‹ Economie industrielle;Chapitre 50 sur 72 · INFLUENCE SUR LA CLASSE DES SALARIÉS · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA CLASSE DES SALARIÉS

en mouvement des machines accomplissant un travail délicat qui permettent de se passer d'un nombre plus grand de mains humaines (Lexis) (3), et que plus les inventions de ce genre évoluent rapidement, plus la situation des ouvriers est capable de devenir critique]. Les patrons eux-mêmes sont susceptibles d'en souffrir, leurs vieilles machines perdant une grande partie de leur valeur par suite de l'invention de nouvelles et de plus avantageuses (4). On a pu parler du a sisyphisme » des machines. Ce revers de la médaille n'existe naturellement pas, dans les cas où l'industrie tout entière, qui leur doit son impulsion, n'existait pas jusqu'alors dans le pays. Il n'y a pas ici de vies humaines liées à la persistance d'une méthode imparfaite. Dans une île déserte, les machines les plus productives elles-mêmes ne pourraient faire aucun mal (5).

(1) En tant que consommateurs, les salariés ont part également aux succès des machines, et il est singulier que de nombreux économistes passent sous silence les avantages résultant pour eux du meilleur marché des vêtements, etc.

(2) [II en est ainsi des machines servant à l'épuisement des eaux et à l'extraction, des marteaux à vapeur, des laminoirs, des moulins qui, depuis longtemps, ne sont plus mis en mouvement par la force humaine (Lexis, Hdw. d. Staats»'., 3^ éd., 6, p. 609)].

(3) [Ceci s'applique notamment à l'industrie textile, dans laquelle effectivement, pendant la période de transition, beaucoup d'ouvriers ont été en partie supprimés, en partie réduits à des salaires inférieurs].

(4) Par mesure de précaution, on devrait, dans le calcul de l'amortissement des machines, etc., évaluer non seulement l'usure résultant de leur emploi, mais encore leur dépréciation probable par suite des perfectionnements à venir.

(5) Les choses se passent de façon analogue dans toutes les

colonies des métropoles européennes. Pour des raisons identiques, parce que l'on pouvait plus aisément prendre des voies différentes, parce que la division du tt-avail n'avait pas frayé celles-ci d'une manière aussi fixe, les nombreuses et extrêmement importantes inventions de la fin du moyen âge, comme les moulins à vent, les tours, les moulins à forge paraissent avoir rendu peu d'hommes malheureux. Voir Her- RExscnwAND, De Véconomie politique moderne. Discours fondamental sur la population^ (Londres, 1786). L'anglais Th. Mortimer, dans ses Elements of commerce (1772), p. 105 et suiv., déplore l'introduction de machines dans les pays à population dense. Inversement, J. Stuart Mill, par sa théorie du fonds de salaires (vol. I, § 166), est amené à considérer celles-ci comme sans inconvénients, seulement dans les pays d'une civilisation avancée, à formation nouvelle intense de capitaux {Principles, IV, ch. 5, 2). Les économistes populationistes ont généralement considéré les machines d'un œil défavorable. [Frédéric le Grand s'était fait le champion du progrès technique en face de la routine des corporations. Mais dès que la machine qu'il s'agissait d'employer travaillait à rencontre de sa politique de peuplement, il se dévoilait son adversaire. Ce n'était pas la compassion pour le travailleur devenu sans pain qui le poussait à cette attitude. La considération de la capacité d'impôts de ses sujets le déterminait à faire front contre les machines (Carl. Ergang, dans les Beitraege z. Gesch. d. Technik und Industrie, 2, p. 81-82, 1910)]. Sonnen fels, dans ses Grundsätze (2, p. 141 et suiv., 147), n'approuve les machines que d'une manière exceptionnelle, dans le cas d'un commerce extérieur très considérable, tandis que l'éclectique JusTi, dans ses Manujacturen und Fabriken (1757) (I, p. 147), émet assez délibérément l'espoir que les ouvriers dépossédés' par les machines trouveront toujours bien une autre occupation. Selon Cancrin, Œkonomie der menschlichen Gesellschaft (1845, p. 62), les machines ne rendent le peuple ni plus heureux, ni véritablement plus riche, mais seulement les marchandises meilleur marché et leur consommation plus étendue ; en outre

elles augmentent la surproduction et la misère ouvrière. Le contraste le plus violent avec ces théories est offert par Mac cuLLOCH, qui ne fait qu'une masse des machines et des progrès des ouvriers en application comme en habileté ; aussi ne dit-il des machines que du bien, surtout à l'égard de ceux-ci ; neuf dixièmes des maux qu'engendre l'absence des débouchés doivent être attribués à l'immixtion de l'État {Principles, II, 4).

Il ne faudrait pas croire que les macliines doivent diminuer la demande de travail en général. Elles ouvrent d'ordinaire le champ, d'un côté, à uiie demande nouvelle, pour le fermer, d'un autre, à une ancienne. Nous avons en vue tout d'abord la fabrication même des machines, qui a bain d'ou%Tiers si nombreux, d'une formation spéciale et bien rétribués (1). Nous pensons ensuite au service de ces machines (2), ainsi qu'à la préparation de la matière première qui, pour elles, doit se faire avec beaucoup plus de 'm. et de régularité que pour ie travail à la main. [Les moyens de transport modernes ont permis d'exploiter des richesses naturelles jusqu'alors inaccessibles. Ils ont ainsi, non seulement fait apparaître sur le marché des valeurs nouvelles très importantes, mais encore augmenté extraordinairement la masse de la matière brute à mettre en couvre (Lexis)]. L'essor effectif qu'une industrie doit aux machines entraîne, en général, avec lui le développement d'autres industries qui, à les considérer d'une façon abstraite, peuvent en partie recevoir les forces de travail congédiées. Si une marchandise, par suitemes machines, vient à baisser à la moitié de son prix antérieur, tous les consommateurs peuvent librement disposer de la moitié de ce qu'ils consacraient d'habitude à son achat. Il est 'STaisemblable Roscher 20

qu'ils emploieront ces sommes de manière différente. L'un augmentera ses jouissances, un autre agrandira son commerce, un troisième constituera un capital en le plaçant à intérêt, c'est-à-dire, en général, encore productivement au point de vue économique. Dans chacun de ces cas, une nouvelle demande de travail doit prendre naissance, bien qu'en vérité sous des degrés différents.

[Le développement de la technique des machines s'accomplit, à l'époque moderne, dans un sens déterminé : on les construit en sorte que leur direction demande peu de forces de travail, mais intelligentes et payées par suite un haut prix. Ce déA^'eloppement a commencé dans les moulins; il est à peu près terminé dans les hauts fourneaux, les aciéries et les laminoirs. Par contre, il n'a pas encore atteint sa valeur dans l'exploitation des quais et des mines. Pour les premiers, il faut vaincre la difficulté que présentent les variations de grosseur des pièces à débarquer. Pour les secondes, il faut surmonter l'obstacle offert par l'étroitesse de l'emplacement. On s'efforce d'ailleurs d'établir les machines de façon qu'elles remplissent, non seulement leur but principal, mouvement d'extraction ou mouvement d'outil, mais encore qu'elles exécutent elles-mêmes tous les tours de main et opérations accessoires. Avec le temps, le nombre des manœuvres nécessaires se réduira sans cesse et ils seront remplacés par une quantité plus faible d'ouvriers de haute valeur, se montrant, en face des machines, de taille à les diriger comme à les servir (Kammerer)].

Il faudrait détruire à plaisir ou entasser sans emploi les richesses épargnées, pour qu'elles ne puissent servir de base à aucune demande nouvelle de travail : deux choses qui n'arrivent que rarement dans les pays à machines (3). Pourtant, à l'intérieur d'une même industrie, la force multiplicatrice de travail possédée par une machine a souvent

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