PRÉFACE
J'ai réuni, dans cet ouvrage, les résultats des recherches auxquelles je me suis livré dans Tespoir de jeter quelque lumière sur divers points de Fagriculture. D'abord, j*ai eu Tintention de me borner à la réimpression de* plusieurs mémoires insérés dans différents recueils ; mais, en y réfléchissant davantage, j'ai cru utile de combler, autant que possible, les lacunes qu'eussent laissées nécessairement des écrits n publiés isolément, à des intervalles assez éloignés et sur des sujets très-variés. J'ai été amené ainsi à présenter une analyse succincte des travaux entrepris dans ces derniers temps sur l'ensemble de la science agricole. Je me suis surtout astreint à rapporter exactement, bien que d'une manière concise, les faits les mieux avérés de la pratique ; en définitive, ce sont ces faits qui intéressent le plus directement l'économie rurale dans ce qu'elle a d'applicable à l'économie publique.
Le cadre que j*ai| essayé de remplir, je l'ai adoptéj) dans un enseignement où m'avaient appelé les suffrages de TAca-
YUI
demie des sciences et ceux des professeurs du Conservatoire des arts et métiers. Toutefois» ce ne sont pas des leçons que je publie, mais les documents qui en formaient en quelque sorte la base.
Je traite dès phénomènes chimiques et physiques de la végétation; de la constitution des végétaux et de la composition des principes immédiats les plus répandus dans les' plantes ; de Torigine et de la nature du sol ; des assolements ; de Talimentation et de l'économie du bétail ; enfin je développe quelques considérations sur la climatologie. Ces matières, quand leur exposition s'appuie sur des principes généraux empruntés aux sciences, constituent la philosophie de réconomie rurale \ enseignement utile sans doute, mais qui ne donne pas, cependant, Tinstruction pratique qu'on ne saurait puiser ailleurs que dans les champs, en faisant un long apprentissage dans une exploitation rurale. L'enseignement scientifique tel qu*il est possible de l'établir au Conservatoire des arts et métiers, au Muséum d'histoire naturelle, dans les facultés des sciences, doit s'adresser surtout à ceux qui possèdent déjà, ou qui posséderont un jour ce genre d'instruction. Peu importe l'ordre suivant lequel on acquiert la théorie et la pratique ; mais il me semble bien difficile de les acquérir simultanément en deux ou trois ans, sans sacrifier l'une ou l'autre, particulièrement lorsqu'il s'agit de former des agriculteurs responsables^ c'est-à-dire des cultivateurs destinés à exploiter la terre à leurs risques et périls.
On trouvera dans cette nouvelle édition des données expérimentales plus nombreuses, plus détaillées que ne le comportait leplan de l'ouvrage. La raison en est, qu'éloigné de l'enseignement par suite de la position que m'ont faîte les événements politiques, je n'aurai peut-être plus l'occasion de les présenter dans un cours.
Je dis quelque part que la science agricole est encore à créer ; les discussions dans lesquelles je suis entré montreront combien il reste encore à faire. Cependant, en considérant Tardeur avec laquelle les esprits les plus éclairés se li- Yrent à Fagriculture, on doit espérer le progrès et s'attendre à des résultats importants pour la science, profitables à la pratique, utiles à Thumanité.