INDUSTRIES DE LUXE. PRODUITS ÉTRANGERS
Les arts de l'émaillerie, de la fonderie, de l'étirage, ainsi que le laminage en feuilles minces, ont tout d'abord employé les métaux nobles, puis ensuite le cuivre et l'étain (7). Les falsifications sont toujours et partout plus récentes que les marchandises loyales, et Ton a aussi commencé par faire des eaux-de-vie très fortes, des papiers de qualité supérieure et durable. Les dorures sont, avec le temps, devenues toujours plus minces, jusqu'à ce qu'enfin l'on ait inventé le vernis d'or tout à fait artificiel (8). On s'explique d'ailleurs facilement, que chez les peuples en décadence, qui ont perdu la plus grande partie de leur industrie, certains métiers de luxe puissent encore continuer longtemps de survivre (9).
Lorsqu'il s'agit de travailler un produit briU étranger, les peuples industriels d'une ci\'ilisation très avancée cherchent surtout à l'obtenir à l'état le plus brut possible. Leurs capitaux surabondants, leurs forces innombrables de travail et d'intelligence se font entre elles une concurrence si vive qu'elles rendent désirable toute extension de leurs « coudées franches ». Leurs armateurs développent de plus en plus leurs services et baissent sans cesse leurs frets, même lorsque les déchets ne sont pas, au préalable, séparés d'avec la marchandise transportée. Leur industrie perfectionnée sait exécuter les travaux préparatoires beaucoup mieux que d'autres pays, qui ne s'occupent principalement que de production brute (chap. vu). La même loi naturelle entre donc ici en jeu, qui dans le commerce proprement dit et à un degré de civilisation supérieur, simplifie toujours les transactions (§ 18). Les peuples, parvenus au plus haut degré de culture marquent, en général, un intérêt particulier pour le trafic avec ceux dont la civihsation est assez peu avancée, parce que c'est chez ces derniers que la matière première se trouve à meilleur compte et que les pro-
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duits fabriqués atteignent le plus haut prix, tandis qu'il en est inversement chez les premiers (Vol. I, § 130). Lorsque par contre, un peuple industriel à demi développé seulement veut travailler une matière exotique, il agit au mieux en l'important, aux débuts, sous une forme presque achevée, pour qu'il ne lui reste à donner que la façon définitive (10). Cette règle souffre naturellement une importante exception lorsque le stade final de la fabrication d'un produit est d'une nature telle, que seuls des peuples d'une civilisation avancée sont aptes à l'entreprendre.
(1) Ad. Smith {Wealtk of Nations, III, eh. m), distingue fort justement les industries qui mettent en œuvre des matières premières venant de l'étranger, et qui sont filles du commerce extérieur, de celles qui perfectionnent des produits bruts indigènes et se trouvent, la plupart du temps, placées à l'intérieur du pays. Il appelle ces dernières « les plus naturelles », mais il doit confesser pourtant qu'elles sont en Europe, en général, les plus récentes.
(2) V. Haxthausen, Studien, 3, p. 569.
(3) Dans la France ancienne, un trône d'un éclat extrême avec le clergé et la noblesse de cour était presque tout, la bourgeoisie presque rien. Les paysans avaient été considérés par Jean Bodin {De republica, 1591, III, 8) comme un accessoire seulement du commerce des grains, de la boulangerie et de la boucherie ! Pourtant, d'une façon très générale, le peuple français possède, au point de vue productif, les capacités et les dis-, positions les plus étendues pour les métiers raffinés touchant aux sciences et aux arts. Colbert a dû tenir compte de cette particularité. Comme lui et avant lui, Henri IV avait introduit en France, à peu près seulement des industries de luxe. Peu de temps encore avant la Révolution, les ustensiles domestiques communs, etc., étaient extrêmement grossiers, mais ceux des riches étaient aussi beaux qu'à présent (Levasse ur, Histoire des classes ouvrières, II, 374). Aujourd'hui de même, les Siamois