EFFETS DE L’ÉCH. SOR LE CAPIT. ET SON REVENU
nation de ce capital, on détruit une industrie, on laisse inutiles les éléments producteurs qu’elle employait. Ainsi , il y a compromission de deux capitaux , celui qu’on cède, celui qui reste oisif. Nous nous sommes expliqués déjà relativement aux capitaux aliénés et aux capitaux qu’on laisse improductifs. Nous pouvons ne point nous étendre de nouveau sur ce point. L’aliénation directe de la richesse capitalisée paralyse évidemment la production; si cette aliénation n’est effectuée que pour acquérir des objets de consommation , elle appauvrit un pays d’une manière continue et irréparable. Quant au défaut d’emploi d’un capital, c’est à peu près son anéantissement, c’est l’annulation de son revenu. Nous savons qu’on dira qu’il sera transformé et appliqué à d’autres productions; mais malgré l’assertion des anti-protectionistes, il peut réellement devenir stérile, et rester rebelle aux transformations qu’on prétend lui imposer.
Ce capital, en effet, c’est tout le mobilier industriel , les machines , les outils , les approvisionnements de toutes sortes qui concourraient à la production , et qui resteront oisifs; ce sont les instruments généraux de la production nationale qui deviendront sans utilité; c’est le sol qui peut-être perdra sa valeur.
Évidemment le capital industriel consacré à une production ne peut servir à une autre , dans le plus grand nombre de cas : il a des propriétés spéciales , des affectations exclusives qui le rendent éminemment utile pour atteindre un but, tout à fait incapable d’en atteindre un autre : nous avons vu la preuve de ce fait
quand nous avons examiné les résultats de l’échange sur la production.
Non-seulement les ustensiles dont l’usage est essentiellement circonscrit peuvent devenir inutiles , mais il arrive que les agents généraux de la production d’un pays diminuent indirectement de valeur. Ils cessent d’être utilisés dans une proportion plus ou moins grande; ils restent jusqu’à un certain point sans emploi, et conséquemment sans revenu, sans valeur. La perte du revenu peut dépasser la diminution de prix obtenue sur la marchandise ; le bénéfice n’est donc qu’illusoire ; il y a une perte réelle et non un profit véritable. Par exemple, sur le littoral, on consent à acheter à l’étranger un produit qu’il donne à meilleur marché , on lui fournit un autre produit. On suppose peut-être gratuitement que le capital employé à créer le produit qu’on a cessé de confectionner servira à créer celui qu’on exporte ; mais, indépendamment de cela, il peut arriver que la cherté relative du produit , dont on a cessé la fabrication , dépende de ce qu’il se façonne loin du lieu de production , et de ce que, rendu sur le lieu de consommation , il a subi des frais de transport qui se composent en grande partie des droits de navigation , c’est-à-dire de l’acquittement des intérêts du capital employé pour creuser des canaux, améliorer les fleuves, faciliter la traction , etc. ; si par l’achat des produits étrangers les quantités de marchandises qui parcourent les grandes voies de communication du pays sont diminuées, la perception de droits est plus faible, l’intérêt du capital national est amoindri : c’est une perte , et cette
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perte peut faire que le bénéfice qu’on a prétendu faire par le bon marché ne soit qu’une déception : il peut arriver que la différence de prix ne soit pas égale à la diminution du revenu national ; en d’autres termes il peut se faire que les marchandises indigènes ne seraient pas si chères que celles de l’étranger, si l’on diminuait de leur prix la somme versée par elle, et contribuant à augmenter le revenu des propriétés publiques. Il y aurait alors perte et non bénéfice. Certains consommateurs ont leur approvisionnement à plus bas prix , mais l’État ou les capitalistes qui ont engagé leur fortune dans une entreprise légitime et utile à tous , se trouvent ruinés ; le pays n’y a rien gagné.
Le bon marché peut donc n’être qu’apparent; il peut ne donner aucun profit , il peut même apporter dommage, et consommer une criante injustice envers les entrepreneurs des travaux d’utilité publique, qui devaient compter sur la perception des droits pour s’indemniser de leurs dépenses ; on peut ainsi empêcher la création de nouvelles entreprises.
Peut-être on dira qu’il ne fallait pas créer les voies de communication dont le revenu est menacé par l’introduction des produits étrangers ; mais si elles sont exécutées, quoi qu’on fasse, on détruit le capital qu’on y a consacré, puisqu’on altère le revenu qu’elles devaient procurer ; et d’ailleurs, en n’exécutant pas les travaux dont il s’agit, on nuirait à la prospérité d’autres cantons auxquels on ôterait tous les avantages qu’ils retiraient de ces mêmes travaux , sans qu’on pût leur procurer le bon marché des produits étrangers. Pour faire comprendre cette vérité, nous reprendrons l’exemple d’un
canal qui a besoin , pour payer l’intérêt de9 sommes qu’il a coûtées, non-seulement du péage imposé aux marchandises qui se rendent dans les lieux voisins, mais aussi de celui imposé aux marchandises qui ont une destination plus éloignée. Si ces dernières sont remplacées par les marchandises étrangères qui ont plus de facilité pour être transportées en certaines parties du territoire, comme les lieux où aboutissent les canaux, par exemple, le littoral, le canal perd son revenu ; et si le canal n’est point fait , les cantons où ne peuvent remonter qu’à grands frais les marchandises de l’étranger, perdent toute la prospérité qu’ils devaient au canal qui les traversait : par conséquent, ou on perd partie du capital employé à creuser le canal , ou on perd toute la valeur que donne au sol le canal qui le parcourt.
Ce ne sont pas seulement les créations artificielles qui peuvent être privées de leur valeur; le revenu du sol même peut être amoindri par la cessation de la protection et l’achat des produits étrangers , et l’être de deux manières ; directement si ce sont les produits mêmes du sol qui sont remplacés, indirectement si les produits du sol étaient employés à approvisionner les ouvriers dont le travail a été supprimé. Son revenu est ainsi diminué , et avec lui la valeur des biens fonds. Tout le capital foncier, il e9t vrai, ne sera pas rendu inutile; les terres les plus riches continueront d’être cultivées, mais elles donneront une rente plus faible ; les terres moins productives, celles qui ne donnent plus ni rentes ni profit, seront abandonnées; un capital national sera