p. 121). Le développement progressif de la Cité comme quartier des affaires ressort, avec une particulière netteté, de la comparaison de la population domiciliée avec le nombre des personnes présentes à l'heure habituelle des affaires. Les recensements auxquels il a été procédé, le 27 avril 1891 et le 28 âXTil 1911, de la population de la Cité à l'heure des affaires, ont établi la présence de 301.384 et 364.061 personnes, tandis que les recensements de la population domiciliée, effectués pendant les mêmes années, n'ont trouvé que 37.702 et 19.657 personnes (Voir H. Schmidt, Cityhildiing und Bevoelkerungsverteilung in Grossstaedten, 1909, p, 26; The Statesman's Year-Book, 1912, p. 17)]. Manchester renfermait déjà, avant 1845, un district central, long d'un demimille anglais et presque aussi large, consistant presque exclusivement en comptoirs et en magasins, traversé de grandes rues magnifiques, animées et aux boutiques nombreuses, mais, pendant la nuit, d'une tranquillité absolue. Autour de cette « Cité » s'étendait une ceinture, large d'un mille et demi, de maisons ouvrières, au delà de laquelle se trouvaient les maisons, de campagne des riches. Les grandes rues partant de la Bourse vers l'extérieur de la ville étaient habitées par la bourgeoisie moyenne, dont les boutiques augmentaient toujours de richesse en se rapprochant du centre. Les fabriques s'étaient, le plus souvent, établies le long des rivières et des canaux (Voir Engels, Lage der arbeitenden Klassen in England, p. 62 et suiv.). *[H. Schmidt a calculé {loa. cit., p. 66-67) pour une série de grandes villes la décroissance de la population dans la « Cité », par comparaison avec le chiffre le plus haut qu'elle ait atteint. Ainsi, la perte pour la Cité de Londres comporte, n 1901, 4/5 du chiffre le plus élevé ; pour la partie occidentales.
de l'intérieur de Paris, elle est, en 1901, de 2/5 ; à Berlin, ^1864-1900), on trouve pour la vieille ville (Berlin, Koelln, Friedrichswerder), 1 /2, et pour la Dorotlieenstadt et la Friedrichstadt, 1 /3 ; pour Breslau, vieille ville, 1900, 1 /5 ; pour Leipzig, vieille ville, 1905, 2/5 ; pour Munich, vieille ville, 1905, 1/5 ; pour Francfort-sur-Mein, ville intérieure, 1905, 1/7 ; pour Dresde, vieille ville (1880-1900), 1 /4. Comparer, d'autre part^ sur la question de la formation d'une « Cité » les travaux de S. Schott, die Citybildung in den deutschen Grossstaedten seit 1871, Statistisches Jahrbuch deutscher Staedte, 14^ année, 1907, p. 21-46 ;die grossstaedtischen Agglomerationen des Deutschen. Reiches 1871-1910, Schriften des Verbandes deutscher Staedtestatistiker, fascicule I, 1912, p. 59 et suiv.]. L'Amérique du Nord, où n'existent ni banlieues, ni fortifications, ni octrois municipaux, connaît jusqu'ici beaucoup moins cette formation d'une « Cité ». Plus d'une ville nouvelle, là-bas, ne se compose que d'une gigantesque voie trafiquante, d'où partent de petites rues adjacentes auxquelles des promenades, des jardins, etc. donnent un caractère presque champêtre. Les petits îlots de maisons des villes de là-bas, qui permettent presque partout de circuler obliquement, font qu'il n'y a plus de centre proprement dit. (Voir von Studniss, Arbeiterverhaeltnisse, 1879, p. 41, 76. *[Fr. Ratzel, Die {vereinigten Staaten von Nord- Amerika^ vol. II, 1893, p. 320 et suiv.)].
, (16) Entre 1861 et 1871, à Londres, il y aurait eu, par suite de la création de rues nouvelles, de chemins de fer et autres semblables improvements, plus de cent cinquante mille personnes chassées de leur domicile (Voir Quart. i?ep.,CXXXII, 275).
(17) La « détresse hypothécaire » de tant de villes à croissance rapide se manifeste principalement vers la périphérie ; cfest une suite de la surproduction locale, causée par le peu d^ solvabilité des classes qui viennent s'y établir. Souvent il existe au même moment, au centre de la ville, la plus grande « facilité de crédit » (Voir Rodbertus, Erklaerung und Abhilfe der Kr edilnot, I, p. 132 et suiv.).
(18) C'est par conséquent, au centre et dans les artères principales qui en partent. Ainsi, par exemple, à Louvain, sur le marché et dans les rues qui vont, de là, vers la gare et vers l'Université ; par contre, dans le rayon du reste de la ville, on rencontre beaucoup de culture.