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MÉTIER ET FABRIQUE

Tribunal fédéral, dans un arrêt rendu en 1898, à l'occasion d'une infraction à l'ordonnance d'Empire sur l'industrie dont la poursuite lui était déférée, s'est expliqué sur les signes caractéristiques qu'il considère comme essentiels à la conception de la fabrique. Il y fait figurer la grandeur et l'étendue de ses locaux, le nombre de ses ouvriers occupés de façon permanente, le mode surtout mécanique de son activité, et ses principes en matière de division du travail. Des caractéristiques moins essentfelles de l'exploitation d'une fabrique, mais que d'ordinaire on y rencontrerait pourtant, seraient la production en masse, l'emploi de la vapeur ou d'autres forces motrices élémentaires et l'exclusion de l'apprentissage. Peu importerait, d'ailleurs, l'objet de l'exploitation. L'assurance allemande contre les accidents considère aujourd'hui comme fabriques les exploitations occupant.au moins dix ouvriers. La novelle du 28 décembre 1908, modifiant l'ordonnance sur l'industrie, a laissé de côté l'expression « fabrique » et employé à sa place celle d' « exploitation occupantd'ordinaire au moins dix ouvriers » (Voir Landma>'n, 0/). ci/., 6" éd., 1912, 2, p. 566 etsuiv.)] RuECKLiN, dans son ouvrage Das neuzeitliche Handwerk (1880), définit le métier au point de vue technique, en ce que le titulaire de l'exploitation dirige l'affaire en même temps qu'il prépare le travail ; au point de vue économique, en ce que le salaire de son travail, au sens étroit, forme une partie essentielle de son revenu ; au point de vue social, en ce que la possibilité s'offre à tout ouvrier capable de devenir luimême directeur d'une affaire (p. 40). Le métier, dans sa période de prospérité relative, se rattachait étroitement à la Cité comme à la Corporation. La fabrique, au contraire, a joui dès l'origine, à l'exception de ce que l'on appelle les droits industriels réels {Realgewerberechte), d'une liberté relative, aussi bien dans le choix de son emplacement, Ro?cher ^ 12

qne dans l*extension de son activité. L'autorisatio« de ITtat, autrefois fréquemment nécessaire pour fonder uno fabrique, n'était alors en général refusée que lorsque des privilèges ou des droits corporatifs venaient à son encontre ; lorsqu'eneore on craignait de déranger une branche touchant à l'alimentation ou de provocfuer, dans le cas d'industries employant le bois, comme les verreries ou les porcelaineries, une dévastation des forêts par trop forte (5). C'est seulement à une époque toute récente que la situation commence à se retourner, parce que TE tat désire exercer une surveillance plus étroite sur les grands établissements industriels, en raison de leur influence considérable sur le bonheur et le malheur des autres hommes.

(1) Comparer le Deutsches Woerterhuch des frères GtRimm, I, 507 ; G. CüH5 dans le Jahrh. f. Nat., Neue Folge, III,. 325.

(2) Dana cet ordre d'idées,^ un éekeloa vraiment très primitif existe aujour.d'hui encore en Norvège (Blosi, Norwegen, 1845, I, p. 237 et suiv.) ; en Russie, où se rencontrent des tailleurs ambulants occupant de trois à cinq compagnons. [Rob. Grosse, Das Wandergewerbe in Russland, 1904, p. 114 ; Tchernjawsky, Artelle, 1896, 23 ; Thun, Landwirtschaft und Gewerbe in Mitlelrussland, 199] ; dans bien des régions des Alpes, par exemple en Styrie (Cpr. Rosegger, Ans meinem Handwerkerleben, Î880). A ce d'Cgré, on trouve des artisans qui, courant le pays,, sans posséder aucun atelier, et transportant sur leur dos leurs outils, ne travaillent que dans les maisons de celui qui les commande. En Russie, cette exploitation à demi-nomade joue, pour des raisons climatériques aussi bien que nationales, un rôle d'une importance particulière. [Un grand nombre de ces artisans ambulants s'occupent exclusivement de réparations, comme les peintres d'icônes, les rémouleurs et les gagne-petit. D'autres fabriquent d'habitude sur commande certains objets nécessaires au ménage du paysan, et généralement dans les exploitations agricoles produisant elles-mêmes la matière première à mettre

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en œuvre : tels sont les tanneurs de peaux de moutons, les bailleurs, les cardeurs de laine. Au point de vue technique, ces artisans sont restés fort en arrière et se servent d'outils des plus primitifs]. Un échelon ultérieur est constitué par l'artisan possédant un atelier à lui, mais travaillant principalement le produit qu'on lui livre à l'état brut et rigoureusement sur commande. On trouve ainsi des boulangers et des bouchers salariés. L'échelon final est constitué par le magasin. .Ainsi remploi du produit du travail s'éloigne de plus en plus du travail lui-même (Esi. Her.man.v, Prinzipien der Wirtschaft, 23G). Le métier acquiert de plus en plus un caractère capitaliste et devient, de plus en phis, semblable à la fabrique. L'ordonnance de pc^e poer la viUe de Vienne, en. 1527, ne permet asas. nxal- 'res que par exception d'accepter du travail a à louage et à „âehe ». Dans TÉlectorat de Saxe, le règlement de taxe de 1623 ne prévoit, même pour les maîtres, qu'un prix à la journée, qui -pendant, est légèrement supérieur à celui des compagnons, arce que ce sont les maîtres « qui tiennent l'outil ».

(3) L'ouvrage de v. Schröder, Fiirsil. Sdiatz-und Rentimmer, de 1686, p. 91, appelle les boutiquiers « les sangsues

du pays, qui sucent le sang des artisans ». De même, J. Moser, fervent ami des métiers, est un ennemi du petit commerce. II insiste, entre autres, sier ce' que pour la plupart des détaillants, Teffort et le talent sont beaucoup moins nécessaires que pour la maJOTité des artisans. Ainsi, par exemple^ le cosEunerce en détail du fer de\Tait être exercé par les femmes de» forgerons, etc. {Patriotische Phantasien^ 2, p, 37}. La situation actuelle devrait avoir pour résultat final que le savetier, par exemple, n'apprenne rien en dehors du raccommodage de vieux (I, 2).

(4) [Mémoire de la Chambre de commerce de Leipzig sur les limites à fixer au commerce et à Torganisation des chambres de métier (J. Fcld, Fabrik und Werkstaette dans la Saechsische Archiv für bürgerliches Recht und Prozess, 13, fasc. 8-9) ; O. WiEDFELDT, op. cit.,^. 414; Geiverbeschau, 30, p. 188, 221].

(5) Mylics, C. Const. Mctrch., V, 2, 5, 10.

Lorsque le métier et la fabrique viennent à rivaliser sur un terrain qui n'offre par ailleurs, aucun avantage spécial à l'un d'eux, c'est à cette dernière que doit forcément rester la victoire. Un fabricant, qui utilise autant d'ouvriers et de capitaux que vingt maîtres de métier, peut porter l'organisation du travail et des emplois à un degré supérieur de perfectionnement. Les comptables, caissiers, mécaniciens et voyageurs de profession, ne se trouvent généralement que dans les fabriques. Elles seules peuvent tenter des expériences plus en grand et se servir sur une plus vaste échelle des circonstances générales du commerce. Tout ceci ne va pas, il est vrai, sans entraîner l'inconvénient que chez la plus grande partie des producteurs, le sentiment de la responsabihté vis-à-vis du consommateur s'affaiblit, et qu'en général la spéculation envahit facilement la profession. Le fabricant appartient aux classes sociales élevées, et possède d'ordinaire pour cette raison, plus de connaissances et de relations que l'artisan. Ce dernier ne peut habituellement utihser l'aide de la science que lorsqu'elle est devenue le patrimoine commun de l'humanité civilisée (1). Les déchets de la matière première, se produisant dans la fabrique en masses plus importantes, on en tire chez elle un parti incomparablement plus avantageux (2). Les grands, justement parce qu'ils sont en vue, possèdent dans leurs qualités pouvant leur procurer crédit, une notoriété plus considérable que les petits. Dès lors, le fabricant peut, au moyen de ce crédit, renforcer encore et multiplier par un coefficient plus élevé ses capitaux déjà plus abondants par eux-mêmes. Toutes les dépenses, comprises sous la dénomination de frais généraux de production, sont dans l'exploi-

tation en grand, relativement moindres. Ainsi, par exemple, un grand haut-fourneau constamment chauffé, qui produit autant de fer que dix petits, ne couvre pas une surface dix fois supérieure, ne contient pas non plus dix fois autant de briques, ne consomme pas dix fois autant de combustible (3). Il est vrai que la plupart des avantages de l'exploitation en grand pourraient également devenir accessibles' aux petits par le moyen de l'association. Ceci se produirait même dans l'industrie, à cause de sa liaison moins étroite à son emplacement, avec plus de facilité que dans l'agriculture. Le métier pourrait alors mettre en valeur, avec beaucoup de succès, certaines supériorités inhérentes à l'exploitation en petit, notamment la sévérité plus absolue dans la surveillance des auxiliaires et l'économie plus stricte dans l'utilisation de la matière brute. Toutefois, ceci suppose toujours un progrès notable dans la voie de la concorde, aussi bien que du discernement et de la maîtrise de soimême. 11 est naturel que les avantages dont la fabrique dispose vis-à-vis des métiers croissent forcément avec son importance de façon non seulement absolue, mais aussi relative. 11 existe cependant une limite, au point où l'entreprise devient par trop considérable pour être maintenue sous une direction efficace (4). Mais presque tous les progrès dans la division du travail, dans le perfectionnement des moyens de communication, etc., font reculer.plus loin cette limite infranchissable (5-6). Une industrie quelconque parvenue à un haut degré de développement voit d'ordinaire sa croissance ultérieure se manifester bien plutôt par l'extension de ce qu'elle embrasse que par l'augmentation du nombre de ses entreprises (7-8-9).

(1) La fabrique nuit au métier surtout en ce que, étant difficilement capable de former des apprentis, elle recrute volon-

tiers ses ouvriers les meîHeurs parmi les compagnons artisaas. Les serruriers, les forgerons, etc., sont accaparés par les fabriques de machines. La fabrique peut avantageusement employer des ouvriers n'ayant reçu qu'une formation très incomplète. Des jeunes gens pressés et des parents bornés ou avides peuvent ainsi se laisser aisément détourner de l'apprentissage d'un métier qui, plus tard, deviendrait rémunérateur.

(2) Les fabriques travaillant au charbon de terre peuvent, de cette manière, se procurer presque gratuitement leur éclairage au gaz. En France, les grandes fabriques de pain, avec une production annuelle de un million de kilogrammes, ont gagné 25 0/0 de leur capital, tout en vendant meilleur marclié que les boulangers. Les frais de cuisson atteignaient par kilogramme, lorsque ces fabriques ne débitaient que 200.000 kilogrammes,. 6 oentimes 1/2, et sont aujourd'hui descendus à 3 centimes (Jahrb. /. Gesch. u. Verw., 9, p. 1181).

(3) L'extinction et le rallumage d'un haut- fourneau peut, en Angleterre, coûter jusqu'à mille livres sterling (Edin. R., 138, p. 353). [Dans la boulangerie, chez laquelle, en général, des raisons multiples parlent en faveur de la fabrique, l'économie de combustible n'est pas des plus minces. Quand elle est exercée à la façon d'un métier, le four, pendant qu'il est inutilisé, cède presque toute sa chaleur aux endroits voisins, et l'on est, par suite, obligé de le chauffer à nouveau durant la nuit. Ce quo cela représente, les expériences de la boulangerie coopérative de Leipzig suffisent à le démontrer. Un four, à chaque chauffe successive, y consomme de 60 à 70 li-vres de charbon, tandis que le dimanche soir, lorsque l'exj/loitation a cessé pendant 12 heures, il en consomme le double. Les fours de construction récente n'ont besoin, pour les chauffes successives, que de la cinquième ou de la sixième partie de la quantité de charbon nécessaire lors du premier allumage. Il faut ajouter que le travail d'un quintal de farine exige environ 4 heures, celui de deux quintaux 7 heures, celui de trois quintaux 9 heures, etc. De sorte que, lorsque la production augmente, le temps nécessaire au travail de chaque quintal de farine diminue. En outre, oa

d(Mt signaler le rendement supérieur de l'exploitation mécanique. La boulangerie militaire de Leipzig, qui est une boulangerie fabricant du pain noir et possédant un moteur à gaz, ime machine à pétrir, des fours à chauffage par circulation d'eau, sjstème Wieghorst, arrive à une intensité de production telle, que 12 heures de travail de chaque ouvrier correspondent à une fourniture de 1.200 li\Tes. Dans une boulangerie coopérative de Leipzig, où en fait de machine ü n'existe que la machine à pétrir, un ou\Tier confectionne en 12 heures encore un peu audessus de 600 liATes. Dans une exploitation ordinaire fonctionnant à la façon d'un métier, on table sur une quantité journalière de 300 livres seulement par compagnon. Enfin, il y a économie sur le capital d'exploitation, si l'on considère les forces de travail épargnées par la naachine à pétrir. Le prix d'une machine à pétrir d'une capacité de production allant de 5.000 à 10.000 kilogrammes de pain atteint 2.500 marks. Le moteur à gaz nécessaire à l'exploitation peut coûter autant. Sa consommation annuelle de gaz comporte environ 3.000 mètres cubes. Par suite, on peut évaluer la dépense d'une exploitation utilisant machine à pétrir et moteur à gaz à 950 marks par an, soit bOO marks pour l'amortissement et l'intérêt du capital d'établissement (5.000 marks à 10 0/0) et 450 marks pour 3.000 mètres cubes de gaz à 15 pfennigs. En face dé ces données, l'exploitation par le travail manuel des deux ou\Tiers que remplace à tout le moins une machine à pétrir, représente, avec un salaire de 20 marks par semaine, une dépense de 2.080 marks par an (Grieshammer) dans les Schriften d. V. /. Sozialp., 63, p. 403 à 405 ; Arnold, Das Münchener Baechf.reisi'^verhe^ 1894, p. 37 et suiv.)].

(4) Des connaisseurs anglais affirment, qu'avec un agrandissement de la filature de coton au delà de 30.000 broches, on n'arrive plus à aucune diminution des frais généraux {Zeilsdir. f. Staatsw., 20, p. 435). Sur les limites de l'extension possible en Allemagne de l'exploitation travaillant en grand, comparer l'ouvrage de Ludwig Sinzheimer paru, en 1873, sous le titre précité.

(5) Au nombre des avantages les plus considérajsles de l'industrie anglaise dans sa lutte contre les autres industries a figuré pendant longtemps sa concentration intense et précoce dans des entreprises vraiment colossales. [En 1890, une filature anglaise de coton possédait une moyenne de 29.506 broches ; sa rivale allemande en avait, en 1895, une moyenne de 15.645, et, en 1901, de 25.400 en chiffres ronds. Un tissage de coton comptait, en Angleterre, à la même époque, un chiffre moyen de 431 métiers, en Allemagne, 279. Si, par conséquent, la filature de coton allemande de 1901 s'était approchée de sa concurrente anglaise de 1890, l'importance des tissages en Allemagne n'atteignait qu'à peu près les deux tiers de celle qu'elle avait en Angleterre. A la fin de 1899, en Allemagne, 44 filatures de coton, montées par actions, représentaient ensemble 1.949.141 broches, soit pour chacune une moyenne de 45.000. En 1901, en Angleterre, 76 filatures par actions accusaient les chiffres de 6.076.104, ou 80.000 comme moyenne individuelle (voir W. Hasbach, dans le Jahrb. /. Gesch., 36, p. 1020). Tandis qu'en Angleterre, il faut considérer comme étant l'ordinaire le chiffre de 2.000 broches par paire de self-actors, en Allemagne, on arrive, avec des écarts individuels très notables, à celui de 1.300 à 1.600 comme moyenne. Cette quantité de broches est, d'ailleurs, servie par plus d'ouvriers que la quantité supérieure offerte par les machines anglaises (voir Schülze-Gavernitz, Grossbetrieb, p. 130)]. En Angleterre, la Société Barclay, Perkins, and C°, possédait, en 1849, dans ses caves, 120 foudres, parmi lesquels plusieurs d'une contenance de 3.600 barils ; dans un de ses bassins on pouvait installer une table servie pour 25 personnes. Une écurie de 150 carrossiers gigantesques traînait ses voitures de livraison. Ses impôts étaient autrefois montés, une année, à 400.000 livres sterling (Simon, Observations recueillies en Angleterre, 1835, I, p. 123). A Birmingham, un fabricant de boutons détenait, en 1834, 10.000 matrices d'acier pour boutons de livrée ; un autre acquit une fortune considérable, rien qu'en confectionnant des yeux de verre pour têtes de poupée (Me Culloch). [Dans l'industrie du fer brut,

les services rendus par le haut-fourneau se sont partout énormément développés. En Grande-Bretagne, la capacité de production de celui-ci atteint, aujourd'hui, trente fois celle d'il y a cent ans, et trois fois celle de 1880. En 1889, 447 hauts- fourneaux à côté desquels il en existait, d'ailleurs, 366 autres éteints, ont livré 8.456 millions de kilogrammes de fer brut. Dans les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, la production a quadruplé depuis 1873, car elle atteignait cette année-là, par haut- fourneau, 6.346 tonnes anglaises, et, en 1890, 27.227. Mais, à cet égard, l'Angleterre et l'Allemagne ont marché du même pas, tandis que les États-Unis les ont largement dépassés. En Allemagne, la production moyenne d'un haut-fourneau atteignait, on 1899, 29.000 tonnes, et, en Angleterre, 29.600. D'après Juraschek, on comptait par haut- fourneau, en Angleterre, en 1890, 18.703 tonnes ; en Allemagne, en 1892, 23.027 ; aux États-Unis, en 1890, 27.227 ; en 1898, 58.290 (W. Hasbach, Jahrbuch, f. Ges., 26, p. 1023). Cockerül, à Seraing, occupait déjà, en 1846, 4.200 ouATiers, et, en 1876, 8.750 (Pechar, Kohle und Eisen, 86). Dès avant 1864, il existait à Augsbourg une filature de 95.000 broches, quand la rivale anglaise la plus considérable à l'époque en avait 80.000 {Zeitschr. /. Slaatsw., 20, p. 435). Il n'est pas rare de voir plusieurs établissements séparés au point de vue technique appartenir au même ensemble économique. C'est ainsi que la gi'ande entreprise de P. Haas et fils comprend de nombreuses fabriques diverses sises en différents endroits (Z). Aussi. B., 4, p. 214)].

(6) [L'exemple le plus grandiose peut-être d'une concentration embrassant de multiples objets est offert par l'usine Krupp qui, en 1845 occupait 122 ou^Tiers ; en 1887, 45.000 ouvriers et employés ; en 1912, 70.000 ouvriers en chiffres ronds. Le char- ])on est extrait des fosses qui sont la propriété de l'établissement, 't sa consommation annuelle s'élève à plus de 2 millions et demi détonnes, dont 900.000 pour la seule aciérie d'Essen. Gela correspond par jour de travail à une arrivée d'environ sept trains de chemins de fer complets et à pleine charge. Plus de 7.500 machines- outUs, 18 laminoirs, 80 presses hydrauliques, 430

générateuTB, 550 machines à vapeur et presque 1.000 grues sont mis en m^arclie à Essen. A la place du marteau-pilon, autrefois célèbre sous le nom de Fritz, qui possédait un poids de chute de 50 tonnes, et contribua, pendant plus de 50 ans, à la renommée de lamiaison, se trouvent aujourd'hui de puissantes pressesà forger hydrauliques, dont la monstrueuse puissance de 5.000 tonnes peut être à peine conçue par notre imagination. La fabrique d'acier fondu possède, aujourd'hui, plus de 80 presses hydrauliques, dont deux presses à forger, de chacuno 4.000 tonnes et une de 5.000 tonnes, qu'Alfred Krupp avait installée, dès 1893, pour son laminoir à plaques de blindage. En fait de machines- outils et de machines de travail, l'aciérie en renferme 7.200 qui produisent les objets pacifiques les plus variés, mais aussi le matériel de guerre. Un chemin de fer étreint l'ensemble de l'usine de ses 150 kilomètres de voies, relie les ateliers séparés et assure les transports au moyen de 50 locomotives et de 2.400 wagons. Sur les trois champs de tir,. propriétés de la firme et situés à Essen, Tangerhütte et Meppen, il est annuellement tiré environ 30.000 coups, pour lesquels il est employé 700.000 kilogrammes de projectiles. Dans le laboratoire chimico-physique, où chaque coulée de l'usine est éprouvée dans sa composition et ses qualités, il est annuellement accompli en^^ron 60.000 essais, dont l'exécution finale nécessite plus de 500.000 opérations séparées. Aux besoins croissants des aciéries, les forges existantes n'ont pu suffire à la longue. Les forges installées, en 1896, sur la rive gauche du Rhin, vis-à-vis de Duisburg, ont été agrandies en 1903 et années suivantes, do sorte qu'aujourd'hui, en 1912, elles comprennent un jeu de 9 hauts-fourneaux, une aciérie Thomas, une aciérie Martin, des laminoirs, une usine pour pièces de construction et de ponts, en même temps que les services accessoires exigés. Les forges Frédéric- Alfred sont ainsi les plus importantes de leur espèce en Europe. Un port long de phis de 500 mètres forme la voie nécessaire à leurs arrivages. Les bateaux du Rhin leur amènent les minerais des armateurs de Rotterdam, aussi bien que ceux des mines de l'Allemagne occidentale. Le long du

§ 21. SrPÉRIOBITÉ DE LA PABRIQÜE 187

quai vertical. ^^■- ^^ux^ssants ponts roulants assurent le transport du minerai vers les places de déchargement et les réservoirs. Des aseenseiffs l'élèvent de là jusqu'aux gueulards des hautsfourneaux pour y subii' la fusion après mélange avec le coke. Toutes les quatre ou six heures en\"iron a lieu la coulée. Fort heur^isement avec les progrès techniques marche de pair le développement grandiose des institutions de prévoyance ou- ^Tière. La caisse auxiliaire de maladie, fondée en 1^3, s'est développée par l'adjonction d'une caisse de retraite pour les veuves et les orphehns qui dispose, aujourd'hui, d'un avoir de plus de 22 miUions de marks. En outre, il existe une société d'assuranc€s sur la vie, qui facihte aux employés les contrats de cette nature ; une fondation pour les ouvriers et invahdes, destinée à compléter les versements des différentes caisses et possédant un capital supérieur à 7 millions de marks ; une assurance contre les accidents des «mployés et une caisse d'épargne. Comme autres institutions prospères en faveur des ouvriers, il faut citer l'économat d'Essen, le casino des employés, le casino des maîtres ou\Tiers, xme école ménagère, quatre écoles industrielles, une salle de lecture de plus de soixante mule volumes^ une bibliothèque scientifique professionnelle de cinquante mille volumes, une société d'éducation, une clinique dentaire, un hôpital, etc. ; enfin, un asile de vieillards, où les ouvriers infirmes ou retraités peuvent, près de leurs femmes, terminer leurs jours (voir Friedr. C. G. Mueller, Krapps Gussstahlfabrik, 1896 ; D. Baedecker, Alfred Krupp und die Einrichtung der Gusstahlfabrik, i9l2; Krupp 1812-1912, 2wm 100 faehrigen Bestellen der Firma Krupp zu Essen-Ruhr, i9i2 ; au sujet d'une concentration analogue à Aix-la-Chapelle, chez la Société par actions des forges de Rothe Erde, comparer W. Rabics, Der ^/zcfeener Hütten- Aktien- Verein, 1906)].

(7) En Allemagne, le chiffre moyen de quintaux métriques de betteraves distillées par les fabricants de Miere s'élevait, en 1836, à 2.080 ; en 1896-97, à 343.910 ; en 1909-10, à 362.100. Hasbach, dans le Jahrb. f. Ges. (26, p. 1032, 27, p. 351), insiste Eur ce qu'en Angleterre, le métier serait, plus qu'en Allemagne».

fondu dans la fabrique ; qu'il existerait cependant, en Angleterre, comme en Allemagne, un mélange de petites, moyennes et grandes exploitations ; que ce serait, par suite, une utopie d'admettre la réalisation générale de l'idée que l'exploitation en grand, suivant le mode de la fabrique, pourrait arriver un jour à dominer la situation. En Autriche, pour la fabrication ■de la bière, le nombre des brasseries a diminué entre 1860 €t 1872, de 20,5 0/0, mais leur production a augmenté de 62 0/0. La plus grande d'entre elles, à Schwechat, brassait, €n 1871,384.987 hectolitres {Deutscher Aussi. Bericht von 1873, I, 280 ; Œsterr eichischer Aussi. Bericht von 1867. Une situation analogue existe dès la fin du moyen âge, en tant que celui-ci connaît déjà les fabriques. Florence comptait, vers 1318, -300 botteghe (Tarte di lana, qui fabriquaient annuellement 100.000 pièces de grosse toile d'une valeur de 600.000 florins d'or ; en 1348, il n'en existait plus que 200 occupant 30.000 ouvriers et produisant de 70 à 80.000 pièces, mais d'une valeur €ette fois de 1.200.000 florins d'or (G, Villani, XI, 39, 43). Vers 1427, on comptait 180 fabriques {Décima /F, p. xxiv).

(8) [Sur la forte prépondérance, en Suisse, des petites entreprises industrielles (voir Wegmann, dans la Zeitschr. /, Schweiz. Stat., 27 (1891), et L. Schumann, dans le Jahrb. f. Ges. und Verw., 20, p. 246 et suiv.). Parmi 3.776 établissements occupant 160.678 ouvriers, 23 seulement qui en font travailler 16.683 en tout, en groupent plus de 500 chacun, tandis que la portion de beaucoup la plus forte se compose de 3.016 établissements avec 38.169 ouvriers au total, soit moins de 50 chacun. Une répai'tition plus égale de la propriété foncière et du revenu, qui est en partie une conséquence des institutions démocratiques, facilite l'existence des petites entreprises, en maintenant « un niveau moyen de besoins » et une demande correspondante].

(9) [Dans les exploitations industrielles et commerciales de l'Allemagne, dont le nombre atteint 4.059.919, travaillent (1907) 14,3 millions de personnes. Sur ce total, 271.000 ou 6,7 0/0 des exploitations emploient, en outre, une force motrice, dont

l'importance atteint 8,8 millions HP, et 1.54 millions de kilowatts. En fait, la prépondérance est acquise aux exploitations moyennes et grandes, car 63,7 0/0 de tous les individus occupés dans l'industrie, 92,6 0/0 du total en HP, 92,9 0/0 des kilowatts leur appartiennent, c'est-à-dire ressortissent aux exploitations occupant de 6 à 50 et plus de 50 ouvriers. Le développement ultérieur tend manifestement, de même, à renforcer la grande exploitation, sans pour cela que la petite soit menacée d'une disparition complète. On compte encore, parmi les 14,3 millions d'individus occupés dans l'industrie, 5,4 millions appartenant aux petites exploitations occupant moins de 5 personnes. Au total, les petites exploitations ont, de 1882 à 1895, attiré à elles, 435.000 personnes et, de 1895 à 1907, 583.000. Mais les exploitations moyennes et grandes ont exercé une attraction plus considérable. Les premières se sont accrues de 1882 à 1895, de 1,06 mülions, et, de 1895 à 1907, de I.l9 millions ; les secondes ont augmenté, de 1882 à 1895, de 1,43 millions, et, de 1895 à 1907, de 2,31 millions de personnes. La masse principale des petites exploitations se répartit dans les sept groupes industriels suivants : commerce, hôtels et débits, industrie des aliments et subsistances, industrie du vêtement, industrie du bois et des matières à sculpter, travail des métaux, industrie du bâtiment. L'augmentation est" surtout sensible dans la partie industrie, y compris les mines et les constructions. Chez elle, les exploitations moyennes ont progressé de 19 0/0 à 25 0/0 du personnel industriel, les grandes de 26 0/0 à 45 0/0, tandis que les petites reculaient de 55 0/0 à 30 0 /O. Une situation dominante a été acquise par les grandes exploitations, qui absorbent au-delà de la moitié de toutes les personnes occupées dans les groupes respectifs des mines, des pierres et carrières, des machines, des savons, huiles, etc., de l'industrie chimique, de l'industrie textile et de l'industrie du papier. L'industrie des pierres et carrières, ainsi que celle des savons, huiles, etc., ne sont passées que depuis 1895 à cette situation prépondérante de la grande exploitation. Celle-ci a atteint son développement le plus considérable dans l'indus-

trie textile^ chimique: et des machines^ ainsi, que dans les mines. Sur Jes 29,033 grandes exploitations de la partie industrie, on compte 586 exploitations géantes, c'est-à-dire occupant plus de 1.000 personnes. Bien que celks-ci, d^^après leur nombre absolu, ne constituent que 0,02 de l'ensemble des exploitations, elles accusent pourtant, avec 1,4 millions d'individus, 9^6 0/0 de l'ensemble du personnel industriel. Leurs 2,8 millions HP, ainsi que leurs 500.000 kilowatts, représentent 32 0/0 de toutes les forces motrices. Ces exploitations géantes ont passé,, de 296 en, 1895, à 586 en 1907, et le nombre des personnes par elles employées s'est accru de 562.628 à 1.378.886. Par exploitation géante, on comptait 1.901 personnes ,en 1895, contre 2.353 en 1907 ; 2.247,5 HP en 1895, contre 4.837,9 en 1907. Les exploitations géantes possédaient par 100 personnes, 118,2 HP en 1895, contre 205,6 en 1907 (G. Schmolleä,. lieber Wesen und Verf. d. grossen Unternehnungen, dans Zur Sozialund Gewerbe Politik, 1890, p. 372 et suiv. ; Fr. Zahn, Deutschlands wirtschaftliche Entwicklung, dajûs les Annalen d. Deuis^ chen Reichs, 1911, p. 161 et suiv.; Gewerbliche Betriebstatistik, ■dans la Statistik des Deutschen Reichs, vol. CCXIII et suiv.).

CHAP. ni. GRANDE ET PETITE INDUSTRIE

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