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CHAPITRE III

EFFETS DE l’b'CHANGE SUR LA RICHESSE INDIVIDUELLE.

Nous avons vu que les économistes de l’école moderne posent en principe général que l’échange est avantageux , et la raison qu'ils en donnent est tirée du fait lui-même : l’échange est avantageux par cela même qu’il s’effectue ; s’il n’était pas utile il ne s’opérerait pas. Mais son utilité ainsi envisagée ne saurait être, comme nous l’avons dit, que personnelle, puisque, dans l’état de liberté, l’échange ne s’effectue que par une détermination de la personne qui le fait : l’individu qui le consomme n’a point à, considérer les effets de son acte sur le sort de ses concitoyens ou de son pays ; il n’a à prendre soin que de son avantage propre. 11 est libre , il agit dans sa liberté et pour son bénéfice. C’est seulement en le jugeant ainsi qu’on peut le dire avantageux, avantageux par la seule raison qu’il a été opéré ; mais alors il a bien peu d’influence sur les principes d’économie publique : c’est un acte privé , considéré dans ses rapports avec une personne privée.

Nous voulons cependant l’examiner en quelques mots, afin de savoir si le premier aphorisme qu’on a posé est d’une vérité absolue.

Sans doute, quand l’homme échange un produit contre un autre, un avantage lui apparaît, sans cela il ne prendrait pas le souci de faire un examen , de tirer une conclusion , de consommer un acte.

Mais sa détermination est le résultat de son opinion, et son opinion est-elle fondée? est-elle juste? n’est-elle point le résultat des passions mauvaises conseillères? la résolution qu’un individu prend satisfait-elle réellement et nécessairement aux conditions de son bienêtre ? assure-t-elle son bonheur pour le moment actuel, et aussi pour l’avenir? ne compromet^elle pas son capital, sa fortune acquise? lui laisse-t-elle d’aussi grandes facilités pour produire de nouveau les objets utiles dont il a successivement besoin? lui assure t-elle une consommation aussi fructueuse, aussi salutaire? ce sont là toutes questions qui ne sont pas résolues par le fait même de l’échange. Évidemment la détermination parfois passionnée d’échanger ne sera pas toujours sensée ; les conséquences n’en seront pas constamment lucratives.

L’homme peut sacrifier la réalité aux apparences ; il peut,abandonner les choses les plus utiles pour obéir aux exigences de la vanité ; il peut , en recherchant des jouissances louables, n’arriver qu’à une déception, et surtout il peut sacrifier au plaisir actuel tout le bonheur futur. Par exemple, il dissipera toutes ses richesses pour obtenir une satisfaction immédiate, sans songer que la pauvreté avec son hideux cortège, que la maladie, que

EFFETS DE L’ ÉCHANGE SUR LA 1UCH. INDIVIDUELLE. Al

la servitude pourront être les conséquences de ses actes.

Ainsi , l’on voit le sauvage donner, pour obtenir une provision de tabac ou d’eau-dc-vie , ses armes , son territoire , sa femme , ses enfants et quelquefois sa personne même ; ainsi l’on voit des populations , qu’on dit civilisées, emportées par les extases que donne une drogue funeste, sacrifier et leurs richesses et leur santé et leur vie pour obtenir le plaisir de fumer l’opium.

Le principe posé n’apparatt donc pas comme vrai dans son sens absolu : on peut se tromper sur l’avantage qu’on croit apercevoir dans l’échange ; et lors même qu’aucune erreur ne serait commise, de ce qu’un avantage est obtenu , on ne peut conclure que l’échange est avantageux d’une manière complète et définitive, sans préjudice subséquent. Le principe fondamental de la théorie des libre- échangistes ne peut donc être accepté dans sa généralité , il n’est pas certain que son application détermine un accroissement de la richesse individuelle.

Il faudrait qu’il fût modifié profondément; pour n’être pas contredit par les faits, on devrait dire : Tout échange parait avantageux à celui qui le fait, et quand il le fait. Ainsi formulé il ne peut plus servir de base à une doctrine générale.

Mais passons vite au-dessus des questions qui s’élèvent ici, qui ne sont guère du domaine de la science économique , et que nous n’avons touchées que pour ne pas laisser notre examen incomplet.

Arrivons de suite aux effets de l’échange sur la richesse publique. C’est la seule chose qui doive nous occuper.

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