‹ Economie industrielle;Chapitre 22 sur 72 · DÉCADENCE DES VILLES · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DES VILLES

partie passée aux mains de la monarchie. Les événements qui fortifièrent encore, en Allemagne, toutes ces raisons de la décadence des cités, furent la révolution apportée dans le commerce du monde par les grandes découvertes (6) et, à une époque ultérieure, par les ravages de la guerre de Trente ans. Jusqu'assez tard dans le xviii^ siècle, les seules villes à peu près, dont la population et la richesse s'accrurent, furent les résidences des princes supérieurs. Il est donc compréhensible que la plupart des villes impériales eurent, non seulement au point de vue relatif, mais encore au point de vue absolu, une importance toujours moindre ; que beaucoup d'entre elles perdirent même leur immédiateté vis-à-vis de l'Empire et que la plupart des autres de\inrent de plus en plus dépendantes (7). Ces changements ne revêtirent pas seulement un caractère extérieur, mais influèrent aussi sur la mentahté. Les magistrats municipaux s'assimilèrent de plus en plus aux autorités princières, et le sentiment local, qu'ils fortifiaient autrefois en le partageant avec leur bourgeoisie, s'en trouva forcément affaibli dans la même mesure. On leur concéda souvent, avec intention, en bas, ce qu'ils avaient perdu en haut (8). Dans l'Electorat de Brandebourg, la confirmation par le souverain des membres du Conseil dans leurs pouvoirs, avait été introduite dès 1540. Elle se transforma, sous le grand Electeur, en une nomination de fait (9). Sous Frédéric Guillaume l^^, la subordination des villes à l'autorité du commissaire local du souverain, même pour les affaires strictement communales, fut poussée si loin, qu'aucune construction municipale ne put être entreprise en dehors de son assentiment. L'autorisation royale devint même nécessaire pour toute dépense supérieure à six thalers ! (10). Lorsqu'en 1803, presque toutes les villes impériales furent médiatisées, aucune ne semble avoir élevé de protestations sérieuses (11).

La Révolution française a fourni la preuve que l'extrêmedémocratie est aussi hostile que l'extrême monarchie à la véritable indépendance corporative des villes (12). De nos jours, beaucoup d'Etats ont voulu éviter ces deux extrêmes/Ils ont en fait établi cette notion, que le patriotisme, l'ordre et la liberté ne peuvent véritablement vivre, que lorsqu'ils abandonnent un particularisme étroit pour s'élever à des conceptions plus générales (Vol. II, § 5) ; que, quand chez des hommes d'une maturité plus haute, l'intérêt pour un objet et la responsabihté de celui-ci deviennent la condition réciproque l'un de l'autre. L'élargissement de l'indépendance communale en découle, et c'est elle qui constitue la règle, surtout depuis l'ordonnance municipale prussienne de 1808 (13). Même les « limitations apportées à la commune vivante et périssable» devraient, en grande partie, ne constituer qu'une « protection par l'État, de la commune immortelle » (Dahlmajnn). Mais qu'on ne s'illusionne pas. Ce n'est point la propre force corporative des villes qui leur a valu cett3 amélioration de leur sort. C'estle changement seul des idées d3 l'Etat et du peuple en général. Ainsi, justement de nos jours, la mobilité constamment croissante de la population des grandes viUes, tou-jours libre de s'établir ailleurs, a désorganisé les conditions sur lesquelles repose le plus nécessairement la véritableindépendance municipale (§ 174).

(1) Tacite, De morihiis Germanorum ; sur Cologne, voir ch. 28 ; Augsbourg, une des plus riches villes du monde (41) ;. Strasbourg comparée à Venise (28),

(2) Les grandes découvertes faites à Nuremberg commencent dès le xiv® siècle ; la filière métallique y a été inventée en 1321, les montres de poche en 1360. En 1575, Nuremberg a créé le gymnase d'Altorf qui fut, en 1623, transformé en Université. Le gymnase de Strasbourg, devenu université en 1621^

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