‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 20 sur 78 · CD · texte numérisé non relu

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Une remarque faite par M. Berthier, et qui ressort de Tensemble des analyses précédentes, c'est Tabsence de l'alumine dansles cendres examinées. Lesrésultats obtenus antérieurement par de Saussure confirment pleinement cette observation; et si dans quelques cas on a recueilli des traces de cette terre, on a cru devoir les attribuer à l'argile qui adhérait accidentellement aux plantes. Suivant M. Berthier , l'abseûce de l'alumine a très-probablement pour cause son insolubilité dans l'eau et sa faible affinité pour les acides organiques. Les sels solubles d'alumine à acides minéraux sont, on le sait , défavorables à la végétation , et dans un terrain cultivable ils ne sauraient se trouver en présence des carbonates calcaires ou alcalins sans être décomposés.

Cependant, l'alumine parait avoir été observée à l!état de sels dans les sucs de certaines plantes; le lycopodium complanatum , dont l'infusion est employée comme mordant dans la teinture, contient du tartrate d'alumine (1); le même sel a été signalé dans le verjus ; Yauquelin a trouvé de l'acétate d'arlumine dans la sève du bouleau. J'ajouterai que dans un assez grand nombre d'analyses de cendres, provenant de plantes et de graines récoltées dans notre culture, j'ai constamment obtenu des indices d'alumine, mais je laisse à décider si la présence de celte terre était accidentelle.

(1) BereéliuB, Traité de Chitme, l. IV, p. 430, traductioa fran-

çaise.

La silice ne se rencontre qu'en très-petite quantité dans la cendre de bois. Elle entre, au eonticaire, pour une proportion considérable dans la cendre de beaucoup de plantes annuelles ou bisannuelles , et en particulier dans celle des céréales. Humphry Dav.y porte à 90 pour 1 00 la silice contenue dans Tépi?derme du jonc des Indes.

Sî Von compare entre elles les cendres de bois de même e^ce , ^m dans des terrains de nature dif^ férente, on voit^ dit M. Berthier, qu'elles peuvent différer notablement : ce, qui semble établir que le sol exerce une influence sur leur constitution. Ainsi le chêne de Roque-*de&-Ârcs, crû dans un terrain éminemment calcaire, a donné des cendres presque entièrement formées de cai4)ona4e de chaux , tandis que celles laissées par un chêne du département de la Somme contiennent beaucoup de magnésie et dé phosphate calcaire (1). Les cendres d'un mûrier blanc de Nemours renferment plus de 0,10 d'acide phosphorique, et on en rencontre à peine des traces dans celles d'un semblable mûrier du terrain caI-> Caire de la Provence. La déduction la plus remarquable que permettent les analyses de Û. Berthier est celle qui résulte de la composition des cendres provenant d'arbres nés dans un même teirain. On voit que, pour les espèces analogues, les cendres ont également la plus grande analogie. On trouve , au

(1) Ces cendres provenaient du charbon de chêne; la partie insoluble a donné 0,14 de phosphate de chaux, et 0,0S de magnésie»

contraire, que les arbres de genres très-distincts, donnent des cendres d'une nature fort différente ; résultats qui mènent à cette conclusion importante^ que les plantes ont la faculté de choisir dans le sol les substances qui conviennent le mieux à leur oi^anisation spéciale.

T^s matières qui forment la cendre ne sont pas toutes à Tétat oii elles se trouvaient dans le tissu végétal. Dans les plantes il existe constamment des acides organiques , le plus généralement unis aux bases minérales. Pendant Tincinération des plantes, les acides organiques sont détruits , et le résultat de leur destruction est un carbonate alcalin , si l'acide préexistant était uni à la soude ou à la potasse ; un sel végétal calcaire donnera du carbonate de chaux ; un sel magnésien produira de la magnésie : à cause de la propriété bien connue que possède cette terre , de ne pas retenir Tacide carbonique, à une. température élevée. Ainsi, la majeure partie des carbonates qui entrent dans la composition des cendres se sont formés par le fait même de Tincinération. Les sels qui peuvent résister à l'action d'une forte chaleur, comme les phosphates , les sulfates et les chlorures , sont les seuls qui aient conservé dans les cendres l'état sous lequel ils existaient dans la plante vivante.

L'eau étant le véhicule qui transporte les sels minéraux du sol dans les végétaux , nous n'apercevons pas toujours comment ils y pénètrent. Pour expliquer dans les plantes la présence d'un sel insoluble, comme le phosphate de chaux, de Saussure admet ,

d'après des expériences satisfaisantes, qu'il existe des phosphates doubles de potasse et de chaux, de potasse et de magnésie (1). D'ailleurs, bon nombre de corps, considérés en chimie comme insolubles , ne le sont probablement pas d'une manière absolue. La silice parait posséder un certain degré de solubilité , du moins' M. Payen l'a-t-il rencontrée en quantité trèsappréciable dans l'eau qui jaillit du puits artésien de Grenelle, et dans l'eau de la Seine. On sait, en outre, que plusieurs sels terreux insolubles (et le phosphate de chaux est dans ce cas) se dissolvent à la faveur de l'acide carbonique que contiennent toujours les eaux dont le sol est imbibé. Enfin, il n'est pas improbable que certains sels insolubles prennent naissance dans les tissus mêmes des plantes, par l'arrivée successive et l'action réciproque de sels solubles.

Il nous reste à examiner maintenant par quelles voies les substances salines sont introduites dans l'organisme des végétaux , et dans quelles limites peut s'en charger l'eau qui sert à entretenir la vie des plantes; car c'est un résultat d'expérience, pour ainsi dire vulgaire, que les dissolutions salines douées d'un certain degré de concentration agissent d'une manière nuisible sur la végétation.

Le chevelu qui termine les racines a un tissu trop serré pour laisser passer autre chose que des fluides. Tous les essais tentés , dans le but de leur faire absorber des corps solides infiniment divisés et tenus

(1) Saassure, Recherckes chimiques, elc, p. 321.

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en suspension dans Teau , ont été infructueux. Dans ces tentatives^ les raekies ont fonctionné exactement comme iks filtres parfaits , auxquels nous ne sau«» rions comparer ceux que nous employons dans nos laboratoires. Il y a plus : les dissolutions les plus faibles ne sont pa& absorbées entièrement, il se fait une sorte de départ, et une portion du sel dissous abandonne Teau y au moment où * elle pénètre dans la racine. C'est ce qui ressort des recherches faites par de Saussure, pour constater : i<>si les plantes absorbent les substances dissoutes dans le même rapport qu'elles absorbent Feau (1); 2P si les plantes font un choix parmi les différentes substances tenues en dissolution (2).

Dans des dissolutions contenant huit dix millièmes de chacune des substances suivantes : Chlorure de potassium, Chlorure de sodium , Nitrate de chaux, Sulfate de soude.

Chlorhydrate d'ammoniaque, Acétate de chaux , Sulfate de cuivre , Sucre candi.

Gomme arabique, Extrait de terreau ,

{{) Saussure, Recherches chimiques^ etc., p. 247. (2) Saussure, Recherches chmiques, etc., p. 253.

GONTBNUES DANS LES PLAKTBS. 103

on fit pkmger des plantes de polygonum perskarixi, pourvues de leurs racines. Ayant de coomienGer les expériepces, tes pùlygonwn avaient séjourné pendant quelque bmps dms Teau distillée , |usqu'à ce que leurs racines eussent pris un commencemeat de croissance (1). .

Les plantes ont vécu à l'ombre pendant cinq semaines , en développant des racines dans les dissolu*tîons de chlorure de potassium , de chlorure de sô^ djum , d'azotate de chaux , de sulfate de soude et d'extrait de terreau. Elles ont langui sans prendre aucun accroissement , dans la dissolution de chlore hydrate d'ammoniaque ; et n'ont pu se soutenir dans l'eau sucrée , qui s'altérait promptement , qu'ten la renouvelant avec fréquence. Les polygonum sont morts au bout de huit à dix jours , dans l'eau gommée et dans la solution d'acétate de chaux. Ils n'ont résisté que deux à trois jours dans l'eau renfermant le sulfate de cuivre.

Des observations exactement semblables faites sur des bidens cannabina ont offert les mêmes résultats, avec cette seule différence , que cette plante a moins résisté que le polygonum.

Pour évaluer dans quelle proportion les substances dissoutes ont été absorbées, relativement à l'eau, de Saussure a fait usage des dissolutions employées précédemment; mais il terminait l'expérience , lors-

Ci) L'ektrait de terreau n'entrait que pour deux dix millièmes dans la dissolution.

que les plantes avaient aspiré précisément la moitié du liquide qui les alimentait. Chaque dissolution abreuvait un nombre suffisant de plantes pour que cette condition pût être remplie en deux jours. La moitié du liquide restant après chaque expérience était analysée, et la quantité de sels qui s'y trouvait faisait connaître par différence celle qui avait pénétré dans le v^étal. En représentant par cent parties la totalité de la substance dissoute , il est évident que d'après la condition dans laquelle on s'était placé , cinquante de ces parties devaient entrer dans la plante, si l'absorption des matières salines eût été proportionnelle à celle du dissolvant. Mais l'expérience a prouvé qu'en aspirant la moitié du volume du liquide normal, le polygonum avait absorbé :

15 parties de chlorure de potassium,

de chlorure de sodium.

de nitrate de chaux,

de sulfate de soude.

de chlorhydrate d^ammoniaque,

d'acétate de chaux,

de sucre.

de gomme,

d'extrait de terreau.

de sulfate de cuivre.

Dans les mêmes circonstances le bidens a pris :

16 parties de chlorure de potassium, 15 — de chlorure de sodium,

S — de nitrate de chaux,

10 — de sulfate de soude,

17 — de chlorhydrate d'ammoniaque, 8 — d'acétate de chaux.

COHTBNUBS DANS LES PUllITES. 105

32 parties de sucre,

8 — de gomme,

6 — d^exlrail de terreau,

48 — de sulfale de cuivre.

Il résulte de ces expériences , que les plantes ont absorbé les diverses substances qui leur ont été présentées; mais, sans exception , elles ont aspiré Teau dans une plus forte proportion que les matières dissoutes.

En multipliant et variant ces expériences, de Saussure est toujours arrivé aux mêmes résultats généraux. Les plantes ont constamment pris plus de sels alcalins que de sels calcaires y plus de sucre que de gomme, bien que les quantités absorbées des différentes matières aient varié considérablement.

Le sulfate de cuivre a offert, dans le cours de ces recherches, une anomalie qui s'explique aisément On voit, en effet, que ce sel, évidemment nuisible à la végétation, a été aspiré à plus forte dose. Cela provient de son action corrosive sur les racines. Le sulfate de cuivre les désorganise ; et ces organes une fois détruits, Tabsorption se fait avec plus de vitesse, et en plus grande abondance. C'est qu'une racine privée de ses Gbres chevelues se trouve dans la condition d'une tige , d'une branche dont la section fraîche est plongée dans un liquide. L'observation prouve effectivement que des substances dissoutes , qui , par leur viscosité, ne sont pas susceptibles de pénétrer dans une racine saine , s'introduisent, au contraire, facilement dans une tige, dans une branche, en

106 BBS MATlàRSS MIlfÉRAUS

quantité assez forte pour les colorer fortement , si une matière tinctoriale est offerte à Tabsorption.

Dans les expériences précédentes^ la dissolution ne contenait qu'une seule substance. Dans celles qui Tont suivre , de Saussure a dissous, dans l'eau, deux ou trois sels réunis, un mélange de sucre et de gomme, afin de s'assurer si les plantes feraient une élection particulière de ces dissolutions mixtes.

Dans 793 grammes d'eau , on a dissous deux ou trois espèces de sels ; le 'poids de chaque espèce était de Osr.^637. L'eau pouvait donc contenir de 0,0016 à 0,0024 de matière saline. Comme .dans les expériences antérieures, on a fait absorber aux plantes exactement la moitié des dissolutions. L'analyse a indiqué la quantité et la nature des substances restées dans le liquide non aspiré , et par suite les sels qui avaient pénétré dans le végétal.

Pour former le tableau résumant les résultats obtenus , on a représenté , par 100 parties, le poids de chaque sel particulier qui entrait dans la dissolution.

TàMUUV.

COIfTBHUES DANS LES PLARTKS.

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