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CHAPITRE IV

La différence entre VoiUil et la machine consiste principalement en ce que, pour cette dernière, la force motrice n'émane pas immédiatement du corps de l'homme, tandis que le premier ne constitue que l'armement ou le meilleur . substitut d'un membre humain particulier (1). [Toutefois, l'idée de mouvement ne suffit pas à expliquer la nature d'une machine. Il faut bien plutôt appeler machine tout organisme servant à transformer du travail mécanique en une forme d'énergie identique ou différente et réciproquement. C'est ainsi que la machine à vapeur transforme de la chaleur en travail mécanique, la machine frigorifique du travail mécanicfue en chaleur, le moteur électrique du travail électrique en travail mécanique (Kammerer).] Beaucoup de machines, par contre, peuvent en quelque sorte se comparer à un ou^^*ie^ complet (2). Dans leur ensemble, les outils sont naturellement antérieurs aux machines. Pour mouvoir ces dernières, on a employé le plus anciennement les plus grands animaux domestiques, puis l'eau, plus tard le vent, et en tout dernier heu, la vapeur (Vol. I, § 42) (3, 4). [Dans la lutte avec la nature, l'homme a appris à en asservir

les forces à son profit, et, par un lent, mais constant développement, à utiliser pour ses fins personnelles l'énergie de l'eau courante et de l'air agité. La vapeur inaugure à la fin du xviii^ siècle une ère toute nouvelle de la civilisation. « Ce n'est pas un hasard qui a conduit à la machine à vapeur. L'âge de la houille devait inévitahlement. la faire naître comme le produit de la pensée de nombreux esprits. Papin, Savery, Newcomen, ont apporté les premières pierres, au moyen desquelles Watt a terminé l'édifice » (5).

Parmi les machines, il faut distinguer celles de force ou machines motrices, et celles de travail ou machines-outils. Les premières servent à rendre une force fournie par la nature apte à accomplir un travail mécanique quelconque. Au moyen des secondes, l'énergie disponible doit être employée à produire des formes de mouvement tracées avec précision, ou à travailler certains corps. Les machines à transporter sont des moteurs se mettant en mouvement eux-mêmes avec tout ce qui leur est attaché (6).

Il sera bon d'établir, en outre, une distinction entre les^ machines de métier et les machines de fabrique, dont l'importance économique diffère. L'outil de métier est, par sa nature, le soutien, comme le promoteur du travail de métier revêtant un caractère individuel. Ce n'est qu'au cours du xix^ siècle que la machine de travail ou machine-outil est devenue viable pour les fins les plus diverses. Elle peut être mise en mouvement au moyen, soit de la main, soit du pied, comme aussi d'un moteur. Elle représente en tous cas l'opposition du travail mécanique et du travail individuel. La machine-outil n'est en général qu'auxiliaire, et facilita la production sans approcher, pour le bon marché de celleci, de la machine de fabrique. Elle accomplit principalement des façons partielles, tandis que cette dernière permet d'obtenir des produits manufacturés. Il existe des machines d&

fabrique par essence, dont le prix d'achat élevé, non susceptible d'amortissement pour la petite industrie, ne permet l'emploi qu'à la grande exploitation ; tels sont, par exemple les marteaux compresseurs et les presses à emboutir. Il existe, en regard, des machines de métier par essence, qui, malgré les possibilités d'utilisation qu'elles présentent au plus haut degré, ne permettent pas, au point de vue technique, l'exploitation par moteur : telles sont par exemple la machine à partager la pâte pour les boulangers, ou la tondeuse pour les coiffeurs. Certaines machines-outils, comme celles spécialement employées dans la verrerie, ou la machine à poisser le fil dans la sellerie, ne peuvent être pécuniairement avantageuses, que lorsque, dans les grandes exploitations, elles sont utihsées au moyen d'un moteur (7)].

L'indubitable supériorité de la machine^ lorsqu'elle fait concurrence, toutes choses égales d'ailleurs, à la main humaine armée seulement d'outils, [peut se fonder sur des causes différentes. Elle travaille avec plus de précision et de rapidité £t ne se trompe jamais. La supériorité de la machine à di^'iser la pâte vis-à-vis de l'instrument à diviser à la main se manifeste justement dans sa précision plus grande. Le boulanger divisant à la main ne réussit pas d'ordinaire à partager un- bloc de pâte, même susceptible de peser 1,2,3 et 4 u^ntcs, en un nombre précis de 30 morceaux. La machine peut, au contraire, suffire pleinement à toutes les exigences. Si un bloc de 3 li^Tes de pâte est débité, par la machine à diviser, en 30 morceaux, chacun de ceux-ci a exactement un poids de 50 grammes. Cette circonstance est extrêmement importante, car c'est sur elle cpie se fonde tout le calcul du boulanger. Si, en effet, la division d'un bloc à la main produit plus de 30 morceaux, c'est au détriment du public, si elle en produit moins, le désavantage est

pour le boulanger. En outre, la machine travaille plus vite que la main, bien que la forme à donner fasse suite à l'activité de la première en tant qu'acte de travail manuel et par ainsi particulier, tandis que la division et la forme, dans le procédé à la main, se rattachent immédiatement l'une à l'autre. La pesée qui doit être fréquemment opérée de morceaux isolés, à laquelle le boulanger procède pour vérifier si l'outil à diviser choisi convient à la grosseur de marchandise à fabriquer, contribue à prolonger la durée du travail à la main. Cette pesée disparaît avec la machine. On ne peut, toutefois, se servir de cette dernière que pour de petits pains pesant au maximum 133 grammes 1 /3 dont 30 représentent ensemble 8 livres. Son emploi est encore limité à la pâte de froment, parce que la pâte de seigle la boucherait avec trop de facilité. Dans un autre ordre de choses, la même quantité de fer brut que travaillait autrefois en 24 heures un four à puddler, soit environ 3 tonnes, est aujourd'hui affinée en 20 minutes par le convertisseur Bessemer. Les machines épargnent, en outre, à l'ouvrier un travail désagréable et nuisible à sa santé. Jusqu'à présent dans les hauts-fourneaux, le minerai, le coke et la pierre à chaux étaient, au moyen d'ascenseurs, conduits jusqu'au gueulard dans des wagonets à bascule. C'étaient des ouvriers placés sur le pont du gueulard qui renversaient ceux-ci dans le haut-fourneau. Ce travail est dangereux pour la santé, parce que malgré l'obturateur du gueulard, il peut s'échapper des gaz délétères. Aussi les ouvriers se refusaient-ils à ce service ou réclamaient une élévation de salaire. On est parvenu à inventer, tout d'abord en Amérique, le chargement automatique du haut-fourneau : les ascenseurs sont équipés avec des baquets qui se vident automatiquement à leur arrivée au gueulard.

Les machines rendent des services qui tantôt excéderaient

les forces de l'ouvrier, tantôt seraient pour lui trop délicats (8-9)]. La puissance supérieure des machines s'allie souvent à une économie de matière considérable (10). Les machines ne se fatiguent jamais, elles peuvent continuer leur travail avec une persévérance ininterrompue et par suite avec une uniformité à laquelle l'homme ne saurait prétendre, telles les horloges. Comme elles exécutent les diverses copies d'un même modèle avec la simihtude et la précision les plus absolues, elles permettent de consacrer à l'original des soins d'autant plus grands (11). Les machines travaillent, en général, à meilleur compte que la main humaine, tout au moins lorsqu'elles sont employées dans les fabriques et les grandes exploitations. [La machine a fait baisser les prix avant tout dans les transports,rhabillement, la fabrication d'ustensiles domestiques et la plupart des articles d'industrie (12).

Dans une aciérie où le transport des blocs incandescents exigeait à l'origine 23 hommes, la construction d'une grue à blocs, avec tenaille dirigée, a rendu 7 ouvriers suffisants. Les frais de propulsion ont ainsi diminué de 0,89 mark par tonne à 0,44 mark. Le nettoyage à la main, en usage jusqu'ici pour les rails de tramways, est une cause de frais s'élevant à 1,03 mark, par kilomètre de voie. Le nettoyage récemment introduit au moyen d'une voiture de tramway électrique, équipée avec un arrosoir, un gratte-rainure et un aspirateur, a réduit la dépense à 0,28 mark par kilomètre.

On peut observer, dans le métier, que si l'emploi de la machine décharge intellectuellement et physiquement celui qui travaille et remplace l'habileté humaine, il n'abaisse pas le prix du procédé. D'autre part, il en est des machines d'une façon analogue aux fabriques : jusqu'à certaines limites, les frais relatifs diminuent à mesure que leur grandeur augmente (13).] Le travail des animaux possède déjà

sur le travail humain cet avantage que sa force est plusgrande et son prix moins élevé. Leur nourriture et leur logement peuvent être plus grossiers que ceux des plus grossiers des hommes ; leur vêtement est un pur présent de la nature ; leur jeunesse incapable de travail est relativement courte. Parmi toutes les forces mécaniques, la plus complète, la plus docile à l'homme, surtout à sa volonté, la plus exempte d'interruption (14) est la vapeur. [La manière simple d'utiliser la force hydraulique au moyen d'une roue à eau ou d'une turbine a subi, par rapport à la vapeur, un recul considérable. L'emplacement des forces hydrauliques n'est pas toujours propre à leur mise en valeur. L'industrie doit les prendre là où elle les trouve. On ne peut à volonté les accroître en un même endroit, comme la vapeur; Enfin, elles sont irrégulières. L'influence de la sécheresse sur l'ensemble des turbines de l'Allemagne a été une fois calculée^ pour l'année 1901. La force hydraulique susceptit)le de venir en ligne de compte a diminué cette année-là, pour toute l'Allemagne, d"'environ 20 % ; dans l'Allemagne méridionale, ce fait s'est produit principalement pendant les premiers mois de l'année, dans les régions moyennes, pendant l'été et dans les régions septentrionales, pendant les derniers mois. En regard de ces inconvénients, l'avantage principal de la force hydrauUque est son bon marché, non seulement quant au prix de revient de la source de force ^ mais encore si l'on fait entrer dans le calcul l'ensemble des frais d'exploitation, y compris l'intérêt et l'amortissement du capital engagé (15)]. La forme aujourd'hui la plus puissante de la grande industrie, la constitution de métropoles industrielles géantes, n'est possible qu'avec l'aide de la vapeur (16). L'augmentation croissante des machines à vapeur a le sens d'une surélévation de la maîtrise de Fhomme sur la nature (17-18). La preuve en est fournie, rien que par la

comparaison des galères à rames avec les bateaux à traction chevaline, les navires à voile et les navires à vapeur.

[Sous de multiples rapports, l'électricité parait à Tépoque moderne, supérieure à la vapeur comme force motrice. La machine à vapeur a été en son t^mps, à cause de sa souplesse aux exigences variées de son emploi, préférée aux autres moteurs, mais elle est aujourd'hui reléguée au second plan par le moteur électrique. L'électricité se laisse aisément dériver sur de longs parcours et transformer partout, suivant les besoins, en lumière, en son, en chaleur ou en travail mécanique. Il n'y a pas de pertes de forces quand la machine est au repos. La plupart des machines de travail marchent temporairement à vide, ou n'ont qu'un besoin de forces intermittent : tels les tours, les perforatrices, etc.. Le moteur électrique se distingue par sa constante disponibilité pour l'exploitation ; sa mise en marche est instantanée et ne cause aucune perte de temps. Son maniement est facile et il ne requiert ni soins, ni surveülance spéciale celle-ci pouvant se borner à l'examen des coussinets et au remphssage d'huile. Le moteur électrique n'exige, en outre, que peu de place et peut être logé dans un espace restreint ; il a aussi pour lui de pouvoir fournir des forces différentes en quantité comme en espèce. « En été, c'est plutôt de la puissance mécanique qu'on lui réclame, en hiver, il sert davantage à la lumière ; le jour, il travaille dans les fabriques, la nuit, il éclaire rues et locaux. Tandis que l'époque de la vapeur a créé une concentration formidable des exploitations et des vules de fabriques, vomissant une épaisse fumée, l'électricité semble avoir pour rôle d'ouvrir la voie à une décentralisation, que la civiUsation requiert avec instance » (Reyer).

Des difficultés se manifestent en présence de l'élévation des frais de production de l'électricité. Tout d'abord il était

naturel de tendre à utiliser les forces énormes des ruisseaux et des rivières à mouvoir les dynamos au moyen de turbines plus ou moins grandes. Dans toute l'Allemagne, la force susceptible d'utilisation de l'ensemble des cours d'eau s'élève à 1.425.900 HP, sur lesquels en 1905 on en avait déjà employé 237.100. De 1905 à 1910, 57.300 HP ont été d'autre part l'objet d'aménagements, de sorte qu'un nombre important demeure encore disponible. D'après une récente statistique de 1909, les Etats européens présentent à cet égard les différences ci-dessous :

Puissance en HP

pouvant être amenée

aux aibrgs

des turbines

Kmq

Allemagne

Grande Bretagne

Autriche-Hongrie

Suède

Norvège

Suisse

France

Italie .

En proportion de leur superficie et à l'égard de leurs forces hydrauliques susceptibles de transformation en HP, l'Allemagne occuperait le dernier rang, la Suisse, le premier.

L'Allemagne a dès à présent aménagé 36 1 /2 % de ses forces hydrauliques, tandis que la Suisse n'utilise, en chiffres ronds, que 2,5 /o des siennes. H résulte encore des données qui précèdent que les forces hydrauliques, n'étant plus désormais immobilisées au point de vue géographique, mais au contraire transportables au loin, doivent nécessairement amener avec le temps des transformations et des déplacements de l'industrie. Les pays pourvus de chutes d'eau

abondantes et multiples verront dans Tavenir s'accroître et se développer leur importance économique. Par contre l'Angleterre, qui sous ce rapport ne saurait se mesurer avec d'autres pays, pourra facilement se trouver en fâcheuse posture. « Celui qui ne compare que les forces de la vapeur voit la puissance de l'Angleterre à travers un verre grossissant » (Reyer).

Une importance plus considérable que celle de l'eau est acquise au charbon en tant que source primaire de force, pour la production de la puissance électrique. L'eau existante ne peut être aménagée partout en stations génératrices, tandis que l'on peut aisément transporter le charbon là où on en a besoin. Le développement futur apparaît donc comme grandiose, lorsqu'il sera possible d'opérer sur la mine de charbon elle-même la transformation de l'énergie, pour envoyer le courant à haute tension obtenu aux distances les plus lointaines du pays. Le charbon brun, pauvre en carbone et coûtant peu, présentant pour l'exportation des conditions défavorables, attirera particuhèrement ici l'attention. Sur les L978 usines d'électricité existant au 1^^ avril 1909, dans l'ensemble de l'Empire allemand, on en comptait 713 faisant exclusivement usage de la vapeur, 348 de la force hydrauHque et de la vapeur, 177 de la force hydraulique seulement, 294 de moteurs à explosion fonctionnant au gaz, à la benzine, à l'alcool, au pétrole, etc., 446 enfin de diverses sources de force sans indication spéciale.

L'électricité a fait surgir une industrie nouvelle qui a pris pour tâche la fabrication des appareils servant à emmagasiner, conduire et transformer l'énergie électrique, comme les accumulateurs, les fils, les câbles, les transfor- »ateurs, les dynamos, les électro-moteurs, les lampes à incandescence et à arc, etc.. En 1882, toutes ces exploita-

tions jouaient en Allemagne un rôle si minime, que le dénombrement des industries pour l'année en question ne les indique pas d'une manière spéciale. En 1895, le recensement porte sur 1143 exploitations occupant 26.321 personnes et en 1907, sur 5391 avec 142.171 personnes. La valeur totale de la production annuelle a été, en 1898, calculée dans la statistique officielle de la production à 228 millions de marks. Ce sont aussi bien les usines d'électricité que l'industrie électrotechnique se rattachant à elles qui, parties de débuts modestes, sont parvenues à une grandeur qui provoque aujourd'hui l'étonnement. Le premier atelier industriel d'électrotechnique a été ouvert en Allemagne à Berhn dans le voisinage de la gare d'Anhalt : il comprenait peu d'ouvriers et son capital d'exploitation ne s'élevait qu'à 6.000 thalers. En 1875, il existait 81 firmes électrotechniques, occupant 1.157 ouvriers et employés, sur lesquels 600 appartenaient à la seule maison Siemens et Halske. Le 19 avril 1883, la société allemande Edison pour les apphcations de l'électricité fut fondée au capital de 5 minions de marks. Elle donna naissance aux Usines électriques de Berlin {Berliner Elektrizitaeswerke) actuelles, dont les actions purent être émises le 20 mai 1884 au cours de 107. Par la suite, la société Edison fût l'objet d'une transformation : elle devint, après avoir conclu une entente avec la firme Siemens et Halske et porté son capital à 12 millions de marks, à la date du 23 mai 1887, la Société générale d'électricité {Allgemeine Electrizitaets Gesellschaft, en abrégé A. E. G.). Celle-ci put désormais étendre d'une manière gigantesque le champ de ses opérations. En 1900, on comptait entre autres 65 lignes construites par elle, atteignant en chiffres ronds une longueur de voies de 1.300 kilomètres. Son capital-actions avait été élevé à 60 millions de marks, auxquels il fallait encore ajouter 29 millions d'obligations

et 28 millions de réserves. La société qui lors de sa fondation, avait débuté avec un personnel de 6 individus, compte aujourd'hui 32.000 employés et ouvriers. Actuellement en Allemagne, l'ensemble de l'industrie électrique est dominé par trois grands groupes : l^» L'A. E. G. et l'Union ; 2« Siemens et Halske à Berlin, avec la Société par actions cidevant Schuckert à Nuremberg, les deux groupes constitués en 1903 ; 3° le groupe qui s'est adjoint deux ans plus tard, formé des firmes Folten et Guilleaume à Mülliieim-sur-Rliin et de la Société par actions ci-devant Lahmeyer, à Francfort-sur-Mein. Les usines spéciales existant à côté de ces firmes ont également cherché à entrer en connexion plus étroite (19-20).

(1) La charrue à traction animale, aussi bien que le fusil, sont des machines, tandis que la bêche ou la sarbacane sont des instruments. Le marteau correspond au jjoing ; la pelle, à la main tenue à plat ; la cuiller, à la main creuse ; le peigne, le râteau et les tenailles, aux doigts ; le couteau, aux dents ; le soufflet, aux poumons. Quel homme pourrait, avec ses dents, égaler le rat ; avec ses ongles, le pic ? Et pourtant quel rongeur pourrait se comparer à la scie ; quel oiseau, au foret ? (Voir Rau, Lehrback, I, § 125 ; M. Chevalier, Heutige Industrie^ p. 12, ainsi que l'heureux développement de E. Herrmann, Leitfaden der Wirtschaftslehre, p. 109).

(2) L'appareil à frapper la monnaie, dû à Uhlhorn « remplace, pour ainsi dire, la pensée humaine. Il veille au lieu de l'ouvrier, si celui-ci, au cours de sa monotone fonction, ne consistant qu'à jeter sans cesse les flans dans l'entonnoir placé au-devant de la machine, vient à s'endormir. Pour que, dans ce cas, la machine ne s'abîme pas elle-même par la frappe à vide des coins l'un contre l'autre, elle se découple automatiquement, dés que les flans s'épuisent. Mais c'est seulement la partie qui travaille de la machine qui se débraye, car le volant continue de tourner » (Engel).

(3) Jusqu'au xii^ siècle, prédominent en Allemagne les moulins à main ou à cheval. Les moulins à eau ne se répandent, en Hesse, par exemple, qu'au cours du xiii« siècle et un peu avant sur le Rhin (Arnold, Ansiedliingen und Wanderungen, 23, 593). L'utilisation de la force hydraulique pour les moulins à blé commence avec les derniers jours de l'empire romain, et cette utilisation s'étend, entre le xii^ et le xviii® siècles, au broyage, à la meunerie, à la scierie de bois, aux mines et carrières. Pendant fort longtemps, on n'a su tirer de la force hydraulique qu'un parti insuffisant, soit 15 à 20 0/0, au moyen des anciennes roues en dessous. Dans les nouvelles turbines, le rendement s'est élevé à 80 0/0. [Schmoller, Z)a5 Maschinenzeitalter, 1903, p. 9-10 ; G. W. Dittmer, Die Lübeckischen Wassermühlen im 13 Jahrh., 1857 ; Stieda und Mettig, Schrägen der Gilden und Aemter der Stadt Riga, 1896, 8-9]. Le Royaume-Uni, avec le degré élevé de son développement, possédait, dès 1827, dans ses machines hydrauliques, suivant les expressions alors en usage, 1.200.000 « forces d'hommes », et, dans ses machines à vapeur, 6.400.000 (Dupin, Forces productives, I, 19 et suiv.).

(4) Il faudrait véritablement inventer, pour chaque force motrice particulière, une forme spéciale de machine. C'est ce qui est arrivé pour la charrue, qui se distingue de la bêche et de la pioche d'une façon tout à fait correspondante à la différence qui sépare l'homme de l'animal ; la massive charrue à vapeur en est jadis restée à l'avant-dernier échelon (Hermann, Staatsw. Untersuch.^ 2^ éd., 269 ; Cpr. Reuleaux, TheoretiscJm Kinematik, 1875, p. 196 et suiv.).

(5) [Kammerer, Ueber den Zusammenhang der Maschinentechnik und Wissenschaft und Leben, 1899, p. 9].

(6) Lexis, dans le Hdw. d. Staatsw., 3® éd., 6, p. 607.

(7) [Gustav Mu eller, Handwerkszeug und Handwerksmaschinen, 1906, p. 89, 100, 152, 158].

(8) [Mueller, Handwerkszeug, p. 58 ; Kammerer, Sehr, d. Ver. f. Sozialp., 132, p. 415 ; C. Ergang, op. cit., p. 137],

(9) Nous assistons, pour ainsi dire, à une matérialisation des légendes de géants comme de nains. Le grand marteau-piloû

de Woolwich peut, de son poids tout entier de 80 quintaux, frapper par minute 200 à 300 coups ; il peut aussi tomber assez doucement pour casser une noix. L'étirage de fils métalliques de très ^os calibre, la fabrication de papier d'une longueur quelconque est impossible sans machines. A l'exposition de 1867 figurait du fil de coton dont une livre atteignait une longueur de 320 milles anglais (Acad. des Se. m. et /?., 1867, III, 301). Une tricoteuse habile fait de 80 à 100 mailles par minute ; la machine à tricoter les bas, inventée par Wiiliam Lee dès 1589, a permis tout d'abord 1.000 mailles en laine, 1.500 en soie {Statist. Journal^ 1866, 539) ; le métier circulaire de l'exposition de 1867 en exécute jusqu'à 480.000 (Chevalier, I, c. xxiii). Au moyen de la presse rotative, 10 compositeurs et 5 imprimeurs peuvent fournir autant, qu'U y a 500 ans, 2 ou 300.000 copistes.

(10) Combien de papier l'imprimerie n'épargne-t-elle pas comparativement au manuscrit pour le mêm.e nombre d'exemplaires ! Les scies mécaniques pour le plaquage découpent jusqu'à vingt-quatre feuilles dans une planche d'un pouce d'épaisseur. Plus un marteau-pilon travaille le fer avec rapidité, moins on emploie de combustible pour l'opération.

(11) Dans l'impression sur coton, on a depuis 1785, remplacé les blocs de bois par des rouleaux en métal. Au lieu de travailler spécialement chacun de ceux-ci, on a commencé, en 1808, par graver le modèle avec beaucoup de précision sur un petit cylindre d'acier, au moyen duquel on le reporte sur un plus grand en acier doux. Puis, après avoir durci ce dernier, on procède avec lui à un nouveau report du dessin sur des cylindres en laiton en nombre quelconque destinés à l'usage immédiat. Aujourd'hui, une machine à imprimer peut opérer en plusieurs couleurs, plus de 12.000 aunes par jour, tandis que le travail ù la main n'en livrait guère, en une seule couleur, que 3 ou 400.

(12) [J. MuELLER, Handwerkszeug, p. 99 ; G. Schmoller, Das Maschinenzeit aller, p. 12 ; Kammerer, dans les Sehr. d. Ver. f. Sozialp., 132, p. 419, 421 ; C. Ergang, Untersuchungen zum Maschinenproblem, 1911, p. 126 ; Diehl, Die Sozialpoli-

Rcscher 19

tische Bedeutung des technischen Fortschritt^ dans le Jahrb. f, Nat., 3® Folge, 36, p. 167 et suiv. ; Matschoss, Die Entwicklung der Dampfmaschine, 1908 ; Kulischer, Die Ursachen des Ueberganges von der Handarbeit zur maschinellen Betriebsweise^ dans le Jahrb. f. Gesch., 30, p. 32 et suiv.].

(13) [Une machine à vapeur coûte : pour 10 HP, 2.000 marks ; pour 25 HP, 4.000 marks ; pour 40 HP, 5.500 marks ; pour 60 HP, 7.500 marks ; pour 100 HP, 13.000 marks ; pour 150 HP, 16.000 marks (Haeder, Die Dampfmaschine, 7® éd., 1903 ; C. Matschoss, Gesch. der Dampfmaschine, 1901)]. C'est seulement la maçonnerie de soubasement qui, pour les grosses machines, est relativement plus coûteuse que pour les petites.

(14) A Lyon, les moulins à vent étaient si souvent détruits par la tempête, qu'il a fallu longtemps se contenter des moulins à eau, par ailleurs si incommodes. Tant que les Hollandais et les Flamands n'ont possédé à peu près que des moulins à vent pour la fabrication de l'huile, ils se sont plaints de ne pouvoir moudre, justement lorsque ce produit était cher et les fruits qui le donnent particulièrement bon marché, en raison de la persistance du calme de l'atmosphère. En regard de ceci, on peut citer une machine à vapeur du prix de 420 livres sterling ayant augmenté le rapport des 6.000 acres de terre du comte Ripon, de 6.000 livres sterling annuellement (Weckherlix). La force hydraulique est exposée à d'imprévisibles interruptions par la gelée et la sécheresse, et c'est pour y obvier que les fabriques saxonnes, par exemple, avaient installé, à titre de réserve, leurs . premières machines à vapeur (Saechs. statist. Zeitsckr., 1856, p. 129 ; 1859, p. 11).

(15) [Bayerische Handelszeitung, 1902, p. 46 ; G. Zoepfl,, Nationaloekonomie der technischen Betriebskraft, 1903, p. 31, 36].

(16) Un cheval vivant ne pouvant travailler à la longue avec toute sa force plus de 8 heures par jour, une machine à vapeur de 100 HP remplace au moins 300 chevaux. H faut ajouter que Ja surveillance, et même l'achat, reviennentà meilleur marché, car beaucoup de machines anciennes fonctionnent depuis plus de 40 ans (Ure).

(17) [L'accroissement de force de l'industrie allemande a évolué suivant les chiffres ci-après. Les mines et lïndustrie comptaient en HP : en 1878, 1,25 millions pour la vapeur et 0,5 millions pour l'hydraulique ; en 1895, 3,4 millions au total, dont 2,7 pour la vapeur, 0,63 pour l'hj-draulique, 0,05 pour l'électricité et autres sources ; en 1907, 8.808.405, dont 6,49 pour la vapeur et 0,862 pour l'hydraulique. En outre, 71.316 exploitations développaient 1.360.502 kilowatts].

(18) [En Prusse, l'accroissement a été le suivant :

Machines à vapeur fixes

Machines à vapeur mobiles

Machines à vapeur pour la navigation intérieure et maritime ,

Force en HP des machines à vapeur flxes . . .

Force en HP des machines à vapeur mobiles . .

Force en HP des machines à vapeur pour la navigation intérieure et maritime

En Allemagne, le recensement industriel de 1907 a porté sur 271.000 exploitations ayant comme forces motrices 6,7 0/0 de toutes celles existantes. En 1895, ces chiffres étaient de 164.483 et 4,5 0/0. Sur le nombre qui précède, on comptait comme exploitations à vapeur, 73.839 (1895, 58.530) ; à eau, 49.925 (1895, 54.259) ; à vent, 17.933 (1895, 18.362) ; comme bateaux à vapeur, à voiles, barcasses, 17.429 (1895, 18.272). Les autres forces élémentaires, comme le gaz d'éclairage, l'alcool, le pétrole, la benzine, l'éther, l'air chaud et l'air comprimé, jouent un rôle essentiellement moindre. L'emploi de l'électricité s'est très fortement développé et se rencontre, en 1895, dans 2.259 exploitations ; en 1907, dans 79.304 {Stat. d. Deutschen Reiches^ neue Folge, 113, 214). La répartition des moteurs

entre les groupes d'industries les plus importants est la suivante :

Mines, etc

Industries de la pierre et

des carrières. . .

Travail des métaux.

Machines, instruments Industrie textile , .

Industrie du papier.

Bois et matières à sculpter Aliments et subsistances

Nombre des exploitations arec moteur

DéTeloppemenI en HP

La vapeur arrive, en 1907, à occuper un rang essentiel dans les mines (1.979.591 HP) ; dans l'industrie des machines et instruments (1.128.969 HP) ; dans le textile (779.652 HP) ; dans l'industrie des aliments et subsistances (770.510 HP). Dans l'industrie du papier, la vapeur a triomphé de l'eau : 237.835 HP pour la première, contre 168.042 pour la seconde (chiffres en 1895 : 87.904 vapeur, 112.407 eau). De même dans l'industrie des bois et matières à sculpter, la vapeur a accentué sa pénétration : 264.363 HP vapeur contre 105.993 HP eau (1895 119.971 vapeur contre 75.696 eau). Le nombre des exploitations marchant au moyen du vent est très considérable dans l'industrie des aliments et subsistances, ce qui s'explique par la meunerie qui s'y trouve rangée : il atteint 17.097 contre 17.821 en 1895. L'électricité a surtout fait son entrée dans les mines avec 373.290.9 kilowatts ; dans l'industrie des machines et instruments, avec 260.845,2 kilowatts ; dans celle des aliments et subsistances, avec 141.292,2 kilowatts. Pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, en 1907, on évaluait la puissance des machines à vapeur industrielles à 8 millions HP, celle des

locomotives à 7 millions, celle de la flotte marchande à 10,1 millions, celle de la marine de guerre à 3.500.000. Pour de plus amples renseignements sur la France, rAutriche, l'Italie, etc., voir Lexis, Hdw. d. Staatsw., 3® éd., 6, p. 613].

(19) [L'énorme puissance de travail développée par les 3,4 millions HP obtenus se laisse, en quelque sorte, deviner lorsqu'on égale l'unité de force mécanique HP, non susceptible de fatigue, à celle de trois chevaux \4vants et la force musculaire d'un cheval à celle de huit hommes. Suivant cette évaluation, les 8.831.434 HP de l'industrie allemande représenteraient le travail de 185.460.114 personnes. Comme, chez tous les -peuples civilisés, la force humaine coûte au moins le double de la force du cheval et le cheval vivant trois fois autant que le cheval-vapeur (Reyer, p. 2G0), on peut mesurer facilement l'économie de frais réalisée].

(20) [Kreller, Die EnUvickliing der deutsclien elektrotechnischen Industrie^ 1903 ; ScJw. d. Ver. f. Sozialp., 107, p. 75 et suiv. ; Fasolt, Die sieben grössten deutschen Elektrizitätsgesellschaßen, 1904 ; Koch, Die Konzentrationbestrebungen in der deutschen Elektroindustrie^ 1907 ; Plenske, Das Elektrizitälsrecht und das Reichselektromonopol, 1908 ; Hoppe, Die Elektrizitätswerke im Lichte der Statistik, 1908 ; G. Matschoss, Die Geschichtstliche Entwicklung der Allgemeinen Elektrizitätsgesellschaft, dans les Beilraege zur Gesch. der Technik und Industrie, I, p. 53 et suiv., 1909 ; H. Hasse, Die allgemeine Elektrizität s geselleschaft, 1902 ; K. Forstreuter, Die Bedeutung der Elektrizität für die Landwirtschaft, 1911 ; F. Hoppe, Was lehren die Statistiken der Elektrizitätswerke 7 1903 ; G. Mattern, Die Ausnützung der Wasserkraefte, 1906; H. SAEXNiCHSE>*,Z)te Vereinigung der Elektrizitaetsfirmen, 1902 ; Statistik des Verbandes deutscher Elektrotechniker ; Statistik der Vereinigung der Elektrizitätswerke ; Zoepfl, Nationaloekonomie der technischen Betriebskräfte, p. 11 ; H. Lux, Die wirtsschaftliche Bedeutung der Gas-und Elektrizitätswerke in Deutschland, 1898 ; E. Reyer, Kraft, 1908, p. 77, 294 ; Wirminghaus, dans le Hdw. d. Staatsw., 3« éd., 3, p. 927].

L'avantage du travail des machines est d'autant plus important que la confection du produit repose sur la répétition constante d'une seule et même opération. Il en est autrement lorsque la production exige une suite de mouvements variés, surtout quand ceux-ci, suivant la consistance individuelle de l'objet soumis au travail, doivent présenter entre eux une différence considérable (1). La machine se prête admirablement à la fabrication des tissus, parce que leur qualité dépend, avant tout, de l'égalité d'épaisseur et de retordage du fil. Sous la condition de l'excellence des procédés de préparation, la machine peut travailler beaucoup plus régulièrement que la main. Le tissage mécanique est d'autant plus indiqué, que le tissu offre plus de souplesse et que les fils se rompent ainsi plus rarement (2). Il faut d'ordinaire, pour les machines, plus de capitaux et en tous cas, plus d'immobilisation que pour les salaires. Aussi, leur achat n'est-il souvent avantageux que lorsque l'on peut compter sur un écoulement fort important des produits. Plus la machinerie est coûteuse, plus doit être étendu le débit qui la rend nécessaire (3). Les articles précieux de luxe conviennent faiblement au travail des machines (4). Celles-ci, en général, ne renforcent pas seulement la supériorité économique de celui qui les emploie, mais elles la supposent au préalable, à la fois quant à la matière première, (5) aux forces naturelles et aux connaissances générales (6). Pour les marchandises dont le prix résulte principalement du coût de la matière première et pour une très petite part seulement de celui du travail, une réduction vraiment importante de ce dernier élément par les machines

sera souvent incapable de permettre l'augmentation du débit au degré que les frais mêmes de celles-ci rendent indispensable. Enfin, il va de soi que, lorsqu'il s'agit d'un travail demandant une réflexion instantanée, ou d'une libre création de l'esprit, la machine ne peut jamais remplacer l'ou- ATier (7). Un travail manuel menacé de concurrence par la machine trouvera donc parfois son salut le plus sûr en émigrant sur le terrain artistique, offrant avec lui le plus de parenté (8). Dans l'ensemble toutefois, il ne faut pas méconnaître que depuis peu le domaine des machines^ aussi bien que celui des fabriques, se trouve en voie d'accroissement relatif.

(1) En raison de ses inégaUtés de forme, de taille, de résistance. La machine à. coudre produit pour la couture en surjet .autant que cinq mains de couturières, pour la couture ordinaire -autant que dix, pour la couture en cuir autant que \Tngt-cinq <M. Chevalier).

(2) C'est ce qu'on peut constater le mieux pour le coton. Le filage à la machine offre plus de difficultés pour la laine, celle-ci étant moins fine et moins lisse et se crêpant davantage ; pour le lin, à cause de l'inégalité de ses fibres ; pour la soie enfin, 'en raison de la diversité des fils des cocons, qui, surtout à leur extrémité, deviennent beaucoup plus minces, de sorte qu'à cet endroit il faut en réunir bien plus qu'autre part pour constituer un fil. Le tissage à la main de la laine était un travail surtout mascuhn, celui des autres étoffes de fil étant l'affaire des femmes et des enfants. Dans l'industrie lainière, le drap convient beaucoup moins bien pour les machines et les fabriques en grand que l'étoffe dite worsted ; le fü, pour rester propre au feutrage et au nopage, ne doit pas être filé serré et se rompt dès lors facilement dans le tissage mécanique. La navette, dans le tissage du worsted, fait 160 's picks » à la minute, dans le tissage du drap, seulement de 40 à 48 {Statist. Journ., 1860, p. 5 et suiv.).

(3) Ainsi le montre l'échelle des moyens de locomotion, la voiture de louage, l'omnibus, le tramway et le chemin de fer. L'éclairage au gaz, avec sa coûteuse machinerie, est avantageux lorsque sa demande est fort importante, comme dans les grandes villes, les fabriques, les théâtres, etc. Il le devient au plus haut point lorsqu'à ces circonstances de lieu viennent s'ajouter le bas prix de la houille et de larges facilités d'écoulement pour les cokes, le goudron, etc. Par contre, on traîne aujourd'hui encore avec soi, pour circuler à la maison, les ustensiles les plus imparfaits, tels que bougies, lanternes, enfin même falots d'écurie. Les presses rotatives conviennent aux journaux, bibles, publications populaires ; aux imprimeurs ordinaires, qui, pour se maintenir, impriment en même temps plusieurs ouvrages, elles reviendraient beaucoup trop cher.

(4) Tels les Gobelins et les châles de Cachemire. [Dans la broderie, la machine a pourtant opéré un^ transformation remarquable. Au début, les produits de la broderie a la inain étaient de purs articles de luxe, réservés en première ligne à l'usage des riches. Lorsque la machine à broder vint à paraître, elle amena une baisse de prix et un accroissement de la production, en invitant par suite à une consommation plus large. La broderie à la main garda, dans son domaine, la confection de marchandises demandant une habileté manuelle artistique, tandis que la broderie mécanique trouva son champ d'occupation dans la fabrication d'articles de qualités simplement ordinaires et moyennes, sur des modèles d'une uniformité courante. Le perfectionnement ultérieur, qui se manifesta dans la machine à broder à la navette, plaça celle-ci à la tête du mouvement industriel de la broderie. C'est avec elle que commença la production en masse des dentelles brodées, en face desquelles la dentelle au fuseau ne peut plus se maintenir (Br. Zeeh, Die Betriehsverhaltnisse in der sächsischen Maschinenstickerei (1909, p. 6, 25)].

(5) L'importance moindre de la machine dans l'industrie lainière tient en partie à ce que la matière première peut difficilement augmenter plus vite que Ja population, la viande cons-

tituant, pour une très forte part, la valeur du mouton. Le lin et Je coton sont, sous ce rapport, beaucoup plus susceptibles de développement {Statist. Journ., 1859, I et suiv.).

(6) Les nègres de la Jamaïque, auxquels on avait donné des brouettes, ont commencé par mettre celles-ci, toutes pleines de terre, sur leur tête (Brassey, Work and Wages, ^i^l). Le pays le plus cultivé au point de vue économique sera généralement aussi le plus riche en machines. Au début du xvii« siècle, ce fut le cas des Pays-Bas (Bormtii, De rerum sufficientia, 1625, p. 38, 110, 233).

(7) L'invention de la photographie a pu mettre dans l'embarras les copistes professionnels de la nature. Les portraitistes et paysagistes véritables qui créent à son exemple et la représentent pour ainsi dire avec plus de sincérité qu'elle n'en offre elle-même à chaque instant, n'en ont éprouvé aucune gêne. La situation est identique pour l'art de l'orfévTerie d'un Benvenuto Cellini, comparé à l'estampage mécanique d'ornements dorés qui reproduit le même modèle à de multiples exemplaires. [Il est incontestable qu'une couture à la main, faite avec soin par un tailleur de profession, est plus solide qu'une couture à la machine qui semble pourtant plus régulière. Une couture à la main bien conditionnée est aussi plus élastique qu'une couture mécanique (G. Mueller,'o/). cit., p. 71). La machine à coudre les fourrures a permis de reconnaître que celui qui la sert sans interruption doit s'appliquer davantage et fatigue, par suite, plus vite que celui qui coud les fourrures à la main (G. Mueller, op. cit., p. 78). Elle exige aussi de sa part une habileté supérieure. L'apprenti fourreur, une fois apte à confectionner une couture à la main acceptable n'est pas, en général, autorisé avant la dernière de ses quatre années d'apprentissage à se servir de la machine à coudre les fourrures. Ici c'est la couture à la machine qui est la plus solide, mais elle ne peut être employée que pour les peaux fourrées les plus fortes, comme la chè\Te, la loutre, le castor, le musc. Les peaux légères et tendres, telles que l'hermine, le petit-gris, la marmotte, doivent être cousues à la main, parce que l'aiguille de la ma-

chine à coudre les foun^nres pourrait les couper. Cette machine, tout compte fait, présente cependant une supériorité décisive sur le travail à la main].

(8) Des fileurs de coton de Suisse et du Vogtland saxon sont passés à la broderie (Bein, Industrie d. sächs. Vogtland, 1884, 2,. p. 272, 392). On verra souvent une industrie d'art populaire et s'exerçant à domicile, se maintenir à peine dans une région écartée, quand elle n'aurait besoin que de l'enseignement, etc. pour se rajeunir. C'est le cas dans divers paj'S de l'Autriche (Cpr. \. EiTELBERGER, Kunsthistor. Schriften, 2, p. 305).

(9) Le rapport du Zollverein sur l'exposition de Londres de 1862, affirme par exemple, comme non douteuse, la possibilité de l'emploi des métiers à tisser mécaniques, même pour les étoffes de soie à dessins.

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