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VIII. Autres industries

a) Cuir et caoutchouc. Il est naturel que la tannerie ait une grande importance dans un pays riche en bêtes à cornes comme la Suisse. A Lausanne et à Aarbourg, on prépare le cuir à empeignes, à Baie et dans la Suisse centrale le cuir pour semelles. L'exportation annuelle de peaux brutes a atteint en 1907 une valeur de 17,6 millions de francs. L'exportation des cuirs préparés ne se monte qu'à 2l/4 millions de francs en 1909, tandis que l'importation s'est élevée dans cette même année à plus de 25 millions. La cordonnerie suisse et nos nombreuses fabriques de chaussures, telles que celles de Schœnenwerd, Olten, Winterthour, Bruttisellen, Kreuzlingen, Porrentruy, etc., mettent tout ce matériel en œuvre; leurs exportations annuelles s'élèvent à environ S millions de francs.

En relation directe avec la fabrication des chaussures, la confection de tissus élastiques s'est implantée à Schœnenwerd et dans les cantons d'Argovie, de Zurich et de Thurgovie, mais l'exportation de ce produit est tombée de 2l/2 millions de francs en 1898 à 1 million en 1904 et 1905; en 1907 à 1909 elle était de 1„ à 1,4 million.

b) Bois. La mise en œuvre du bois occupe en Suisse, dans ses différentes branches (la charpenterie, la parqueterie, la menuiserie et la fabrication des meubles) environ 61,000 ouvriers, dont 14,474 étaient soumis à la loi sur les fabriques en 1901. Il n'est cependant pas possible d'estimer le produit de cette industrie par des chiffres. Deux spécialités de cette branche se sont élevées au rang d'industries. C'est d'abord la sculpture sur bois, pratiquée dans l'Oberland bernois. L'école de sculpture de Brienz est subventionnée par l'Etat qui encourage aussi la participation de cette industrie aux expositions universelles. Malgré cela, l'exportation n'atteint que la modeste somme de 2/.â million. Bien que la mode ne soit plus très favorable à cette industrie, on peut admettre que les achats des touristes atteignent un chiffre à peu près égal à celui de l'exportation. En outre, les sculpteurs de l'Oberland fournissent aux fabricants de meubles des motifs de décoration qui portent leur production totale à environ 2 millions de francs.

c) La fabrication de îa pâte de bois et celle du papier sont plus importantes. La première s'est d'abord acclimatée dans les cluses du Jura (fabrication mécaniqne de la pâte de bois), puis dans la Suisse orientale (Augst, Grellingue, Balsthal, Delémont, Courtelary, Rondchâtel, Framont, Saint- Sulpice, Bellerive; Cham; Lachen, Landquart, Bischofszell, Dubendorf). Actuellement, presque toutes les fabriques de papier produisent elles-mêmes leur pâte de bois.

Il y a 20 ans, la Suisse exportait encore annuellement (principalement en France) pour environ 2 millions de francs de pâte de bois humide. Le prix de plus en plus élevé du bois en Suisse et la concurrence intense de la Scandinavie ont beaucoup diminué la vente de ce produit. En compensation, l'exportation de cellulose croît rapidement depuis 1889. On obtient ce produit à l'état sec en réduisant chimiquement les fibres du bois. Sous cette forme, la cellulose présente des avantages (diminution de frais) à l'exportateur (fabriques à Augst et à Attisholz). En 1899, l'exportation

fr.

a cependant subi une forte diminution. Le tableau suivant nous renseigne à cet égard.

Pâte de bois Cellulose

(humide; production mécanique) (sèche; production chimique)

fr. 4,000 » 875,000 » l'849,000 » 997,000 » l'273,000 » l'870,000 » l'675,000

Le nouveau tarif des douanes, en vigueur depuis 1906, confond la pâte de bois sèche avec la pâte humide; dès lors la comparaison ne peut plus être exacte.

On estime à 32 millions de francs la production annuelle des fabriques suisses de papier, dont 23 »/, millions pour le papier proprement dit, 1 y, million pour le carton, 2 J/4 millions pour la pâte de bois et 4'/4 millions pour la cellulose, etc. Les établissements de Biberist fournissent, avec leurs succursales, le quart de la production indigène. Parmi les principaux centres de l'industrie du papier, citons encore Bâle où fut fondée, vers 1435, lors du Concile, la première fabrique de papier en Suisse. Aujourd'hui, après Biberist, Zurich, Perlen (Lucerne) et Utzenstorf possèdent les papeteries les plus importantes de la Suisse.

La production indigène est complétée par une forte importation de papier ( 1909 : 7,8 millions) et d'articles en papier (5,2 millions). L'exportation suisse a augmenté de 1 y, million d'il y a dix ans à 22/3 millions en 1909.

Nous avons terminé le chapitre II de cet ouvrage par un aperçu sur les terres et pierres industrielles, telles que la chaux, les ciments, les argiles, le verre, et nous avons

fait mention de l'industrie bâloise des couleurs sous le chiffre III du présent chapitre. La place importante que prend cette branche dans les industries chimiques de la Suisse nous engage à y revenir.

tl) L'industrie bâloise des couleurs a débuté en 1856 par l'extraction des principes tinctoriaux des bois de campêche et plus tard de celle du sumac. Dès 1860, la fabrication des couleurs d'aniline a pris un grand essor. Entre temps, on s'adonna aussi, à partir de 1880, à la fabrication d'alizarine artificielle. Enfin, grâce en partie à, la propagation de l'infiuenza, une industrie chimique de produits pharmaceutiques a pris naissance à Bâle et y a acquis une certaine importance. Cette fabrication se fait en outre, à Zofingue, à Glaris et à Genève. Nous donnons ci-après la tableau des exportations de ces industries.

Couleurs d'aniline . fr. 15'343,000 21'935,000 19'657,000 24'186,000

Extraits de bois de campêche et des

feuilles de sumac » l'010,000 1' 133,000 1' 160,000 l'459,O0O

Àutipyrine et produits

similaires . . . » 2'062,000 4'610,000 4'979,000 4'553,000

Autres préparations

pharmaceutiques . » 2'033,000 1703,000 l'502,000 l'335,00O

Parfumeries et cosmétiques .... ^ (604,000) l'573,000 1*926,000 2,824,00O

Totaux fr. 21'052,000 30'954,000 29'224,000 34'357,000

La guerre de tarifs avec la France a poussé la Suisse à s'affranchir du privilège que possédait Marseille de l'approvisionner en savons. La concurrence anglaise s'est établie à demeure sur notre territoire (Olten), et aujourd'hui la Suisse pourvoit elle-même à la plus grande partie de ses besoins quant à cet article. De 1899 à 1904 nous n'avons plus importé de savons ordinaires que pour 800,000 francs. Depuis lors cette importation a été de fr. 880,000 à fr. 950,000 et celle de savons parfumés de 3 à 400,000 fr.

Nous ne faisons que citer en passant quelques industries secondaires de technique chimique, telles que celles de la fabrication de la colle et de la gélatine (exportation annuelle : un million de francs et plus encore), celles de Y amidon et de la dextrine, des vernis et des laques, de Y encre d'imprimerie, des graisses pour voitures, du cirage, etc.

Par suite de la promulgation d'une loi fédérale, la fabrication des allumettes au phosphore jaune de la vallée de Frutigen a dû être transformée, et l'on se sert maintenant de chlorate de potasse, qui n'offre pas de danger.

Jusqu'à nos jours, la Suisse s'est vue dans l'obligation d'avoir recours à l'industrie étrangère pour tous les nombreux produits composés de sels et (Yacides chimiques. Ici encore le manque de houille indigène et les grands frais de transport entrent en ligne de compte. De nos jours, la fabrique d'Uetikon est la seule à représenter ces produits. Les acides sulfurique, chlorhydrique et nitrique d'Uetikon servent à la fabrication d'engrais artificiels dans les cantons de Zurich, Berne, Fribourg, etc.

Du reste, une modification importante est en train de se réaliser dans ce domaine. Les forces motrices de l'eau mises au service de l'électro-chimie et de l'électro-mécanique favorisent l'éclosion de tout un groupe d'industries suisses dont la fabrication de la pâte de papier et celle de la dynamite (Brigue) ne furent que les précurseurs.

e) Le groupe des industries électro-chimiques comprend aujourd'hui la fabrication de l'aluminium, celle du chlorate de potasse, celle du carbure de calcium, celle du chlorure de chaux, celle de la soude caustique, celle de la fonte de fer siliceuse et celle des azotes.

La fabrication de l'aluminium par l'électrolyse de l'argile a été introduite en Suisse (Neuhausen) en 1889. La production annuelle, primitivement de 40,000 kg, est montée à 800,000 kg en 1898, et jusqu'à l'ouverture des usines du Niagara, la Suisse a réglé le marché de ce métal,

ce qui n'est pas sans offrir un contraste singulier quand on songe à la pauvreté de notre pays pour tous les autres métaux. Depuis cette époque, la production suisse de l'aluminium a été distancée par les progrès rapides de la production américaine (3'403,000kg) et de la production française (l'700,000 kg). Cependant, Neuhausen et ses succursales de Rheinfelden badois et de Lend, produisant annuellement 3 millions de kg, prennent ainsi rang immédiatement après les Etats-Unis. La production sur territoire suisse de la Société de Neuhausen a été, en 1906, de 825,600 kg. En fait de produit secondaire, ces usines fournissent de grandes quantités de carbure de calcium.

Deux ans après la fondation de la fabrique d'aluminium de Neuhausen, une société française établit, à Vallorbe, une fabrique pour la production en grand du chlorate de potasse. Depuis 1895, une nouvelle entreprise de ce genre fonctionne à Turgi. Quant aux fabriques de carbure de calcium, elles surgissent à l'envi ; il en existe à Rheinfelden badois, Neuhausen, Thusis, Flums, Gurtnellen, Gampel, Vernayaz. Dès le début, la ville de Genève s'est distinguée dans ces nouvelles industries (Volta-Lonza avec fabriques à Gampel, Viège et Thusis). Les forces motrices du Rhône et de l'Arve actionnent deux puissantes turbines qui mettent des forces considérables à la disposition de l'industrie. Le sel gemme de Bex a donné naissance à la fabrication de chlorates à Monthey. A Nidau et à Courtepin près Morat on produit de la fonte de fer siliceuse. Les grands problèmes actuels de l'électrochimie sont, d'une part, la fabrication d'aciers par le procédé Héroult exécuté par la fabrique d'aluminium de Neuhausen dans son nouvel établissement à Chippis près Sierre et, d'autre part, l'exploitation directe de l'air pour en tirer l'azote. Cette industrie pratiquée surtout en Norvège a aussi été introduite en Suisse, dans les cantons des Grisons, de Fribourg et du Valais.

Les exportations de la Suisse, pour les industries dont nous venons de parler, se sont élevées, en milliers de francs:

.. Chiorate Carbure Chlorure Soude Fonte de fer

Aluminium . . .. . . . .. ...

de potasse de calcium de chaux caustique siliceuse

La Suisse se trouve au début d'une période de grand développement industriel, pour lequel elle est relativement mieux armée que n'importe quel autre pays de l'Europe, du moins en ce qui concerne les forces motrices dont l'industrie a besoin. C'est là une compensation avantageuse pour sa pauvreté absolue en matières premières et accessoires. Espérons qu'elle pourra, dans un avenir prochain, cesser en quelque mesure d'être tributaire de l'étranger pour la houille et qu'elle pourra utiliser la force électrique pour la traction des chemins de fer.

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