‹ Économie politique de la Suisse (volume 2)Chapitre 17 sur 32 · VI. Résumé · texte numérisé non relu

VI. Résumé

La production totale de l'agriculture suisse est évaluée à 500 à 600 millions de^ francs, ce qui constitue à peu près le tiers de la production indigène. L'agriculture nourrit directement le 35 Vo dô la population, et elle fournit en outre les vivres les plus indispensables et d'importantes matières premières telles que le bois, les peaux, etc., à une fraction égale de l'ensemble de la population.

Nous devons importer annuellement pour plus de 300 millions de francs de vivres, soit environ le 40 7o de la consommation totale. Si l'on déduit de cette somme le montant de nos exportations de produits agricoles (80 à 90 millions de francs), nous constatons un déficit annuel, en vivres, de 200 à 250 millions de francs (1899: production indigène, environ 520 millions, et importations, 329 millions = 849 millions, dont il faut déduire notre exportation de 87 millions;

restent 762 millions, dont 242 millions de francs d'importation nette. Pour 1901 : environ 530 + 306 — 105 = 731, dont importation nette 201 millions de francs).

Pour apprécier notre agriculture à sa juste valeur, il faut tenir compte des observations suivantes:

a) Tandis que l'industrie tire ses matières premières presque exclusivement de l'étranger et se voit ainsi obligée de payer un fort tribut au dehors, les produits agricoles constituent un gain net réalisé par le travail du peuple exploitant son sol. Dans ces circonstances, il devient évident que si l'on veut comparer Tagriculture à l'industrie, il ne faut compter, pour cette dernière, que la plus-value acquise par la matière première, tirée presque exclusivement de l'étranger par le travail de l'homme. En calculant ainsi on constate que le montant des productions industrielles atteint à peine celui des produits du sol.

b) Le nombre des habitants auxquels l'agriculture fournit les moyens de subsistance est beaucoup plus élevé que celui des ouvriers occupés par l'industrie. Si le cultivateur vit dans des conditions plus modestes que l'ouvrier, son métier, plus sain au point de vue physique comme au point de vue moral, contribue plus que tout autre au développement des forces vitales de la nation.

Statistique: \^ Des personnes occupées au travail de la

terre (agriculture, élève du bétail, horticulture, sylviculture,

mines):

Nombre des personnes . . 1159,373 1145,719 1154,163 1133,865 % de la population totale. 46„8 42,93 ^^,55 38,88

2o Des personnes occupées dans le commerce^ dans Vindustrie ou dans les services de transports:

Nombre des personnes . . 1100,465 1^202,102 l'359,650 l'416,092: 7o de la population totale. 43,84 45,o4 49,o4 48,58

OLa sylviculture et le travail des mines occupent le 2%.

Selon une estimation approximative, le 18 7o peut être attribué à l'industrie, le 23^/^% aux métiers, le surplus au commerce et aux services de transport. Il est probable que la statistique des métiers du 1er décembre 1900 modifiera ces données dans un sens défavorable à l'agriculture.

Entre ces deux groupes principaux de notre population il existe actuellement en Suisse, comme dans d'autres pays civilisés, une opposition d'intérêts très prononcée: la population industrielle, l'ouvrier, le citadin, le consommateur en général, a grand intérêt à payer le moins cher possible les denrées nécessaires à l'alimentation. La population agricole, de son côté, cherche à assurer un rendement stable à ses produits. Ce but, elle cherche à l'atteindre, entre autres, par l'obtention d'une législation sévère sur les denrées alimentaires, à l'intérieur, et d'un tarif douanier protecteur contre l'étranger. H importe de ne pas perdre de vue en recherchant, dans chaque cas, la solution de ce conflit, que la Suisse n'est pas capable de faire vivre des produits naturels de son sol plus de IV2 à 2 millions d'habitants. Si elle compte actuellement 3% millions d'habitants et si cette population, malgré sa densité, consomme une quantité moyenne si considérable de produits nullement indispensables à l'existence (sucre, spiritueux, viande, tabac, etc.) et, en général, peut vivre sur un pied très large, elle le doit principalement au développement puissant des autres branches de son activité professionnelle, et tout spécialement de l'industrie.

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