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Nos importations en vins ont subi récemment des fluctuations notables. De 1905 à 1907 l'Espagne et l'Italie ont dû céder leur hégémonie comme fournisseurs principaux de la Suisse au Midi de la France dont les récoltes furent surabondantes. L'énorme fluctuation des totaux importés en 1905 et en 1906 s'explique uniquement par l'augmentation du droit d'entrée de 3V2 à 8 francs par q à partir du 1er janvier 1906; en 1907 la quantité importée a été normale, soit de V/4 millions de hl. Mais, en dépit du droit élevé, les importations ont monté encore de 1 '269,000 à 1 '439,000 et à l'561,000 hl. Seules les provenances des Balkans ont souffert gravement des mesures que la Suisse vient de prendre
contre les vins artificiels. Notre pays a tiré du dehors en fait de vins en fûts (hl):
d'Espagne
d'Italie
de France
d'Autriche-
Hongrie
de ia Grèce
de la Turquie
d'Allemagne
d'Algérie
d'autres pays
Totaux: l'220,103 2'061,690 633,566 l'269,187 l'438,356 l'560,732
Nous achetons notre sucre (1907 : 31), à Prague (15,7), i à Frankenthal, Palatinat rhénan (7,9) et à Paris (6,9). Le Midi de la France ^4^ et l'Italie (0,§fi)^jious livrent de Y huile comestible, la Savoie (6,2), la Lombardie (5,9) et la :f Styrie (1,4) du beurre et du fromage. En 1907, la Suisse <• *!ftfffn$eS~~œufs en grande partie de^l'Italie (4,6), de la S^rieJ^), de laBulgarie (2,9), de la France"!^* de la 1 Turquie (1,2S) et de la Kussie (0^). Nos ^T^feS^oûTviennent de France (Bresse: 5,9) et d'Italie (6). Le bétail de boucherie^ et la viande nous ont été expédiés en 1907, en grande partie par l'Italie (21) et la France (20,8), surtout par la Savoie; l'Allemagne (6,8), les Pays-Bas (5,8) et l'Autriche-Hongrie (3,7) en ont fourni une quantité moindre. L'élévation des droits d'entrée allemands et les besoins croissants de la population de ce pays ont pour effet d'entraver l'exportation du bétail allemand. Du reste, l'état des récoltes, les épizooties, la hausse et la baisse du change modifient chaque année le rang de nos fournisseurs des substances alimentaires animales dénommées ci-dessus. Les conserves de viande et le saindoux (2,7 chacun) nous parviennent des Etats-Unis.
Nous avons déjà mentionné les livraisons de pommes de terre et de fruits qui nous arrivent des contrées limitrophes. Pour les fruits du Midi, l'Italie et l'Espagne
occupent le premier rang; au second rang se placent le Levant et le Midi de la France.
Parmi les denrées coloniales proprement dites, le café mérite d'être cité en premier lieu. Les provinces brésiliennes de Eio et de Santos nous expédient régulièrement les deux tiers de notre importation ce qui représente plus de la moitié de nos dépenses pour cet article (1907: 7,2- millions sur 12,8S millions). Java (2,4), l'Amérique centrale (1,5) et Ceylan (1,2) complètent notre approvisionnement. L'Amérique centrale et l'Amérique du Sud pourvoient aux grandes quantités de cacao (en 1907 pour 17,8 millions) nécessaires à l'industrie suisse du chocolat; la Côte d'Or africaine nous en envoie cependant aussi d'importants chargements. Notre thé nous est encore- toujours fourni en grande partie par la Chine quoique celui provenant de Ceylan gagne chez nous du terrain d'année en année. Le ris nous arrive, une moitié d'Italie, l'autre moitié de l'Inde et de l'Extrême-Orient. Les prix des tabacs du Kentucky et de ceux de Sumatra étant très différents, la valeur des importations de ce produit — à peu près 11 millions de francs pour les dernières années — n'est pas toujours proportionnelle aux quantités de la marchandise. Après les Etats-Unis (5,2) ce sont les Indes néerlandaises (3„), le Brésil (1,14) et l'Amérique centrale (0,3) qui nous en livrent le plus.
Les matières premières forment un bon tiers, selon les prix et la marche des affaires même les deux cinquièmes (de 1899 à 1902, 1906 et 1907) des importations de la Suisse. L'année 1905 avec 490 millions pour les objets fabriqués et 479 seulement pour les matières premières fait exception pour cette raison que l'élévation des droits d'entrée en vue pour 1906 a occasionné vers la fin de 1905 des approvisionnements extraordinaires en produits manufacturés.
La soie brute occupe ici la même place prépondérante que les céréales dans les substances alimentaires (valeur des importations de soie brute en 1903 à 1905: 135—140 millions; en 1906 et 1907 par suite de besoins très forts
et de la hausse extraordinaire des prix: 176 et 203 millions; en 1908: 142 millions). L'Italie nous en a fourni, nominalement, plus des deux tiers, soit pour une valeur de 140 millions en 1907, l'Extrême-Orient pour 22 millions et la France pour 34 millions. Ce serait cependant faire une grave erreur que de croire que la sériciculture européenne aurait fourni pour 140 H- 34 = 174 millions de soie à l'industrie suisse. Le Japon et la Chine ont sans doute fourni la moitié de cette matière première qui n'a été que moulinée en Italie et en France. Du reste, la trame et l'organsin de l'Extrême- Orient ne figurent pas sous les rubriques des pays de provenance dans les statistiques commerciales de la Suisse, mais bien sous celles des pays qui les ont ouvrés. Seuls les cocons, les déchets et la grège nous parviennent directement du Japon et de la Chine.
La même observation s'applique à nos importations de laine d'outre-mer (28 millions de francs en 1906, 21 à 22 millions en 1907 et 1908). Cette marchandise subit aussi une première préparation dans différentes parties d'Europe qui nous l'expédient ensuite: en Allemagne (8V2 millions en 1906), à Mazamet (département du Tarn, 4,9 millions ; on y travaille principalement la laine du Cap), à Anvers (1,86 . Nous avons reçu directement d'Australie (9,8) et de La Plata (0,3„) moins de la moitié de nos importations de laine.
Nous l'avons déjà dit, les Etats-Unis et l'Egypte nous approvisionnent de coton brut; nous en achetons à chacun de ces pays pour une somme à peu près égale ; par contre, au point de vue de la quantité, l'Amérique nous fournit les 3/5 et l'Egypte Va seulement.
Après la soie, les deux principaux articles d'importation de matières premières sont la houille (1908 : 95 millions) et le fer (1907 : 67 millions de francs). C'est surtout 1 Allemagne qui nous fournit la houille (1908: 73 millions, Va provenant du bassin de la Sarre et les 2/3 du bassin de la Ruhr) et de fer (42 millions). Ces expéditions d'Allemagne sont complétées par des envois de houille de provenance
française (13), belge (6,6) ou même anglaise (1,7) et par des fers écossais (11,8) ou français (7). Les métaux plus chers et les métaux précieux proviennent presque tous de contrées éloignées, le plus souvent d'au-delà des mers, mais ils subissent, comme la laine, la soie, le chanvre, le lin, le jute, le caoutchouc, une transformation quelconque en France, en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, de telle sorte que la statistique les attribue souvent à ces grands fournisseurs ; c'est le cas du cuivre produit en Espagne, en Amérique au Japon et en Australie; il en est de même de rétain et de tous les métaux précieux.
Les Etats-Unis nous fournissent la plus grande partie du pétrole que nous utilisons (9,7); il nous en vient aussi de Russie (1„) et, depuis un certain temps, en quantités croissantes de la Galicie (1,86) ou même de la Roumanie (0,27).
Nous savons déjà que les pays limitrophes nous fournissent du bois et des matériaux de construction; ils nous procurent, en outre, toutes sortes de matières premières ainsi que des produits chimiques.
8. Le meilleur débouché pour notre industrie est l'Angleterre. En 1907, nos exportations de produits fabriqués se sont élevées à la somme de 868 '/o millions de francs, à 1000 millions, si l'on compte les substances alimentaires industrielles. L'Angleterre nous en a acheté près du cinquième (158 resp. 187), principalement des soieries (83,6), des broderies et des tissus au plumetis (38), des montres (15,8), du lait condensé (16y2). Abstraction faite de ce dernier article, pour lequel l'Angleterre est notre principal client, nous retrouvons à peu près les mêmes proportions pour tous nos débouchés de quelque importance. Remarquons cependant que les pays limitrophes et beaucoup d'autres clients nous font une demande plus considérable de fromages, de machines et de couleurs. En outre, nous expédions à nos voisins dans divers domaines plus de produits non terminés que d'articles finis. C'est le cas pour nos exportations de l'industrie textile en Allemagne (1907 : 84), pays qui passe ce-
pendant pour être le meilleur débouché de nos industries après l'Angleterre (1907: 166, avec les substances alimentaires industrielles: 184). Les deux tiers (56) de la valeur des produits de l'industrie textile que nous achète l'Allemagne proviennent d'articles non terminés sur lesquels la main d'œuvre suisse n'a réalisé qu'un gain relativement minime. Ces articles sont: la chappe (20,4), les fils de soie (18,4), de laine (5,4), et de coton (8,6), les tissus de coton écrus (3,5).
Les Etats-Unis viennent en troisième ligne dans l'ordre d'importance de nos débouchés. Notre industrie leur a fourni, en 1907, pour 143 millions de francs de produits fabriqués; pour 158 millions si l'on tient compte des substances alimentaires fabriquées. Les broderies entrent dans cette somme pour 92 '/, millions, les soieries pour 25 72 millions, les fromages pour 10,8, les montres pour 9,2 millions, les couleurs pour 4„ .
Nos autres débouchés les plus importants sont : la France (1907: 77 resp. 95), l'Italie (581/, resp. 681/,), l'Autriche- Hongrie (53,8 resp. 5877), la Russie (28 resp. 30), l'Extrême- Orient (21 resp. 24), les Indes anglaises (12,2 resp. 15,7).
Il n'entre pas dans nos vues de supputer ici les différentes quantités de produits suisses que chacun de ces pays achète. Dans le chapitre IV, nous avons touché incidemment à quelques-uns des points qui intéressent les principales industries. Qu'il nous suffise de rappeler encore que, par suite de la manière dont les Africains et les Asiatiques aiment à se vêtir, ces continents sont d'excellents débouchés pour les étoffes bariolées et légères, et de très mauvais pour les broderies et les rubans (il faut faire exception pour les colonnes pour les Indes c'est-à-dire du tulle brodé de frises). Cependant, l'invasion des modes européennes est en train de modifier cet état de choses ; c'est le cas en particulier au Japon. On pourrait faire la même observation pour ce qui concerne les fromages.
C'est par le commerce intermédiaire de l'Angleterre et de ses colonies que les produits de l'industrie suisse
trouvent leur écoulement le plus facile. Le marché de ces colonies est ouvert au libre-échange, à peu d'exceptions près, comme celui de la mère-patrie. Aussi la Suisse sera-t-elle toujours, en ce qui regarde la politique coloniale, plutôt du côté de l'Angleterre et de l'Allemagne que de celui de la France, de la Russie ou des Etats-Unis qui monopolisent le marché de leurs colonies au profit de leurs propres négociants par des mesures rigoureusement prohibitives.
9. Consulats. Le commerce d'exportation de la Suisse s'est développé par ses propres moyens et il dépendra toujours en premier lieu de l'énergie et de l'intelligence de chaque négociant ou entrepreneur d'affaires en particulier. Le service consulaire de la Suisse ne peut être, en aucune manière, comparé au système bien organisé des consuls de carrière des autres pays. Nos consuls honoraires sont presque tous des négociants. C'est en cela que réside leur force et en même temps leur faiblesse. Si, d'une part, ils sont mieux au courant de la situation commerciale que les consuls de carrière, d'autre part, leurs propres intérêts les empêchent souvent de faire en temps voulu des rapports complètement désintéressés. Les essais que la Suisse a faits en installant des consuls de carrière à Buenos-Aires et à Yokohama ont nécessairement abouti à la création de légations pour garantir à leur action l'effet voulu. Ainsi, à côté des cinq légations antérieurement établies chez nos voisins et à Washington, la Suisse en possède aujourd'hui à Londres, à Buenos-Aires, à Tokio et à St-Petersbourg. En Egypte elle a dû se borner à établir une agence commerciale. Il va sans dire que la question de personne joue un grand rôle dans ce domaine-là.
La politique du commerce d'exportation de notre petit pays visera toujours à nous placer dans les mêmes conditions économiques et légales que les autres pays avec lesquels nous sommes en concurrence. Nous ne demandons rien de plus. Partout où cela nous sera accordé, le commerce de la Suisse saura vaincre tous les obstacles et lutter avec
ses concurrents, nonobstant les efforts qu'ils pourront faire pour l'évincer.
10. Expositions. Les expositions universelles et les expositions générales d'une branche spéciale offrent des occasions propices de mesurer sa propre force avec ses rivaux. Malheureusement, les pays organisateurs de ces joutes cherchent de plus en plus à mettre leurs produits en relief et à refouler dans l'ombre leurs concurrents étrangers gênants. Quand il s'agit d'affronter la lutte, chaque industrie en est à se demander si elle peut en courir les risques, si elle a lieu d'espérer que de nouveaux preneurs lui seront acquis ou si elle doit se contenter de la clientèle qui lui est assurée. Et d'autre part, n'y a-t-il pas un certain danger à se tenir éloigné de toute lutte, à rester passif? L'Exposition universelle de Paris en 1889 a été un triomphe éclatant pour l'industrie suisse des machines qui s'est distinguée par une exécution des plus minutieuses, par exemple pour les locomotives. Si cette industrie a pris dès lors un développement si considérable, on peut l'attribuer en partie à cette joute pacifique. L'exposition du bétail bovin suisse n'obtint pas le même succès; les résultats n'en furent pas du tout satisfaisants. L'influence de l'Exposition universelle de Chicago (1893) sur l'industrie suisse a été nulle. Il est vrai que notre participation y fut bien faible. Nos principales industries (horlogerie, broderies, soieries, machines) ont consolidé leur bonne réputation à Paris en 1900, et maintes industries secondaires, celle des substances alimentaires par exemple, ont eu l'occasion de se faire estimer à leur juste valeur. A l'exposition de Milan, en 1906, les industries mécaniques et l'élève du bétail suisse ont remporté un succès complet, malgré bien des circonstances défavorables.
Pour éviter à tout jamais ces dernières et pour lutter d'une manière efficace contre les abus toujours plus nombreux en fait d'expositions, les chambres fédérales ont consenti à établir à Zurich dès la fin de 1908 un bureau central
chargé des intérêts suisses en matière d'expositions à l'étranger.
11. Le commerce intérieur d'autres Etats, surtout celui de pays plus grands, surpasse de 10 à 20 fois les affaires avec l'étranger. Le nôtre n'accuse pas une proportion aussi forte, vu le développement extraordinaire de notre commerce extérieur ; il représente cependant une valeur de plusieurs fois supérieure à celle de nos transactions avec l'étranger. Son organisation occupe de plus en plus les esprits. C'est que des entreprises commerciales coopératives travaillant pour le compte du consommateur, et aux risques et périls de celui-ci, barrent la route aux petits métiers et au petit commerce. Depuis quelques années, ces sociétés de consommation ont pris une grande extension. Pour défendre leurs intérêts, les petits commerçants sortent aussi de leur isolement et se groupent en corporations, soit pour l'achat en gros effectué à compte commun, soit en accordant des escomptes sur le montant des achats annuels de chacun de leurs clients. Dans cette lutte de classes, la victoire restera, pour chaque cas particulier, au parti qui saura gagner le consommateur en lui offrant le plus d'avantages réels. Tout ce mouvement a au moins cet avantage incontesté de faire retourner le public à l'habitude de payer comptant.
Du reste, la question des transactions intérieures ne met pas les moyens d'existence de la nation en jeu comme le commerce extérieur; il s'agit plutôt ici de la solution d'un problème de politique sociale.
12. Education commerciale. Les consuls et les subventions aux expositions contribuent sans doute aux progrès du commerce, mais la Confédération et les cantons cherchent encore à le favoriser en stimulant l'éducation commerciale. Il existe en Suisse de nombreuses écoles de commerce fondées et entretenues tantôt par des cantons, tantôt par des villes ou encore par des particuliers. En 1908, les autorités fédérales ont alloué des subventions pour un montant de 380,000 fr. à 21 de ces établissements ; la contribu-
tion des cantons et des communes, etc., à ces mêmes écoles s'est élevée à 760,000 fr. La Société suisse des Commerçants contribue également à faire progresser les études commerciales. En 1909 cette utile association comptait 82 sections avec écoles de perfectionnement et 10,000 élèves, soit un total d'environ 19,000 membres dont 15,000 appartenant à l'association centrale. La Confédération a versé à cette société, en 1908/09 (exercice du 1er mai au 30 avril), 225,173 fr. ; les subventions des cantons, des communes et des particuliers se sont élevées à environ 196,000 fr. En outre il a été alloué à 22 autres sociétés ou établissements poursuivant un but analogue: 44,010 fr. par la Confédération. Les dépenses totales d'après lesquelles sont calculées les subventions aux écoles suisses de commerce se sont élevées, en 1908, à 1,471,534 fr., celles de la Société suisse des Commerçants (1908/09) à 658,232 fr., celles des 22 autres sociétés et écoles de perfectionnement à 88,101 fr.
Les études supérieures cherchent à réaliser leur but par les cours publics de sciences commerciales organisés à Bâle dès 1895, par l'académie commerciale de St-Gall existant depuis 1900, par les sections commerciales des faculté de droit des universités de Zurich (depuis 1903), de Fribourg (1907) et de Neuchâtel (1910), et enfin dans les cours universitaires de science commerciale à Berne (1907) et à Bâle (1910).