MÉTIER ET FABRIQUE
« entre plusieurs ouvriers s'occupant constamment du « même genre d'opération, emploient souvent des machines « artificielles pour aider à l'ouvrage et écoulent leurs mar- « chandises d'après les principes de la science et de l'ha- « bileté commerciales »].
L'artisan travaille d'ordinaire en petit, et habituellement sur commande de son employeur immédiat. Le fabricant travaille en gros, et souvent en réserve, c'est-à-dire pour une demande non encore formulée (2). Il existe aussi des artisans qui peuvent difficilement ne pas travailler en réserve, comme les cordiers, les brossiers, les cloutiers, etc., mais ils combinent d'ordinaire avec la production de leurs marchandises, la vente de celles-ci aux consommateurs en détail. La fabrique, au contraire, éprouve le besoin indispensable d'une alliance avec le négociant (3). Dans le métier, la force personnelle de travail occupe le premier plan. C'est pour cela même que le « maître » travaille personnellement au milieu de ses aides, et avec des instruments semblables aux leurs. Le fabricant au contraire, a j ien moins d s « conipagnons » autour de lui que des « ouvriers » au-dessous de lui. Son instrument principal et favori est la machine. Dans les grandes exploitations, la place du patron est à son comptoir, dans les petites, elle est à son ateher. Dans les premières, le patron et l'ouvrier possèdent un degré différent de culture, dans les secondes un degré égal. Dans les grandes, le patron ne travaille qu'exceptionnellement avec ses ouvriers, en particulier lorsqu'il veut enseigner, tenter de nouveaux essais, garder le secret de ses affaires, etc. Beaucoup de théoriciens anglais définissent le concept factory (fabrique), en ce qu'un système de machines, dirigé par une même force centrale, en doit être la principale caractéristique (Ure). Les rapports de la grande propriété et de la petite, en agriculture (Vol. II, § 47) sont
comparables à ceux de la fabrique et du métier. Dans la fabrique, un homme cultivé est pleinement occupé déjà par la seule direction supérieure. Dans le métier au contraire, cette dernière laisse au patron assez de temps encore pour participer à l'exécution immédiate, que son degré de culture générale ne lui permet d'ailleurs nullement de dédaigner (4). Les lois modernes sur la surveillance des fabriques donnent souvent de la notion de celles-ci une définition légale. [La loi suisse sur les fabriques, de 1877, contient cette disposition : « tout établissement industriel, dans le- « quel plusieurs ouvriers sont occupés en même temps, en « dehors de leur domicile et dans des locaux fermés est une <( fabrique. » Cette -définition n'est pas à l'abri de toute critique. Par plusieurs ouvriers, on peut, en effet, entendre aussi bien sept que vingt. En France, la loi de 1841, en Autriche, les ordonnances sur l'industrie de 1859 et 1885, celle de 1861 en Saxe, ainsi qu'une plus ancienne en Württemberg, précisent qu'un établissement comportant vingt ouvriers ou davantage doit être considéré comme une fabrique, tandis qu'en Italie, la loi de 1886 abaisse à dix le chiffre précédent. En Prusse, le règlement d'administration publique du 18 août 1853 donne pour reconnaître une fabrique cette explication qu' « elle ne comporte pas un enseignement ferme en vue de la formation générale de jeunes ouvriers se destinant à diriger une exploitation indépendante.» En Allemagne, l'ordonnance sur l'industrie de 1869 s'est abstenue de toute définition de ce genre. Les motifs de la novelle de 1878, contiennent pourtant cette remarque que « pour la plus forte partie des établissements industriels, l'application pratique de la conception qui précède ne provoquerait aucune incertitude. » C'est une opinion que Land- MANN [Gewerbeordnung für das Deutsche Reiche 5^ éd., 1907, II, 315) qualifie, non sans raison, d'un peu optimiste. Le