VII. Industrie des substances alimentaires
(Comestibles, boissons, tabacs.)
Dans le chapitre de l'agriculture, nous avons déjà parlé des produits de l'industrie laitière. Après celle-ci, l'industrie de la bière et celle du tabac méritent, grâce à l'importance qu'elles ont acquise, d'être abordées en premier lieu. Ces deux industries travaillent presque exclusivement pour les besoins de la consommation indigène.
Les brasseries suisses sont aujourd'hui encore au nombre de 177, avec une production annuelle de plus de 2 millions d'hectolitres, représentant une valeur de 40 millions de francs. La plus grande partie de la production sort des 15 brasseries de premier ordre de Rheinfelden, Bâle, Zurich, Winterthour, Lucerne, St-Gall, Berne, Fribourg et Genève. Quelques-uns de ces établissements produisent plus de 100,000 hl par année. A la longue, les brasseries de peu d'importance ne
pourront soutenir la concurrence de ces colosses ; elles succomberont inévitablement.
Pour parer aux abus résultant de l'indulgence exagérée envers les débitants, 50 des plus grandes brasseries suisses à l'exception de celles de Berne, ont formé un syndicat en février 1907 (le «Kundenschutzvertrag»;.
A la production indigène vient s'ajouter une importation de 120 à 130,000 hl, d'une valeur de plus de 3 millions, provenant presque entièrement de Munich. Notre exportation (25,000 hl = */4 million) est paralysée par les barrières douanières de nos voisins. Il n'y a guère que Genève et Nyon qui expédient régulièrement une partie de leurs produits dans la zone franche du pays de Gex et de la Haute- Savoie (1908: 14,000 hl = 400,000 fr.), et Lucerne qui exporte en Italie à peu près la même quantité (13,327 hl = 330,000 fr.).
Les brasseries suisses tirent de l'étranger presque toutes les matières dont elles ont besoin (orge, malt, houblon: 1898 et 1908, pour environ 17'/., millions; 1901 14 millions; 1905 à 1907, 19 millions par an), et les malteries indigènes souffrent de la concurrence autrichienne.
L'industrie du tabac est surtout répandue dans la Suisse française et dans le canton du Tessin. Les fabriques les plus importantes se trouvent à Payerne, à Grand son et à Vevey dans le canton de Vaud, à Boncourt dans le Jura bernois; dans la Suisse allemande, il y en a surtout à Menziken et Eeinach, puis aussi à Kheinfelden et à Bâle. Le canton du Tessin a des fabriques à Brissago, Lugano, Mendrisio et Chiasso. Les fabriques suisses mettent en œuvre non seulement toute la production indigène s'élevant à 12,375 q, mais encore 70 à 80,000 q de tabac brut étranger, qu'elles payent de 7 à 11 millions de francs. Brème est notre principal entrepôt pour l'importation des tabacs. Ceux-ci proviennent, la moitié des Etats-Unis (Kentucky, etc.), le reste du Brésil, de Java, de l'Amérique centrale et, enfin, d'autres Etats européens.
Avec ces feuilles de provenances si diverses, l'industrie suisse fabrique environ 35,000 q de cigares et tabacs d'une valeur de 22 millions de francs. 4000 à 4500 q au prix de 21 2 à 3 millions, sont destinés à l'exportation. Mais nous importons encore 2000 à 3000 q de cigares et tabacs fins d'une valeur à peu près égale à celle des cigares, etc., importés. Avec la Hollande (3,4 kg par tête de population), les Etats-Unis (2,55 kg) et la Belgique (2,j5 kg), la Suisse (2,2 kg) est un des Etats où l'on fume le plus.
La meunerie travaille aussi essentiellement pour notre propre marché. Il en est de même des fabriques de conserves de Saxon et de Lenzbourg (fruits et légumes), de Rorschach (conserves pour l'armée), des fabriques de succédanés du café de Bâle, de Langenthal, etc., de celles de ver moût et de liqueurs de Genève et du Val de Travers (transformation de l'alcool du monopole en absinthe, bitters, etc.). La fabrique de conserves de potages de Maggi à Kemptthal fait exception. Mais, vu sa grande exportation, elle a été contrainte, par les droits protecteurs des Etats voisins d'établir des succursales à Singen, à Paris et à Vienne pour conserver le débouché de ces pays. Les fabriques de confiserie de Genève et Versoix et celles de chocolat de Serrières, Locle, Lausanne, Vevey, Montreux, Nyon, Genève, Villars, Broc et Pérolles (Fribourg), Berne, Aarau, Hochdorf, Zurich, St-Gall, Coire, se livrent aussi à une exportation intense. Voir le tableau ci-dessous pour ce groupe d'industries.
Bonbons de Genève 885,000 l'204,000 2'282,000 2'326,000 2'536,000 Chocolat, etc. 2133,000 10'847,000 33'975.000 28'596,000 32'447,000
Ces chiffres démontrent en premier lieu le puissant essor qu'a pris en Suisse la fabrication du chocolat. Elle existe, il est vrai, depuis 40 à 60 ans déjà, mais n'exportait jusqu'en 1890 que pour deux millions de francs environ. Ce n'est qu'au cours des quinze dernières années que, grâce à la supériorité incontestée de ses produits, surtout du
chocolat au lait, elle a réussi à accaparer le marché universel pour une somme qui va croissant d'année en année et dépasse actuellement 30 millions par an. C'est dire qu'elle surpasse de beaucoup l'exportation chocolatière de tout autre pays alors que, d'après le montant de sa production totale, elle ne figure qu'au sixième rang. La consommation indigène renforcée par la demande des étrangers voyageant en Suisse est évaluée à 10 ou 15 millions de francs par an. D'un autre côté, l'activité de nos fabricants cherche à s'assurer les débouchés du dehors par l'établissement de fabriques dans quelques-uns des marchés les plus importants, en Italie, en Allemagne, en Autriche-Hongrie et aux Etats-Unis.