STATISTIQUE AGRICOLE
L’agriculture , dont les produits sont exposés au grand jour et à tous les yeux, semblerait devoir fournir facilement l’inventaire de ses richesses : cependant il a fallu plusieurs siècles de travaux pour arriver à une évaluation qui n’est point complète , et qui n’a point tout le degré d’exactitude qu’on désirerait. Sous Louis XIV, on n’avait sur les produits du sol presque aucun renseignement. 11 fut prescrit aux intendants de rassembler les matériaux nécessaires à l’établissement d’une statistique du royaume. Mais nous n’avions pas de cadastre; les cartes du pays n’avaient pas de précision, celles qui existaient différaient entre ellesde 5,818 lieues ; l’impôt était variable pour chaque province, et quant à sa nature et quant à sa quotité ; la population elle-même restait inconnue : on l’établissait tantôt en dénombrant les individus , tantôt en comptant les feux , sans avoir de base fixe pour évaluer ce que chaque feu représentait d’individus ; c’est à tel point que les calculs divers qui étaient présentés variaient d’un centième. On ne pouvait donc par aucune
de ces données arriver à apprécier, même d’une manière approximative , la production agricole.
Vauban , en l’absence de documents précis, fit faire l’étude détaillée de quelques parties de nos provinces de l’Ouest; de ces études il conclut la quantité de terres diverses contenues dans une lieue carrée; et, généralisant cette base, il en fit sortir l’expression de la situation agricole du territoire de la France. D’après ce grand observateur, et en réduisant en mesures métriques les mesures de son temps, on admit que le territoire de la France contenait 53,315,000 hectares.
Savoir : en
Terres arables
30,834,000 hectares.
Vignes
Pâlu rages
Rois et forêts
Maisons, jardins et parcs. . .
Étangs et marais
Chemins et rivières .....
Bois communaux , terres vagues ou stériles
II résulte des documents statistiques publiés par le ministère du commerce que la quantité des terres arables est exagérée, celle des vignes encore plus; celle des bois est diminuée ; celle des terres vagues ou stériles est cinq fois moindre qu’elle ne devrait l’être.
L’école des économistes, fondée, sous Louis XV, par le docteur Quesnay, n’arriva pas à établir une sta-
tistique reposant sur des faits bien observés ; les éléments lui manquèrent.
En 1788, Arthur Young fit de nombreuses observations sur l’état agricole de nos provinces , et généralisant ses observations, les appliquant à la carte de France par un procédé qui, en fin de compte, avait quelque analogie avec celui de Yauban , il en déduisit des considérations générales qui partaient de données trop restreintes pour obtenir un caractère d’ exactitude Suffisante.
En 1790, Lavoisier, sur la demande du comité de l’assemblée nationale chargé d’établir les bases de l’impôt, tenta de former la statistique agricole du pays. 11 prit pour point de départ de ses calculs le nômbré des charrues.
Il admettait qu’il y avait en France :
320.000 charrues traînées par des chevaux , labourant chacune , en automne ,
15h. 32, soit pour toutes. . 4,902,400 hectares.
Idem au printemps 15h.32, soit 4,902,400
600.000 charrues traînées par des bœufs labourant chacune , en automne ,
7b.66, soit. . . . ^ . 4,596,000
1 4 ,400, 800 MctarM de térrH tnblti.
Il supposaitles jachères égalant les terres labourées en
automne, soit 9,498,400 hectares.
Il supposait les terres en vaine pâture au double des
Report 23,899,200 hectares.
terres cultivées par les
bœufs 9,192,000 hectares.
11 supposait que les bois, prés, etc. couvraient. . . . 20,539,000 hectares.
Le territoire de la France, partagé selon les données indiquées, était donc évalué à. 53,630,200 hectares.
On sent tout ce que de pareilles évaluations ont d’incertain et d'incorrect; les observations de l’illustre et malheureux Lavoisier sont cependant encore prises pour point de départ. Ainsi dans la discussion de la question des bestiaux , c’est encore à lui qu’on demande le chiffre de la consommation individuelle de la viande, en France, avant la révolution ; et c’est d’après ses évaluations, comparées aux chiffres de la consommation actuelle, qu’on prétend décider s’il y a lieu de modifier la législation des douanes sur cet objet.
En 1810, Napoléon, en 1814 , la restauration, prescrivirent l’établissement d’une statistique générale de la France; mais malgré la division plus précise du territoire , l’entreprise du cadastre, la régularité de l’assiette de l’impôt, la centralisation des pouvoirs, on n’obtint pour résultats que des évaluations qu’on peut considérer comme arbitraires.
En 1815 et 1835, d’après Chaptal , et M. Dutens qui a accepté la base d’évaluation de Chaptal pour former le chiffre de cette dernière époque , le sol de la France se composait de 52,768,018 hectares.
En 1815. En 1835.
La culture occupait. . 44,9ll,000h. 49,676,435b.
Les terrains vagues, roules , canaux ,
constructions , etc. 7,857.618 3,09?, 183
Totaux 52,768,618 52,768,618 h.
En 1815. En 1835.
La valeur des terrains
était de 32,328,300,000 Ir. 36,829,999,522 fr.
Les constructions agricoles étaient estimées à 3,877,807,000 4,354,342,000
Le mobilier rural à. . 1,938,903,500 2,177,171,000
Les besLiaux à. . . . 1,315,188,968 1,637,462,000
Total du capital
agricole 39,460, 199,468 fr. 44,998,974,522 Tr.
Le revenu brut du domaine agricole a été
évalué à 5,553,010,91 1 fr. 6,728,760,822 (1)
(1) Ce revenu était formé par les éléments suivants :
, En 1815.
Céréales, pommes de terre, légumes
secs, etc 1, <580.805, 357 fr.
Châtaignes, fruits, légumes frais. . 203.118,000
Vins 085,631,036
/ Viande 027,680.368
I Peaux 12,800,000
Lait, beurre, fromage. . 736,5x7,982
Laines 112,950,000
Chevaux, ânes, etc. . . 20,105,815
Abats des chevaux. . . 6,200,000
I Chevaux , ânes , etc. . . 20,105,815
\ Abats des chevaux. . . 6,200,000
Avoine, foin, paille, vendus pour les chevaux des villes, etc. . . . 118,280,706
Volailles, gibier, œufs 165,200,883
Pêche fluv:ale et maritime 168.171,178
Menus grains 11,827,800
Pailles, osier, spartes 13,030,303
Bois 280,555,528
Petites cultures :
Goudron, safran, réglisse 1,700,000
Huiles 210.000,000
Chanvre et Un. 69,961,850
Soie. . I 12,213.195
En 1835.
2,292,513,920 fr.
Le produit brut étant connu, il faut rechercher quel est le produit net de l’agriculture , c’est-à-dire celui qu’elle peut mettre en circulation, et échanger contre d’autres produits.
Du produit brut il faudrait , d’après M. Dutens , défalquer la nourriture de la population agricole, qui est évaluée, pour 1815, à 17,400,000 âmes, pour 1835, à 19,522,000; il faudrait défalquer ensuite l’entretien des bâtiments et instruments, les semences, les salaires , la nourriture des animaux , l’extraction des matériaux, les pertes d’animaux.
D’après ces données , les défalcations à faire seraient les suivantes :
En 1815. En 1835.
Les aliments sont
évalués à 1 ,752,307,020 fr. (1) 1,972, 050, 349 fr.
Les boissons à. . . . 85,000,000 97,910,000
En 1815. En 1835.
Abeilles. . . . , 0,000,000 6,000,000
Garance 4,000,000 22,000,000
Tabacs 22,000,000 25,400.000
Pierres, etc. ...- 54,545,454 00,000,000
Chaux, etc 39.703,637 43,740,000
Houille 7,550,462 21,482,571
Minerai 4,032,663 4,435,819
Sel 10,295,249 11,325,214
Omissions 239,577,763 266,817,114
Totaux 5,553,010,911 fr. 6,728,760,822 fr.
,,, r » MiiAn h } 0k.150 de viande, par jour.
(1) La ration est calculée à. . . j jk^gg jjj^ , etc.
lk.258
Pour obtenir le poids de 1a ration en blé, on a réduit :
de 2/3 le poids des pommes de terre ,
1/3 le poids des légumes, etc. consommés, elle poids total est réduit de 1/10' à cause de la moindre qualité des aliments des agriculteurs.
En 1815. En 1835.
Report.. . . 1,837,307,020 fr. 2,069,960,349 fr.
Entretien des bâtiments à 3/4 p. 0/0. 29,083,552 31,522,565
— des instruments ,
etc. à 5 p. 0/0. . . 96,945,175 108,408,550
Semences des céréales 1/7 225,656,817 288,921,654
— des pommes de
terre 1/8 12,658,532 26,398,398
Nourrit, des grands .
animaux : Fourrag. 570,384,392 699,098,682
— Avoine 283,692,192 348,148,024
Gages et salaires des
domestiques. . . . 68,495,410 68,495,410
— dès journaliers. . 167,444,865 179,552,100
Frais d’extraction des minéraux et matériaux pour constructions privées et publiques, outre
la nourriture. . . . 11,290,341 36,080,479
Mortalité et dépéris-
sementdesanimaux 82,038,646 98,446,375
Total. . . . 3,386,996,942 fr. 3,954,933,901 IV.
A soustraire de. . . 5,553,010,911 6,728,760,822
Reste pour le produit net qui sera
mis en circulation. 2,166,013,969 2,773,826,921
. Si l’on veut maintenant savoir comment se distribuerait le produit, on voit qu’il se divise en trois parts.
En 1815. En 1835.
Part du fermier (1). 858,112,593
— du propriétaire (2) 1,112,901,375 Impôt foncier. . . . 195,000,000
Tels sont les chiffres qui sont présentés comme les résultats auxquels on arrive en acceptant les évaluations de Chaptal.
Plusieurs observations doivent être faites sur ces diverses supputations; elles ont trait :
1° Au chiffre de la population agricole ;
2° Au chiffre du produit agricole brut;
3° Au chiffre du produit net, et par conséquent à la part du fermier , à la valeur mise en circulation et payée par l’industrie.
1° Le chiffre admis par M. Dutens pour la population consacrée aux travaux de l’agriculture paraît trop élevé.
En 1815. En 1835.
La population totale est de. . 29,152,743 33,326,573 La population agricole , de. . 17,400,000 19,582,000 La population urbaine, de. . 11,752,743 13,744,573
En 1815. En 1835.
(1) Intérêt des avances 251,446,068 fr. 281,826,966 fr.
Économie sur la valeur des
nourritures 194,700,000 219,116,705
Bénéfices, 1/6* de de la valeur
des produits 411,965,145 555,484,402
858,112,593 fr. 1,056,428,073 fr.
(2) Pour 1815, 4. ..... • 3 p. 100
Pour 1835, 4 3.61 p. 100 de son capital, comprenant
la terre, les blUuieuls, l’eutreUen.
La population urbaine serait donc dans la proportion de 6 à 4 (1).
Chaptal l’évaluait encore plus haut , il comptait 20,000,000 d’agriculteurs sur 29,153,743 ; mais il comprenait divers industriels dans la catégorie des agriculteurs.
Pour arriver à la proportion de 6 à 4, on compte encore les charbonniers, maçons, extracteurs de pierre, plâtre, minerai, terrassiers occupés aux routes et canaux.
En 1815. En 1835.
Il faut donc diminuer au moins. . 1,500,000 1,782,000
La population agricole serait de. . 15,900,000 18,000,000 La population industrielle , de. . . 13,252,743 15,326,573
D’après cette rectification la population agricole et la population urbaine seraient dans le rapport de 6 à, 5.
En 1790, Lavoisier admettait :
Pour la population agricole. . . 14,800,000 âmes.
Pour la population urbaine. . . 10,200,000
Mais 1,800,000 appartenaient aux industries de village.
Il fallait donc admettre :
Pour la population agricole. . . 13,000,000 âmes.
Pour la population urbaine. . . 12,000,000
C’est le rapport de 13 à 12.
Un document émané du ministère de la guerre éta-
(1) I.a statistique officielle donne à la France, pour 1836, une population de 33,560,227 individus ; 25,301,683 appartiennent aux communes de moins de 3,000 âmes, et 8,239,227 aux communes dont la population est plus élevée. Quelques personnes ont considéré le premier chiffre comme représentant la population rurale; alors elle serait â la population urbaine comme 3 est â 1. Mais il est manifeste que la population des communes de 3,000 habitants est bien loin de se livrer en totalité aux travaux agricoles.
blit que dans les années qui ont précédé l’année 183Zi, les conscrits fournis par la classe agricole sont à ceux de la classe urbaine comme 52 kh8, ou comme 13est à 12 ; mais la profession du cinquième des conscrits n’était pas connue. Toujours est-il que si on ne peut , avec assurance, adopter ce dernier rapport , on ne peut se tromper en admettant celui de 6 à 5 que nous avons établi.
2“ Le produit brut de l’agriculture a obtenu des augmentations nonmotivéesetdesréductionsnon justifiées.
On ne peut compter dans les produits agricoles, les pêches , l’extraction des pierres, de la chaux , de la houille , du minerai , du sel.
Ces diverses industries
En 1815. En 1835.
Ont produit 262,171,000^(0 289,144,769^(0
On ne peut non plus compter dans le produit agricole :
Le produitdesindustries chargées de l’entretien
des bâtiments 29,083,552 31,522,565
Le produitdes industries chargées de l’entretien
des instruments. . . . 96,945,175 108,408,550
On a donc mal à propos
augmenté le produit .
agricole, en total de. . 388,199,727 429,075,884
(1) Pêches. . .
Pierres , etc
Chaux , etc.
Houille. . .
Minerais. .
Sel
En 1815. En 1835.
148,171,178 fr. 148,171,178 fr.
En 1815. En 1835.
Il a été mal à propos diminué :
Du fourrage consommé par les grands animaux, puisque ces fourrages n’ont pas été comptés
dans la production. . 570,384,392 fr. 699,098,682 fr.
L’avoine consommée par
eux 283,692,192 348,148,024
La mortalité et le dépérissement des animaux, puisque le revenu n’a pu être donné qu’après
cette défalcation. . . . 82,038,646 98,446,375
Il faut soustraire de ces sommes :
Celle dont le produit agricole doit être diminuéetquiaétéévaluéeà 388,199,727
Le produit brut de l’agriculture doit donc
être augmenté de. . . 547,915,503
11 était de 5,553,010,911
II devra être porté à. . . 6,100,926,414 7,445,378,019
3* Maintenant si nous examinons les bases d’après lesquelles a été formé le produit net ou la part du fermier, et la valeur des produits mis en circulation , nous dirons que c’est à tort qu’on a confondu ces deux choses; tout ce que dépense le fermier ne fait pas partie du produit net, mais est réellement mis en circulation. Pour trouver le produit livré au commerce, il ne faut soustraire du produit brut que ce qui est
consommé sur place. Cela dit, nous aurons à faire les observations suivantes :
Nous avons dit qu’on ne peut déduire du produit brut l’entretien des bâtiments , ni l’entretien des instruments; il ne faut pas déduire, non plus, les salaires, ni l’impôt. Ces parties du produit sont données par l’agriculteur pour obtenir des objets utiles en échange ; comme tout le reste du produit qu’il crée , ils sont mis en circulation.
On ne peut donc déduire du produit brut que les éléments suivants :
En 1815.
fr.
Les semences des céréales. . 225,656,817
— des pommes de terre. . . 12,658,522
Nourriture des agents de l’agriculture, diminuée de 1 /1 1 puisque , d’après les considérations que nous avons présentées sur la population agricole , elle doit être diminuée dans cette proportion, ci (1) 1,668,901,020
Boissons diminuées de 1/11* 80,000,000
Total à soustraire du pro-
duitbrut 1,987,216,359
Le produit brut s’élevait à. . 6,100,926,414
Il restera pour le produit à
mettre en circulation. . . . 4,113,710,055
En 1835.
(I) Comme beaucoup des agents exclus de la population agricole cultivent une certaine quantité de terre, pour leur nourriture, la diminution de ; tout 1/11 ne devrait peut-être pas être faite ; mais commo tous ne sont pas cultivateurs, que d'ailleurs la plupart ne cultivent que des légumes, la part qu’ils prennent sur le produit brut de l’agriculture est peu Importante, et la réduction qu’elle devrait amener ne changerait pas essentiellement les résultats que nous voulons atteindre.
Ce produit se répartirait ainsi :
En 1815. En 1835.
Salaires de tous les agents réduits de 1/1 1”, en raison de la réduction que la population a dû subir par les considérations exposées
plus haut 224,758,015 (1) 258,289,081 (1)
Impôt foncier 195,000,000 228,000,000
Entretien des bâtiments. 29,083,552 31,522,565
Entretien des instruments aratoires 96,945,175 108,921,654
Part du propriétaire. . 1,112,901,375 1,489,398,848
Part du fermier, formée
du restant 2,461,022,038 3,047,592,470
Il est évident que la part du fermier est trop élevée; elle est plus que double de celle du propriétaire. Nous pouvons déjà conclure de ce fait que le produit supposé de l’agriculture est trop élevé. Nous avons à voir si, par d’autres méthodes , on n’arrive pas à un chiffre plus bas , et si la corrélation qui doit exister nécessairement entre la production agricole et les autres
En 1815. En 1835.
(1) Salaires des domestiques. .... 68,495,410 fr. 68,495,410 fr.
Jet. des journaliers 167,444,665 179,552,100
Id. des ouvriers employés 4
l’extraction des matériaux, etc. 11,290,341 36,030,479
Total. ....... 247,230,616 fr. 284,127,989 fr.
Le 1/11* 4 déduire 22,472,601 25,838,908
Reste 224,758,015 fr. 258,289,081 fr.
Cette somme devrait encore être réduite du salaire des ouvriers employés à l’extraction des matériaux. La part du fermier serait alors plus forte encore.
productions nationales , n’indiquent pas qu’il faut réellement abaisser celui que nous venons de donner.
En 1835, on résolut de faire directement l’inventaire de toutes les cultures , et de leurs produits , en commençant par évaluer les produits de chaque commune, en réunissant ensuite les évaluations par arrondissement et par département, et les faisant servir ensuite à la formation de la statistique générale; il est évident que c’est là le seul moyen d’arriver à des nombres qui méritent quelque confiance. On ne peut se dissimuler néanmoins qu’on n’a pu, par cette méthode, arriver à la vérité de prime abord : de nombreuses corrections devront être faites aux résultats primitifs. Les évaluations, données par les autorités locales, n’ont certainement pas été préparées avec tout le soin convenable, et bien souvent c’est arbitrairement que les produits du sol ont été estimés , ou que les quantités de terrelivrées à la jachère, à la vaine pâture, etc., ont été appréciées ; les consommations ont été plus arbitrairement encore déclarées. Les moyennes formées par les indications fournies ont dû donner surtout des résultats éloignés de la vérité, puisque, lorsqu’on a fait les moyennes entre les communes, les départements, les régions, on a pris chaque commune, chaque département, chaque région comme une unité semblable, bien qu’ils différassent tous par leur population. Dès lors, comme les consommations des communes et des départements riches et populeux sont fort différentes des communes, des départements stériles et peu habités , il en est résulté une succession de moyennes qui toutes s’éloignaient de la vérité ,
puisqu’une masse nombreuse de puissants consommateurs n’avaient pas plus d’influence sur la moyenne qu’une faible réunion de consommateurs mal pourvus. Il est en effet facile de concevoir que la moyenne de deux communes dont l’une a 1,000 habitants consommant 100, et l’autre 500 habitants, consommant 50, n’est pas la même si on fait entrer chaque commune pour le chiffre de ses habitants, ou si on prend l’une et l’autre pour une unité : dans le 1" cas la moyenne est de 83,33, dans le 2e elle est de 75 ; c’est ce dernier chiffre qu’on a adopté.
Il y a donc erreurs probables sur les chiffres qui ont servi d’éléments aux calculs ; il y a erreurs certaines sur les moyennes (1). Cependant on doit dire que les chiffres élémentaires, ayant été examinés et groupés
(1) Outre les causes fondamentales d’erreur, on rencontre dans les documents officiels des inexactitudes matérielles. Nous citerons un exemple de celles qu’on rencontre dans les chiffres de U «Statistique de la Franc e . tome IV, page 670.
Îpour le nord oriental , est de. . . 21 ,467,060 bectol. pour le midi oriental. ..... 10,744,644 pour le nord occidental. .... 21,960,498 pour le midi occidental. .... 14,982,361
Le pris moyen est de. ..... ,
La valeur totale devrait être de. .
La statistique donne.
l*tr..35 19 .00 <5 .60 16 .25
308,357,013 fr.
Autres exemples : La valeur totale de la production annuelle des cultures est donnée, tome IV, page 879, comme s’élevant 4 3,558,014, 132 tr. ; elle était
sous différents aspects, ont dû être contrôlés l’un l’autre , et tous arrivant à une autorité centrale , ont dû être vérifiés ; on a eu recours à des sources diverses , quand ils paraissaient offrir des disparates et des anomalies trop considérables; on peut donc les adopter comme ayant une exactitude suffisante pour l’évaluation générale et seulement approximative que nous avons h faire.
D’après les chiffres officiels.
Les cultures occupent. . .
Les pâturages, pâtis, landes et jachères. ......
Les bois
Les vergers, pépinières, etc On trouve donc que le domaine agricole se compose de
Les autres surfaces , telles que routes , canaux , propriétés bâties, en occupent
Total pareil. .
19,945,890 hectar. 95 c.
50,614,972 hectar. 65 c.
52,768,618 hectar. 88 c.
donnée pag. 671 commes’élevantà 3,679,583,605 fr. : différence, 78, 431, 127 Ir.
L’étendue des cultures est page 665 , de 19,514,741 hectares.
Elle est page 679, de 19,945,890
Différence 631,149
L’étendue des pâturages, etc., est page 677, de 22,729,102 hectares.
Elle est page 679, de 21,097,952
Différence. ..... 1,631,150
On pourrait multiplier les exemples de ces défauts de concordance.
Les cultures se divisent en céréales, vignes, cultures diverses.
Les céréales produisent
Les vignes occu-'j pant 1,972,340 1 h. produisent .)
vin. . . . 419,029,152 eau-de-vie 59,059,150
Les cultures diverses produisent
Les pâturages de toutes sortes produisent
2,055, 467, 836 fr(i)
(1) Les céréales, en omettant les fractions, se divisent de la manière suivante :
Le froment , occupant 5,580,786 hectares , produit 1,102,768,057 fr.
L’épeautre 4,733 — 806,723
Le méteil 910,932 — 144,170,351
Le seigle 2,777,253 — 296,292,740
L’orge 1,188,189 — 137,622,411
L’avoine 3,000,634 — 302,011,470
Le mais 631,731 — 71,796,084
Total 13,900,262 hectares. Total. . . 2,055,000,000 fr.
(2) Les cultures diverses, en omettant les fractions, se partagent de la manière suivante :
Pommes de terre, occupant 921,970 hect., produisent 202,105,866 fr.
Jardins 360,696 — 157,093,B88
Chanvre.- 176,148 — 86,287,341
Sarrazin 651,241 — 61,388,641
Lin ». 98,241 — 57,507,216
Légumes secs 296,925 — 52,007,840
Colza 173,506 — 51,126,744
Betteraves 57,683 — 28,979,449
Châtaigneraies. 455,386 — 13,528,190
Garance 14,674 — 9,343,349
Tabac. 7,955 — 5,483,558
Houblon 826 — 95t,559
Autres cultures 226,901 ‘ ' — 12,209,868
Total 3,442,139 hectares.
Les pommes produisent en cidre 84,422,137
Les mûriers. 42,779,088
Les oliviers 22,776,398
Total . 887,000,000
(3) Les prairies naturelles occupent. . 4,198,197 hect., produisant 105,203,888 fr.
Prairies artificielles. 1,576,547 — 47,256,674
Jachères 6,763,281 — 92,285,902
Pâtures et pâtis. • . 9,191,076 -* — 82,064,046
Total, . . . 22,729,102 hect. Total. . 840,000,000 fr.
Report 4,262,260,637 fr.
Les vergers, pépinières, oseraies, etc. , occupent 766,577 hectares, et produisent
par approximation. . 80,000,000
Les bois occupent 8,804,550 h. et produisent 206,600,525
Le domaine agricole produit donc. . . . 4,548,861,162 ^
De cette somme il faut déduire pour graines de céréales, prairies artificielles. . 394,679,942
Reste 4,154,181,220
Au produit du domaine agricole il faut ajouter le revenu des animaux domestiques; on l’évalue à 767,251,851 (1).
La statistique ne dit pas comment ce revenu est obtenu : on a certainement déduit les produits des pâturages , des céréales ou de cultures diverses qui ont été transformés en chair, en laine , en lait , etc. ; si cette déduction n’eût été faite il y aurait double emploi , puisque ces produits ont été comptés. Ce qui donne la certitude qu’elle a été opérée, c’est que la somme indiquée comme constituant le revenu des animaux est inférieure au seul produit des pâturages,
(1) On répartit ainsi ce revenu
Taureaux
Boeufs
Vaches
Veaux
Béliers
Moutons
Brebis.. .......
Agneaux
Porcs
Chèvres
Chevaux
Juments.
Poulains. ......
Mules et mulets. . .
Anes et ünesses. . .
Total. . . ,
9,695,577 fr.
767,251,851 fr.
lequel dépasse 840 millions. D’autres preuves font arriver au même résultat ; elles sont tirées des chiffres assignés au revenu de chaque animal ; ils sont réduits de façon qu’on ne peut douter que la consommation ne soit défalquée : ainsi une vache rapporte 41 fr. 55 par an , ou 11 à 12 centimes par jour.
Si donc à la somme formant le revenu du domaine agricole et s’élevant à. . . ^ . 4,154,181,220 fr. On ajoute le revenu des animaux s’élevant à. 767,251 ,851 Ou obtient , d’après les évaluations officielles , pour le chiffre de la production
agricole, la somme de 4,921,433,071 fr.
De cette somme ont déjà été déduits les semences, les fourrages servant à la nourriture des animaux , puisque le revenu de ceux-ci n’a été supputé que défalcation faite de ce qu’ils coûtent. Nous n’avons donc plus , pour obtenir le produit disponible. qu’à déduire :
Pour nourriture de la \
classe agricole. . . . 1,878,333,349 fr. ( 1,966,333,349
Boissons 88,000,000 J
Il reste donc 2,955,099,722 fr.
Cette somme est à partager de la manière suivante :
Salaire des agents agricoles 258,289,081 fr.
Impôt foncier (1). . . 228,000,000
Entretien des bâtiments 31,522,565
des instruments aratoires. . . . 108,921,654
Part du propriétaire 1,489,398,848
Part du fermier formant le restant 838,967,574
Somme pareille 2,955,099,722 fr.
(1) Le» autres impôts devront ensuite «ire défaltjnés de tous les revenus, c’est-4-dire de la part de tous les producteurs.
Il est remarquable que dans ces nouvelles supputations , la part du fermier , non compris les frais de culture et de nourriture, est arrivée au-dessous de celle du propriétaire ; ce qui est conforme à la réalité. On doit donc présumer que le mode d’évaluation que nous venons de présenter se rapproche plus de la vérité. Nous aurons un motif de plus de le penser, si le produit disponible est réellement celui que peuvent payer les autres producteurs appelés à le consommer. Ils ne peuvent le payer qu’au moyen de leurs produits ; il faut donc savoir si la quantité de ces produits est suffisante pour payer le produit agricole. Pour trouver ce complément de preuve , il faut que nous fassions l’inventaire des produits de l’industrie, du commerce, etc. ; nous avons du reste l’obligation de l’établir pour arriver à connaître le chiffre de la richesse totale de la France.