III. Viticulture
1. Superficie et répartition des vignobles. Nominalement, 28,000 ha du territoire suisse sont plantés en vignes. Les meilleurs vignobles sont ceux des coteaux ensoleillés des vallées méridionales au climat presque méditerranéen, puis les coteaux abrités des lacs de la Suisse occidentale. Ces réservoirs naturels emmagasinent durant l'été une grande quantité de chaleur qu'ils rayonnent en hiver ; on peut donc les considérer, pour la contrée avoisinante, comme de puissants régulateurs de la température. Les vignobles de La Côte et de Lavaux (Dézaley), sur la rive septentrionale du Léman, ceux d'Aigle (Yvorne) dans la vallée du Rhône et ceux du
Valais où la vigne prospère jusqu'à une altitude de 1000 m méritent d'être cités en premier lieu, tant pour leur étendue que pour la qualité de leurs produits (expéditions de raisins de table du Valais; cures de raisins du Valais et du canton de Vaud). Sur les rives occidentales des lacs de Bienne et de Neuchâtel, les vignobles ont aussi une situation privilégiée. Le second centre viticole de la Suisse s'étend sur la rive septentrionale du lac de Zurich, puis de Winterthour dans la direction du Rhin (Neftenbach) et dans le canton de Schaffhouse (Hallau). Certaines localités favorablement exposées dans le canton des Grisons, dans le Kheintal st-gallois, au bord du lac de Wallenstadt et à Baden (Goldwsendler) produisent des vins renommés. Malgré les conditions climatologiques les plus favorables, la culture de la vigne est négligée au Tessin. Cette plante pousse là spontanément et on n'en considère la culture que comme une branche accessoire de l'agriculture. Telle est la cause de la faible production de vin de ce canton: 40 à 70 mille hl au lieu de 200 mille. C'est pourquoi il serait plus juste de dire que les vignobles suisses ont une étendue d'environ 25,000 ha au lieu de 28,300. Du reste, nos vignobles diminuent lentement, mais régulièrement d'année en année, par suite de la concurrence des pays méridionaux qui nous livrent leurs vins à des prix de plus en plus bas. L'élévation du droit d'entrée de 3 */2 à 8 francs par q. brut, pratiquée dès 1906, n'a pas réussi à réduire cette importation (voir ci-dessous). 2. Importation des vins. Nos vignobles produisent en moyenne 1 '200,000 à 1 '300,000 hl de vin par année, évalués à 45 millions de francs. La récolte exceptionnelle de 1900 s'est élevée à 2' 100,000 hl. De plus, il faut tenir compte d'environ 400,000 hl de piquette pour l'usage domestique des paysans. Une bonne partie de la récolte étant absorbée sur place, nous sommes obligés d'importer une quantité de vin à peu près égale à la production indigène. Ainsi, en 1903 et 1904 nous avons acheté pour 34 et 32,3 millions de francs 1 '231,000 et 1 '222,000 hl de vin provenant en grande partie
de l'Espagne, de l'Italie et de la France méridionale, et, pour le reste, de l'Autriche-Hongrie, de la Grèce, etc. De 1905 à 1907, c'était la France qui prédominait, grâce à ses fortes récoltes et à la mévente persistante. En 1908 et en 1909, la France a de nouveau dû céder le pas à l'Italie.
Nous recevons en outre pour la plupart de France des vins fins en bouteilles d'une valeur de 1 !/8 millions de francs.
Le pressurage de raisins d'Italie qui se faisait autrefois dans une large mesure a entièrement cessé depuis l'entrée en vigueur, en 1906, des droits nouveaux et la fabrication de vins de raisins de Corinthe a également diminué. La prohibition de ces deux genres de vinification taxés autrefois à une production annuelle de 100,000 hl semble avoir profité uniquement aux vins importés des pays méridionaux, car, au lieu des 1 '220,000 hl de 1904, la Suisse a importé l'270,000 hl en 1907, l'421,000 hl en 1908 et l'534,000 hl en 1909.
Quant à la consommation des boissons alcooliques, la Suisse, avec 80 1 de vin et environ 66 1 de bière par an et par tête, dépasse la plupart des autres nations.