ÉDUCATION DES FORCES PRODUCTIVES
égale de forces productives crée moins d'objets et procure moins de jouissances que ne le ferait le libre échange. Mais l'emploi du premier peut susciter des forces productives nouvelles, et réveiller de leur engourdissement certaines autres susceptibles, à la longue, d'acquérir une valeur supérieure aux sacrifices consentis. Il est impossible de soutenir que l'éducation la moins chère est toujours la plus avantageuse (1). On n'arrive à la maturité économique qu'en veillant à ce que l'industrie reçoive, elle aussi, son éducation (Vol. II, § 21 et suiv.). L'Etat simplement agricole ne peut atteindre la même quantité de population et de richesse acquise, encore moins la même habileté au travail et la même énergie créatrice de la part du capital, que l'Etat où l'agriculture se mélange à l'industrie ; il ne peut davantage tirer de ses forces naturelles un parti aussi complet. Que de veines de charbon (2), de chutes d'eau, de loisirs (3), et de capacités techniques demeurent dans l'Etat simplement agricole, presque inutilisables ! Si donc, le protectionnisme est capable de favoriser la fondation d'une industrie nationale, si même il est le seul moyen de la rendre possible, il faut considérer le sacrifice qu'il entraîne au début, comme l'équivalent de celui du grain de semence. On observera, toutefois, qu'il n'est légitime que sous les trois conditions, de la faculté germinative de ce grain, de la fertilité et de la bonne préparation du sol, et du choix d'une saison propice (4, 5).
(1) List, dans son ouvrage Nationales System der polit. Œkonomie, eh. xii, établit un parallèle entre deux propriétaires ayant chacun cinq fils et pouvant faire annuellement 1.000 tha- 1ers d'économies. Le premier donne à ses fils une même éducation paysanne et place ses économies à intérêts. Le second fait instruire les siens pour leur permettre de devenir, deux d'entre eux, des agriculteurs raisonnes, les trois autres, des industriels
intelligents ; cela lui cause, il est vrai, des dépenses qui ne lui permettent la constitution d'aucun capital. Lequel des deux a le mieux travaillé pour la considération, la richesse, etc., de sa descendance ? Est-ce l'adepte de la « théorie de la valeur d'échange » ou celui de la théorie des « forces productives » ?
(2) La région industrielle anglaise de Potteries, au nord-ouest du comté de Staff ord, dont la richesse est aujourd'hui si développée, passait à l'époque où elle était purement agricole, pour des plus infertiles.
(3) Certains libre-échangistes aveugles supposent volontiers que tout homme apte au travail trouverait toujours et de façon toute naturelle de quoi s'occuper pleinement ; que c'est, au contraire, le paresseux qui alléguerait souvent, comme excuse à ses propres yeux du gaspillage de ses heures de loisirs, l'invraisemblance, ou au moins l'incertitude, des débouchés pour les produits nouveaux dont elles permettraient la fabrication (Voir J. Moser, Patriotische Phantasien, 1, p. 4 ; Kro'!^ke, Steuerwesen (1804), p. 324, 328 et suiv. et aussi le premier critique, en Allemagne, des théories d'Adam Smith, dans l'ouvrage de RoscHER, Gesch. d. N. Œkonomie in Deiitschland,2, p. 599).
(4) Supposons un pays ayant jusqu'alors produit pour 10 millions de thalers de blé, dont un million a été expédié à l'étranger comme contre- valeur de produits importés de celui-ci. Ce pays fonde, en établissant des droits protecteurs, des fabriques nationales et met ainsi en valeur une mine de charbon, des chutes d'eau, etc. Les ouvriers des fabriques consomment désormais le blé antérieurement exporté. Une déviation semblable ne va naturellement pas sans provoquer de pertes, mais celles-ci cessent de se produire dès que l'industrie indigène est devenue l'égale de l'industrie étrangère éliminée. Dès lors, les forces devenues utiles dans l'intervalle apparaissent comme un gain net. List signalait souvent qu'une consommation de 70.000 industriels indigènes a autant d'importance pour l'agriculture allemande que tout ce qu'elle a exporté en Angleterre, de 1833 à 1866 {Zollvereinshlatt, 1843, n« 5).
(5) En Allemagne, le libre-échangisme d'Adam Smith, qui,^