‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 21 sur 78 · POIDS DES SUBSTANCES · texte numérisé non relu

POIDS DES SUBSTANCES

mssoumài Hovmm a L'zsFinmcE,

lOfptrtiweopoidk

Sulfiite de suude efQeuri

Chlorure de sodium

Sulfate de soude efileuri Qilonure de potassiam. . ,

Acétate dé cbaox

Chlorure de potassium.

Nitrate de chaux

Chlorhydrate cl*ammoniaque.

Acétate de chaux.

Snlbte de cuitre.

Nitrate de chma.

Sulfinle de cuivre.

Sulfate de sonde..., Chlorure de sodium.

Acétate de chaux. . .

Gomme.

Sucre • •

De Saussure a confirmé ces résultats en opérant sur la menthe poiyrée , le pin d'Ecosse, et le genièTre commim.

La section des racines, leur destruction favorisent, nous Tavons déjà vu, Tintroduction des matières dis* soutes. Des plantes dont les racines avaient été enlevées n'ont plus choisi les substances dissoutes d'une manière aussi prononcée ; api^s cette mutilation, elles les ont absorbées à peu près indifféremment, à plus

fortes doses , et sensiblement dans le même rapport que Teau qui les tenait en dissolution.

Les racines pourvues de fibres chevelues laissent donc pénétrer dans les plantes telle matière dissoute, de préférence à telle autre. Les chlorures de potassium et de sodium, par exemple , les traversent plus facilement que Tacélate et le nitrate de chaux; le sucre plus aisément que la gomme ; et , de même que lorsque ces substances sont isolées , elles sont , dans leur association, absorbées dans une proportion beaucoup moindre que Teau de la dissolution.

De Saussure n'est pas disposé à admettre que la sorte de préférence que les plantes montrent pour certains sels, pour certaines substances dissoutes, résulte d'une faculté particulière , ou d'une affinité. Il croit devoir l'attribuer au degré de fluidité , ou de viscosité, communiqué à l'eau par les différentes matières dissoutes. Ainsi, l'acétate et le nitrate de chaux donnent , avec la même proportion de liquide, des solutions plus visqueuses, passant plus difficilement à travers un filtre que les sulfates et les chlorures alcalins ; ces derniers sels ont aussi été absorbés par le végétal en plus grande abondance que les sels calcaires. La gomme, qui communique à l'eau plus de viscosité que le sucre , est aussi moins absorbable. Enfin, c'est l'eau pure que les végétaux ont préférée à toutes les autres.

Dans les résultats des incinérations que nous avons fait connaître , on a pu voir que, dans beaucoup de plantes, les sels s'y rencontrent dans une proportion

très-faible. C'est ce qui a porté plusieurs physiologistes à considérer les substances minérales qu'on trouve dans les végétaux , comme purement accidentelles, et par conséquent inutiles à leur existence. De Saussure observe que leur peu d'abondance n'est pas un indice de leur inutilité , et il rappelle que le phosphate calcaire , qui fait partie de l'organisation d'un animal , n'y entre peut-être pas pour un cinq centième de la masse totale, bien que personne n'ait songé à contester le rôle important que ce sel joue dans la constitution des os. Nous ajouterons que , comme les phosphates ont été rencontrés , par de Saussure, dans toutes les cendres de végétaux qu'il a examinées, et que les analyses exécutées depuis ces premiers travaux sont venues confirmer la généralité du principe posé par ce célèbre chimiste, nous n'avons réellement aucune raison pour affirmer qu'une plante puisse exister sans Tintervention des sels. Au reste, il est des plantes annuelles qui, quand on les brûle, laissent plus de dix pour cent de résidu; celles qui sont cultivées dans un sol privé de matières salines ou alcalines, arrosées avec de l'eau distillée, vivent, il est vrai, mais elles n'acquièrent jamais la vigueur que leur donne une terre fertile ; et, en fait, dans les expériences où l'on fait développer des plantes dans de telles conditions de stérilité, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir absence absolue de substances saKnes, les graines- avec lesquelles on expérimente, renfermant nécessairement une certaine dose de sels. Ainsi, dans les observatiops décrites dans

le chapitre précédent, les graines employées ont ap-* porté leur contingent de matière minérale ; avec les pois, par exemple, on en a introduit près de 0^*05, formée en grande partie de phosphate de portasse et de phosphate de chaux; les plants de pois ont donc rencontré et assimilé ces substances minérales. C'est peut-être à cause de cette circonstance que la végétation a pu accomplir toutes ses phases, donner des graines. Aussi , peut-être, est-ce Tinsuffisance de la matière minérale qui a empêché le froment d'arriver à maturité; les grains de blé mis en expérience contenaient à peine 0^ 02 de s^els. Cette remarque paraîtra d'autant plus fondée que , d'après les observations de MM. Polstorf et Wiegman, des graines d'orge, placées dans un sol privé âfi matière organique, peuvent pousser et arriver à terme lors* que ce sol renferme les éléments minéraux nécessaires à Forge ; sans que, toutefois^ d'après les essais en grand que j'ai faits sur la culture de l'avoine , on puisse , par la seule influence des sels, obtenir une récolte comparable , sous aucun rapport, à celle qui se développe dans un terrain amendé avec du fumier, c'est-à-dire avec un engrais qui porte avec lui de la matière organique putréfiée et des substances minérales.

Duhamel a reconnu que les plantes marines languissent dans un terrain privé de chlorure de sodium ; et cela se conçoit d autant plus facilement, que ces plantes fournissent des cendres très-riches en carbonate de soude. La bourrache , l'ortie, se. plaisent et

ne réiMsisseot bien qiBie dans les lieux où elles ren-contrent des nitrates ; et il est facile de s'assurer que ces mêmes plantes, desséchées* renferment dans leur tissu une quantité no4able de mtre ou de nitrate de chaux. La vigne surtout demande des amendements alcalins, pour remplacer l^potaise enlevée au sol par la production du hitartrate de potasse, qui entre en proportion plus ou moins forte dans tous les vins.

Les acides ofganiques du règne végétal sont toujours engagés à l'état de sels neutres ou acides. La proportion de base combinée dans une plante aux acides végétaux, peut être facilement reconnue et dosée dans les cendres ; car elle passe, par l'effet de l'incinération , à l'état de carbonate alcalin ou terreux. Les acides végétaux exercent certainement des fonctions importantes dans l'organisme des végétaux, et leur formation est sans doute liée à la présence des bases avec lesquelles ils constituent des sels. La nature même de l'oxyde paraît de peu d'importance ; on sait d'ailleurs que certaines bases peuvent se remplacer équivalent pour équivalent.

L'utilité des alcalis dans la végétation ne saurait être douteuse \ nombre de pratiques agricoles le démontrent jusqu'à l'évidence, et, selon M. Liebig, le fait de la formation des alcaloïdes organiques dans les plantes en serait encore une nouTcUe preuve. M. Liebig pense, en effet, que les alcalis organiques tejident particulièrement à se former en l'absence des bases minérales. Cependant on assure que le pavot donne plus de morphine , quand il est cultivé dans un sol

bien fumé^ qu'alors qu'il crott dans une terre peu fertile.

Les substances inorganiques répandues dans les végétaux proviennent évidemment du sol. En cultivant, comme Ta fait M. Lassaigne, des graines semées sur de la fleur de soufre parfaitement lavée, et arrosée avec de Teau distillée , la plante récoltée ne renferme ni plus ni moins de matières salines et terreuses , que celles qui se trouvaient primitivement dans la semence.

L'eau aspirée par les racines se charge , en séjournant dans la terre, de diverses substances solubles ; on doit la considérer comme l'origine de la sève ascendante. Après avoir pénétré dans la plante, les matières oi^aniques dissoutes subissent une profonde modification « car dans la sève on découvre des corps qui ne pouvaient exister dans l'eau qui imbibait le terrain ; et , durant son ascension, le liquide se veux crott en densité, comme l'a reconnu Knight. La sève d'un acer platancUdes, prise au moyen d'une incision pratiquée au bas du tronc, avait, selon cet habile observateur, une densité de 1 ,004; à 2 mètres de hauteur, la densité était de 1,008; à 4 mètres, 1,012. Knight en conclut que , pendant sa marche ascensionnelle, la sève entraine de la nourriture déposée dans le tissu végétal qu'elle parcourt (1). Nous avons vu que

{{) De Candolle, PAy«o/o^>, 1. 1, p. 204,

ce fluide, après s'être élaboré dans les parties certes des arbres , prend une route opposée à celle qu'il a d'abord suivie ; et, pour cette raison , nous l'avons nommé sève descendante. U est possible que , dans les observations de Knight, le liquide puisé à une certaine profondeur fût un mélange des deux sèves , ce qui expliquerait alors l'augmentation de densité. Au reste, il ne faut pas se hâter de considérer l'action des deux espèces de sève comme s'exerçant isolément; et il est très-vraisemblable qu'au printemps la sève modifiée, en s'infiltrant dans le tissu perméable du végétal , se mêle continuellement à la sève ascendante pour concourir à l'accroissement des bourgeons (l).La difficulté de recueillir isolément chaque sève en particulier, si toutefois la séparation est réellement possible, fait que les résultats analytiques ne présentent pas toute la netteté désirable.

Suivant M. Langlois, la sève de la vigne, recueillie en février et en mars , contient 0,0023 de matières sèches consistant en phosphate et tartrate de chaux dissous à la faveur de l'acide carbonique ; de l'albumine , des nitrate et sulfate de potasse ; des lactates alcalins; du chlorhydrate d'ammoniaque. On n'y a pas trouvé de sucre.

La sève du noyer : de l'acide carbonique ; 0,0047 de matières sèches formées d'albumine , de gomme, de lactate de chaux, d'ammoniaque et de potasse;

(1) Datrochet, Sur la structure, p. 36.

des malates de mêmes bases, du nitrate de potasse, du sulfate et du phosphate de chaux.

Les sé\es du charme, du hétrc, de Torme renferment à peu près les mêmes principes, avec cette différence qu'elles contiennent du sucre : abandonnées à elles-mêmes, elles donnent successivement tous les signes de la fermentation alcoohque. MM. Liebig et Will avaient déjà reconnu la présence de sels ammoniacaux dans la sève de Térable, du bouleau, et dans les pleurs de la vigne.

La sève de Térable contient une quantité très-notable de sucre, et une petite proportion d'acétate. Au Canada, j'ai vu traiter cette sève pour en retirer du sucre identique à celui de la canne; au reste, sa nature est sujette à varier , et Duhamel affirme qu*à une certaine époque elle perd sa saveur sucrée et prend un goût herbacé (1).

M. Biot a eu Toccasion d'examiner la sève d'un assez grand nombre d'ai*bres; il a constaté que le sucre s'y trouve souvent sous deux états différents, comme sucre de canne proprement dit, et à l'état de sucre de raisin, qui, comme les chimistes le reconnaissent, ne diffère du premier que par un équivalent d'eau en plus. Les sèves sur lesquelles a porté son examen contiennent en outre de la matière animale {albumme) et une matière gommeuse.

Le 11 février, le tronc d'un noyer donnait une sève contenant du sucre de canne. Les sèves du sv-

(i) Annales de l' AyricuUure française, L V, 2' série, p. 339.

comore, de l'acer negundo et du lilas , renfermaient la même espèce de sucre y mais celle du bouleau tenait en dissolution du sucre de raisin . Sur le sycomore et sur le bouleau ', M. Biot a observé un fait des plus intéressants. Il a reconnu, en faisant abattre ces arbres , que la plus grande partie de la sève des^ cendante se trouvait vers le milieu de la longueur du tronc; celle du bouleau était acide et sucrée ; le liquide qui imprégnait la portion inférieure du tronc ne renfermait pas de sucre, mais bien une matière ayant les principaux caractères de la gomme (1). C'était peut-être un efTet de la saison, car Knight assure n'avoir jamais pu découvrir la moindre trace de matière sucrée , pendant l'hiver, dans l'aubier soit de la lige, soit des racines du sycomore (2) .

Sève du guadtios {bambusa guaduas) . — Le guaduas croit dans les contrées chaudes et marécageuses des régions tropicales; cette graminée atteint souvent 1 énorme hauteur de 20 à 30 mètres. Sa tige, creuse , est divisée, sur toute sa longueur, en nœuds assez régulièrement espacés à une distance de 3 décimètres. Chaque nœud est l'indice d'une cloison ligneuse , qui semble diviser la tige du guaduas en autant de tubes juxtaposés ; en la perforant immédiatement au-dessus d'une cloison , il s'écoule une eau limpide et fraîche , que Ton ne saurait distinguer de

(1) Annales du Muséum d* Histoire naturelle, l. IL

(2) Knight, Annales de l'Agriculture française, t. V, 2« série, p. 338.

116 DES MATliRES MINÉRALES

l'eau la plus pure. C'est une ressource que la plupart des voyageurs ont pu mettre à profit. Cette sève, à ce que m'ont a^uré les habitants des pays où j'ai observé le guaduas , ne remplit jamais l'espace creux de la tige compris entre deux cloisons ou nœuds ; l'analyse que j'en ai faite a indiqué que la sève du guaduas est presque de l'eau pure. Les réactifs n'y ont décelé que des traces de sulfate et de chlorure. En en évaporant une assez grande quantité , j'ai pu y découvrir, indépendamment de ces traces de sels solubies, une très-petite proportion de matière animale , et de la silice.

Sève du bananier {musa paradisica). — La sève du bananier possède une saveur astringente très-prononcée ; elle rougit la teinture de tournesol. Immédiatement après sa sortie de la plante, elle est limpide et incolore comme de l'eau ; cependant elle jouit de la propriété de colorer en jaune les tissus qui y sont plongés. Exposée à l'air, elle se trouble en laissant déposer des flocons d'un rose sale. C'est à l'action de l'oxygène qu'est dû ce dépôt , car il ne se manifeste qu'au contact de l'air. Après la formation de ce dépôt, la sève ne colore plus les tissus. D'après un examen chimique que j'ai fait de la sève du bananier, durant mon séjour sur les bords de la Magdalena, je crois pouvoir admettre qu'elle renferme :

De Tacide gallique,

De Tacide acétique,

Du chlorure de sodium.

Des sels de chaux el de potasse,

De la silice.

La séve , élaborée , pendant son passage dans les feuilles, acquiert une plus forte consistance. Elle renferme généralement des principes particuliers, qui sont le résultat de cette élaboration , et constitue le liquide que Ton désigne ordinairement sous le nom de suc particulier des plantes. On l'obtient généralement, en faisant une incision qui pénètre un peu audessous de Vécorce.

Les caractères et les propriétés de la séve élaborée, séve descendante, sont extrêmement variés. Mais on peut la diviser en séve laiteuse, séve sucrée, séve gommeuse et résineuse, selon la nature des sucs dissous ou suspendus dans le liquide. Un assez grand nombre des sucs particuliers des végétaux contenant des principes employés dans les arts ou dans la médecine, leur étude est plus complète que celle des sèves ascendantes : ne pouvant nous proposer ici de faire une monographie de ces sucs, nous nous bornerons à mentionner ceux qui ont été examinés avec quelques soins.

'Sèves laiteuses. — Les sèves laiteuses, comme T indique leur nom, ont l'apparence du lait ; elles doivent cet aspect lactescent à des globules de matières insolubles, extrêmement divisés et tenus en suspension dans un liquide.

Suc du carica papaya. — Le carica papaya croit dans les régions tropicales. Le suc qu'on extrait du fruit par incision, est blanc, excessivement visqueux. Dans un échantillon de ce suc , venant de l'Ile de France , Yauquelin a trouvé de l'eau en très*grande

quantité, et, de plus^ une matière animale ayant les propriétés chimiques de Talbumine des animaux (I); enfin, une matière grasse.

J'ai eu Toccasion de vérifier Fexactitude des résultats obtenus par Vauquelin, sur le lait du firuit du carica papaya; et durant riion séjour à Caracas, j*ai examiné le suc qui s'écoule du tronc même de Tarbre. Ce sucre est moins lactescent, et beaucoup plus fluide que celui qui provient du firuit; il présente Fapparence du lait coupé avec de Teau. Son odeur est un peu nauséabonde, même à sa sortie de la plante ; sa saveur légèrement aigre. Exposé à Fair, il se coagule assez promptement. 11 contient une matière animale comparable à la fibrine, en assez forte proportion ;

Du sucre.

De la cire, De la résine,

en petites quantités.

Évaporé et brûlé , il laisse un résidu salin. Ce suc est employé à quelques usages médicaux.

Suc de Varbre de la vaclie. — Au nombre des productions végétales les plus étonnantes qu'on observe dans la région équinoxiale , se trouve un arbre qui donne avec abondance un suc laiteux, comparable, par ses propriétés, au lait des animaux. A l'époque où je quittai l'Europe , M. de Humboldt me recom-

[{) Vauquelin, AnnaUs de Chinu, t. XLIX, p. 219, l~ série.

manda expressément de porter mon attention sur le lait de Tarbre de la vache. Peu de temps après mon arrivée dans les Cordillières du littoral de Caracas, nous pûmes, M. de Rivero et moi, répondre à la demande du célèbre voyageur (1).

Le lait que nous avons examiné provenait du Palo de leehe, l'arbre à lait, extrêmement commun dans les environs de Maracay.

Le lait végétal possède les mêmes caractères phy«^ siques que celui de la vache , avec cette seule différence qu'il est un peu visqueux ; sa saveur agréable est légèrement balsamique. Quant à ses propriétés chimiques , elles diffèrent sensiblement de celles qui sont particulières au lait animal. Ainsi les acides ne le caillent pas. L'alcool le coagule à peine. Par l'action d'une douce chaleur, on voit se former à la sur-^ face du lait végétal, de légères pellicules. En l'évaporant au bain-marie, on obtient un extrait qui ressemble à la frangipane: et si l'on continue pendant un certain temps l'action du feu, on remarque des gouttes huileuses , qui augmentent à mesure que l'eau se dégage; elles finissent par former un liquide d'apparence graisseuse, dans lequel nage une substance fibrineuse qui se dessèche et se racornit à mesure que la température augmente. Alors se répand l'odeur, la mieux caractérisée qu'il soil possible, de viande que l'on fait frire dans la graisse.

(1) Rivero el BoussingauU, Annales dechim, et de phys.y l. XXIll, p. 2Î9, 2« série.

Par l'action seule de la chaleur , on sépare donc le lait du Palo de lèche en deux parties distinctes : l'une fusible, de nature grasse, l'autre fibrîneuse , et offrant tous les caractères des substances animaies.

Si on ne pousse pas trop loin l'évaporation du lait végétal , on peut obtenir la matière grasse inaltérée; elle jouit alors des propriétés suivantes : elle est blanche, translucide, assez solide pour résister à l'impres* sion du doigt. Elle fond à 00'; l'alcool à 40' la dissout complètement par l'ébullition ; elle est également soluble dans la potasse.

La matière fibrineuse, extraite du lait immédiatement après sa sortie de l'arbre, nous a présenté tous les caractères de la fibrine , retirée du sang des animaux; pour cette raison nous Tavons nommée fibrine. En effet, mise sur un fer chaud , elle se boursoufle, fond, se carbonise, en exhalant l'odeur de viande grillée. Traitée paï* l'acide nitrique faible, elle donne du gaz azote: par la distillation, elle dégage abondamment des matières ammoniacales.

La présence et la nature de cette matière animalisée , dans le lait de l'arbre de la vache , explique comment ce lait acquiert, en s'altérant, l'odeur de vieux fromage. Nous avons considéré la matière grasse du lait comme analogue à la cire des abeilles, je puis même ajouter que nous en avons fait des bougies. Cependant la faculté de se dissoudre complètement dans l'alcool, jointe à sa facile solution dans la potasse, établissent une différence assez marquée

avec les propriétés généralement attribuées à la cire des insectes*

Dans Feau qui tient en suspension la cire et la matière animale y nous avons rencontré quelques substances salines et un acide libre y dont nous n'avons pu déterminer la nature. Nous n'avons pas réussi à constater dans le lait végétal la présence du caoutchouc. D'après un nouvel examen chimique que j'ai fait sur du lait végétal rapporté dernièrement par M. Goudot , on aurait pour la composition de cette sève :

Fibrine, albumine végélale 3,73

Cire, résine, principes solubles, sels 23,41

Eau 72,86

Dans les cendres de ce lait on trouve du phosphate de chaux y de la chaux, de la magnésie, de la silice.

Durant leurs excursions, les habitants des Gordillières boivent souvent du lait de l'arbre de vache ; nous en avons fait usage , M. de Rivero et moi , pendant notre séjour à Maracay.

L'arbre qui produit le lait que nous avons examiné est , selon M. de Humboldt, le galactodendrm didcCy de la famille des verticées, ou figuiers. Mais l'on connaît dans les montagnes du littoral plusieurs arbres qui donnent un suc laiteux , et que l'on confond souvent avec celui que je viens de décrire. Par exemple , dans les environs de Maracaibo , suivant

M. Des\aux (1), le clusia galactodendron laisse écouler avec abondance une sève lactescente très-^agréâble ; toutefois ce lait ne parait pas renfermer autant de matière animalisèe ; du moins , il ne se putréfie pas sensiblement, et, à la place de la matière cireuse, on observe une substance beaucoup moins fusible et qui, par sa nature, se rapproche des résines.

Sève laiteuse de Thura crepitans , ajuapar. — Le suc de Vhura crepitans est justement redouté : il suffit d'être exposé aux émanations de ce suc laiteux récemment extrait , pour en être incommodé d'une manière grave. Son usage indique assez ses qualités pernicieuses , puisqu'on l'emploie fréquemment pour pécher, en empoisonnant Teau des rivières (2).

Ce lait végétal ressemblerait parfaitement à celui de l'arbre de la vache, s'il n'était légèrement jaunâtre. Il n'a pas d'odeur ; sa saveur, très-peu marquée d'abord , fait bientôt éprouver une irritation très-forte. Il rougit la teinture de tournesol ; les acides minéraux y déterminent un caillé blanc et visqueux ; la liqueur surnageante est limpide et de cou-

Ci) Renseignements communiqués par M. Adolphe Brongniart.

(2) Rivero el Boussingaull, Antiales de ehim. et de phys,, t. XVIII, p. 430. 2« série.

Ce que je Tais rapporter peut donner une idée de Ténergie atec laquelle ce suc laiteux agil sur Téconomie animale : lorsque nous examinâmes le lait de l'aura crepitans, M. Rivero el moi, nous fûmes atteints d'érysipèle; le mal persista pendant plusieurs jours. Le lait nous avait été envoyé de Guaduas, par le docteur RouHd ; le courrier qui rapporta fut gravement incommodé ; el sur la roule, les habitants des maisons où le messager avait logé, éprouvèrent les mêmes accidents.

CONTENUES DANS LES PLANTES. d23

leur fauve. Abandonné à lui-môme, le suc laiteux de Vhura crepUans donne tous les produits de la putré*faction du caséum. Il contient :

l» Uoe matière azolée analogue au gluten, ou au caséum,

2* Une huile vésicaule,

3* Une substance cristallisée, ayant une réaction alcaline,

A^ Du malale de potasse,

5<* Du nitrate de potasse,

6<* Un sel de chaux, malale?

70 Un principe azoté odorant.

Opium. — Le suc laiteux qui, en se concrétant, fournit l'opium du commerce, s'obtient en pratiquant des incisions longitudinales aux capsules du pavot. L'opération a lieu avant la maturité du fruit, et après la chute de la fleur ; mais , par suite de ces incisions, on perd la récolte des graines, M. Hardy , en Algérie^ a fait la remarque importante que, lorsque Fincision ne pénètre pas dans l'intérieur du péricarpe, la graine parvient à maturité et peut donner de l'huile. M. Aubergier a confirmé cette observation , et il pense qu'en prenant des précautions convenables on pourrait cumuler les produits de l'opium avec ceux de la récolte de la graine oléagineuse; mais y pour remplir cette condition , la seule peut-;étre qui rende possible, en France, la cueillette de l'opium , il faudrait renoncer à cultiver le pavot blanc à graines noires ; parce que, suivant cet obser^ valeur, dans cette variété la plus productive en huile, le péricarpe est tellement mince qu'il de-

vient difficile de l'inciser sans traverser l'endocarpe (1).

Le sucre concret est brun, résistant, d'une saveur acre et amère, d'une odeur nauséabonde particulière. L'opium renferme une multitude de principes .dont l'étude a exercé pendant longtemps la sagacité des plus habiles chimistes. C'est dans cette matière que Sertuerner a découvert le premier alcali végétal, la morphine, dans laquelle réside, en quelque sorte , la vertu du médicament. La quantité de morphine contenue dans l'opium varie de 4 à 18 pour 100.

Sève de Varhre à caoutchouc. — Le caoutchouc se rencontre dans la sève de beaucoup d'arbres, et dans celle d'un grand nombre de plantes herbacées ; mais Vhœvea caoutchouc ^ le jatropha élasticaj propres à l'Amérique méridionale ; le ficus indica , Vartocar-pus integrifolia , dans les Indes orientales , fournissent le caoutchouc , aujourd'hui si répandu dans le commerce, et si heureusement utilisé dans les arts.

L'arbre à caoutchouc est surtout commun au Choco et dans les forêts de l'Equateur. Pour en extraire la gomme élastique , les Indiens incisent l'arbre jusqu'au-dessous de 1 ecorce ; il en sort un lait abondant, qui reste fluide pendant assez longtemps, s'il est conservé à l'abri du contact de l'air. J'en ai vu transporter à de grandes distances , dans des vases de bois hermétiquement fermés. Étendu en

(1) Aubergier, Annales de chim. et dephys., t. XX, 3* série.

couche peu épaisse, il se coagule promptement, et acquiert l'élasticité caractéristique du caoutchouc. L'action de l'oxygène de l'air pourrait bien intervenir pour déterminer cette coagulation, à moins que ce que je vais rapporter soit l'effet d'une évaporation prompte de l'eau de la sève. J'ai souvent fait une petite incision sur le tronc d'un hsevea; à l'instant il en découlait du lait qui, en raison de sa viscosité, descendait vers le sol en conservant une certaine épaisseur. Ce lait restait d'abord trèsfluide; mais, après environ une ou deux* minutes d exposition à l'air, il se coagulait subitement , à tel point , qu'en enlevant le suc coagulé par sa partie inférieure, j'obtenais un long ruban de caoutchouc parfaitement élastique.

Dans la Guyane, les Indiens façonnent le caoutchouc sous la forme de ces poires si communes dans le commerce : pour cela, ils préparent un moule en terre ; ils enduisent ce moule en le trempant dans le lait fraîchement extrait de l'arbre, le laissent coaguler, ce qui a lieu très-promptement, surtout si, comme on le pratique quelquefois, on l'expose à la fumée. Cette première couche coagulée, on continue à en mettre successivement jusqu'à obtenir l'épaisseur convenable. Le moule est ensuite brisé et retiré par fragments de l'intérieur de l'enveloppe de caoutchouc déposée à sa surface.

Les ouvriers de Quito , fort habiles pour travailler le caoutchouc , en font des souliers , des bottines, en l'appliquant à l'état laiteux sur des formes con-

126 DES MATIÈRES MIMÉRALES

venableoient disposées. Ils rendent aussi les tissus imperméables, en l'étendant au même état entre deux étoffes; le lait interposé se coagule et forme une lame mince très- élastique , et de beaucoup préférable au (Caoutchouc appliqué à l'aide de dissolvants.

Les Indiens du Ghoco se procurent quelquefois cette substance en abattant l'arbre, et recevant le lait, qui coule alors par torrents dans de grands moules en bois, formés ordinairement par une tige creuse de guaduas. En laissant le moule ouvert, la masse laiteuse se coagule au bout de quelque temps. Plusieurs de ces masses de caoutchouc, que m'avaient apportées des Indiens Chami, présentaient peu d'élasticité ; leur couleur était d'ailleurs extrêmement foncée. Il est vraisemblable qu'en opérant ainsi, le suc laiteux se trouve mêlé avec une très^rande quantité de la sève intérieure, beaucoup moins laiteuse.

Des arbres , désignés dans la vallée de la Magdalena sous le nom de caoutchouc, et qui cependant ne sont ni l'haevea , ni le jatropha , donnent également un suc coagulable , qu'on peut confondre avec la gomme élastique ; c'est , comme je m'en suis assuré, du caoutchouc uni à une très-forte proportion de cire ou de résine; aussi est-il très*peu élastique.

M. Faraday a trouvé dans le lait de l'hœvea :

GONTfiNUES DANS LES PLANTES. 127

Sur 100 parties :

Eau. 56

Caoutchouc 32

Matières animales (albumine végéiale) 2

Substance azotée amère soluble dans Teau et dans

Talcool 7

Une substance soluble dans Teau el Talcool (sucre) . 3

Le caoutchouc purifié est formé de :

Carbone 87,S

Hydrogène 12,5

Sèves gammeuses et rési$ieuses. — On doit placer dans cette division la sève des arbres donnant de la gomme par l'incision de leur tronc , comme Yorcoda veray Y acacia arabica, qui croissent en Arabie, et dont on extrait la gomme arabique. L'acacia du Séoégâl fourm't également une espèce de gomme. Eo général; dans les pays très-chauds , les mimosa produisent abondamment des matières gommeuses.

La séTC élaborée des conifères et des térébinthacées consiste principalement en matière résineuse, dissoute dans une huile essentielle formée de carbone et d'hydrogène , semblable ou analogue à l'essence de térébenthine. Les baumes du Pérou et de Tolu s'obtiennent en incisant l'écorce des arbres. Dans le Choco, où j'ai vu pratiquer, sur les arbres de Tolu, de nombreuses incisions sur la partie inférieure du tronc , le baume coule lentement à raison de sa consistance : il ne contient pas sensiblement d'eau.

Sèves sucrées. — La sève dû fraxinus omus et celle du fraxinus rotuniifolia donnent, par leur épaississement, de la manne.

La sève d'un assez grand nombre de palmiers renferme une quantité considérable de matières sucrées. A Java, par exemple, on extrait du sucre cristallin de Yarenga saccharifera. Dans plusieurs localités, le suc des palmiers est soumis à la fermentation pour préparer des liqueurs vineuses.

Le cocos butyracea {palma de vino) est extrêmement commun dans la vallée de Rio-Grande de la Magdalena. Sa sève renferme, d'après l'examen assez superficiel que j'en ai fait, du sucre, une matière azotée, et quelques sels solubles.

Par la fermentation , elle produit une liqueur vineuse assez alcoolique pour être enivrante. Pour se la procurer , les naturels de Betmdillo commencent par abattre le palmier, en ayant soin, lorsque l'arbre est couché, de lui donner une légère inclinaison, du sommet vers le pied ; ensuite ils font , vers la base du tronc, un trou d'une capacité de huit à dix litres, dont ils ferment l'orifice avec des feuilles. Le tissu ligneux parait contenir peu d'humidité ; cependant, dix ou douze heures après l'opération , la cavité est pleine d'un liquide , d'une odeur vineuse fortement prononcée, et d'une saveur aigrelette, due probablement à l'acide carbonique qui se dégage en abondance. Ce vin est assez agréable. Un palmier de quinze à vingt mètres de hauteur, et dont le tronc Vers la base a de cinquante à soixante centimètres de diamè-

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tre, fournit de douze à dix-huit litres de vin en vingtquatre heures, durant dix à douze jours. Il y a de l'avantage à ne pas laisser séjourner trop longtemps le vin lorsqu'il est rassemblé, par la raison qu'il s'aigrit très-promptement.

Le sucre est loin d'être la seule substance utile que donnent les palmiers. Il est plusieurs de ces arbres qui étonnent par l'importance et la généralité de leurs applications; et ce n'est pas sans motifs que les missionnaires ont souvent désigné le palmier sous le nom de l'arbre de la Providence , de pain de la vie. Tel est surtout le moriche {cocos mauritia), qui croit dans les savanes de l'Apure et de l'Orénoque ; ses jeunes pousses servent d'aliment ; dans ses fruits encore verts , on trouve une nourriture farineuse , et lorsqu'ils sont parvenus à l'état de maturité, ils donnent de l'huiie en abondance. On fait des hamacs, des toiles, avec la partie fibreuse de l'écorce du moriche ; les jeunes feuilles servent à fabriquer des chapeaux, des nattes, des voiles pour les embarcations; un tissu naturel qui enveloppe les fruits procure aux Indiennes un vêtement qui n'exige aucune façon ; la sève fermente et donne du vin ; le tronc, avant la fructification, renferme une moelle amylacée dont on fait du pain : cette moelle, en se putréfiant , fait naître une multitude de gros vers blancs, que les Indiens Caraïbes recherchent comme un mets des plus délicats ; enfin , la charpente ligneuse du mauritia est un excellent bois de construction.

Il n'est pas nécessaire de pousser plus loin Ténumération des principes créés par les végétaux ; nous devons maintenant les étudier sous le rapport de leur composition élémentaire.

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