‹ Economie industrielle;Chapitre 45 sur 72 · CT · texte numérisé non relu

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La différence la plus essentielle entre le métier et la fabrique se présente sur le terrain social de la répartition des biens. Non seulement le nombre des compagnons occupant une situation dépendante est, par comparaison avec celui des indépendants, beaucoup plus considérable dans la fabrique (1), mais encore leur dépendance est beaucoup plus accentuée. Le grand contraste entre le patronat et le compagnonnage se déroule à travers l'histoire de tous les peuples supérieurs, et de la façon la plus évidente à travers celle des peuples germaniques, La fabrique est prépondérante du côté du premier, et le métier du côté du second. Il y a des autorités anglaises qui n'appliquent le mot factory qu'à des établissements comptant une moyenne de 500 ouvriers (2). Mais, pour la classe des artisans, l'avenir normal permettant à tout compagnon de capacité moyenne de se hausser jusqu'à la maîtrise ne peut S3 réaliser qu'avec un nombre de compagnons notablement inférieur à celui des maîtres (§ 42). Dans le métier, ceux qui travaillent ensemble appartiennent à la même condition sociale. Le maître lui-même a commencé par être compagnon et apprenti. Aussi les compagnons trouvent-ils dans leurs -perspectives d'avancement, qui n'offrent que peu d'insécurité avec une bonne conduite, un stimulant d'une efficacité puissante et un frein moral remarquable. C'est surtout pendant la période prospère des métiers que la boutique isolée gardait un aspect si familial, et toute la corporation un caractère de confraternité si complet. En face, le propriétaire de fabrique est placé bien au-dessus de ses ouvriers. C'est par une exception brillante que l'un

de ceux-ci peut se hisser à son rang (3). La formation d'un compagnon de métier embrasse toute son industrie. L'ouvrier de fabrique subit l'influence du développement de la division du travail. Il exécute au jour le jour la même petite parcelle de besogne et se trouve ainsi d'autant plus rarement capable de gravir un échelon parmi la multitude de ceux de son établissement (4). — A cette différence dans les perspectives d'avancement se rattache le fait, que le métier normal présente un danger si faible, la fabrique un danger si fort d^ augmentation du prolétariat social. Chaque classe d'hommes tend à s'accroître d'autant plus rapidement que, d'après les conceptions de son milieu, moins de moyens sont nécessaires à l'entretien d'une famille. Ainsi, un artisan ordinaire attendra, en général, pour se marier qu'il soit passé maître, et ceci suppose à son tour qu'il possède quelques capitaux. Les choses se passent, chez l'ouvrier de fabrique, d'une façon toute particulière. L'atelier, l'outil et la matière première lui sont fournis par son patron. Il n'a lui-même nul besoin de connaître à fond la production, ne lui consacrant que sa force personnelle dont l'éducation s'achève de bonne heure lorsque la division du travail est poussée très loin. Il en sait assez lors de sa vingtième année pour garder peu d'espoir de jamais s'élever beaucoup plus haut ; sa fiancée travaille aussi dans la fabrique, de sorte que le mariage ne va leur causer aucune augmentation de frais d'entretien. A quoi bon, dès lors et jusques à quand différer de jouir du bonheur d'être époux ? (5). Celui qui commence à mettre réguhèrement de côté n'appartient plus au prolétariat. L'expérience démontre que les ouvriers de fabrique, lors même que l'élévation de leurs salaires les mettrait en situation d'épargner, ne sont cependant que faiblement enclins aux économies (6). Pour la majorité des hommes, ces dernières n'offrent un

attrait considérable que lorsqu'elles peuvent faire l'objet d'un placement fructueux. Ceci se produit avec le plus de facuité et d'évidence lorsqu'on possède une affaire personnelle où l'on peut soi-même semer et soigner le grain mis en réserve et se réjouir tous les jours de sa croissance. Perspective immédiate en vérité pour les paysans, les boutiquiers et la plupart des artisans, mais combien lointaine pour les ouvriers des fabriques ! Les oscillations étendues de l'activité de celles-ci apparaissent au jugement d'un homme du commun d'un calcul trop difficile pour pouvoir l'inciter à une économie l'assurant contre elles (7).

Presque tous les progrès techniques dans le système des fabriques accroissent la dépendance de Voiivrier vis-à-vis de son patron. Plus le nombre des ouvriers est grand, plus l'individualité rétrograde, chez l'ouvrier ordinaire tout au moins. Plus la division du travail s'accentue, plus acquiert de prépondérance la tête directrice qui tient l'ensemble réuni, plus il devient difficile, à l'ouvrier dont la formation est incomplète, de trouver une place autre part. L'augmentation de la puissance du machinisme et de l'ampleur des débouchés amène la supériorité croissante de celui qui possède le capital et le crédit. Dans la plupart des cas, on assiste à une lutte très inégale pour la formation des prix. La demande de travail émane d'un petit nombre de riches qui possèdent l'éducation commerciale, l'offre, au contraire, d'une masse inorganique considérable de prolétaires sans culture. En réclamant du travail, les premiers veulent s'assurer un gain, les seconds n'aspirent qu'à vivre. Les premiers peuvent attendre pendant des mois, peut-être même pendant des années, des circonstances plus favorables, les seconds n'ont rien pour subsister que leur salaire. Une dépendance si étroite, plus encore même, si exclusive, entre des êtres humains, doit invariablement constituer un dan-

ger moral considérable si, à l'exemple de ce qui existe entre parents et enfants, l'affection réciproque ne la vient point tempérer de ses rayons. Les relations entre patrons et ouvriers sont malheureusement de telle sorte que de semblables sentiments personnels paraissent à la plupart rejetés dans un lointain inaccessible. On se plaint toujours plus amèrement de ce qu'un si profond abîme sépare les patrons de leurs ouvriers. Ce n'est, dit-on, que sur le terrain du travail qu'ils acquièrent la notion l'un de l'autre ; leurs distractions, les livres qu'ils lisent, l'art qu'ils goûtent, leurs intérêts politiques et même leurs intérêts religieux constituent des mondes différents au point d'être l'un à l'autre incompréhensibles (8-9). On a souvent parlé de la rivalité d'intérêts entre le travail ouvrier d'une part, et d'autre part le capital et le travail directeur. Le meilleur moyen de l'apaiser est l'existence d'une classe moyenne nombreuse de petits possesseurs de capitaux, mettant eux;mêmes la main à l'œuvre, tels que les paysans, les artisans, etc. Ceuxci font défaut à la fabrique, et les intérêts s'y opposent l'un à l'autre, avec une âpreté que rien ne voile. Les ouvriers^ sont presque contraints de contempler de très près l'éclat du patron et la distance qui le sépare de leur propre misère. Il en est d'eux tout autrement que, par exemple, des journaliers travaillant chez un grand propriétaire foncier. Si l'on voulait prétendre que les fabriques augmentent la misère en elle-même, on raisonnerait faussement. Mais, aux endroits où elle existe, les fabriques la concentrent d'ordinaire en des districts industriels surpeuplés, en des villes industrielles colossales, et permettent justement par là d& la remarquer plus aisément.Les mécontents se convainquent de l'importance de leur nombre, et tout isolé s'enflamme encore plus au contact des autres. Il devient difficile, au moins en temps de crise, de remédier à la situation, puisque

des régions tout entières, que la même industrie fait vi-sTe, tombent au même moment dans la nécessité (10).

Toutes ces maladies qu'engendre le système des fabriques peuvent être d'autant moins considérées comme incurables que le passage du métier à la fabrique signifie, par lui-même, un progrès de la production collective de Téconomie sociale. Elles offrent donc, moyennant une répartition convenable de l'augmentation du revenu social, la possibilité non douteuse de servir à la fois les consommateurs à meilleur marché, d'enrichir les patrons et d'améliorer aussi la condition ouvrière. Tout ceci se base sur un progrès certain de l'intelligence et de la moralité dans toute la classe industrielle. On jugerait par exemple, de façon très fausse, en admettant que le danger social de la fabrique s'accroît en raison directe de l'importance de celle-ci. C'est plutôt l'inverse, parce que l'homme très riche peut être plus facilement généreux, et qu'en raison de sa richesse il est plus étroitement surveillé par l'opinion pubhque. Jusqu'à présent, il est vrai, on ne constate en ce sens que de faibles initiatives. La fabrique se trouve donc être le principal siège de ce que l'on nomme la question sociale, cette grande énigme dont le défaut de solution, et plus encore la solution fausse constituent pour les peuples libres et d'une haute culture la menace la plus grave de débilité, de décrépitude et de mort (Vol. I, § 78 et suiv.). Tandis que les artisans formaient autrefois le noyau de la classe moyenne, le riche fabricant s'est aujourd'hui élevé au-dessus de cette dernière autant que l'ouvrier prolétaire est descendu au-dessous d'elle. Le métier possède une parenté spirituelle avec l'État de la fin du moyen âge, ses classes, ses communes et ses corporations. La fabrique en possède une autre avec le « constitutionalisme » moderne et son organisation censitaire reposant sur la liberté individuelle et l'égahté des citoyens. La

fissure abrupte que nous avons dépeinte correspond de même au danger principal de l'Etat <« constitutionnel », à ce contraste delà bourgeoisie et du peuple, ou, comme disent les Italiens, du popolo grosso et du popolo minuto (11).

(1) La tendance du métier à ressembler de plus en plus à la fabrique, à mesure que la civilisation s'élève, se manifeste particulièrement en ce que, dans les grandes villes, le nombre des compagnons qui correspondent à un maître est régulièrement -d'une importance plus grande que dans les petites villes ou même dans les campagnes. En Prusse, en 1861, on comptait, pour 100 boulangers en moyenne, 44 compagnons dans l'ensemble du territoire ;mais, tandis que la principauté de Hohenzollern n'en accusait que 22, leur nombre s'élevait, à Berlin, jusqu'à 78. Chez les bouchers, le pourcentage des compagnons atteignait 38 pour l'ensemble, 19 pour Hohenzollern, 61 pour Berlin. Le métier de ramoneur présentait, pour l'ensemble de l'État, 4 compagnons pour 3 maîtres, et à Berlin, 5 pour 1. Dans cette dernière ville, le nombre des donneurs de travail s'est accru, de 1867 à 1871, de 5,3 0/0, et celui des preneurs de travail, de 48,9 0/0, de sorte que à l'un des premiers correspon- "daient, en 1867, 4,3 des seconds, et, en 1871, 6,2 (Schwabe, Berliner Volkszaehlung von 1871, p. 63). Lorsque la productivité d'un métier s'accroît, le nombre des compagnons augmente d'ordinaire plus vite que celui des maîtres.

(2) Edinb. Rev. avril 1849, p. 432.

(3) Sur 137 établissements de peignage de laine et d'impression de coton à Bradford, 3,5 0/0 seulement avaient été fondés par les riches, et 54 0 /O par des ouvriers sans ressources à leurs débuts (M. WiRTH, Griindziige der N. Œk., 4, p. 22),

(4) Il existe à Mulhouse des fabriques où les manœmTes ne gagnent guère plus de 300 francs, et où certains dessinateurs se font annuellement 30.000 francs (Wirth, op. cit., 4, p. 75). Mais combien rarement un manœuvre de\iendra-t-il dessinateur !

(5) Tandis qu'anciennement la plupart des villes importantes comptaient plus de décès qae de naissances, elles contribuent aujourd'hui régulièrement aussi à l'accroissement de la population. Il faut voir une des raisons principales ■de cette transformation profonde dans le relâchement des anciennes corporations. La perpétuation de la classe industrielle urbaine était, autrefois, l'œuvre presque exclusive des maîtres, c'est-à-dire de la moitié supérieure de l'ensemble, tandis que dans la vie des fabriques, la plupart des enfants sont procréés par la partie inférieure de la population dont la situation est la pire, mais le nombre de beaucoup prépondérant. En Suisse, le canton d' Appenzell- Rhodes extérieures, celui de Glaris et celui de Zürich, présentent le nombre relatif le plus élevé d'indi^ndus mariés, tandis que les cantons de Lucerne, Unterwaiden et Uri ont le plus faible. Dans le canton de Glaris, presque 72 0 /O des adultes parviennent au mariage ; dans cehii d' Appenzell, plus de 70 0/0 ; Schaffhouse, 68 0/0 ; Zürich et Vaud, 67 0/0 ; Lucerne à peine 43 0/0 (Gisi, Schweiz. Becoelkerungsstatistik, 34 et suiv.) ; (Edinb. ReQ., LXXX, p. 93 et suiv.). Ce dernier ouvrage prétend écarter des fabriques le reproche d'accroître le prolétariat social, par ce motif que l'augmentation surprenante de la population des districts de fabriques proviendrait plus de l'immigration que de la procréation sur place. Ainsi, par exemple, en Angleterre, de 1831 à 1841, les dix comtés agricoles qui ont présenté le plus faible accroissement de population, soit 5 1/2 0/0 seulement, avaient cependant accusé un excédent de 10 0 /O des naissances sur les décès. Par contre, les cinq comtés industriels offrant l'augmentation la plus forte, soit 26 0/0, avaient un excédent de naissances de 11 0/0 seulement. L'importance disproportionnée de la nuptialité dans les villes industrielles s'expliquerait, en partie, par le nombre plus considérable des jeunes hommes que l'immigration y a attirés. Mais c'est justement pour cela que cette nuptialité ne cesse pas d'être un effet de l'essor des fabriques !

(6) Cochin adopte une di\nsion des ouvriers parisiens en

trois groupes : ceux qui placent à la caisse d'épargne ; ceux qui, pendant la morte-saison, au moment du terme de loyer, empruntent au mont-de-piété ; ceux que l'Assistance publique est obligée de secourir {Acad. des Se. m. et p., 1864, III, 249). En France, au 31 décembre 1837, 7 villes industrielles, comptant ensemble plus de 400.000 habitants, ne possédaient qu'un chiffre de 10.506.000 francs de dépôts à la Caisse d'épargne ; 14 villes non industrielles, n'ayant pas tout à fait 400.000 habitants, témoignaient d'un chiffre de 14.331.000 francs ; et 8 villes maritimes, d'une population d'ensemble à peine plus élevée, d'un total supérieur à 19 millions 1 /2 de francs. [Dans le royaume de Saxe, qui, plus que d'autres États allemands, est développé au point de vue industriel, l'institution de la Caisse d'épargne jouit d'une surprenante prospérité. Le nombre des déposants est passé, de 1845 à 1909, de 57.707 à 3.095.550 et le chiffre des dépôts s'est accru de 8.072.000 marks à 1.620.820.000 marks au cours de la même période. Mais ceci pourrait être rattaché à l'augmentation de la population. La valeur moyenne d'un livret de Caisse d'épargne atteste plus clairement le sens de l'économie. Elle atteignait, en 1845, 139,8 marks ; en 1875, 356,5 marks ; en 1895, 381,9 marks ; en 1909, 523,6 marks, ce qui représentait par tête de la population^ en 1845, 4,5 marks ; en 1875, 95,5 marks ; en 1895, 197,1 marks; en 1909, 341,2 marks. Enfin, on comptait, en 1845, un livret par 31,18 habitants, et, en 1909, par 1,53 habitants {Statt. Jahrb. f. d. Koenigreich Sachsen)].

(7) La prospérité des affaires produit à Manchester plus d'augmentation des cas d'ivresse que des dépôts aux Caisses d'épargne. De nos jours, précisément, le bon marché sans cesse plus grand et la variété croissante des produits industriels, à côté du renchérissement des objets les plus indispensables à la vie, détournent rou\Tier ordinaire de l'épargne d'une façon presque systématique (voir A. Lange, Arbeiterfrage, 1875, p. 166, 182).

(8) NiEBUHR {Briefe, III, 242 et suiv.) recevait, dès 1829, d'un radical anglais, un pamphlet dans une 4*^^ édition stéréo-

type, dont la vignette représentait une femme horriblement laide, avec une couronne et une mître. Elle s'occupait à remplir davantage encore une panse d'une informe grosseur, tandis que cinq enfants, affamés et en guenilles, criaient la faim tout à côté où se traînaient à terre dans un sombre désespoir. Des poésies très répandues de Mead, Gerald Ma'^sey, etc., flagellaient les Mill-Lords {Mill a, en anglais, le sens de fabrique), objets d'une haine plus violente encore que les mj'lords ; les machines à vapeur y étaient comparées au Moloch, qui, comme elles, avait l'intérieur rempli de flammes, dévorait des enfants vivants, etc. Le dédain de la personnalité humaine desou\Tiers, du côté des patrons, est caractérisé par l'expression très usuelle de millhand, signifiant en anglais ordinairement « ouvrier de fabrique », mais littéralement « main de fabrique ». Les mauvais côtés des fabriques anglaises sont exposés dans les ou\Tages suivants : Gaskell, The manufacturing population of England (1883) ; CooKE Taylor, Factories and the factory System (1844) ; Lord Shaftesbury, Speeches iipon siihjects relating ta the labouring class (1868) ; Exgels, Lage der arbeitenden Klassen in England (1845, 2^ éd., 1890). Les côtés favorables sont présentés aussi, d'après les rapports des comités du Parlement, dans l'exposé fait à la Société de statistique de Manchester : Analysis of the évidence taken before the factory committee (1834) et dans Ure, Philosophy of manufactures (1835). •

(9) L'amélioration des rapports personnels de patron à ouvrier est à espérer tout d'abord là où la fabrique occupe un emplacement isolé dans la campagne. Dans ce cas, les changements de patrons et d'ouvriers ne peuvent être aussi faciles. L'avancement même des ouvriers à des places plus avantageuses à l'intérieur de la fabrique n'est pas rare, parce que le choix y est moindre. La misère dans laquelle les ouvriers p cuvent éventuellement tomber doit toucher la quiétude et le point d'honneur même des patrons les plus durs, d'une manière bien plus sensible qu'au milieu de la cohue des grandes villes. Des gains élevés ne destinent guère l'ouvrier qui les habite, lorsque sa demeure est abjecte, qu'à une augmentation de ses

plaisirs du cabaret. Un haut salaire procure facilement à l'ouvrier des campagnes plus de joies domestiques (Thornton^ Overpopulation, 394 et suiv.). Malheureusement, ces fabriques^ isolées se trouvent, au point de vue économique, bien trop inférieures aux grandes métropoles industrielles, pour que leur exemple puisse servir de point de départ à une amélioration sociale et donner le ton à la société. Au point de vue social,, dans la région du Bas- Rhin, on atteint un résultat favorable lorsque le patron condescend à parler avec ses ouvriers le patois bas-allemand (Voir Thun, Industrie am Niederrhein, I, p. 139).

(10) Les ouvriers de fabrique ne se placent pas, au point de vue de leur moralité personnelle, à un niveau particulièrement inférieur.

(11) Comparer Schaefle dans le Deutsches Staatswoerterbuch, III, 483. Pendant la Révolution française, les ouvriers des fabriques ne jouent aucun rôle important, et ce sont les petits patrons et les compagnons qui composent le public du Palais Royal. C'était bien plus une poussière mobile, plus facile à remuer, mais aussi plus facile à contenir que les masses ouvrières organisées dans les fabriques (Comparer von Sybel, Gesch. der Reçolutionszeu, I, p. 54).

Les fabriques ne peuvent exister dans une mesure importantes que seulement à partir d^un niveau déterminé de V économie sociale, qui n'est pas d'ailleurs placé au plus bas. Dans l'antiquité, dont l'industrie s'est en général moins développée que chez les peuples modernes, les fabriques sont apparues relativement de bonne heure. L'esclavage, en effet, facilitait aux riches ce genre d'établissements^

C'est surtout dans h tissage que les produits les plus fins paraissent avoir été l'œuvre des fabriques. Il existait des tissages à Patras, où travaillaient deux fois autant de femmes que d'hommes, et le renom des mœurs y était déplorable. La teinturerie, pour des motifs techniques, n'était à peu près jamais confiée aux esclaves de la maison. Les neuf ou dix esclaves cordonniers de Timarque devaient payer par jour à leur patron deux oboles, et leur surveillant trois. Il est question de deux fabriques athéniennes, où les esclaves sont attachés à la maison ; l'une tisse des sacs, l'autre prépare des drogues. On mentionne encore un grand constructeur de navires, qui avait porté toute l'île d'.Egine à un haut degré de prospérité. A l'époque impériale, la ploutocratie et l'esclavage réunis causèrent la pléthore dans les industries d'art, et par suite, leur rémunération dérisoire. Elles restreignirent en même temps le développement des industries les plus indispensables à l'existence et l'on vit, par exemple, la farine coûter très cher par comparaison aux grains. Au temps d'Aurélien, un fabricant d'Alexandrie se vantait de pouvoir entretenir une armée avec du papier et de la colle {exerciium se alere posse papyro et gliUine).

Le poète du haut moyen âge allemand Hartmann von Auo, dans son épopée (Tlwein^ fait, aux vers 6187 et suiv., mention d'un tissage occupant trois cents ouvrières, dont la situation rappelle la plus noire misère que l'on puisse rencontrer de nos jours dans l'industrie. Il s'agissait d'ailleurs d'un gynécée de Cour princière et de ses esclaves. [On peut quelquefois établir l'existence, dans les domaines corvéables et dans les cloîtres du moyen âge, d'un rassemblement d'une troupe d'ouvriers assez importante . On constate alors qu'il ne s'agissait pas la plupart du temps de poursuivre un but industriel spécial, mais surtout de satisfaire les besoins des

communautés précitées en produits et travaux industriels]. Aux débuts des fabriques possédées par des particuliers, on a remarqué à Tournai en 1365, une défense à tout « usurier » de s'occuper de tissage. On cite en Angleterre une mesure analogue dans l'ordonnance 2 /3 de Philippe II et Marie Tudor, ch. xi. Nuremberg et Augsbourg comptaient des fabriques, dès le commencement du xv^ siècle. Le libraire-imprimeur de Nuremberg A. Koberger, mort en 1513, était propriétaire de 24 presses, et occupait plus de 100 compositeurs, imprimeurs, correcteurs, enlumineurs, relieurs, etc. (1).

. [Les raisons qui depuis les débuts du xvi^ siècle, ont poussé à établir des fabriques, ne peuvent être indiquées en détail. Pendant la durée du régime des corporations, il n'existait en général aucun moyen de réunir un grand nombre d'ouvriers dans un même atelier industriel. En effet, les règlements corporatifs limitaient fréquemment le nombre des outils à employer, celui des produits dont la fabrication était licite, et presque toujours celui des apprentis et compagnons que chaque maître pouvait entretenir près de lui. La manufacture à domicile ou système du fonds de commerce {Verlagssystem), nullement générale, mais toutefois fréquente, paraît avoir formé une phase de transition. Bien qu'elle constituât un progrès, elle entraînait aussi des inconvénients. Il lui était impossible de conquérir droit de cité dans les branches de métiers dont les produits étaient facilement transportables du lieu de production au lieu de consommation. Elle offrait le désavantage d'une surveillance très faible des ouvriers à domicile, qui, abandonnés à eux-mêmes, manquaient pour la livraison des marchandises, de probité et d'exactitude. Elle rendait plus difficile l'introduction et la générahsation des progrès techniques. Lorsque, à mesure de son développe-

ment, l'industrie créa des branches nouvelles, celles-ci ne consentirent point à se plier aux formes anciennes du métier ou de la manufacture à domicile et choisirent la fabrique. C'est ce qui se passa autrefois pour la papeterie, les verreries, les brasseries, les forges et fonderies de fer, de cuivre et laiton, et plus tard pour l'imprimerie, la blanchisserie de cire, l'amidonnerie, le travail du tabac, la torréfaction de la chicorée, le raffinage du sucre, la fabrication des machines, des tentures, des lampes, de la porcelaine, de la faïence, etc.... L'établissement de maisons de force et d'orphelinats depuis le xvii® siècle, occupant leurs pensionnaires à des travaux industriels pour subvenir aux frais de k'ur entretien, pourrait à l'occasion avoir mis plus en lumière les avantages de l'exploitation en grand. Ceux-ci se manifestèrent en regard de la manufacture à domicile, es- -mtiellement en ce que la surveillance des ouvriers fut lacihtée par leur réunion, que l'introduction d'une discipline plus stricte maintint la régularité et la constance de leur travail et qu'enfin l'enseignement des progrès de la technique permit d'obtenir une capacité de production plus importante.

Dans certaines industries, notamment dans celle de la céramique, la fabrique « domaniale », appelée à l'existence par le souverain régnant ou par quelque autre haut seigneur, joue son rôle. On désire soutenir une industrie naissante, en acclimater une autre dans une branche ayant fait --'S preuves à l'étranger, mais non encore admise dans le pays même. On veut, à la manière de la pratique mercantile, attirer de l'argent dans celui-ci. On y sent le besoin d'objets de valeur et très demandés, et on souhaite de le satisfaire à meilleur compte qu'il n'est possible en les tirant de l'extérieur. En dehors de l'initiative, de la hbéralité, de l'esprit d sacrifice de seigneurs puissants et fortunés, l'oc-

troi de privilèges assurant au fondateur, pour une série d'années, le monopole des profits de l'entreprise constitue un ressort essentiel au développement en grand de cette dernière. Par des exonérations d'impôts et de douanes, par des mesures favorisant l'importation des matières brutes, par l'admission de la liberté du commerce pour les produits, les gouvernements se sont partout efforcés, sur une plus ou moins vaste échelle, d'encourager la grande industrie dans son essor. Enfin, dans des cas très nombreux, la fondation de fabriques a été provoquée par la venue d'artisans habiles émigrés d'autres pays. En particulier, l'expulsion do France des protestants et leur installation aux endroits où ils trouvaient un accueil amical, en Hollande, en Suisse, en Allemagne, y a causé le développement de l'exploitation en grand dans l'industrie. Colbert pourtant avait su attirer des ouvriers étrangers et recueillir par là des avantages aussi grands que ceux que l'Angleterre s'est entendue à se procurer au cours du xviii^ siècle. Néanmoins, les fabriques ne s'acclimatèrent que lentement en Allemagne. Dans un pays aussi développé aujourd'hui au point de vue industriel que le royaume de Saxe, on ne compte, sur 2.838 exploitations occupant plus de 50 ouvriers, que 50 seulement fondées antérieurement à 1801. Ce n'est qu'isolément qu'on peut démontrer l'existence dès le xvi® siècle, dans les villes de l'Allemagne du Sud, d'étabhssements exploités suivant le mode des fabriques. On trouve en 1573, une raffinerie do sucre à Augsbourg, en 1592, une tréfilerie d'or et d'argent à Nuremberg, en 1593, une savonnerie à Augsbourg, en 1649, une fabrique de bleu à Annaberg, en 1681, une manufacture de fil d'or et d'argent à Leipzig, en 1698, uno autre du même genre à Augsbourg. C'est de l'année 1676 que datent les manufactures de soie et de laine fine à Neuostra, dans l'électorat de Saxe, qui furent créées par Jean

Daniel Krafft et les frères Span. Les Huguenots, immigrés en masse en Allemagne, à la suite de la Révocation de l'Edit de Nantes contribuèrent pour beaucoup à l'ouverture de fabriques de velours, de soie, de rubans, de tentures et autres et plus généralement à l'extension de l'exploitation en grand. C'est en 1686 qu'Abraham Valéry commença de fabriquer le drap à Halle, occupant l'année d'après plus de 50 ouvriers et 300 fileuses. Un peu plus tard s'installe à ^lagdebourg la manufacture d'Electorat dite « jaune » pour les bas, la laine, les draps, les rubans et la soie sous la direction d'André, Pierre Valentin et Claparède ; elle rassemble 500 ouvriers. Le 12 décembre 1703, Frédéric-Guillaume I^^ édict-o une ordonnance portant qu'aucune manufacture nouvelle ne pourra désormais être établie sans concession préalable. Bientôt après s'ouvre à Berlin l'Entrepôt royal, grande fabrique modèle de draps, d'origine privée, mais passée ensuite aux mains de l'Etat. La métallurgie faisait déjà l'objet d'un développement considérable, sous la forme de l'exploitation en grand, dans le comté de la Mark. Depuis le milieu du xviii° siècle, il existait dans la Hesse-Cassel des forges et des aciéries, une fabrique de fer blanc, des fabriques de bleu et depuis 1776, uneglacerie à Scliwarzenfels. La fayencerie au xviiiß siècle se manifestait aussi sous la forme d'exploitations dépassant fréquemment de beaucoup le simple métier. La porcelainerie a presque toujours gardé le caractère de la grande fabrique comme en 1710 à Meissen, en 1718 à Strasbourg, en 1751 à Berlin, en 1755 à Frankenthal, en 1762 à Horchst sur le Mein. Par contre, en vieille Bavière, encore à la fin du xviii^ siècle, les nombreuses tentatives de l'Etat pour créer artificiellement, au moyen d'avantages douaniers de primes et de monopoles, une industrie des fabriques ne réussirent pas à l'implanter (2).

Dans les pays étrangers à l'Allemagne, dans lesquels le régime corporatif avait été vaincu de meilleure heure ou bien n'avait jamais joui d'un prestige aussi remarquable, les exploitations en grand, susceptibles d'être considérées comme des fabriques, apparaissent beaucoup plus tôt. 'L'Italie manifeste, au xv^ et au xvi^ siècles une tendance centralisatrice, particulièrement dans l'industrie de la soie. Les établissements importants, ceux de 20 à 25 métiers à tisser, qui dans l'industrie privée n'apparaissent qu'isolément au xix^ siècle, sont plus fréquents au xvi®. D'une façon générale cependant, le système du fonds de commerce ou de l'industrie à domicile ( Verlagssystem) prédomine encore. Mais on rencontre à Venise de grandioses établissements de l'Ktat pour la fabrication de câbles de navires, de toile à voile et de matériel d'équipement.

En France Paris pouvait montrer au xvii^ siècle ce que l'on appelait des lieux privilégiés, où il était loisible à certaines personnes de se livrer à une industrie sans crainte d'être troublées par les syndics des corporations. Ces emplacements furent l'occasion du développement de quelques industries, comme celle de la miroiterie, de la draperie, de la poterie, de la toile cirée. A Amiens et à Tours, il existe depuis la fin du xvi« siècle des fabriques de tapis. Des draperies et des fabriques de tapis, fondées d'abord en partie par Colbert, se rencontrent au xviie siècle à Sedan, Beauvais, Louviers, Aubusson et Garcassonne. En 1662, la manufacture des Gobelins est réorganisée à Paris ; en 1669, il s'ouvre à Abbe ville en Picardie une fabrique de draps qui ocupe 500 ouvriers venus de Hollande (3, 4). Les fabriques d'un genre plus important deviennent plus fréquentes au xviii^ siècle.

Dans les Pays-Bas^ où le droit des guildes opposait également des barrières à la production, on écarta de bonne

heure celles-ci. Les premières fabriques datent du dernier tiers du xvii^ siècle ; il se fonde en 1666 une fabrique de miroirs à Amsterdam, et en 1678, une fabrique de soie à Haarlem. L'immigration des huguenots français active le développement industriel, et l'on en vient à créer des entreprises en partie très vastes. Pierre Baille, occupe par exemple à Amsterdam 110 métiers ; la fabrique de soie de Jacques Van Mollen à Utrecht donne du travail à 500 ouvriers (5).

Pour V Angleterre, une ordonnance du temps de Henri VIII en 1530 interdit à Oxford aux artisans étrangers d'entretenir à la fois plus de 10 compagnons étrangers : c'est une preuve que, à cette époque, on ne prête plus la main à la stricte application du droit corporatif. Néanmoins, les fabriques ne commencent à devenir nombreuses que pendant le cours du xviii^ siècle sous l'influence de l'invention des machines. La machine à filer fabriquée par Highs en 1764, qui actionne en même temps 6 broches, peut encore être employée au domicile même de l'ouvrier fileur. Les perfectionnements inventés par Arkwright et Hargraves deviennent la cause de l'installation de fabriques. Arkwright ouvre la première, qui fut actionnée par des chevaux, en 1768 à Nottingham, et la seconde, où la force hydraulique servit à la propulsion, en 1771. En 1780 il y eut 20 de ces fabriques, et en 1790, 150. Lorsqu'on en arriva plus tard à remplacer la force hydraulique par la machine à vapeur de Watt, des tissages mécaniques s'établirent bientôt en Ecosse, et le triomphe du tissage en fabrique devint décisif en 1803, grâce à l'invention par Thomas Johnson de la machine dite dressing frame : un enfant pouvait désormais assurer le service de deux métiers. Le passage à la fabrique dans la métallurgie et la céramique, s'opéra de façon analogue (6).

En Bdgigue^on rencontre avant 1764 de nombreuses fabriques dans des domaines différents de l'industrie. Le» plus grandes d'entre elles sont un tissage de camelotte à Tournai, avec 862 ouvriers, un tissage de toile au même endroit en occupant 800 et un tissage de laine à Malines avec 434 ouvriers. Toutefois, la plus grande partie de ces ou\Tiers travaille à domicile. Les établissements qui n'emploient leurs ouvriers que dans les locaux mêmes de la fabrique, sont une porcelainerie à Tournai, avec 200 ouvriers, un tissage de toile et de rubans à Ypres avec 130 ouvriers, et un tissage de soie à Ostende avec 102 ouvriers (7).

En Autriche, les privilèges corporatifs furent battus en brèche par les franchises impériales {Hoffreiheiten), libérant des artisans isolés des liens des corporations. En outre, depuis le début du xviii^ siècle, il fut concédé ce que l'on appella des Privatisa, c'est-à-dire des privilèges par lesquels on rendait autant que possible indépendantes les fabrique» de création nouvelle. La première de ces fabriques appelée à l'existence fut en 1709 celle d'un certain Adam Ignace Ho?ger, pour l'extraction d'huile de grains de raisins. Dès le xvii^ siècle cej)endant étaient apparues des entreprises importantes, telles en 1668 la « fabrique et manufacture de soie » du comte Sinzendorf et en 1676, la manufacture établie à Vienne, sur l'emplacement du Tabor dans la Leopoldstadt, manufacture réunissant en elle-même le tissage de soie et de laine, la fabrication du verre et de la majolique, l'exploitation des produits pharmaceutiques et la confection d'ustensiles de ménage (8).

En Russie, jusqu'à l'époque de Pierre le Grand, l'activité industrielle est extraordinairement peu développée. Ce souverain énergique s'intéresse au même point à l'essor des métiers, auquel il veut aider par l'octroi de l'organisation corporative, qu'à l'acclimatement de l'industrie des fa-

briques, dont il délègue la direction au Collège des manufactures nouvellement institué. Ses efforts furent couronnés d'un succès véritable, au point qu'à sa mort, il aurait existé 100 fabriques de différentes sortes, dont quelquesunes occupant jusqu'à 300 ouvriers. Pour le pays, la création de ces fabriques était de la plus grande importance, en ce qu'elles introduisaient de nouvelles branches d'industrie, qui n'avaient pas été cultivées jusqu'alors, comme celles des tissus de soie, du papier, du verre, de la toile à voiles, etc. Elles servaient en même temps d'écoles pour l'ouvrier russe. Ce n'était point encore toutefois des fabriques au sens moderne, car les machines n'étaient employées que dans des cas extrêinement rares. Lorsque Catherine II arriva au pouvoir, on comptait en 1762, 984 fabriques ; l'année de sa mort, en 1796, leur nombre avait été porté à 3161. Il est vraisemblable que le sens du mot « fabrique » était à l'époque ancienne un peu plus étendu qu'à présent, et qu'il ne fallait pas toujours conclure de son usage à une grande exploitation. La majeure partie de ces fabriques, créées sous l'influence immédiate du gouvernement, reposait sur le travail forcé. Elles n'occupaient, en général, que des serfs seigneuriaux. Les fabricants faisant partie de la caste marchande se voyaient concéder le privilège d'acheter des villages avec leurs serfs, ou bien ces derniers leur étaient procurés par des nobles. Encore au début du xvii^ siècle, le nombre des ouvriers de fabrique non libres dépassait celui des ouvriers salariés. C'est de cette manière que prirent naissances les types de fabriques domaniales héréditaires (Erbgiitsfabriken) ou possessoires {Possessionsfabriken). Les premières appartenaient aux nobles, qui y faisaient travailler leurs propres serfs. Les secondes étaient celles auxquelles le gouvernement accordait des subsides, tels que des emplacements, des terres ou des ouvriers ;

celles encore qui étaient construites au moyen d'avances par le gouvernement de capitaux remboursables ; celles enfin, dont les possesseurs obtenaient la permission d'acheter des paysans, bien que de par leur caste sociale ils n'en eussent point le droit. Ces fabriques ne disparurent que graduellement, et à leur place apparut, surtout après l'émancipation des serfs en 1861, la fabrique capitaliste (9).]

(1) EscHiNE, Adi>. Tim., 87 ; Pausanias, VII, 21,7 ; Xéno- PHON, Cyroped., VIII, 2, 5 ; Démosthène, Adv. Olymp., 1170; DÉMOSTHÈNE, Adi>, Aristocr., 690 et suiv.; Poehlmann, Uebervoelkeriing der ant. Grosstaedte, 38 ; Vopiscus Firmus, etc., ch. III ; Becher, Polit. Diskurs, édit. Zinken, 2, p. 1422 et suiv. ; OsKAR VON Hase, Die Koberger, 1885, p. 54 ; Roth, i^esch. d. Nürnberger Handels, 3, p. 32 et suiv.

(2) [RuDHARDT, Zustand von Bayern., 2, p. 178; Alb. Koe- NiG, Die saechsische Baumwollenindustrie am Ende des vorigen Jahrhunderts, 1899 ; Wilh. Stieda,!)?^ Anf aenge der Porzellanfabrikation auf dem Thüringerwalde, 1902 ; Wilhelm Stieda, Die keramische Industrie in Bayern waehrend des 18 Jahrhunderts, 1906 ; H. ToLLiN, Gesch. der franzoesischen Kolonie von Magdeburg, 3 vol., 1886-89 ; Otto Wiedfeldt, Statistische Studien zur Entwicklungsgeschichte der Berliner Industrie von 1720, 1890-1898 ; M. Mohl, Ueber die württembergische Gewerbsindustrie, 1828 ; A. Thun, Industrie am Niederrhein, 1886 ; Fr. G. Wieck, Die Manufactur-und Fabrikindustrie des Koenigreichs Sachsen, 1845.]

(3) [Geering, Handel und Industrie der Stadt Basel, 1886-; Sieveking, dans le Jahrbuch f. Gesch., 12, p. 132].

(4) [Farnam, Die innere franzoesische Gewerbepolitik von Colbert bis Turgot, 1878 ; Levasse ur. Histoire des classes ouvrières en France, 2« éd., 1901 ; Germain Martin, La grande industrie sous le règne de Louis XIV, 1899].

(5) [0. Pringsheim, Beitraege zur wirtschaftlichen Entwic-

hlungs geschickte der vereinigten Xiederlande, 1890 ; W. E. Berg, De réfugiés in de Nederlanden na de herroeping van het edict van Nantes, 1845 ; H. J. Ko en en, Geschiedenis de nijverheid in ^''derland, 1856].

(6) H. DE B. GiBBiNS, Industry in England, 1896 ; Ch. Bab- «AGE, Ueher Maschinen-iuid Fabrikwesen, traduit de l'anglais en allemand par Friedenbtrg, 1833 ; [Hasbach, Zur Charakteri^tik der englischen Industrie, dans le Jahrb. f. Ges., 26, p. 455 et suiv. ; H. Held, Zwei Bücher zur sozialen Gesch. Englands, 1881 ; ^^^ ^^ Ochexkowski, Englands wirtsschaftlische Entwicklung im Ausgang des Milielcdters, 1879 ;W. Cunnixgham, The growth of english industry and commerce during tfie early and middle ages, 1890 ; W. Cunmxgham, The growth of english itidustry in modern times, 1892].

(7) [Armand Julin, Les grandes fabriques en Belgique vers le milieu du XVI 11^ siècle, 1903].

(8) [F. Hallwich, Z)te Anfaenge der oesterreichischen Grossindustrie, 1892 ; H. Beschauer, Gesch. des Kampfes der Handwerkerzünfte, etc., 1884 ; Hans J. Hatschek, Das Manufacturhaus auf dem Tabor in Wien, 1886].

(9) [W. Stieda, Peter der Grosse als Merkantilist, Russische Revue, 4, p. 105 et suiv. ; M. Tugan-Baranowsky, Die russische Fabrik in Vergangenheit und Gegenwart, 1898 ; Andr. Blau, La Russie commerciale et industrielle, 1899 (ouvrage en russe) ; Gulischambarow, Résultats du commerce et de Vindustrie sous Xicolas /", 1896 (ou\Tage en russe)].

Malgré l'essor des fabriques, la vitalité du métier, c'est-àdire de la petite exploitation, demeure indéniable. U faut il est vrai se garder, à ce propos, d'un jugement trop général. Il serait sans portée aucune, puisqu'aussi bien il est d'autre part impossible d'espérer satisfaire, par quelques

dispositions d'ensemble, tous les milieux de la petite industrie.. On ne peut dresser un catalogue des métiers susceptibles de subsister encore et de ceux qui sont incapables de supporter la concurrence. On n'affirmera pas avec certitude que telles branches d'un métier ont terminé leur rôle, et qu'il est inutile de tenter quelque chose en leur faveur ;' que par contre, d'autres sont d'une nature telle, que les encourager promet un succès. Les conditions des métiers présentent à cet égard une diversité par trop grande. Un métier, qui dans un certain endroit semble voué à disparaître, peut, si les conditions de lieu deviennent différentes^ parfaitement subsister encore. Nous devons seulement reconnaître qu'il s'accomplit, à l'intérieur du métier, une évolution propre qui menace de le détruire. La situation de la petite industrie n'est à cet égard, d'une façon générale, nullement si défavorable qu'on se plaît souvent à l'affirmer» Le métier reste toujours, pour ainsi dire, pavé d'or et nourrit fort bien son homme, quand celui-ci s'entend à son exercice. Il n'y a en vérité, que son aspect qui, par comparaison à celui d'autrefois, se soit modifié de façon notable. Le terrain que la petite industrie a perdu d'un côté, elle l'a regagné d'un autre. La fabrication des peignes, la clouterie, la taillanderie, la casquetterie, la chapellerie, et quelques autres encore sont disparues en tant que petites exploitations jusqu'à leurs plus misérables restes. La cordonnerie, la tannerie, la ferblanterie, la tonnellerie, la pelleterie, peutêtre aussi la poterie, soutiennent encore une lutte à bien des égards désespérée contre la concurrence de la grande industrie. Mais d'autres professions comme la boulangerie, l'épicerie, la boucherie, le métier de couvreur, la serrurerie, le jardinage, la tapisserie, tout ce qui touche au bâtiment, vraisemblablement encore la menuiserie, peuvent non seulement se maintenir, mais encore se considérer comme éta-

blies sur des fondations parfaitement saines. C'est qu'à la vérité, le champ de leur action est devenu tout différent d'autrefois (1).

Dans l'un des métiers traversant les circonstances les plus difficiles, la menuiserie en meubles et en bâtiments^ ce sont, sans aucun doute, les machines modernes à travailler le bois, qui ont été en première hgne le signal de la révolution. Nous citerons les scies circulaires et à ruban, servant à diviser les planches selon les dimensions requises, les fraiseuses, qui découpent le bois suivant le tracé des lignes et contours, les machines à forer et à mortaiser, les scies à découper, qui font à l'intérieur d'une planche les entailles nécessaires, etc. A leur influence viennent s'ajouter d'autres causes. Le petit patron menuisier est, pour l'achat de sa matière première, réduit sans conditions à s'adresser au marchand de bois. Il n'a ni le loisir, ni les fonds nécessaires pour entreprendre de longs voyages, pour se mettre en relations immédiates avec le producteur ou pour acheter personnellement aux enchères à Hambourg le bois d'outremer. Il ne possède d'ordinaire pas davantage assez de crédit ni de capitaux pour se constituer les réserves importantes, dont il aurait cependant un absolu besoin, en raison de la lenteur du bois à sécher. En face de lui, les grandes entreprises de fabriques, riches en capitaux, entretiennent des rapports directs avec les négociants en gros ou avec les scieries et reçoivent leurs marchandises, par bateaux et wagons complets, à bien meilleur marché. Elles achètent même des coupes de bois et les font débiter dans les scieries. Le résultat est que le fabricant en gros achète ses provisions de bois au moins 10 % et assez souvent 20 ^/o moins cher que le petit menuisier, qui est obligé de s'en tenir au négociant en bois. Enfin, le modeste ébéniste éprouve quelques difficultés à écouler sa marchandise. Tous ses pa-

reils ne sont pas en situation d'installer une boutique de vente. La spécialisation s'étend fort loin, et il est impossible à l'acheteur de visiter un à un le fabricant de chaises, celui de tables, celui de lits, celui d'armoires, etc.... Il s'adresse de préférence au magasin, où il rencontre aussi un choix de tout, mais sous la dépendance duquel le producteur se trouve placé (2).

La cordonnerie^ en tant que petit métier, souffre des transformations techniques apportées par l'époque moderne. SouHers et bottines peuvent être confectionnés par des appareils ingénieusement construits. La machine à coudre a donné naissance au piquage de bottines, qui s'est partout aujourd'hui développé en fabrique. Plus tard ont été introduits d'autres engins qui, au moyen de matrices, produisent semelles, talons et empeignes par centaines en quelques instants. Des machines différentes facihtent l'assemblage et la mise en forme de la base de la chaussure. Toutes ces courbeuses, coupeuses, perforeuses, etc., ne peuvent guère être possédées que par la fabrique de chaussures mécaniques. Sa capacité de rendement est étonnante. Une fabrique d'Erfurt, occupant 300 ouvriers, accuse une production hebdomadaire en chiffres ronds de 1.000 douzaines de paires de chaussures. Une fabrique de Pirmasens, qui confectionne toutes les sortes de chaussures, emploie 150 ouvriers dans l'étabhssement même et un nombre «ncore plus grand de piqueuses à domicile. Elle jette journellement sur le marché 400 paires de souliers pour adultes «t 800 paires pour enfants. Aux Etats-Unis, les fabriques de chaussures, favorisées à leurs débuts par les besoins militaires aussi vastes qu'urgents de la guerre de l'Indépendance, encouragées plus tard par la guerre de Sécession, sont parvenues à un développement remarquable (3).

[La profession de tailleur en tant que petit métier, ne

souffre pas autant du fait de la machine que de celui de la force écrasante du capital. La machine à coudre peut être acquise aisément par chacun. La machine à boutonnières, celle à broder, qui coud les passements sur les manteaux dans la confection pour dames, la machine à repasser ont certainement une grande importance. Mais bien plus dangereuse est la concurrence des maisons de confection et des magasins d'habillement. Les premières font travailler à des prix surbcdssés des ouvriers à domicile. C'est le célèbre Sweating System ou système de la sueur, système de l'intermédiaire, que les ouvriers sont contraints de subir parce qu'ils sont trop pauvres ou qu'ils ont appris trop peu pour prétendre à une vie indépendante. Les seconds écoulent au dehors, dans des circonstances analogues, les pièces de vêtements confectionnés. Ils s'adressent à la clientèle de la grande masse des consommateurs, qui n'attache d'importance qu'aux bas prix. Berhn possédait en 1894, 104 magasins de gros de manteaux pour dames et enfants, et 280 magasins de détail tenant cet article. Leur chiffre d'affaires d'ensemble a été estimé par un expert, en années moyennes à 80 ou 90 millions de marks, et en bonnes années, à 100 ou 110 millions. Le chiffre annuel de l'un des plus grands de ces magasins atteint 16 millions de marks ; chez un autre, il est de 12 milhons et les magasins moyens et petits accusent un chiffre encore supérieur à un demi-million]. Un magasin de vêtements de Paris possède huit succursales en France et trois au Brésil ; le chiffre d'affaires de la Belle Jardinière atteint 12 milhons en France seulement.

Le développement des fabriques de vêtements n'est pas moindre. A Berhn, en janvier 1895, il en a ete fondé une dont les atehers se composent de deux grandes salles ; chacune mesure 1.000 mètres superficiels et 300 personnes y

peuvent travailler à leur aise. Les diverses machines qui s'y trouvent employées sont actionnées par la force électrique. Un établissement semblable existe à Erfurt pour la confection de manteaux pour dames. On est allé encore plus loin sous ce rapport dans l'Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. A Chicago et à Glasgow, l'ateher des tailleurs fonctionne à la vapeur et les vêtements sur commande appartiendront bientôt, au dire des experts, au domaine de l'exception rare. Il faut citer, parmi les établissements les plus connus, le Royal Army Clothing Depot, à Pimlico près de Londres. On y confectionne les effets les meilleur marché comme les plus fins, et il en sort par semaine 11.000 vêtements, grâce au travail de 2.000 ouvriers. En face de ces maisons ne peuvent se maintenir, en tant que petits métiers, que les tailleurs qui établissent un commerce sur mesure. Ces derniers peuvent, en raison de ce que la diversité des tournures et des goûts conduit bien des personnes à ne porter que des vêtements sur mesure, compter sur une clientèle fixe et aisée. Ils continuent, dans les villes moyennes, de subsister avec succès. Les petits patrons sont un peu soutenus par les maisons qui, dans les dernières années, se sont établies un peu partout pour expédier des collections d'échantillons d'étoffes, en acceptant des commandes pour n'importe quelle quantité de drap par l'intermédiaire de la poste (4).

La tonnellerie a souffert des circonstances différentes, notamment de la diminution de son terrain de production, ainsi que de la transformation de l'économie domestique et de l'ensemble de l'organisation industrielle. C'est à peine si les machines ont trouvé chez elle leur emploi ; pourtant leur absence même ne saurait empêcher la supériorité, sur le métier, de la grande exploitation. Les achats de celle-ci sont faits à meilleur compte et sont de meilleure qualité ;

la division du travail est chez elle plus pratique et elle reste capable de satisfaire à la demande lorsqu'elle se produit brusquement. L'emballage en tonneaux est encore usuel pour des articles très nombreux, tels que rhuile, les drogues, le savon, les fruits, les légumes, les pommes de terre, mais le besoin se fait sentir d'un matériel moins cher remplaçant le tonneau en bois d'un prix comparativement élevé. La ^consommation domestique des récipients en bois, autrefois importante, a diminué. Les baignoires se font aujourd'hui en tôle et en faïence ; les cuviers à linge et les bacs à vais- Ile sont aujourd'hui remplacés par des lessiveuses, et le seau en bois est supplanté par le seau en tôle. Les canalisations d'eau ont rendu inutiles une foule de' récipients de tonnellerie, qui servaient à puiser, à transporter et à conserver le liquide. Les tonneaux à salaisons, à farine, à choucroute, à haricots dans lesquels chaque maison conservait ses provisions de bouche, sont devenues des raretés (5).

C'est suivant un mode légèrement différent que parait s'être restreinte la sphère d'activité de la poterie. La porcelaine et la faïence ont depuis le début du xix« siècle, détrôné la vaisselle de terre cuite. La dureté de leur émail, leur finesse, la beauté de leur aspect en ont largement répandu l'emploi pour les besoins de l'art et du luxe. Pour les usages cuHnaires, les vases d'argile cuite méritent encore aujourd'hui de leur être préférés, meus pourtant le fer triomphe sur eux. La marmite en fonte semble plus pratique, parce qu'elle présente moins de fragilité et cuit plus vite les ahments. Une concurrence plus dangereuse que celle du fer a été faite à l'argile par les ustensiles de cuisine récemment apparus en tôle émaillée bleue. Ils ont fait notamment table rase des bouilloires et cafetières en terre cuite qui formaient autrefois, comme accompagnant cons-

tamment l'ouvrier de fabrique, un article confectionné eu masse par la poterie (6).

Si dans les cas précédents, ce sont des industries concurrentes qui tranchent le fil des jours d'un antique métier, ce sont, dans d'autres cas, par exemple dans la pelleterie, les variations de la mode et des habitudes qui jouent leur rôle. Dans nos compartiments de chemin de fer bien chauffés^ la fourrure est inutile. Les églises et les autres édifices publics sont aujourd'hui munis de calorifères. Aussi, la partie du costume, qui autrefois semblait indispensable, la fourrure, est-elle devenue un article de luxe. C'est d'une manière analogue que la sellerie a été atteinte, depuis que la victoire des chemins de fer a fait disparaître de la route la voiture de voyage, dont l'aménagement constituait autrefois pour ce métier son occupation principale. La fabrication même des voitures est devenue l'affaire de la grande industrie (7).

Les changements dans l'organisation de l'économie mondiale, en même temps que la supériorité acquise à la grande exploitation par la force du capital et la puissance du crédit, peuvent devenir pour un métier une cause de pertes importantes. Un exemple en est fourni par la tannerie (8), Celle-ci était à l'origine une activité productive s'exerçant dans les limites d'une localité. Le tanneur achetait la peau, chez le boucher et vendait le cuir au cordonnier, au gantier, au fabricant de courroies, au sellier de l'endroit. Aujourd'hui, le petit tanneur ne peut plus acheter chez lé boucher local et se trouve contraint de s'adresser aux intermédiaires ou aux abattoirs. Le tannage en grand s'approvisionne chez eux en gros, en payant comptant avec 10 % de rabais. En outre, il arrive d'Amérique régulièrement sur les marchés, via Hambourg, Anvers, Cologne et Londres, des cargaisons de peaux, aux enchères desquelles le grand indus-

triel achète directement par lui-même ou par son commis- . sionnaire. La science a d'ailleurs frayé des voies toutes différentes à la technique des procédés de tannage. Depuis 1860, la chimie est devenue la puissante auxiliaire de la tannerie et il est impossible de prévoir où cela conduira. En Autriche, existe depuis 1880 une station d'essai pour la fabrication du cuir. On a tout récemment sérieusement essayé l'application de l'électricité au tannage. Cette méthode, qui permet de tanner complètement en quatre jours et quatre nuits au plus les peaux les plus épaisses, a été l'objet d'une délivrance de brevet et se trouve déjà en usage en divers endroits. On a inventé, en outre, un certain nombre de machines. On possède maintenant des cuves à fouler, des fouloirs à manivelle, des dévidoirs, des cylindres calandreurs, des machines à passer les peaux, et avant tout la machine à fendre le cuir, qui fend chaque peau dans sa longueur et double ainsi la quantité de matière première. Le bois de québracho remplace l'écorce de chêne. Ces procédés permettent aujourd'hui à la grande exploitation, pour le tannage rapide, de terminer le travail à peu près on cinq mois, tandis que la petite exploitation avec Fanciea tannage en fossé a besoin d'un an et demi. L'artisan ne peut, en outre, faire travailler son capital de façon aussi constamment répétée que le fabricant, ni vendre aussi bon marché que lui. Une fabrique de cuir à Leipzig occupe 26 ou\Tiers, est munie d'un outillage excellent comprenant tous les appareils et possède une machine à vapeur de 20 HP ; elle opère le tannage des peaux en une moyenne de trois mois, en employant les meilleurs procédés. îl est au surplus remarquable que,tout au moins à en juger d'après l'exemple du royaume de Saxe, ce n'est pas la grande exploitation proprement dite, mais beaucoup plutôt une exploitation moyenne tenue à hauteur du progrès, qui tend à acquérir

la prépondérance. En Saxe, on comptait, en 1849, 1052 maîtres tanneurs avec 645 compagnons, en 1861,. 846 maîtres et 843 compagnons. Le recensement de 1882 avait constaté l'existence de 566 petites exploitations occupant au plus 5 ouvriers, en tout 1246 personnes, et d'autre part 43 grandes exploitations occupant plus de 5 ouvriers, en tout 1.146 personnes. Parmi ces grandes exploitations, il n'en était que 4 faisant travailler plus de 50 individus, 8 de 20 à 40 et les autres de 6 à 20 au maximum.

Nous avons eu affaire, dans l'étude qui précède, à des industries dont la vitalité semble prodonfément ébranlée et chez lesquelles la possibilité de maintenir la petite exploitation est des plus douteuses. Il existe d'autres métiers qui traversent des temps fort difficiles, mais qui, du moins, ont en partie trouvé de quoi compenser leurs pertes. La ferblanterie^ par exemple, a assisté, peu à peu, au déplacement total du centre de gravité de sa production. Autrefois la sphère de son activité embrassait par essence la confection d'ustensiles domestiques ou cuhnaires en tôle, de lanterneset de lampes, de tôles décorées et de tôles pour l'emballage. La préparation de tous ces objets est maintenant devenue l'affaire de l'industrie à domicile ou de la grande exploitation en fabrique, avec direction surtout commerciale. Par contre, le* ferblantier se Hvre aujourd'hui davantage au travail de bâtiment, qui demeurait à l'arrière plan autrefois. L'installation de gaz et d'eau, l'ornementation du bâtiment et les spécialités relatives à celui-ci appartiennent essentiellement désormais à son nouveau domaine. L'extension de l'installation électrique complète ses perspectives d'activité (9). La serrurerie à son tour s'est vue contrainte d'abandonner la fabrication des serrures, des garnitures de portes et de fenêtres, des cuisinières et des coffres-

forts, des ustensiles domestiques et de cuisine. Ces marchandises sont passées dans le champ du commerce du fer, qui les reçoit, en général, des grandes exploitations. Par contre, la serrurerie a trouvé en partie, dans le réveil de la mode des objets en fer forgé, des débouchés rémunérateurs. Les jardinières, les pieds de miroir, les toilettes, les tables à fumer, etc., en fer forgé sont à nouveau plus en vogue. Nuremberg se livre à une exportation remarquable de ce genre de produits de la serrurerie d'art (10).

La boulangerie se trouve à notre époque en voie de subir une transformation qui aboutira peut être à sa séparation en boulangerie fine ou de pain de luxe d'une part, et de l'autre en boulangerie de pain ordinaire et en biscuiterie. La première continue, comme l'épicerie, d'appartenir à la petite exploitation. La boulangerie de conserve pourra tomber dans le ressort de la grande, bien qu'on ne fasse pas des expériences très encourageantes en ce qui touche du moins la fabrique de pain privée, c'est-à-dire en forme de société par actions. Une fabrique de pain, fondée à BerUn en 1856, n'a, au dire de son dernier directeur, jamais rémunéré convenablement son capital ; travaillant même à perte dans les dernières années, elle a cessé son exploitation en 1887. Il n'existe de même, à Paris, aucune fabrique de pain privée véritablement importante, à l'exception des maisons qui entreprennent la fourniture de magasins tels que le Bon Marché ou de la boulangerie qui approvisionne de pain les fameux Bouillons Duval. A Londres encore, les fabriques de pain n'ont pu relativement gagner beaucoup de terrain sur les exploitations moyennes. Les maisons J.-B. Stevenson, Feaist, Nevil, etc., sont à la vérité des boulangeries importantes, occupant peut-être, en moyenne, 200 ouvriers, mais quant à leurs bénéfices, tout ne semble pas aller pour le mieux. La méthode de cuisson suivant la-

quelle on fait lever la pâte au moyen de l'introduction d'acide carbonique, ou système « Dauglisch », n'a pas rencontré la vulgarisation qu'on lui prophétisait. Les boulangeries administratives pour les hôpitaux ou les armées, ainsi que les fabriques de pain coopératives ont mieux fait leurs preuves. Les premières ont eu pour elles la précision absolue de la quantité à fournir et la livraison en peu d'endroits, et si possible en un seul. A Paris, la « boulangerie centrale de l'administration générale de l'Assistance publique », fondée dès le miheu du xvii^ siècle, approvisionne aujourd'hui de pain l'ensemble des hôpitaux de la capitale, soit environ 35.000 personnes. Elle opère elle-même sa mouture, possède 13 paires de moulins à blé et 2 paires à seigle, 13 fours et 9 pétrins mécaniques avec un personnel d'exploitation de 41 hommes. La boulangerie mihtaire de Leipzig fonctionne avec six fours système Wieghorst, au nombre desquels deux fours à étage, c'est-à-dire ayant 2 tôles de cuisson placées l'une au-dessous de l'autre et qui, bien entendu, sont chauffées séparément chacune ; 30 soldats, boulangers de profession, et un pétrisseur mécanique assurent une production journalière de 24.000 livres do pain. Les boulangeries coopératives, qui sont fondées, soit par des sociétés de consommation dans l'intérêt de leurs membres, soit par des ouvriers boulangers comme sociét's de production proprement dites, existent à plusieurs exemplaires dans certaines villes allemandes, comme par exemple Leipzig, Magdebourg et Lübeck, et obtiennent un succès variable. A Paris, une entreprise de ce genre a été exploitée de 1874 à 1884 et a clôturé par un déficit. Celles de Berlin ont obtenu aussi peu de résultats. Par contre, de brillants exemples sont ceux des boulangeries belges de la Maison du Peuple à Bruxelles et du Vooruit à Gand, cette dernière débitant, par jour, 30.000 kilogs de pain. On peut

citer quelques cas de fabriques très importantes de biscuits et de gâteaux secs. L'une d'elles à Paris fait travailler 600 ouvriers ; à Londres, une biscuiterie en occupe 3.000 et transforme, par semaine, 3 à 4.000 quintaux de farine de froment en 120 sortes différentes de biscuit atteignant une valeur annuelle de 300.000 livres sterling (11).

Dans la boucherie, la petite exploitation se maintient également. Elle a besoin du travail manuel et les machinesoutils sont chez elle d'un usage à peu prés inconnu, à moins qu'on ne veuille considérer comme telles les poulies destinées à soulever les morceaux après abatage. Le secours des machines n'est exigé que pour la conservation de la viande au moyen de la glace, que les abattoirs hvrent aujourd'hui aux chambres frigorifiques. Par contre, la préparation des saucisses est susceptible d'employer beaucoup d'appareils mécaniques et se trouve fréquemment organisée en grande exploitation. La saucisse est plus fine et plus régulière lorsqu'elle est confectionnée à l'aide de machines et la propreté est plus grande. Les réserves peuvent se compléter plus rapidement et les commandes s'exécuter de même. L'abatage s'est remarquablement développé suivant le mode des fabriques à Chicago ; il est %TPai qu'il se trouve lié à l'exportation de la viande dont l'essor n'a pas été moindre (12).

Il résulte des considérations qui précèdent que toute une série de causes ont déterminé la crise actuelle du métier et que l'occasion de celle-ci n'a pas été partout la même. Tantôt ce sont les machines, tantôt le capital, tantôt la grande supériorité du commerce pour l'achat de la matière première, tantôt l'amélioration des procédés du travail, tantôt les changements dans les goûts et les besoins du pubhc, tantôt enfin la transformation radicale de l'organisa-

tion mondiale économique, qui ont contribué à faire disparaître la petite industrie.

Sous l'impression de cet état de choses, on s'est plu à dire que les jours du métier se trouvaient comptés, et qu'avec le temps la grande exploitation l'absorberait complètement. Cette manière de voir n'est guère justifiée par l'événement. Il faut admettre bien plutôt qu'une coexistence des diverses formes d'exploitation, telle qu'elle se manifeste actuellement, formera longtemps encore la physionomie de la vie industrielle. Chaque forme a justement des avantages propres, emploie des forces différentes de travail, répond à des exigences déterminées, de sorte qu'elles se complètent réciproquement dans leurs effets. La fabrique, cause de transformations en vérité remarquables, occasion dé l'ébranlement des modes de production anciens, a triomphé avec les progrès éminents des sciences naturelles, avec les inventions et découvertes de notre époque, avec le bouleversement de l'ensemble de l'existence économique et sociale. Elle a le sens certain d'une phase de l'évolution et non celui de la fin de celle-ci. Elle n'a pas de limites nettement accusées dans son activité et l'on peut continuellement observer des formations et des transformations nouvelles. Telle branche du métier paraît vouée à l'absorption par la fabrique: telle autre reste, par contre, aujourd'hui comme autrefois, indispensable à l'économie d'une cité et continue de vivre sans inquiétude sous la forme de la petite exploitation.

Les métiers les moins menacés par la concurrence des fabriques sont ceux dont les services doivent s'adapter à des besoins locaux ou individuels variables dans chaque cas particulier. Il faut ranger parmi eux les métiers de réparations, ceux encore de placement et de nettoyage, les services purement personnels du barbier, du coiffeur, etc., et.

dans les localités peu importantes, les métiers qui livrent à la petite consommation journalière des subsistances facilement périssables.

Il existe enfin des industries qui requièrent un capital "d'exploitation modeste, mais une dextérité spéciale et surtout un sens artistique développé, tels que les industries d'art. Il en est d'autres qui peuvent travailler avec une matière première à si bon marché et ont employé si rarement la machine, qu'elles n'ont rien à craindre de la concurrence de la fabrique.

Les artisans, surtout ceux animés de l'esprit corporatif ne veulent pas se rendre compte des choses et éprouvent une tendance à attribuer leur situation, en partie peu satisfaisante, à la liberté industrielle. Ils oubhent les transformations effectives survenues dans Téconomie sociale et mondiale dont il a été précédemment parlé et qui ont causé la disparition de la petite industrie. Il est cependant clair qu'en face de causes économiques d'une influence si profonde, il n'y a pas beaucoup à espérer des brevets d'aptitude et des corporations. L'enchaînement corporatif, quels qu'en puissent être les bienfaits, ne peut davantage susciter la force capitaliste qu'éveiller l'intelligence commerciale nécessaires à la grande exploitation. Il faut donc aviser d'autres moyens. Ceux-ci consisteront en ce que, pour tout métier et dans chaque viUe, on s'efforcera de dé^ couvrir les particularités des divers cas et de prendre des mesures en conséquence. Dans la menuiserie, on pourrait espérer sortir d'embarras, par la création d'une association professionnelle perrnettant à ses membres d'accéder aux services de machines fort coûteuses. Pour le métier de tanneur, on songerait à une coopérative de vente. Un moyen efficace à recommander pour la forge serait l'organisation ■de sociétés d'achat, qui procureraient le matériel auxihaire.

aussi bien que le combustible. Gomme mesures générales susceptibles d'être prises en considération, nous citerions volontiers la transformation de l'éducation industrielle, la vulgarisation des petites machines motrices et la généralisation des syndicats. De cette manière, les progrès de la technique, les avantages d'une meilleure instruction complémentaire et de l'éducation commerciale, la concentration de capitaux, pourraient également profiter à la petite industrie. Mais il serait nécessaire que l'impulsion partît, pour ces réformes, d'un office central servant d'intermédiaire à l'appui du gouvernement, et susceptible d'indiquer la voie, suivant le besoin, à l'indispensable culture d'ensemble aux points de vue de la technique et de l'économie.

(1) V. STiEDAjDi'e LebensfaeJiigkeit des deutschen HandwerhSy 1897 ; H. Grandie, dans le Jahrh. f. Ges. ii. Verw., 21, p. 1001 et suiv. ; H. Bottger, Das deutsche Handwerk, 1898 ; B. Harms,. Ist das deutsche Handwerk konkurrenzfaehig ?, 1900 ; W. Stieda, Die Entwicklungsmoe glichkeit des deutschen Handwerks, dans Die deutsche Fortbildungsschule, 17, n^s 21 et 22 ; Sehr. d. Vcr. f. Sozialp, 76, p. 16 et suiv.; Rapports de Büecher, Hitze. Philippovich.

(2) Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 62, 64, 65, 68, 69.

(3) Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 1 et suiv., 63, p. 169 et suiv., 64, p. 57 et suiv., 65, p. 23 et suiv.; M. Schoene, 2>/<? moderne Entwicklung des Schuhmacher gewer bes, 1888 ; Franke, Die Schuhmacherei in Bayern, 1893 ; H. Schneider, Z)/V Schuhmacherei auf der Weltausstellung in Philadelphia, 1877 ; Jahrbuch f. Nat., neue Folge 6, p. 552 et suiv. ; C. V. Paygert,. Die soziale und wirtschaftliche Lage der galizischen Schuhmacher, 1891 ; Mendelson, Die Stellung des Handwerks, 1899.

(4) Soziale Praxis, 4, p. 249 ; Œsterreichischer Aust. Ber.. von 1867, 6, p. 330 ; Herzrerg, Das Schneidergewerbe in München ; Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 6A, p. 397 et suiv., 65, p. 175 et «uiv., 145 et suiv., 68, p. 1 et suiv.

(5) Sehr. d. Ver. /. Sozialp., 63, p. 20 et suiv.,64, p. 365 et suiv.

(6) Sehr. d. Ver. /. Sozialp., 62, p. 167 et suiv.

(7) Sehr. d. Ver. /. Sozialp., 62, p. 112 et suiv., 67, p. 384 et "suiv., 70, p. 2, 339, 456, 523 et suiv.

(8) Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 62, p. 112 et suiv., 65, p. 1 et suiv., 66, p. 456 et suiv.

(9) Sehr. d. Ver. /. Sozialp., 62, p. 129 et suiv., 63, p. 135, 68, p. 245 et suiv.

(10) Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 64, p. 93, 65, p. 79 et suiv., 70, p. 68 et suiv,

(11) Sehr. d. Ver. /. Sozialp. ,63, p. 413 et suiv., 68, p. 136 et suiv., 70, p. 269, 282, 291, 456.

(12) [Sehr. d. Ver. f. Sozialp.,6i, p. 31 et suiv., 62, p. 236 et suiv. ; Jahrbuch, f. Nat., Neue Folge, 6, p. 537 et suiv.].

MA>UFACTÜRE A DOMICILE

Un échelon intermédiaire entre la fabrique proprement dite et le métier est constitué par la maniijacture à domicile {Hausmaniifactiir) travaillant pour le commerce. C'est ce que l'on appelle en Angleterre le domestic System en l'opposant au factory System et c'est ce que l'on nomme, en Allemagne, encore Verlagssystem, système du fonds de commerce, Hausindustrie, industrie à domicile. Elle est, en général issue, dans les villes de la fin du moyen âge, des métiers qui possédaient des débouchés fort étendus et qui déjà pour cette raison dépassaient d'ordinaire les métiers purement locaux. [Il faut la distinguer de l'activité domestique (Hausfleiss), ou de ce qu'on appelle l'industrie domestique au sens national, local ou traditionnel, qui est exercée par

les paysans à côté de leurs occupations agricoles et avait originairement pour but de satisfaire leurs besoins personnels. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore en Russie, en Scandinavie, en Hongrie, en Galicie, en Roumanie, les femmes travaillent le plus souvent à filer le chanvre et le hn, à tisser la laine, à tresser des corbeilles, à tisser des nattes, à tricoter des bas, à faire de la dentelle au fuseau, etc. L'Allemagne elle-même^ en offre un exemple avec la fabrication . du fromage à la main à Gross-Gerau, dans le ressort de la Chambre de commerce de Darmstadt. Ces sortes d'activités manquent du signe distinctif de la vente par le commerçant, le fabricant ou l'intermédiaire. Toutefois, il arrive assez souvent qu'elles tombent sous la dépendance d'un commerçant, qui achète la marchandise pour 'la répartir, et fournit même la matière première et les modèles (1)]. Dans les villes du moyen âge, la vente directe de l'artisan au consommateur, ainsi que la direction et la représentation des maîtres isolés par la corporation, finirent, peu à peu, par devenir insuffisantes. Les négociants passèrent alors au premier plan. Ils n'avaient, il est vrai, possédé longtemps que le capital nécessaire pour visiter les foires et pour courir les risques afférents au recouvrement final de leurs avances. Mais plus tard, avec le développement économique, ils étendirent toujours davantage, selon le principe de la suprématie (Vol. I, § 196a), le cercle de leur activité (2), C'est aussi à une époque ultérieure que les industries à domicile ont grandi, en des endroits divers, en franchissant les limit s que la corporation fixait aux artisans isolés pour l'importance de leur exploitation. L'occasion s'en trouvait lorsque beaucoup d'entre eux recevaient à la fois des commandes de négociants animés d'un esprit d'entreprise. Plus souvent encore, ces industries sont issues d'un métier accessoire, au moyen duquel la. population rurale cherchait

à remplir ses heures d'oisiveté (3). [C'est à ceci que se rattache de façon fort étroite, la diffusion de la manufacture à domicile dans le but d'obvier à une crise locale. On désire assurer à une population campagnarde ou à celle d'un petit bourg rural une occupation à côté aidant à ses gains. Dans des cas semblables, la manufacture à domicile s'installe et grandit sur un terrain qui n'avait pas encore été occupé, ou ne l'avait été qu'accessoirement, et sur lequel il n'y avait eu jusqu'alors aucune organisation industrielle (4).] Ici, l'ouvrier ne quitte pas son logement, et peut ainsi joindre à ses efforts le travail de sa famil'e et même celui de quelques compagnons rétribués. Le placement commercial de la marchandise confectionnée est assuré par un capitaliste dont les connaissances sont plus étendues (5). Ce centre capitaliste d'un groupe d'industriels à domicile peut luimême plus ou moins intervenir dans le travail. II peut donner à l'ouvrage la dernière main, livrer aux ouvriers des modèles, des matières premières, des outils à titre d'avances, assumer au moyen de celles-ci certains risques, faire surveiller le travail par des intermédiaires ou « facteurs » (Facioren) allant et venant (V. infra^ § 26, note 11). Tout ceci fait ressembler de plus en plus ce genre d'exploitations à la fabrique proprement dite, et les ouvriers qu'elles occupent aux salariés non indépendants (6). [Il est à remarquer que, dans certaines circonstances, il s'accompKt une régression, et que la cessation de l'exploitation en fabrique amène la formation de manufactures à domicile ; c'est une troisième façon pour celles-ci de se constituer, qui appartient exclusivement à notre époque. Les choses peuvent se passer de deux façons. Exceptionnellement d'abord, l'entrepreneur -upprime sa fabrique. Plus fréquemment d'autre part, 1 extension ultérieure de la production n'a plus lieu par la création de fabriques, mais se produit suivant le mode de

l'industrie à domicile (7) ; au point de vue numérique, cette dernière paraît, tout au moins en Allemagne, car les statistiques d'autres pays sont insuffisantes, assez faiblement représentée. Elle a reculé dans l'Empire Allemand pour la période allant de 1882 à 1907. Le nombre des exploitations a diminué, passant de 352.079 à 301.068 en 1895 et à 279.546 en 1907 ; celui des personnes qu'elles occupent a décru de 476.080 à 460.085 en 1895 et à 405.262 en 1907. Il ne fait aucun doute que beaucoup d'industriels à domicile, aussi bien hommes que femmes, ont cessé de se donner comme tels, lors des recensements professionnels. Les femmes surtout, qui ne se livrent à un travail industriel que comme profession accessoire, manifestent souvent quelque gêne à l'avouer. D'après les indications des entrepreneurs, il y avait en 1907, 482.436 personnes occupées au travail à domicile. La diminution des exploitations s'est probablement accomplie sur les terrains où le travail manuel n'a plus été capable de soutenir la concurrence de la machine, particulièrement dans le textile. Par contre, les industries à domicile actuelles, notamment celles de la confection de vêtements et de linge, des cigares, de la broderie, de la fleur artificielle, ainsi que quelques autres plus anciennes, comme la cordonnerie, la menuiserie, le tressage de corbeilles, la sellerie, manifestent une augmentation prononcée. Il semble que la législation récente, protectrice de l'ouvrier, ait en partie, favorisé l'extension du travail à domicile. Cette législation sociale, bienfaisante en soi, a cependant produit de néfastes effets. On donne aux femmes et aux enfants, dont la durée du travail à l'intérieur de la fabrique est Hmitée, de l'ouvrage à faire à la maison, ou bien on les occupe, d'une façon générale, sans sortir de chez eux (8). En dehors des grandes villes, contres des capitaux, du goût et du luxe, où la fabrication de nombreux articles de modes

a été organisée, de tout temps, comme industrie à domicile, l'espace où cette législation manifeste ses effets comprend en Allemagne un territoire en grande partie continu au point de vue géographique. Le foyer principal s'étend de la chaîne de montagnes de Glatz, tout au long de la frontière de Bohême jusqu'au Fichtelgebirge. Jl comprend Liegnitz, Breslau, Bautzen, Dresde, Leipzig, Zwickau, la Haute Franconie, les Etats de Thüringe et le district prussien d'Erfurt. Importants au point de vue de l'industrie à domicile sont, à la frontière occidentale de l'Empire, les districts de Düsseldorf et d'Aix-la-Chapelle, la Lorraine et la Basse- Alsace, le cercle württembergeois de la Forêt Noire. Les métiers qui se prêtent d'une façon particulièrement remarquable à l'exploitation en manufactures à domicile ne res-

irtent pas, d'une façon précise, des statistiques existantes, qui ne contiennent pas pour les années antérieures de chiffres avec lesquels la comparaison puisse se faire. L'apparition de la manufacture à domicile semble, en général,

-sentiellement influencée par les causes suivantes : 1° possibilité de l'emploi-de la main-d'œuvre féminine ; 2° technique simple, permettant de travailler avec des outils peu nombreux et peu coûteux ; 3° présence d'un sens artistique ou de capacités particulières pour l'exécution des objets

■Is -que les instruments de musique, les tissus fins; grande facilité du transport des produits, afin de pouvoir

3 faire parvenir commodément des lieux de production

hez le commerçant et des mains de celui-ci aux consommateurs.

Une transformation significative s'est produite dan>3 l'appréciation des caractères de la manufacture à domicile. Lorsqu'en 1889, la société de pohtique sociale ( Verein für Sozialpolitik) institua la première enquête sur la situation de l'industrie à domicile, qui fût malheureusement entravée

238 CHAP. m. GRANDE ET PETITE IINDUSTRIE

dés ses débuts, il existait peu de données susceptibles de servir de base à l'entreprise. Depuis lors, des recherches nombreuses ont été poursuivies, et ont permis de reconnaître que le travail qu'on est porté à désigner comme industrie à domicile revêt une variété d'aspects multiple. C'est à peine si l'on peut, dès lors, espérer une définition universellement valable permettant de s'engager sur le terrain de la matière. La conception la plus ancienne, qui est notamment celle de Schmoller, auquel s'est rallié Stieda^ considérait comme principal le fait de l'intermédiaire du négociant. L'industrie à domicile apparaissait comme une activité industrielle, s'exerçant à la maison, non sur commande de clients de la locahté ou pour la vente locale, mais en général pour le commerce, pour l'exportation et surtout pour l'exploitation en grand. Le petit patron, mettant en œuvre chez lui ses propres matériaux, était considéré, dans l'hypothèse où il travaillait exclusivement pour un entrepreneur, comme un industriel à doinicile aussi bien que celui auquel le commerçant confiait la matière première à transformer. Le capital occupait ici une situation dominante, en ce que c'était lui qui, dans son rôle commercial, dictait aux petits producteurs ou aux ouvriers salariés les conditions de leur travail. H9ld et Laxis insistaient de façon analogue sur la dépendance dans laquelle le travail industriel à domicile se trouve placé vis-à-vis du capital. Les industriels à domicile ne vendent plus leurs produits sur le marché, mais fournissent leur travail à un maître déterminé qui les rétribue. Le produit n'appartient à l'industriel à domicile pendant aucune phase de sa fabrication ; il ne vend que du travail et non pas une marchandise matérielle. Les maîtres, dont l'activité sert directement le commerçant et l'exportateur, et qui fournissent, par leurs propres moyens, à la dépense des matériaux à mettre en.-

œuvre, sont désignés par Lexis comme entrepreneurs d'industrie indépendants, qui n'appartiennent plus désormais à l'industrie à domicile au sens proprement dit. Sombaru a continué cette théorie. Il décrit l'industrie à domicile, comme une entreprise de production dirigée par le commerçant, comme un aspect de la grande exploitation décentralisée, dans laquelle les ouvriers sont occupés dans leurs propres demeures ou dans leurs ateliers personnels. Des formes types de l'organisation de l'industrie à domicile sont, d'après lui, le travail à la maison qui est accompli isolément par les industriels à domicile, dans leur logement même, et le travail à l'atelier, dans lequel le travail se transporte du logement dans l'atelier, et où l'industriel à domicile prend à loyer, le cas échéant, des forces de travail à lui étrangères. Dans tous les cas, le commerçant et l'ouvrier industriel à domicile placé sous sa dépendance constituent une exploitation.

La loi sur l'assurance contre la maladie, du 15 juin 1883, a étabh une distinction. Elle sépare, d'un côté, les industriels indépendants qui s'occupent, dans leurs propres ateliers et pour le compte d'autres industriels, de la fabrication ou du travail de produits industriels, c'est-à-dire ceux qu'elle appelle simplement industriels à domicile, ainsi que leurs compagnons. Elle range, de l'autre côté les industriels à domicile non indépendants. La loi modificative de la précédente du 10 avril 1892 a ajouté que devaient être légalement comprises parmi les industriels à domicile indépendants, les personnes se procurant elles-mêmes la matière première ou la matière auxiliaire et travaillant passagèrement pour leur propre compte. La loi sur les tribunaux industriels (conseils de prudhommes) du 29 juillet 1890 détermine la compétence selon que la matière brute ou demifabriquée est fournie d'ordinaire par le donneur de travail

240 CHAP. m. GRANDE ET PETITE INDUSTRIE

OU par l'ouvrier lui-même. Dans le premier cas, cette loi se sert des simples expressions d'ouvrier à domicile {Heimarbeiter)^ et d'industriel à domicile (Hausgewerbetreibende) Dans le second cas, elle parle des industriels à domicile se procurant eux-mêmes la matière brute ou demi-fabriquée. Elle se réfère, à cet égard, à l'ordonnance sur l'industrie (Gewerbeordnung), qui, dans son § 119, alinéa 2, fait mention des personnes qui « sont occupées, pour des industriels « déterminés, et en dehors des locaux d'exploitation do « ceux-ci, à la confection de produits industriels. » A ces personnes, la protection de la loi défendant le paiement des ouvriers en marchandises [Trucki^erbot, Trucksystem, système du troc), demeure assurée, même si elles se procurent «Iles-mêmes la matière brute ou auxiliaire. L'ordonnance sur l'industrie parle encore de ces personnes à un autre endroit^ au § 136, où elles sont définies par les caractères suivants : « ceux qui, en dehors des locaux des fabriques, pour û les propriétaires de celles-ci ou leurs assimilés, confec- « tionnent les produits ou demi-produits nécessaires à leur « exploitation industrielle ou les leur débitent, sans faire « profession de la vente de ces marchandises aux consom- « mateurs ». La novelle du 26 juin 1897, modificative de l'ordonnance sur l'industrie, désigne ces personnes comme industriels à domicile. Telle est la manière adoptée par la législation d'Empire, pour distinguer entre les industriels à domicile indépendants et les ouvriers à domicile non indépendants.

On voit, par ce qui précède, que ni la science, ni la pratique, n'ont encore réussi à donner de l'industrie à domicile une définition irréprochable. Liefmann a, pour la caractériser, suivi une méthode toute nouvelle. Il voit, dans l'industriel à domicile, un « producteur pour le commerce » (Verlagsproduzente), qui conclut avec le commerçant ou le

donneur de travail un contrat d'ouvrage. Cet industriel à domicile apparaît comme un sujet économique indépendant qui, sur la base d'un contrat d'ouvrage, confectionne des produits déterminés. A cette situation s'oppose celle du contrat de louage de services, au moyen duquel l'ouvrier non indépendant se met pour une durée définie à la disposition du donneur de travail, se place, en d'autres termes, sous la dépendance d'autrui. Dans le contrat de louage d'ouvrage, l'ouvrier indépendant entreprend de façonner un ouvrage ; il n'échange pas celui-ci, mais il reçoit le paiement du travail qu'il consacre à sa confection. Dans le contrat de louage de services, le sujet économique non indépendant loue sa force de travail, sans considérer si ce dernier donne ou non naissance à un produit. En appliquant ces principes à la broderie mécanique en Saxe, par exemple, le brodeur ou le possesseur de machine salariés, qui entreprennent pour un commerçant de broder une étoffe seraient des « producteurs pour le commerce ». A leur tour, les personnes qu'ils occupent, brodeurs à la machine, surveillantes, rattacheuses, etc., seraient à regarder comme ouvriers non

I indépendants sur la base du contrat de louage de services.

\ Cependant, l'artisan ordinaire lui aussi, conclut avec son commettant un contrat d'ouvrage et pour ne pas le qualifier de « producteur pour le commerce », il est nécessaire de signaler la différence qui existe entre les deux, dans la personne de celui qui fournit le travail. L'artisan a le consommateur pour commettant : par contre, le « producteur pour le commerce » a pour commettant un revendeur de son produit. L efmann a très certainement et avec beaucoup d'ingéniosité reconnu pour essentiel un point longtemps considéra comme négligeable dans l'industrie à domicile.

•^Mais la doctrine, pour définir la dépendance ou l'indépendance économique, se laisse guider par d'autres considéra- Rcicli r . 16

tions. A son point de vue, le « producteur pour le commerce » qui vend au négociant est également non indépendant. La conception essentielle de Liefmann est que ce n'est pas un contrat d'achat, mais un contrat de travail, qui se conclut entre le commerçant et le producteur pour le commerce. Cette conception ne convient nullement à tous les cas d'industrie à domicile. Prenons, par exemple, l'industrie des instruments de musique du Vogtland dans le royaume de Saxe. On y rencontre des fabricants de violons qui travaillent alternativement, tantôt pour le commerçant, tantôt pour leur propre compte et à leurs risques. Ils s'efforcent en ce cas d'écouler chez divers marchands les violons confectionnés. Ils concluent, par suite, avec ceux- qui leur prennent les instruments dans le but de les revendre, un contrat d'achat et non pas un contrat d'ouvrage.

A travers toutes les exphcations qui précèdent, on aperçoit comme un fil conducteur l'idée que ce qu'il y a de proprement essentiel dans l'industrie à domicile, c'est l'intermédiaire du négociant. On reste ainsi toujours plus avancé, si de nouveau l'on se ralhe aux théoriciens anciens tels que Held, Lexis, Schmoller ou mieux si on ne les quitte pas. Schmoller définit l'industrie à domicile comme « une forme industrielle d'entreprise, dans laquelle le petit producteur ne vend pas directement au public, mais n'arrive à écouler ses produits qu'ailleurs, par l'intermédiaire du négociant ». Cette définition reproduit de la façon la plus claire et la plus intelhgible les caractères de l'industrie à domicile. Il est facile à comprendre et c'est l'évidence même, qu'il faut établir entre les ouvriers à domicile des distinctions suivant leur manière d'écouler leurs produits. L'industriel dont l'activité s'exerce dans son domicile ou dans son atelier directement pour les besoins des consommateurs est un artisan. Qu'on l'appelle si l'on veut, bien que l'on

puisse imaginer chez lui de multiples transformations, un a maître de clientèle » {Kundenmeisler). Il peut à la fois travailler pour le consommateur et pour un commerçant ; il peut exécuter des travaux suivant le besoin immédiat s'il est tailleur, ou produire des marchandises en réserve dans une mesure modeste s'il est menuisier. Dans tous les cas, il est toujours susceptible d'être désigné diaprés le trait plus saillant de sa production, comme « maître de cUentèle ». En face de celui-ci se place l'ouvrier à domicile qui confectionne des produits pour le négociant, pour le revendeur, pour le marché mondial. Cet ouvrier à domicile peut être désigné par les mots de « maître d'affaire » {Geschaeftsmeister) pour exprimer l'élément impersonnel et imprécis qui chez lui domine. A l'intérieur de l'industrie à domicile elle-même, il est permis de distinguer divers qchelons dans la dépendance (9). L'ouvrier à domicile est susceptible d'être occupé dans l'exploitation en grand. Il reçoit les matières premières ou auxiliaires, et peut-être aussi des machines et des outils, en partie des mains du commerçant, et il apparaît comme chargé de la livraison de produits demi finis. Ce serait le travail à domicile, au sens de l'ordonnance sur l'industrie. Mais il peut également s'agir de métier de commerce (Verlagshandiverk), c'est-à-dire que le producteur pour le commerce possède des outils et des ressources personnels et confectionne les marchandises entièrement dans son atelier. La troisième forme serait le métier de commerce sans exploitation. Elle se manifeste, lorsque l'industriel à domicile livre des produits finis, tout en ne possédant pas de machines ou d'outils personnels ou n'exerçant pas son activité dans son propre ateher, mais en travaillant chez les autres. Aux deux premières formes convient l'expression de « maître d'affaire », en ce que l'on comprend par elle un ouvrier exerçant son activité à domicile, par opposition à

l'artisan et à l'ouvrier de fabrique. Il faut d'ailleurs reconnaître que les deux expressions nouvelles n'épuisent aucunement toutes les modalités possibles et qu'entre elles deux viennent se placer plusieurs hypothèses, auxquelles elles semblent l'une et l'autre inapphcables. Ainsi, par exempleun tresseur de paniers, qui, pour écouler ceux qu'il fabrique pour son compte et à ses risques avec la matière brute qu'il possède personnellement, recourt aussi bien au négociant, qu'il vend en détail aux consommateurs en colportant sa marchandise, est tantôt maître d'affaire, tantôt maître de chentèle. Des conditions d'une nature toute spéciale se manifestent dans l'industrie des jouets de Sonnenberg dans le duché de Saxe-]Meiningen. Le commerçant commande, d'après un modèle que lui soumet le petit fabricant, souvent plusieurs milliers de douzaines d'un animal en peau ou d'une poupée. Le petit fabricant, à son tour, commande chez les ouvriers en demi-produits, travaillant à domicile, le& parties de marchandises nécessaires à la fabrication de l'objet entier, c'est-à-dire chez les pressiers, tourneurs, sculpteurs, confectionneurs de voix ou d'articulations, etc.. Lorsque ces ouvriers en demi-produits, qui fréquemment occupent à leur tour des compagnons dans leur domicile, ont exécuté leurs commandes, le petit fabricant réunit les parties séparées. Au jour de la hvraison, les marchandisescomplètement prêtes à vendre s'en vont chez le com^merçant, contre paiement comptant immédiat. Ce dernier les emballe et les empile jusqu'à ce qu'elles puissent trouver leur emploi. Ces divers petits fabricants, modeleurs, ouvriers en demi-produits, sont personnellement d'une indépendance absolue, en ce sens qu'ils ne sont pas hés, ceux-là à un commerçant, ceux-ci à un petit fabricant déterminés. Ils peuvent avoir accepté de plusieurs des commandes et se charger de leur exécution. Mais ils sont au point de vue économique

dépendants et subordonnés. Ils ne gardent pas, en effet, en main l'écoulement de leurs marchandises et ils ne confectionnent, en général, aucun objet susceptible de paraître sur un marché. Ils dépendent du capital, de la maison qui leur a commandé la marchandise ou le demi-produit. Ce sont tous des « maîtres d'affaire ». Dans les deux groupes, on peut, à nouveau, distinguer des indépendants et des dépendants. Ainsi, dans la broderie de rideau au tambour, qui s'exécute dans le Vogtland, le représentant-type du travail indépendant est le propriétaire salarié d'une machine à tambour. Il s'obhge, par son contrat d'ouvrage, à fabriquer une marchandise déterminée et il peut conclure des contrats semblables avec plusieurs commerçants à des termes de livraison divers. Les représentants-types du travail non indépendant sont le brodeur au tambour en fabrique, et avec lui la racommodeuse, la repasseuse, la calandreuse, la rattacheuse, etc. Tous sont au service de leur donneur de travail, ont prés de lui rang de compagnon. La troisième catégorie d'industriels à domicile devrait selon Lietmann, également appartenir aux non indépendants. La situation €st ici la même que dans le métier, où l'on distingue pareillement le maître de ses compagnons. L'expression d' « industrie à domicile » ou si l'on préfère le langage de la loi, de <( travail à domicile », est toujours la plus caractéristique, parce qu'elle permet de reconnaître, en les opposant, l'occupation à domicile et celle à la fabrique ou à l'atelier. Le fait que certains industriels à domicile vont jusqu'à constituer des ateliers véritables ne constitue pas la règle, et ne pourrait pour cette raison, tirer à conséquence (10)].

(1) [BuECHER, Hdsv. d. Staatsw., 3, p. 926 ; Braun et Krejcsi, Der Haiisfleiss in Ungarn, 1886 ; Sehr. d. Ver. f. Sozialp.,Al^ p. 115 et suiv. ; v. Paygert, Die soziale und wirtschaftliche

Lage der galizischen Schuhmacher, 1891 ; E. Schwiedland,. Vorbericht über eine gesetzliche Regelung der Heimarbeit, 1896, p. 7 et Jahrbuch, f. Nat., 3® Folge, 16, p. 529 et suiv.]

(2) [Pour des exemples types de l'évolution progressive du métier dans le tournage de l'ambre, la tonnellerie, l'armurerie, la chapellerie, le tissage, voir l'ouvrage de Stieda, Litteratur, heutige Zustände und Entstehung der deutschen Hausindustrie, 1887, p. 115 et suiv.]. Thun, Industrie am Niederrhein, 2, p. 12 et suiv.

(3) Le tissage de la laine existe chez le paysan dans la région de Lille, Cambrai, Douai. Les vieillards apportent leui- aide et tous les jours de pluie, et plus encore la saison d'hiver, y sont consacrés. Mais à l'époque de la moisson, toute la famille s'occupe aux travaux agricoles. Dans les environs d'Amiens, encore en 1865, l'industrie campagnarde continuait d'être la principale ressource de la population (Reybaud, dans les Comptes rendus de V Académie des Sciences morales et politiques, 1865, II, p. 410 et suiv.). En Russie, l'industrie de métier des paysans travaillant avec leur propre matière première et à leurs risques, s'est transformée en manufacture à domicile. Voir à ce sujet, Thun, Landwirtschaft und Gewerbe in Mittelrussland, p. 161 et suiv. L'industrie à domicile de la laine dans le district d'Oparinski a été fondée, vers 1750, par un paysan qui avait fait son apprentissage dans une fabrique de Moscou (Stellmacher, Beitrag zur Darstellung der Hausindustrie in Russland, 1886, 29, 37).

(4) [Parmi les industries à domicile, en Allemagne, celle du filet dans les villages du Taunus, celle des crayons d'ardoise aux environs de Steinach dans le haut pays de Meiningen, celle de la broderie plate à Plauen, enfin la broderie en blanc dans la Haute Franconie témoignent de cette origine {Cpr. Stieda, op. cit., 111, 112). En Autriche, par exemple, le tressage de paniers en Moravie, en Basse Autriche, en Bohême, à Königssaal près Prague, en Galicie 'à Rüdnick, le tournage de boutons de nacre en Bohême, à Tachau, ont été, de cette manière, introduits comme industries à domicile (Schvvieland..

Die Entstehung der Hausindustrie mit Rüchsicht auf Œsterreich, dans la Zeitschr. f. Volksw., Sozialp. u. Verw., 1, p. 23)].

(5) Le tressage de paniers, qui s'exploite à l'ordinaire comme métier, revêt dans le Haut-Mein, à Cobourg, etc., le caractère prépondérant de la manufacture à domicile : le « fabricant » y fournit la matière première, apprête le roseau, etc. {Deutscher Aussi. Ber. von 1873, 3, p. 596 et suiv.). Pour la fabrication des lames à Solingen, il fallait que les maisons de gros s'occupassent elles-mêmes du matériel, pour garantir aux ministères de la guerre la qualité requise. A Remscheid, il existe, en dehors de ce que l'on appelle les fabricants, ce que l'on nomme d'un autre côté les négociants en fabrique {Fabrikkau fleute), qui confient rarement des commandes immédiates aux ou\Tiers, mais s'occupent d'écouler la plus grande partie de leurs produits {Zeitschr. /. Staatsw., 24, p. 591 et suiv.).

(6) Le célèbre ouvrage Entdeckte Goldgrube in der Akzise^ paru en 1685, oppose à merveille les « fabricants » {Fabrikanten) hollandais aux « commerçants » {Verleger) allemands. Les premiers possèdent de grandes maisons, où tout, depuis le trieur de laine jusqu'au teinturier, se trouve réuni ; ils ont un fonds de commerce important, prennent beaucoup de peine et de souci, mais leurs ouvriers sont fort misérables (V. supra, § 20) ; (C. Roberts, The treasure of trafic, 1641, p. 33 et suiv.). Vers 1760, les négociants de Manchester ont commencé à faire voyager des agents qui apportaient aux tisserands du fil de lin d'Irlande pour monter la chaîne et du coton brut à filer dans leur propre famille. Ceci constituait certainement un progrès dans la division du travail, en ce que désormais les tisserands se trouvaient dispensés de la peiné de rechercher la matière première et la clientèle. Cette évolution fut, au début, fort avantageuse pour les petits tisserands, parce que l'invention des machines à filer, en 1738, fut de beaucoup antérieure à celle des machines à tisser, en 1785. Après l'invention du métier mécanique ou powerloom, ils se procurèrent celui-ci pour exploiter encore davantage la situation économique, le bon marché du fil et l'accroissement des débouchés pour les produits.

Une invention ou un perfectionnement supplantait l'autre. Celui qui ne pouvait suivre le mouvement se voyait finalement contraint d'abandonner la concurrence indépendante, non sans avoir, au préalable, dans un combat sans issue, sacrifié sa maison et son bien, transformés en ateliers et en machines. C'est ainsi que des hommes comme Ar-kwr'g. et l'aîné des Peel sont parvenus à se créer une situation presque princière, tandis que la foule considérable des moins adroits et des moins heureux passait au prolétariat des ouvriers de fabrique (Voir Bai NES, Hisiory of the cott on- m a nu facture in Gr. Britain (1835), et la peinture de l'évolution dans l'ouvrage de Karl Marx, Das Kapital^ p. 345 et suiv.). Dans les pays du Rhin, l'industrie du coton se trouvait encore, aux débuts du xix^ siècle, dans un état comparable à celui de l'industrie anglaise cinquante ans plus tôt. En Saxe, la fabrique de coton proprement dite n'a acquis de l'importance que depuis 1849. En Württemberg même, le système de l'industrie à domicile n'a été abandonné que pendant les années de crise suivant 1850 {Zeiischr. /. Staatsw., 25, p. 561 et suiv.) ; sur l'évolution de l'industrie à domicile vers le système en fabrique (voir op. cit., p. 576 et suiv.). A Aix-la-Chapelle il n'existait, en 1808, qu'une seule fabrique de drap qui réunissait toutes les opérations du mé- •tier. (Thun, I, p. 24). Sur la façon suivant laquelle, dans. le pays de Wladimir, des chambres de fileuses ont souvent servi à passer de la manufacture à domicile à la fabrique (voir Stellmacher, loc. cit.).

(7) [Un exemple en est fourni par la broderie dans le Vogtland saxon, en tant qu'elle s'exécute à la machine. En 1862, il n'existait, dans la ville de Plauen, qu'un seul établissement particulier pour la broderie avec 42 machines. Dix ans plus tard, on comptait 239 exploitations avec 907 machines à broder, et, dans tout le \'ogtland, 404 exploitations avec 1.300 machines. Ainsi, la moyenne par exploitation ressortait entre 3 et 4 machines (Bein, Industrie d. saechs. Vogil., 1884, 2, p. 394 à 397)].

(8) Statistik des Deutschen Reichs, Erganz. z. 1. Heft, 31. En

Autriche, il n'existe presque aucune partie du territoire sans manufacture à domicile, mais la statistique fait défaut. En St]»Tie, en Carinthie, en Carniole, la prépondérance est acquise au tressage de la paille, du bois, des paniers, tandis que dans les pays des Alpes domine la confection des objets en bois. La variété la plus grande de manufactures à domicile se rencontre en Bohême, en Moravie et en Galicié. En Suisse, 19 0/0 de la population industrielle, soit environ 100.000 individus, ressortirait aux manufactures à domicile, dans la cordonnerie, l'industrie de la soie, la broderie et la confection de la dentelle. En France, la manufacture à domicile la plus prospère est celle de l'industrie de la soie à Lyon et aux alentours ; puis viennent le travail de la laine, l'industrie de la dentelle, l'industrie des articles de Paris, le métier de tailleur et la cordonnerie. Le tissage de coton a rétrogradé comme manufacture à domicile. En Italie, la manufacture à domicile se répartit entre des branches fort nombreuses, principalement celles de la soie, de la paille et des dentelles. En Russie, environ 7 millions 1 /2 de personnes ou 15 0/0 de la population se consacrerait à l'industrie à domicile ; il s'agit sans doute, en général, d'activité domestique seulement (Stieda, dans la Russische Revue, 22, p. 195). La Belgique possède d'importantes manufactures à domicile dans l'industrie dentellière et la fabrication des armes ainsi que l'Angleterre, de son côté, dans le textile et récemment surtout dans l'industrie du vêtement (Sombart, Hdu'. d. Staatsiv., p. 426 et suiv.).

(9) [R. Liefmann, L'eber Wesen und Formen des Verlags^ 1899 ; Alf. GENTZscH,Z)ie sächsische Tamburgardinenstickerei, 1910 ; H. Dressel, Die Entwicklung von Handel und Industrie in Sonnenberg, 1909; Br. Zeeh, Die Betriebverhältnisse in der sächsischen Maschinenstickerei, 1909 ; Walter Kurth, Die hausindustrielle Fabrikation kleinerer musikalischer Instrumente in Vogtland, 1910 ; Gertrud Meyer, Die Spielwarenindustrie im saechsischen Erzgebirge, 1911 ; Schmoller, Grundriss der allgemeinen Volksmrtschaftslehre, I, p. 103, 1901 ; Lexis, dans le Handbuch der politischen Œkonomiede Schoen-

borg ; Held, Zwei Bücher zur sozialen Gescfiichte Englands^ éd. G. F. Knapps, p. 671 et suiv., 1881 ; Stieda, Litteratury heutige Zustände und Entstehung der deutschen Hausindustrie, 1889 ; Sehr. d. Ver. f. Sozialp.]

(10) [Stuelpnagel, dans les Schriften d. Ver. f. Sozialp., 42, p. 1-24. Sur les origines de la lingerie à domicile et son développement issu du commerce de toiles et des écoles de couture : (Voir dans le Jahrbuch /. Ges. u. Verw., 20, p. 588 et suiv.). Sur l'industrie à domicile à Leipzig et aux environs (lanternes en papier, tapisserie, fleurs artificielles, parapluies, etc.), voir Lehr, Die Hausindustrie in der Stadt Leipzig, 1891.]

La manufacture à domicile, toutes choses égales d'ailleurs,,. peut ne pas supporter la concurrence de la grande fabrique, parce que, tout en ayant, en général, suivi le progrès du salaire à la pièce, elle est néanmoins restée en arrière, quant à la division et au groupement du travail (1). Celui qui, tour à tour, tisse et cultive son champ, atteindra difficilement la même virtuosité que s'il se consacrait à une seule de ces occupations. Le capital est, dans le système à domicile, très émietté, les machines coûteuses à peine possibles, et l'inteUigence de l'entrepreneur en grand ne se rattache que par des liens très lâches à l'activité de l'ouvrier. Le travailleur à domicile peut être compté à un outil existant à mille exemplaires, et l'ouvrier de fabrique à un rouage isolé d'une vaste machine (Bodener) (2). Il existe naturellement à ce point de vue des différences de degré. Plus le commerçant se met à ressembler au propriétaire de fabrique, plus l'industrie à domicile se rapproche elle-même de la plupart des avantages de celle-ci (3), qu'en général, tout métier tend à s'assimiler complètement. Les métiers.

qui, à cet égard, demeurent en arrière, ne parviennent qu'avec difficulté à se maintenir. C'est ce que démontre la décadence de l'industrie cotonnière des Indes Orientales. Depuis un millier d'années, elle avait poussé dans le sol national des racines des plus touffues. La proximité de la matière première et le faible taux des salaires ouvriers semblaient lui garantir une situation inexpugnable. Et cependant, même sur son propre terrain, elle n'a pu triompher de la concurrence des jeunes fabriques du Lancashire (4). Autrefois, on vantait justement le bon marché de la production des industries rurales accessoires. Depuis le développement nouveau du machinisme et du marché mondial, il n'y a plus là, dans la plupart des cas, qu'une apparence. En d'autres termes, ce bon marché est plus que compense par une qualité moindre du travail (5). En Angleterre, les tentatives faites par le tissage à domicile, pour s'opposer à l'essor des grandes fabriques, en 1804 et 1806, n'ont qu'un intérêt de curiosité mélancolique (6).

Les avantages sociaux et moraux de l'industrie à domicile sont mis particulièrement en lumière par la belle industrie de la tabletterie dans les basses vallées de la Seine et de l'Oise. Une grande partie des commerçants à leur aise s'est élevée au-dessus du rang des ouvriers ordinaires, tout en continuant de travailler avec eux. Il faut ajouter à cet avantage la liberté domestique et la vie de famille paisible dont jouissent les ouvriers, même lorsque la femme apporte sa coopération au travail (7). On doit donc se réjouir beaucoup de la persistance d'une manufacture à domicile dont la vitalité s'affirme. Les mesures, prises par les pouvoirs publics pour fortifier encore sa capacité de soutenir la concurrence (§ 58, 113 et suiv.) peuvent, suivant les événements, être l'objet d'une vive approbation. Le fabricant dont la fortune est modeste préférera, en général, la manu-

facture à domicile à l'exploitation en fabrique proprement dite, parce qu'elle exigera de lui moins de capitaux et parce que ces derniers ne seront pas immobilisés sous forme de machines d'une façon aussi irrévocable. L'ouvrier à son aise aura les mêmes préférences, parce qu'il se sentira moins assujetti (8). Par contre, le capitaliste dont la fortune est colossale tendra de plus en plus à créer des fabriques qui lui permettront d'une manière plus rationnelle et plus énergique de tirer parti de son avoir. Le prolétaire, qui d'un autre côté, ne peut faire aucune avance de matières premières, d'outils ni même de simple entretien, sera contraint de voir dans les fabriques son seul refuge (9). Il n'est pas rare, surtout à l'époque moderne, que le système à domicile soit menacé de graves dégénérescences sociales. La productivité et la faculté de développement que la fabrique, au point de vue absolu, possède à un degré plus haut, rendent tout au moins possible à cette dernière d'accorder à ses ouvriers un salaire plus rémunérateur qu'aux industriels à domicile. Et c'est précisément dans les branches de la manufacture à domicile que nous rencontrons les plus criants exemples de la misère ouvrière. Une dépression artificielle du salaire rencontrera chez elles, à cause de l'isolement des ouvriers, beaucoup moins de résistance que dans la grande fabrique (10). L'ouvrier, dans l'industrie à domicile, est exposé bien plus immédiatement aux effets des crises, en raison de ce que le capital de l'entrepreneur se trouve moins immobilisé. [Par suite de ce que l'institution des a facteurs » (commissionnaires) a été déviée de son but, par suite de l'apparition des intermédiaires et de ce que l'époque moderne à nommé le « sweating System », les ouvriers à domicile ont été souvent opprimés d'une extraordinaire façon et privés des fruits de leur labeur (11). L'industrie à domicile est portée à la surproduction presque encore davantage que

la fabrique proprement dite. Aux époques de demande intense, les « facteurs » n'ont souvent aucune envie d'augmenter les salaires ; ils préfèrent alors se contenter d'un travail défectueux, ce qui nuit au bon renom industriel de la contrée tout entière. La fraude sur la matière brute confiée à façon est beaucoup plus difficile à empêcher quo dans la fabrique (12) ; il en est de même, d'un autre côté, des abus du trucksystem (paiement des ouvriers en marchandises) (13). Les excès de travail des femmes et des enfants qui, selon toute vraisemblance, sont apparus tout d'abord dans la manufacture à domicile, sont beaucoup plus difficiles à abolir par l'influence de l'opinion pubhque et l'autorité policière de l'Etat, que notamment dans la très grande fabrique, que son importance fait mieux connaître et rend par là susceptible d'une réglementation plus efficace. Le « chant de la chemise » et ses effroyables paroles :

Oh God, that bread should he so dear, and flesh and blood so cheap ! Se peut-il, ô mon Dieu, que le pain soit si eher Lorsque coûtent si peu notre sang, notre chair !,..

ont jailh de la manufacture à domicile (14). A de multiples points de vue, il paraît fort à souhaiter que le système à domicile et celui des fabriques puissent exister l'un à côté de l'autre. Il en est ici comme du mélange de la petite et de la grande culture : les grandes sont aussi le mieux en situation de faire des essais et des inventions nouvelles, qui assurent des progrès importants et profitant à tous. Les grands propriétaires de fabriques ont un intérêt bien plus durable à ouvrir des débouchés nouveaux, à en élargir d'anciens, que de simples négociants, qui la plupart du temps peuvent, sans beaucoup de difficultés, faire émigrer leurs capitaux vers une autre entreprise.

(1) L'industrie à domicile est, elle aussi, naturellement susceptible d'atteindre un certain degré dans la division du travail. C'est ce qui se passe, par exemple, dans l'industrie des jouets. Tantôt une maison ne confectionne que les petits moutons, une autre que les petits chevaux, mais chaque ouvrier finit son objet. Tantôt c'est un ouvrier qui creuse la planche à former beaucoup d'objets différents, tandis qu'un autre les moule, qu'un troisième les peint, etc. La première manière est prédominante dans la région du lac de Gmunden, la seconde à Sonnenberg, Grünhainischen, etc. (Hermann^ Prinzipien der Wirtschaft, 298).

(2) L'exploitation en grands établissements industriels, même sans le secours des machines, abaisse énormément le prix de revient des marchandises. C'est ce que montre le bon marché des livres manuscrits au temps de Martial, dont le treizième livre des Epigrammes, les Xenia, qui remplit vingtdeux pages in-octavo dans l'édition de Deux-Ponts, ne coûtait que quatre sesterces et descendait même jusqu'à deux (environ quarante centimes) {Epigr., XIII, 3, v. 118).

(3) Dans l'industrie de la bonneterie à Chemnitz, il fallait, au début, des ouvriers habiles pour apprendre les nouvelles méthodes et les enseigner. Plus tard, ils sont devenus de simples acheteurs, qui débutaient souvent par porter la balle, puis achetaient une petite voiture, arrivaient à posséder un cheval pour finir par devenir eux-mêmes « fabricants » {Handelskammerbericht de 1882).

(4) Aux temps du système à domicile, Chemnitz et le Vogtland, ainsi que la Bohême allemande, ont pu imiter l'industrie des cotonnades des Indes orientales bien avant l'Angleterre. Par contre, ce dernier pays comptait, dès 1815, autant de broches que cinquante ans plus tard le Zollverein, l'Autriche et la Suisse tous ensemble. La prospérité de l'industrie de la toile, en Irlande, tient certainement en partie à ce qu'elle est passée de fort bonne heure à la grande fabrique.

(5) Vers la fin du xvii^ siècle, les Hambourgeois rendirent à l'industrie allemande un grand service en faisant naître en Si-

lésie l'imitation des espèces de toiles françaises les plus réputées comme les rouennes, les bretagnes, etc. Il était alors possible à l'industrie de la toile d'avoir les sièges de sa direction commerciale à Hambourg, et technique en Silésie. Mais depuis que les Anglais ont, au plus haut degré, concentré la production tout entière dans le voisinage des gi*andes places de commerce, il est devenu non moins nécessaire ailleurs de réunir plus étroitement les divers membres de l'industrie. La crise qui a sévi en Flandre, au milieu du xix^ siècle, a été surtout la conséquence de ce que son industrie à domicile s'est trouvée dépassée, par les fabriques étrangères. Des raisons analogues ont fait baisser d'un quart entre 1816 et 1825 le salaire des trerseuses de paille de Bedford et de Buckingham, tandis qu'auparavant elles avaient gagné, avec leur travail de tressage, exactement autant que leurs maris (Thornton, Overpopulation, 26). A Zurich également, les tresseurs de paille succombèrent devant leurs concurrents étrangers, qui firent de ce métier leur profession exclusive. Dans le canton de Zürich, il existait d'une façon générale encore en 1834, environ quatre septièmes des industriels qui unissaient l'agriculture à leur profession, ce qui causait, dès cette époque, de grandes préoccupations pour l'avenir (Meyer von Knonau, Canton Zürich, p. 105 et suiv., 114).

(6) Held, Soziale Geschichte Englands, (p. 442 et suiv., 6'j4).

(7) C'est pour cette raison que Mirabeau préfère décidément les manufactures séparées aux manufactures réunies. Elles seraient plus avantageuses aux ouvriers, exigeraient moins -d'avances, etc. {Monarchie Prussienne, II, 14 et suiv., 75). D'après un ou\Tage de M. Mohl, Aus den gewerbwissen- ^chaftlichen Ergebnissen einer Reise in Frankreich (1845), on trouvait, parmi les ou\Tiers qui s'étaient élevés à la condition de fabricants de boutons indépendants, quelques-uns n'ayant pas encore atteint l'âge de 30 ans. Dans le département de l'Oise, on comptait, sur cent trente a fabricants », à peine quatre qui n'étaient pas sortis du rang de simples ouvriers à domicUe ; <en général, ils se tutoyaient avec leur personnel ; leurs filles,

pendant la semaine, étaient vêtues presque toujours en paysannes. Reybaud décrit, pour la contrée de Nottingham, une situation en ce sens très favorable (Académie des sciences morales et politiques^ 1862, III, 356 et suiv.). On trouve une image tout en rose de la manufacture à domicile, en Angleterre, dans Gaskell, Artizans and machinery (1836) ; il en est de même pour la bonneterie de la région de Chemnitz, dans le rapport de BowRiNG {Bericht über den deutschen Zollverein^ traduction de Bueck, 1840, p. 86).

(8) Dans le tissage de coton du nord de la France, les ouvriers sont opposés à l'abandon du système à domicile, bien qu'aujourd'hui, leur salaire se trouve diminué ; les patrons sont du même avis, par crainte que le changement ne puisse susciter des coalitions {Zeitschr. f. Staatsw., 1869, 571). Le silence, et surtout la sévérité qui doivent régner dans les grandes fabriques a, pour les intéressés, quelque chose de très pénible. Dans l'industrie de la soie à Zürich, les ourdisseurs, les dévideurs, les tisseurs qui travaillent en fabrique sont plus payés que ceux qui emportent la soie à la maison pour la mettre en œuvre. Et pourtant, on ne trouve en général, pour se résoudre à la première manière, que les plus pauvres ou les ouvriers isolés (BoEHMERT, Beitr. z. Fabrikgesetzgebung, 1868, p. 62).

(9) Selon Bodemer, dans son ouvrage Die industrielle Bevolution mit besonderer Berücksichtigung der erzgebirgischen Erwerbsverhältnisse (1856), la misère chronique en règne dans le Haut Erzgebirge ne pourrait être durablement guérie que par le passage à la grande fabrique. Une démonstration analogue, pour la manufacture de toile en Allemagne, a été faite par RoscHER, dans son ouvrage Die Produktionskrise des hannoçerschen Leinengewerbes {Goeltinger Studien, 1845).

(10) Remarques sur Solingen dans Thun, Industrie des Ä'ie^ derrheins, 2, p. 89). [Dans la région du Fichtelgebirge, les tisserands à domicile fabriquant la marchandise commune, gagnent en moyenne par semaine à peine au-dessus de 5 marks {Sehr. d. Ver. f. Sozialp , 42, p. 48). Dans les environs de Leipzig, le tresseur de paniers, même avec la collaboration de sa femme, n'ar-

rive pas à gagner, pour une durée journalière de travail de 14 à 16 heures, plus de 800 marks par an {Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 48, p. 29). En Silésie, le filet, pour une durée de travail de 14 heures, rapportait, en 1889, un salaire journalier de 35 pfennigs. Dans la fabrication des chapeaux de paille à Breslau, le gain hebdomadaire des ouvriers à domicile, payés à la pièce, atteignait de 3 mk. 50 pf. à 7 marks {Sehr. d. Ver. f. Sozialp.,^2, p. 102-103). (Voir un rapprochement comparatif des salaires à une époque antérieure dans Stieda, op. cit., p. 80 et Buiv.)].

(11) [La fonction de celui que l'on désigne sous le nom de facteur {Faktor, Ferger, fattorino) consiste à partager entre les ou^Tiers à domicile les ordres du commerçant, ainsi que la matière brute nécessaire à l'exécution de ceux-ci, pour grouper ensuite, après leur achèvement, les produits obtenus. Dans les transactions avec des individus nombreux, disséminés, pauvres et ignorants, cet intermédiaire, par lui-même bienfaisant aux débuts, peut aisément se transformer en parasite. 11 exploite alors aussi bien l'ouvrier à domicile, sur lequel il opère pour son entremise des prélèvements exagérés, qu'il cherche également à surfaire à l'entrepreneur. 11 a donné naissance à une espèce particulière, dans l'industrie de la soie à Lyon. C'est le système dit de l'atelier, dans lequel l'entrepreneur confie ses commandes à un maître industriel à domicile, qui, à son tour, occupe dans son atelier à lui des ouvriers dits compagnons. Cette maîtrise intermédiaire dégénère en sweating System. Le sweater est celui qui « salarie immédiatement hommes, femmes et en- « fants pour exécuter le travail et qui espère retirer un gain de « leur sueur {hy sweating) ». Le sweater en petit continue de prendre part au travail ; le sweater en grand, qui occupe quarante à cinquante personnes, ne met plus la main à rœu\Te, obtient des prix rémunérateurs, se procure des forces de travail d'un bon marché extrême et empoche des gains considérables. Récemment, surtout dans la cordonnerie et dans le métier de taillem", on a pu faire des constatations de ce genre, particulièrement en Angleterre, dans l'Amérique du Nord et en Austra- Roscher 17

lie (Voir Bulletin of the Department of Lahor ^ mai 1896 ; So M* BART, op. cit., 4, p. 423, 424 ; Schwiedland, Hausindustrieund Sweaiingsystem, 1896].

{12) li €n est de même pour les compagnons de métier qui ne travaillent plus dans la maison du maître (Held, Soziale Geschichte, 557). Dans la région au nord-est de Paris, on tisse, sur des modèles parisiens et avec des fournitures parisiennes, des châles, etc. ; le contrôle du poids donne lieu à des discussions très nombreuses, les bureaux de conditionnement des laines n'étant possibles que dans les villes (Acad. des Se. m. et p., 1865, II, 37). A Lyon, de même, on fraude énormément sur la précieuse matière brute ; à Crefeld, on estimait, en 1850,. la fraude annuelle à 1/2 million de marks (Thun, Industrie am Niederrhein, I, p. 95). Dans l'industrie à domicile, l'habitude de tromper sur le fil favorise la faiblesse des salaires et réciproquement (Voir C. RoscHER, dans le Handelskammerbericht de Zittau, 1876, p. 61).

(13) Le truck System existe de façon très fâcheuse dans l'industrie à domicile de la ville thuringienne de Ruhla : Sax, dans son ouvrage Die Hausindustrie in Thüringen, II (1884), n'y fait mention d'aucune caisse d'épargne, ou caisse de maladie,etc. ayant pu être établie par les commerçants. [Voir des exemples caractéristiques pris dans diverses manufactures à domicile de l'Allemagne dans Stieda, op. cit., 87-90].

(14) C. RoscHER, op. cit., 265-276. [Stieda, op. cit., 76 et suiv. ; Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 42, p. 83. Dans le comté de Glatz> en Silésie, il existe une fabrication prospère de boîtes pour les allumettes suédoises ; elle occupe des écoliers et même, assez ordinairement, des enfants à partir de cinq ans]. Karl Marx [parle avec colère, à propos du travail à domicile dans les villes, des « taudis ouvriers » {Arbeitslöcher) où femmes, filles et enfants vivent surmenés d'ou^Tage dans un air vicié. Il] avait observé déjà, dans son livre Das Kapital, I, 466, que les lois de protection du travail des enfants, etc., ont augmenté l'incapacité de soutenir la concurrence pour les fabriques modestes et, plus encore, pour celles placées au degré le plus bas de l'échelle.

[Une expérience semblable est d'ailleurs faite en Allemagne, où l'on se plaint de plus en plus de ce que les enfants, qui, depuis 1891, ne sont plus admis dans les fabriques avant l'âge de 13 ans, sont occupés à l'industrie à domicile dans des conditions beaucoup plus défavorables (Voir à ce propos les communiqués officiels relevés dans le Jahresbericht der Gewerheaufsichtsbeamten, 1892, 56 ; 1894, 370, 471)]. Dans la ville de Wolwerhampton, capitale de l'industrie du fer, dans celle de Willenhall, roj^aume de la serrurerie, dans celle de Sedgeley, centre de la clouterie et des chaînes, l'industrie à domicile occupe partout, sous la direction de conynissionnaires, une situation prépondérante ; le manque de surveillance des enfants, les mauvais traitements à l'égard des apprentis, la saleté des maisons et des rues y régnent au moins autant qu'à Manchester. Il faut ajouter à ceci qu'il n'existe aucune régularité dans le travail : les maîtres « libres j) s'adonnent à la paresse souvent trois et quatre jours par semaine et le reste du temps travaillent de façon immodérée, pour la rude oppression et la dégradation morale de leurs apprentis (Cpr. le Children-Employment Report de 1843, p. 195 et suivi). Les ramoneurs anglais ont été jusqu'à contraindre des enfants de 4 ans, en les piquant avec des aiguilles ou en allumant de la paille, à grimper dans d'étroites cheminées ; puis lorsqu'ils avaient atteint l'âge de 7 ou 8 ans, ils les renvoyaient (Held, Soziale Gesch., 430). On peut songer, par analogie, au contraste entre le colportage et le grand commerce.

La manufacture à domicile peut se maintenir le plus longtemps dans les branches d'industrie les moins accessibles aux avantages de concentration de la grande exploitation. Ceci peut provenir de ce que les machines y sont moins susceptibles d'emploi, ou les débouchés moins capables d'ex-^

tension ; de ce qu'encore le travail est nécessairement irrégulier, ou surtout fréquemment interrompu ; de ce qu'enfin il existe d'autres obstacles qui barrent la route à des progrès accentués dans la division du travail, dans la coopération. Il en est ainsi, par exemple, déjà pour des raisons techniques, de la fabrication de la dentelle au fuseau. Ce genre de travail, par sa finesse et sa mobilité, ne se prête à aucune surveillance continue ; à son égard, le contrôle du patron consiste bien plutôt dans l'acceptation ou le refus purs et simples de la marchandise confectionnée par l'ouvrier (1). En face de cette fabrication, la broderie non seulement s'est maintenue à domicile, mais a été amenée à prendre une extension considérable depuis la construction par Josué Heilmann en 1828, de la première machine à broder. Tandis que les produits de la broderie à la main étaient de purs articles de luxe, généralement réservés aux riches, la broderie mécanique, tendant surtout à fabriquer à meilleur marché et par quantités plus grandes, parvint à établir des prix assez bas pour permettre à des classes plus nombreuses d'en, aborder l'usage (2). Partout, la prospérité de la fabrique est plus marquée pour les articles moyens que pour ceux très grossiers, où la matière brute à plus d'importance que le travail, ou encore que pour ceux très fins, qui servent au luxe précieux et ne peuvent toujours être accessibles qu'à un petit nombre de consommateurs (3). Tandis que l'industrie des cotonnades des Indes Orientales a péri si misérablement, celle des châles du Cachemire, s'exerçant à domicile, a survécu de façon merveilleuse (4). Le système à domicile, dans l'industrie de la soie, se maintient avec bien plus de force et de durée que dans celle de la laine ou du coton (5). Son rôle continue d'être fort important dans les industries suivantes et pour les causes indiquées : dans les articles, même de coton, soumis à la mode, grâce surtout à

la différence formidable entre la pleine et la morte-saison ; dans la mercerie et principalement dans les jouets, grâce à l'infinie variété des petits objets qu'il s'agit de confectionner (6) ; dans les produits de la paille et du bois, grâce au bon marché de la matière brute, qui n'influe que fort peu sur le prix de la marchandise fabriquée, la matière ellemême pouvant être facilement acquise par des ouvriers même dépourvus de ressources. Dans son ensemble, le travail des métaux est resté plus fidèle au système à domicile (7) que l'industrie textile, en raison notamment de ce que les produits finis consistent, pour le premier, plutôt en de petits objets de détail, pour la seconde, en masses considérables et constantes dans leur espèce. Lorsque la nature du pays rend impossible à la plupart de ses habitants de s'occuper exclusivement d'une branche unique d'activité, la combinaison à domicile de l'agriculture et de l'industrie peut demeurer une nécessité permanente (8). Le caractère national prend lui-même ici une certaine importance. Les mêmes motifs qui, en France, ont rendu la petite culture si populaire (Vol. Il, §50) et l'art si essentiel dans l'industrie, maintiennent dans ce pays la manufacture à domicile (9). Au surplus et malheureusement, toutes ces exceptions à la règle que la manufacture à domicile doit céder la place à la grande fabrique se retirent dans un cercle toujours plus étroit (10), La marche normale du développement veut que la grande exploitation s'empare tout d'abord des stades initial et final de la production intéressée. Quant aux stades intermédiaires, les grands entrepreneurs, lorsqu'ils ne peuvent encore tout concentrer chez eux, aiment avant tout à conserver pour eux-mêmes les articles nouvellement à la mode, tandis qu'ils commandent aux petits patrons à domicile ceux devenus courants depuis une époque plus éloignée. Ce sont, en effet, les variations de la mode que le

grand patron peut observer le plus facilement, allant même parfois jusqu'à les pressentir ou les déterminer ; c'est, en même temps, sur les objets les plus nouveaux que se réalisent les gains les plus considérables. En regard de ce qui précède, la filature dite salariée qui travaille pour les négociants en fils ou autres fabricants, mais non pour son propre compte (11), ne semble nullement constituer une forme actuelle de transition pour le passage à la fabrique. Elle ne comporte, au point de vue technique, aucun progrès dans la division du travail (12) ; et d'autre part, pour la production en général, le stimulant, comme le guide, les meilleurs, consistent à laisser entièrement supporter les chances de gains et de pertes par celui qui se trouve le plus capable d'influer sur la qualité de la technique.

(1) Il existe pourtant à Bruxelles de grandes fabriques de dentelles, qui réunissent dans une même salle une partie de leurs ouvrières, bien que la plupart de celles-ci travaillent dans leurs propres demeures. Mais on aperçoit tout de suite que ces ouvrières rassemblées travaillent, en réalité, chacune pour leur propre compte. Le principal avantage d'un groupement semblable à celui de la fabrique paraît consister ici dans la force d'attrait qu'il manifeste pour la visite de voyageurs désireux, en général, d'emporter un souvenir acheté sur place.

(2) [M. Zeeh, Die Betriebsverhältnisse in der sächsischen Maschinenstickerei, 1909].

(3) En \^'ürttemberg, l'industrie de la draperie à domicile s'est remarquablement maintenue par suite de sa limitation aux étoffes à dessins et des améliorations apportées à l'apprêt au foulage, etc. {Zeitschr. /. Staatsw., 21, p. 458). Il en a été de même pour les petits couteliers vis-à-vis des fabriques, grâce à la supériorité de leur travail quant à la qualité et à la forme.

(4) D'après les indications du Musée des' Indes à Londres, les

tisserands à domicile, dans les Indes Orientales, produisent encore sept cents genres différents d'étoffes de coton, pour la plupart soit tout à fait grossières, soit d'une extrême finesse. Ua fait qui contribue également à maintenir par endroits la manufacture à domicile, est que de nombreux Hindous, pour des motifs religieux, ne consentent à porter aucune étoffe touchée par les ciseaux ou l'aiguille (M. Chevalier, Rapport de 1S77, p. 396 et suiv.). H existe aussi dans le Cachemire des ateliers considérables. En général, un négociant avance environ un tiers de la valeur dû produit au maître ayant acheté d'un dessinateur le modèle, qu'il fait exécuter par des ou\Tiers le copiant d'une façon toute mécanique. Le travail est de si longue haleine, que la confection d'un chàle fin occupe trois personnes pendant une bonne année ; ceux tout à fait simples peuvent être achevés par deux hommes à raison seulement de sLx ou huit pièces par an. Une influence particulière est ici exercée par la mode •qui exige pour chaque châle un modèle à lui propre (Ritteb, Asien, 3, p. 1186 et suiv.). ,

(5) On considère volontiers la fUature de soie comme une industrie accessoire de l'agriculture, qui n'occupe ceux qui s'y li\Tent qu'entre le comjoûencement de juin et la fia d'août. Pour le tissage, à Zürich, à Lyon, à Saint-Etienne et à Londres, celui qu'on appelle le fabricant se charge d'ordinaire de tout ce qui concerne la préparation, ainsi que le conditionnement final ; le tissage proprement dit s'exécute, en général, à domicile. Dans l'industrie de la soie à Zürich, la matière première confiée poiir plusieurs mois aux ou%Tiers à domicile, représente une avance de nombreux millions, répartie sur le canton tout entier (Boehmert). Autour de Lyon, les métiers sont, d'ordinaire, la propriété personnelle des petits chefs d'ateliers et la situation est analogue à Coventry dans l'industrie rubannière. Par contre, aux environs de Crefeld, les métiers sont, non seulement installés par le commerçant, mais encore surveillés par des contremaîtres qui vont et viennent. Dans la fabrique elle-même, il n'est, en général, procédé qu'à la préparation des chaînes et à l'emballage ; toutefois, les fabriques les plus notables possè-

dent aussi, pour l'apprêt, des établissements personnels, tandis que celles d'une importance moindre le font exécuter moyennant salaire. Il est donc possible ici, même à des capitalistes assez modestes, de devenir fabricants (Thun,I, p.96). J. G. Hoffmann, Nachlass, p. 127 et suiv.), rappelle, à ce propos, qu'un quintal de laine coûte, en général, six fois autant que le même poids de coton, mais n'exige, pour être filé, qu'à peine un huitième du travail. La filature de la laine en grand requiert, par suite, un capital très considérable. Le tissu coûte, pour la laine, en moyenne seulement le double de la matière première ; il revient au triple pour le lin, et, pour le coton, au moins au décuple (Schmoller, Kleingewerbe, 474).

(6) Le tournage, à Saint-Claude, dans le Jura, s'exerce à domicile ; il confectionne, en effet, environ 3.000 articles différents {Zeitschr. /. Staatsw., 21, p. 38). A Nuremberg, un magasin d'articles manufacturés, convenablement assorti, renferme plus de 14.000 numéros, abstraction étant même faite des différences de grosseur {Zeitschr. /. Staatsw., 25, p. 599). A Soniîenberg, certaines firmes confient à leurs voyageurs jusqu'à 16.000 échantillons. En Bohême, l'industrie des jouets a pu, d'ailleurs, tout en conservant son caractère à domicile, faire ce progrès d'acheter en gros les couleurs, le vernis, la colle, etc. {Œsterr. Aust. Ber. von 1873, n« 47, 23 et suiv.). Dans l'Amérique du Nord, la ville de Cincinnati est une capitale pour la manufacture à domicile, et Lowell, avec ses filatures et ses tissages, en est une autre pour la fabrique en grand.

(7) A Birmingham et à Sheffield, L. Faucher, dans son livre : De V Angleterre (1845), parle, pour cette raison, de démocratie industrielle. A Sheffield, des commerces de coutellerie indépendants ont souvent été commencés avec un capital de quelques shillings. A Birmingham, on trouve des maisons ne possédant guère que 500 à 800 livres de capital, d'autres entre 200 et 5.000 livres et qui entretiennent de trois à trente ouvriers. Beaucoup d'objets sont confectionnés à domicile moyennant salaire à la pièce, et les ouvriers les plus aisés se procurent eux-mêmes leur matière première. Il arrive souvent que des

individus dits undertakers servent d'intermédiaires entre le fabricant et ses ou\Tiers de l'extérieur. Les jeunes gens entrent en apprentissage chez les ou\Tiers ou chez les undertakers ; les femmes s'occupent du polissage et de l'empaquetage, etc. (Cpr. Zollvereins- Aussi. Ber. von 1851, 3, p. 168). Ce qui ne constitue nullement un trait à l'éloge de la situation, c'est que les négociants, commerçants ou autres intermédiaires réalisent souvent un gain des plus considérables. On a parlé, pour Birmingham, de 60 à 70 0 /O d'escompte ; pour Willenhall et Wolverhampton, de chiffres plus élevés encore, tandis que l'escompte correspondant à Paris se tient rarement au-dessus de 15 à 30 0/0. A Liège, l'industrie des armes fait exécuter la plupart de ses travaux proprement dits dans les villages des alentours ; la division du travail y est poussée très loin, de sorte que, par exemple, on ne fabrique à un endroit que des canons de fusil, à un autre que des baguettes, etc. Il ne reste, par suite, pour ce que l'on nomme la fabrique, que le montage et la négociation commerciale. En Prusse, la confection des armes à feu occupait, en 1882, indépendamment de 39 exploitations comptant plus de 5 ou^Tiers, encore 311 petits patrons. En Bohême, dans le district cloutier, le « maître », ainsi nommé, fournit l'atelier avec le charbon, souvent aussi les outils, et sert d'intermédiaire entre les producteurs et les négociants ; mais, pour le surplus, les compagnons travaillent pour leur propre compte, paient pourl eur feu un loyer hebdomadaire, etc. {Zeitsckr. /. Staatsw., 21, p. 597). En Forêt-Noire, dans l'industrie horlogére, l'horloger proprement dit achète ses pièces isolées chez une douzaine de patrons différents, tels que les fendeurs, les tourneurs, les peintres de cadrans, les faiseurs de trains, fondeurs de roues, de cloches, les chaîniers, les faiseurs de sonneries, etc. (Hubbuch, dans les ScJir. d. Ver. /. Sozialp, 41, p. 88 et suiv.).

(8) Au Bengale, la chaleur contraint le paysan à garder rigoureusement la maison pendant quelques heures de la journée ; il serait, dès lors, obligé de s'adonner à la paresse, s'il ne s'occupait pas d'industrie. Dans le même sens influent les fréquents débordements du Gange ; sur la côte de Malabar, la sai-

"266 CHAP. III. GRAÎiDE ET PETITE INDUSTRIE

son des pluies ; dans beaucoup de vallées de l'Himalaya, la neige (Ritter, Asien, 3, p. 835, 5, p. 789 et suiv., 6, p. 1241). En Suède, la longueur de l'hiver ne favorise pas seulement la sculpture des meubles, l'horlogerie, etc. ; elle offre encore tant d'avantages au tissage à domicile, que pendant longtemps, les fabriques de Gothembourg n'ont pu lui faire concurrence (FoRSELL, Schwed. Statistik, 143 et suiv., 148). La situation est analogue en Russie. Si, dans son ensemble, la grande industrie féconde le travail par le capital avec plus d'intensité que la petite industrie, il faut comparer à ce phénomène celui que la culture intensive s'implante le plus tardivement sur un sol infertile, sous un climat rigoureux, etc. (Vol. II, § 34).

(9) A Paris, les grandes fabriques qui se développent en partant de l'industrie à domicile, ne peuvent se maintenir que lorsqu'elles font accomplir à la technique des progrès essentiels, lorsqu'elles sont, pour ainsi dire, des laboratoires d'industrie travaillant avec des ouvriers d'élite, sous la direction et la coopération immédiate de la science {Acad. des Se. m. et p., 1865, II, 435 ; cpr. Rei^ue des Deux-Mondes, février 1865). Lorsqu'un ouvrier français a copié pendant trois mois le même modèle, il en demande un nouveau, pour ne pas lui-même « devenir une machine ». Les choses se passent de toute autre façon qu'en Angleterre {Zeitschr. /. Staatsw., 21, p. 39). Cela tient à ce que, dans la langue française, le mot artiste, qu'il faut distinguer de celui &' artisan, désigne aussi bien la personne qui se consacre à l'art pour lui-même, que celle qui exerce un métier artistique. En particulier, la situation prospère de l'industrie française de la mode s'appuie principalement sur la circonstance que l'artiste et le commissionnaire, tous deux à Paris, se trouvent séparés du fabricant dans sa province, tandis qu'en Allemagne, c'est la plupart du temps un négociant unique qui réunit les trois caractères (Thun).

(10) HuBBUCH, op. cit., p. 85 ; M. Chevalier, Rapport de 1867, p. 113 ; Acad. d. Se. m. et p., 1864, III, 480 et suiv.

(11) Il en est de même en Suisse de la rubannerie, en France de l'industrie des boutons, et dans beaucoup d'endroits de l'in-

■dustrie de la soie. On peut faire reposer sur un principe identique le fait qu'en Russie, les étoffes de coton les plus fines sont confectionnées en fabrique dans les villes, tandis que les plus grossières le sont à domicile, comme occupation accessoire de la population rurale (Steinham, Russlands industrielle und kommerzielle Verhältnisse, 492 et suiv.).

(12) Dans le royaume de Saxe, il existait, en 1856, dans les filatures de coton travaillant pour leur propre compte, 347.198 broches fines ; dans les filatures salariées, on en comptait 181.708 ; dans celles filant aussi bien pour leur propre ■compte que moyennant salaire, 25.740 {Saecks. Statist. Zeitschr., 1856, 126). La Ba\nère et le Württemberg possèdent des filatures salariées d'environ 20.000 broches mécaniques pour le lin, parce que les femmes de ces pays attachent une grande valeur à la toile qu'eues tissent elles-mêmes, mais ne peuvent se procurer le fil à la main pour cet usage {Deutscher Ausst. Ber. von 1873, I, p. 530). Cette forme de la filature peut se comparer à l'ancien temps des moulins, où l'on ne travaillait que la matière première fom-nie, et pour le compte personnel du chaland. Plus on multiplie les tournants, en utilisant dès l:rs chacun d'eux seulement à certaines beso^es, plus le meunier doit t endre à augmenter les masses à mettre en œuvre, qu'il ne peut, le plus souvent, se procurer qu'en faisant lui-même des achats spéculatifs {Chemnitzer Handelskammerbericht, 1864, 170). A l'époque de la prospérité des corporations, les rôles de Lübeck, par exemple, ont interdit pour plusieiu's métiers toute forme ayant, avec la filature salariée, quelque analogie (\^'ehr- MA>-x, 364, 400).

[La manufacture à domicile offre à Fentrepreneur des avantages notables, et l'on peut observer ainsi comment, parfois, poussent à son extension les circonstances générales

qu'une industrie traverse (Autriche) (1). En ce qui touche les ouvriers, il faut prendre en considération le fait que la liberté qui se dissimule sous l'industrie à domicile présente pour beaucoup d'entre eux un certain attrait. Le désir de travailler chez soi conduit bien des individus, même en l'absence de tous autres motifs impérieux, à tourner le dos à la fabrique. Quand, à domicile comme en fabrique, la dépendance serait identique, l'illusion de l'indépendance suffit pour faire accorder l'avantage à l'occupation industrielle à domicile. L'allégresse du travail s'augmente, lorsque l'industriel à domicile peut lui-même achever chaque objet qu'il confectionne, comme cela se produit pour les harmonica, à bouche ou à soufflet, et en général dans l'industrie des instruments de musique. Le travail, en général, s'accomplit à domicile avec plus de commodité. Ce n'est qu'en cas de nécessité pressante qu'il s'exécute avec une hâte fébrile. A tout ceci 'tient s'ajouter le fait que l'industrie à domicile ouvre à de nombreux individus, dans une situation précaire, une source certaine de revenus, quoique souvent, il est vrai, peu abondants. Les personnes âgées, celles du sexe féminin, les veuves qui ont ménage à tenir, les personnes qui ne peuvent consacrer que quelques heures par jour à l'industrie, toutes celles en un mot, à qui la fabrique n'offre point de place, se réfugient dans le travail à domicile. Les avantages de celui-ci incitent en sa faveur de deux côtés à la fois : les entrepreneurs se trouvent servis par des forces à bon marché et d'une occupation commode, une aide enfin est assurée aux sans-travail. Mais cet état de choses s'est peu à peu transformé en tournant- à l'oppression. On a cru longtemps que le sort des ouvriers à domicile était préférable à celui des ouvriers de fabrique ordinaires : les premiers, en effet, jouissent d'une liberté plus étendue, ne sont pas assujettis à des heures de travail dé-

terminées, peuvent se livrer à des occupations domestiques ; on a pensé qu'ils se trouvaient mieux à leur aise que les ouvriers de fabrique. Depuis un certain nombre d'années cependant, des monographies consciencieuses, consacrées à des régions et à des branches d'industrie spéciales ont établi que leur sort est souvent, sinon même généralement misérable. En dernier lieu, un congrès général pour la protection des ouvriers à domicile tenu en 1904, et plusieurs expositions du travail à domicile à Berlin et à Francfort-sur-le- Mein, ont permis de réunir une documentation nombreuse. Celle-ci s'est condensée en un véritable réquisitoire contre la société qui, à l'époque actuelle, contemple tranquillement un pareil état de choses. Les ouvriers ont commencé à se dresser contre lui avec exaspération. Ils trouvent que cette forme du travail comprime leurs salaires, complique leurs organisations, rend illusoires les mesures de protection et d'assurance en leur faveur, prolonge outre mesure la durée de la tâche, provoque artificiellement, en période de suractivité, une offre de forces humaines que jette sur le pavé la période de marasme consécutive. Cette forme n'est pas moins vivement combattue par les petits industriels, pour des motifs de concurrence, et par l'autorité administrative pour des raisons de pohce sanitaire. On n'a besoin que de penser aux vêtements et au linge (2), qui sont confectionnés dans les logements étroits, où éclatent des maladies contagieuses, telles que la scarlatine, la diphtérie, le typhus, etc.... 11 s'est accompli, dans ces dernières années, un mouvement caractéristique en faveur de la limitation de l'industrie à domicile dans presque tous les pays. En Autriche, les syndicats de petits industriels ont tenté de restreindre le travail pour le commerce, mais sans succès véritable. En Belgique et en Hollande, en France et en Suisse, les miheux ouvriers se sont agités contre le travail à

270 CHAP. m. GRANDE ET PETITE INDUSTRIE

domicile (3). Les moyens préconisés et partiellement exécutés consistent dans la création d'ateliers centraux aux frais des entrepreneurs ou des ouvriers, ceux-ci devant, pour s'en servir, payer un droit de place (4) ; dans la soumission des exploitations industrielles à domicile au contrôle sanitaire et aux mesures publiques de pratection des travailleurs ; dans la suppression du système des patrons intermédiaires, enfin dans la conquête d'une durée normale de travail. En Angleterre, une loi de 1895 frappe d'une pénalité les propriétaires d'ateliers et fabriques, sur l'ordre ou avec la permission desquels des parties d'habillement sont confectionnées, nettoyées ou réparées, dans des logements ou bâti-, ments dont un occupant est atteint de scarlatine ou de variole. En outre, une loi de protection de la santé publique, ainsi que la loi sur les fabriques et ateliers de 1901, organisent l'inspection officielle des logements des ouvriers à domicile. Les résultats de cette surveillance sont consignés dans le rapport annuel publié par le ministère de l'intérieur. Le nombre des ouvriers à domicile s'élevait en 1907 à 114.294 et en 1908 à 101.172. Les inspeptions ont porté, en

1907, sur 102.549 logements d'ouvriers à domicile et en

1908, sur 93.443. Elles ont eu pour résultat en 1908, 2.022 procès- verbaux pour insalubrité des locaux et 1.154 procès-verbaux pour contamination de ceux-ci, par suite de maladies contagieuses (5).

En Allemagne, la loi sur les ouvriers à domicile du 20 décembre 1911 a entendu protéger, contre l'insuffisance des emplacements destinés au travail, les ouvriers aussi bien que le public, lequel ne doit pas se servir d'objets confectionnés dans des conditions suspectes- Elle a, dans ce but, prévu l'inspection des ateliers. Ceux-ci doivent être organisés et entretenus de manière à mettre les ouvriers à domicile à l'abri des dangers menaçant leur existence ou leur

santé. Pour empêcher que la fabrication, la manutentionet remballage d'objets d'alimentation et d'approvisionnement ne puissent préjudicier à la santé publique, il est prescrit aux autorités de police compétentes de réglementer le mode de disposition de ces ateliers et magasins, ainsi que l'organisation de leur exploitation. Les pouvoirs restrictifs de ces autorités vont jusqu'à défendre l'emploi de cert-ains locaux pour la fabrication d'objets destinés à l'alimentation et à la consommation. En outre, le Conseil fédéral est autorisé à interdire l'exécution par l'industrie à domicile de travaux présentant des dangers notables pour la vie, la santé ou la moralité des ouvriers à domicile, ainsi que pour la santé publique. Pour les branches d'industrie s'occupant de la fabrication d'objets destinés à l'alimentation ou à la consommation, les maisons qui distribuent du travail à domicile sont obligées, à des intervalles de temps convenables, de s'assurer par elles-mêmes, ou par leurs délégués, que l'organisation des ateliers demeure conforme aux règlements. L'obhgation à la tenue de registres, pour les fabriques ou ateliers occupant des personnes à domicile, est imposée aussi bien par la loi anglaise de 1895, que par la loi allemande de 1911. Ces registres doivent contenir les noms des personnes auxquelles il a été remis du travail à domicile, ou par l'intermédiaire desquelles s'opère cette remise en dehors des ateUers de l'industriel. En même temps, les maisons ci-dessus doivent veiller à ce que le travail à domicile ne soit distribué qu'à des ateliers en mesure de fournir la preuve que leurs locaux répondent aux exigences sanitaires prescrites. On a résisté longtemps en Allemagne à cette innovation que Ton s'imaginait devoir mettre en œuvre un service fort étendu d'information et d'avertissement. Mais la peine à prendre n'est pas, en réalité, si grande pour la maison intéressée, puisqu'elle possède forcément un

tableau des personnes qu'elle occupe à domicile, avec l'indication de ce dernier ; elle ne saurait autrement, en effet, livrer ses matières premières et ses modèles. Au total, l'organisation nouvelle fait apparaître l'avantage d'offrir, grâce à l'indication des personnes, la possibilité de l'inspection des logements et de leur police sanitaire. La diffusion des petites machines motrices, notamment de celles fonctionnant à l'électricité pour le tissage et la broderie, ne peut écarter complètement les défauts inhérents à la nature de l'industrie à domicile. La possession de machines comporte un risque : les inventions nouvelles les font vieillir, les progrès techniques amoindrissent leur capacité de rendement. Les périodes de chômage causent une perte d'intérêts pour le capital immobilisé. Dans l'exploitation en fabrique, l'entrepreneur supporte la menace des pertes, et les compense au moyen de l'augmentation des gains en période favorable. Par contre, dans le travail à domicile, le risque se renverse sur l'ouvrier, en tant que propriétaire de la machine. Plus il est pauvre en capital, ne pouvant toujours se procurer la nouveauté, plus il est arriéré, ne comprenant pas toujours aussitôt la portée des nouvelles améliorations techniques, plus il est atteint par une tournure défavorable des événements. L'industriel à domicile a donc le dessous-vis-à-vis de l'entrepreneur. Ce dernier, d'après la façon dont les gains se partagent, devrait supporter entièrement les risques. Il s'en décharge pourtant en partie sur l'ouvrier, sans qu'une élévation de son salaire vienne apporter à celui-ci une compensation (6).

Il est fort important que l'on ne se ferme plus à la nécessité de l'institution de lois spéciales à la matière. On a cru pendant longtemps que leur mise en pratique présenterait trop de difficultés, en raison de l'impossibilité de soumettre à une inspection réguhère toutes les petites exploitations.

§ 28. RÉGLEMENTATIO]S LÉGALE 273

Une ordonnance du 31 mai 1897 a toutefois réglementé pour l'Empire Allemand la confection à domicile de vêtements et de lingerie. On est arrivé ensuite à la loi du 20 décembre 1911, embrassant tout le domaine du travail à domicile. Cette loi prescrit l'affichage, dans les locaux des maisons donnant de l'ouvrage aux ouvriers à domicile, de tableaux et d'états de salaires. Il doit être remis aux ouvriers des livrets de salaires ou des feuilles de travail, indiquant la nature et l'étendue de celui-ci, ainsi que les prix et salaires établis à son égard. C'est toute autre chose d'entendre parler incidemment de fixations de ce genre ou de les avoir sous les yeux de manière qu'elles se présentent constamment à l'esprit. L'entrepreneur n'éprouve pas la tentation de les éluder, et l'ouvrier à domicile n'incline pas davantage à se prêter à une injustice, lorsqu'elle se trouve en contradiction directe avec les règlements qu'il a sous sa main. Il est à remarquer que par arrêté du Conseil Fédéral, il peut être créé, pour des branches d'industries et des régions déterminées, occupant des ouvriers à domicile, des délégations professionnelles. Leur rôle est de prêter leur appui aux autorités pubhques et communales, au moyen de communications de faits et de rapports. Il consiste, en outre, à assurer dans leur district leur concours aux enquêtes sur les conditions industrielles et économiques des branches d'activité représentées dans leur sein. Ces délégations doivent délibérer sur les vœux et propositions ayant trait aux conditions précitées dans leur district, et provoquer toutes dispositions et mesures susceptibles de contribuer au relèvement de la situation économique des ouvriers à domicile. Elles ont enfin à s'informer du taux de rémunération convenable du trarail et de celui atteint en réahté par les salaires, à formuler éventuellement des propositions d'entente sur une rétribution équitable, ainsi qu'à encourager la conclusion d'ar-

rangements sur les salaires ou d'accords de tarifs. Ces délégations professionnelles sont composées d'un même nombre de représentants pour les industriels et pour les ouvriers à domicile, ainsi que d'un président et de deux assesseurs devant posséder les connaissances requises. Lorsque des ouvrières à domicile sont occupées en nombre supérieur, elles doivent également figurer dans la délégation. Le président et les assesseurs ne peuvent être ni industriels, ni ouvriers à domicile, et sont nommés par les autorités locales. Les frais sont supportés par celui des Etats confédérés dans le ressort duquel sont instituées les délégations.

En dehors de la protection de la loi, il ne faudrait pas négliger complètement les mesures d'assistance par soimême. La formation de syndicats d'ouvriers à domicile, soit pour l'achat de matières premières, soit pour la vente de produits finis, ne paraît pas indiquée, bien que susceptible de libérer les ouvriers à domicile de la dépendance oppressive de l'entrepreneur. Il serait, en effet, difficile de faire reconnaître des efforts en ce sens, en raison de ce que les femmes et les enfants, supports de l'industrie à domicile actuelle, ne se laisseraient pas aisément organiser. Lorsque les prix d'objets de l'industrie à domicile sont déjà peu élevés, ou lorsque les produits de celle-ci ne sont susceptibles d'aucune plus-value, la formation d'un syndicat ne saurait également ouvrir que peu de perspectives].

(1) [ScHwiEDLAND, Kleingewerbe und Hausindustrie, 1894, 2 vol. ; Vorbericht über eine gesetzliche Regelung der Heimarbeit^ 1896, p. 21 ; Zweiter und Dritter Vorbericht über dasselbe Thema, 1897].

.(2) {Ermittlung über die Arbeitsverhaeltnisse in der Kleiderund Waesche- Konfektion, 1896 ; G. Dyhrenfürth, Die liaa-

sindustrieUeti Arbeäcrinnen in der Berliner Blusen- Unterrock- Schiirzen-und Trikot- Konfection, 1898].

(3) [ScHwiEDLAND, Vorberickt, p. 14, 15].

(4) [II a été ouvert un atelier central pour les tailleurs à Genève, depuis 1889. Les ressources à ce nécessaire? ont été fournies par une loterie et par la société exploitante. Dans un local comprenant quatre chambres, travaillent régulièrement de 30 à 33 personnes, sur les 450 à 500 du métier à Genève. Chacune d'elles paie un droit de place de un franc par semaine et abandonne 3 0/0 de ses gains. En retour, elle a le droit de se servir des machines à coudre et de leurs accessoires. Il existe des ateliers centraux semblables à Lausanne, utilisés d'ordinaire par 17 personnes, et à Zurich, par 18 ou 20,sur 600 tailleurs travaillant à domicile. L'atelier central de Berne a été fermé en 1895 après ime existence de 12 ans. On cite un atelier central pour l'écume de mer sculptée à Vienne (Schwiedland, 24-29)].

(5) B. Webb, Une nouvelle loi anglaise sur les fabriques, dans la Revue d'économie politique, 1895, p. 735 et suiv. [Summary of reports hy local AutJwrities in respect of Workshops, outwork, etc.j in ihe year, 1908 (1910) ; Reichsarbeitsblatt, 9, p. 109 et suiv.].

(6) [R. WiLBRANDT, Arbciterinnenschutz - und Heimarbeit^ 1906 ; R. WiLBRANDT, Die Weber in der Gegenwart, 1906 ; Les industries à domicile en Belgique, édité par le ministère de l'Industrie et du Travail, 1904-1909, 10 volumes ; Bibliographie générale des industries à domicile, édité par l'Office du travail, 1908 ; Heiss et Koppel, Heimarbeit und Hausindustrie in Deutschland, 1906 ; Kalisky, Die Hausindustrie in Königsberg in Preussen, 1907 ; Koch, Die deutsche Hausindustrie, 1907 ; P. Arndt, Die Heimarbeit in rhein-mainischen Wirtschaftsgebiet, 1909-1911, 2 vol. ; Lorenz, Die wirtschaftliscJien und sozialen Verhältnisse in der schweizerischen Heimarbeit, 1909-1910; Thuerkaüf, Verlag und Heimarbeit der Baseler Seidenbandindustrie, 1909 ; F. Bittmann, Hausindustrie und Heimarbeit im Grossherzogtum Baden zu Anfang des 20 Jahrh., 1907 ; Enquête sur le travail à domicile dans Vindus-

trie de la lingerie, 1907-1911, 5 vol. ; G. Mény, Le travail à domicile, 1910 ; Emile Cheysson, Le travail des femmes à domicile, 1909 ; Delpon de Vissec, De la distribution du travail à domicile dans V industrie de la confection -parisienne, dans le Musée social, 1908, Doc. et Mémoires, p. 80 et suiv. ; A. J. Sus- ZNiTZKi, Die Heimarbeitausstellung in Frankfurt-a-M., dans le Jahrb. f. Ges., 33, p. 91 et suiv.].

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