EFFETS DE L’ÉCH. SUR LE CAPIT. ET SON REVENU
perdu. 11 est utile de noter que les propriétaires qu’on a ainsi frappés peuvent être en même temps les plus utiles et les plu3 nombreux des producteurs, ceux qu’il importe le plus au pays de conserver, parce qu’ils n’ont acquis une portion du sol que pour s’assurer à jamais un travail noble et indépendant. Il faut noter encore qu’en portant atteinte à leur propriété en faveur de certains consommateurs on viole des droits acquis : les propriétés ont été achetées à un prix élevé, en raison de la valeur des produits ; si on diminue cette valeur, on ruine les acquéreurs de bonne foi. Les propriétés ont été acquises au moyen des fruits d’un travail antérieur; on ne peut les anéantir pour favoriser un travail nouveau; frapper les travailleurs anciens pour rendre plus heureux ceux qui n’ont point encore rendu de services; ce ne serait encourager ni le travail ni l’économie. Sans doute, il faut que les revenus des producteurs, qui ont capitalisé les bénéfices faits autrefois, soient bornés; il faut qu’ils subissent la loi de la nécessité publique ; mais aussi il ne faut pas les frapper sans ménagement, et les sacrifier sans miséricorde. Autant il est utile qu’un pays ne se laisse pas imposer rançon par une oligarchie propriétaire de toute la surface du sol, autant il est nécessaire et utile de respecter les droits des classes nombreuses qui ont acheté et divisé le sol pour le féconder de leurs sueurs.
Les effets indirects du libre-échange peuvent s’étendre de proche en proche et avoir des résultats qu’on ne soupçonnait pas; ainsi, par l’abolition des tarifs et la substitution d’un produit exotique à un produit indigène, on fait disparaître l’utilité du capital dans son
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état actuel , on arrête aussi le développement des améliorations successives qu’il était en voie d’éprouver. La production annulée pouvait avoir pour résultat de féconder la terre, et de rendre plus abondantes toutes les récoltes. C’est par exemple une culture ou une industrie qui a la faculté de rendre le sol plus meuble , les champs mieux nettoyés, mieux fumés, mieux cultivés, l’assolement plus productif, qui a pour effet inévitable de développer grandement l’intelligence des cultivateurs et de tous les ouvriers qui travaillent indirectement à la production agricole , et par suite de rendre tous les produits abondants. A la vérité, les produits de cette culture , pour laquelle on demande une protection , paraissent plus chers que les produits similaires qui nous sont offerts par les étrangers : mais si nous consentions à recevoir ces derniers, tous les autres produits pourraient devenir plus chers à leur tour , et les bénéfices seraient ainsi compensés.
Il arrive qu’une culture, qui doit être défendue par la protection , produit un bénéfice qui n’est point apparent, qui n’est point porté en compte : elle dépose successivement dans le sol des germes de fécondité qui seront plus tard révélés; elle constitue un instrument de production plus parfait , mais dont l’action n’est pas actuellement sentie, car l’amélioration de la terre est lente et d’abord inaperçue ; les produits de cette culture ne paraissent d’un prix élevé que parce que les améliorations inappréciées qu’elle amène n’ont pas été déduites du prix de revient; prévue seulement pour un avenir plus éloigné, son influence actuelle est nulle ; pour l’obtenir à une époque fort
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distante, souvent les producteurs ne sont pas assez riches pour consentir à, une perte présente. Pourtant sa disparition serait un dommage; elle abaisserait la valeur future des instruments de la production nationale. Ainsi , la cessation des cultures qui aurait les résultats énumérés plus haut ; ainsi la destruction des industries qui concourent à favoriser les moyens de fertilisation que réclame une bonne agriculture , etc. , pourraient causer de véritables calamités.
Par ces causes , le revenu privé peut être diminué ou anéanti.; une autre perte est encore possible. Le revenu public ou l’impôt , qui n’est que la part donnée par chacun à la communauté , sera altéré comme les fortunes particulières : les contributions ne peuvent plus être les mêmes, si la valeur des propriétés est moindre. Les taxes ainsi perdues peuvent être les plus productives et les plus sûres , celles qui ne manquent pas au pays au moment des grandes crises. Ces prélèvements du trésor sont nécessaires et ne seraient pas remplacés. Il peut arriver, ceci doit être signalé, que la cherté du produit, qu’on veut remplacer par ceux de l’étranger, n’est si grande que parce qu’il aura porté des charges que ne supportent pas les produits exotiques , et qu’il aura versé dans les caisses de l’État des sommes qu’il faut déduire de son prix, car ces sommes représentent des avantages publics qu’on n’aurait pas obtenus si les impôts n’avaient été perçus. Il arrive , en effet , que toutes les productions ne sont pas similairement contributives, et que celles qu’on fait disparaître étaient les plus précieuses; le bon marché, qu’on prétend
obtenir en abandonnant son approvisionnement aux autres peuples , n’est donc alors qu’apparent ; il est illusoire ; il diminue la richesse publique et le bienêtre des citoyens en amoindrissant le capital et le revenu de l’État et des particuliers.
Ainsi , l’achat à l’étranger des objets qu’on produisait peut avoir pour eflêt d’annuler le capital industriel employé à les produire, de diminuer l'utilité des agents généraux de production du pays; d’amoindrir leur valeur et les revenus qu’ils donnent sous forme d’intérêts, de rente, d’impôts. Toutes ces circonstances peuvent faire que le bénéfice obtenu par le bon marché, bénéfice réel et que nous ne prétendons pas nier, soit contre-balancé par des pertes qui sont beaucoup plus considérables; de sorte qu’en dernière analyse le pays est appauvri. L'échange s'effectue néanmoins, si la liberté commerciale existe, parce qu’il n’est pas déterminé par le résultat final, mais par l’avantage immédiat. Sa règle n’est pas une compensation définitive , c’est le bon marché du moment.
Si l’aliénation du capital a des conséquences si fâcheuses, il n’est pas étonnant que les gouvernements se soient longtemps préoccupés de la Balance du commerce, c’est-à-dire de la relation qui existe entre l’importation des produits étrangers et l’exportation des produits nationaux. Pour juger si la prospérité d’un pays s’accroissait, ils ne se sont pas contentés de rechercher si le mouvement commercial grandissait ; ils ont cherché à savoir si les marchandises achetées au dehors étaient payées en marchandises, ou si elles étaient payées par un des éléments du capital national,