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II. Cultures agraires

1. Superficie et importance. Le développement des voies de communication et la concurrence des blés russes et des blés américains ont fortement réduit la culture du froment en Suisse. Elle n'oGcupe plus aujourd'hui que le 10% du sol productif; les pommes de terre, les betteraves et les autres fruits des champs le 7 %• Même réduite à ces modestes proportions, l'agriculture est encore pour une part considérable au service de l'élève du bétail. En effet, les betteraves, l'avoine, les déchets des céréales et des pommes de terre servent à la nourriture du bétail, et la paille (excepté celle de seigle en tant qu'elle est utilisée pour le tressage) sert de litière. Dans bien des cas, c'est pour leur paille, plutôt que pour la graine, que l'on cultive encore des céréales chez nous.

2. Céréales. Sur le Plateau et dans le Jura, on cultive de préférence Vépeautre; c'est la variété de froment qui convient le mieux à notre climat humide et à nos terres fortes. Dans les régions élevées, l'épeautre est remplacé par l'avoine.

C'est dans la Suisse française, et surtout dans le pays de Vaud, que l'on cultive le plus de grain ; mais ici encore le blé doit céder le pas à la culture plus rémunératrice des fourrages.

La récolte annuelle du blé en Suisse est estimée à 3 millions de q, d'une valeur approximative de 50 millions. Comme notre consommation absorbe 10 millions de q, la production indigène couvre à peine les 30% de nos besoins et ne suffit que pour 120 jours. Nous tirons donc de l'étranger ce qui nous est nécessaire pour 245 jours. L'importation à été particulièrement forte en 1907: 7!/2 millions de q (en 1908: 5,6 et en 1909: 63/4 millions) = 156 millions

de francs; celle de 1908, exceptionnellement faible ensuite des importations extraordinaires en farines, est évaluée à 119 millions. L'importation des céréales se répartit en 1907 comme suit: froment: 4,68 millions de q, avoine: 1,43 millions de q, maïs: 728,000 q, viennent ensuite l'orge et le seigle. Notre principal fournisseur est la Eussie:

3 à 4 millions de q, puis les pays du Danube (1 */3 millions de q en 1907) et ceux de la Plata, le Canada et les Etats- Unis, l'Allmagne, l'Autriche-Hongrie, etc. Si nous n'importons plus guère de blés hongrois nous en achetons davantage à l'Allemagne. Nous lui achetons de préférence, de l'avoine et du froment, depuis l'abolition, en mars 1894, des déclarations d'identité pour la réexportation. Quant au froment des Etats-Unis, nous n'^ avons guère recours que lorsque les récoltes russes et roumaines sont mauvaises, p. ex. en 1898, en 1901 et en 1906.

Nos importations de farine et de semoule ont augmenté depuis 1906 ; elles étaient alors de 600,000 q par an, valant 12 [à 14 millions de francs; en 1908 elles se montaient à 835,000 q d'une valeur de 24,4 millions. Autrefois c'était, Marseille en premier lieu qui nous fournissait des farines qu'elle tirait elle-même de froment russe ou roumain. Aujourd'hui c'est l'Allemagne qui, grâce à une prime d'exportation déguisée et assez considérable, surtout pour les farines fines, a accaparé le marché suisse.

Enfin, nous importons chaque année de 120,000 à 150,000 q de riz italien ou hindou d'une valeur de 3 à

4 millions de francs.

La Eoumanie et la Russie nous acheminent leurs grains par Gênes-Luino et la ligne du Gothard sur Brunnen, ou encore par les ports du Havre, d'Anvers ou de Rotterdam. Depuis quelques années l'ancienne route fluviale du Rhin nous amène des quantités considérables de blé jusqu'à Mannheim d'où elles sont transbordées sur rails à destination de Baie, Waldshut, Schaffhouse et des localités sur le lac de Constance. Par contre, Romanshorn, Rorschach

et Buclis ont beaucoup perdu de leur importance comme places d'importation de blés.

3. Fruits des champs et plantes industrielles. Ces cultures occupent le 7 % de notre sol productif. La pomme de terre nous fournit une récolte moyenne de 8,4 millions de q, d'une valeur de 35 à 40 millions de francs. En règle générale, cette récolte suffit à nos besoins. On cultive beaucoup la pomme de terre dans la partie occidentale du Plateau — Vaud, Fribourg, Berne — et dans les cantons de Baie et de Schafî'house. Dans les années normales, nous en achetons au dehors, surtout en Alsace et dans le Palatinat 300,000 à 500,000 q pour l'alimentation des villes. On distille la pomme de terre principalement dans les cantons de Berne (56%), de Soleure (ll,a%)i de Fribourg, de Vaud et de Thurgovie (77s à 872°/o de la production totale d'eau-devie pour chacun de ces cantons), grâce aux dispositions des lois fédérales du 15 mai 1887 et du 19 juin 1900. Environ 200 mille quintaux métriques sont ainsi enlevés à l'alimentation. En réalité, cette protection est accordée par la loi à la distillation de la pomme de terre, parce que les résidus, soit le 15% de la matière première, peuvent être utilisés pour l'alimentation du bétail. Pour l'élevage des porcs, la pomme de terre nous fournit un précieux matériel.

La culture de la betterave fourragère et celle du navet blanc ou rave est également importante pour l'élève du bétaiL ïl n'y a que peu de temps que la betterave à sucre a été implantée chez nous. Les essais auxquels on s'est livré à Hochdorf, à Monthey et à Aarberg ont été malheureux. De tous les pays d'Europe, le Danemark et la Suisse sont ceux qui consomment proportionnellement le plus de sucre (Suisse de 1907 à 1909 plus de 900,000 q d'une valeur de 31 millions par an). Nous tirons donc cette denrée presque exclusivement de l'étranger. Autrefois les principaux producteurs, l'Allemagne, l'Autriche et la France, avaient établi des primes d'exportation dont nous avons largement bénéficié.

Selon les décisions de la conférence des sucres réunie à Bruxelles en février 1902, les primes ont été abolies à partir de septembre 1903. Dès lors, le prix du sucre a renchéri en Suisse de 20 à 30 %> et cela malgré la réduction de 2y2 frs. des droits d'entrée pratiquée dès la fin de 1906.

La forte chute de pluie et les dangers de la grêle s'opposent à la culture d'autres plantes industrielles en Suisse. Dans la vallée de la Broyé, située dans la zone généralement épargnée par la grêle, on s'adonne cependant à la culture du tabac. Il y a, dans cette contrée, environ 300 ha consacrés à la culture du tabac. Dans le reste de la Suisse on en trouverait à peine 100 ha. La production totale atteint environ 12,000 q de tabac fermenté et est estimée à 1 '050,000 fr., tandis que l'importation annuelle s'élève à plus de 75,000 quintaux, évalués à près de 11 millions de francs (voir p. 92, industrie du tabac).

La Suisse est obligée d'avoir recours à l'étranger pour toutes les autres plantes utilisées dans le commerce ou dans l'industrie, telles que le houblon, le lin, le chanvre, le colza, le pavot, la chicorée, etc. Il en est de même pour sa grande consommation en produits du midi et en denrées coloniales.

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