‹ Économie rurale (volume 2)Chapitre 37 sur 78 · ANALYSTES · texte numérisé non relu

ANALYSTES

H. Roee.

Laurent Blancfaet et Sell.

Trommidorff.

H. Rote.

H. Roie.

DevUle.

ClrM TégételM.

Les plantes produisent avec une certaine abondance des matières assez semblables à la cire d'abeille, et se rapprochant des corps gras par quelques-unes de leurs propriétés. Proust a reconnu la cire végétale dans la fécule verte d'un grand nombre de végétaux. Dans le chou elle existe en forte proportion ; elle enduit le plus souvent la surface des feuilles, des fruits, des écorces ; cette matière est loin d'avoir une constitution simple, elle résulte presque toujours de la réunion de plusieurs principes distincts qui n'ont pas encore été convenablement étudiés, mais parmi lesquels il y a évidemment de véritables substances grasses, c'est-à-dire des corps saponifiables et des résines. Je mentionnerai ici les cires végétales les moins imparfaitement connues.

Cire de palmier. Elle est produite par le ceroxy-

(1) Perrolet, Journal de Pharmacie^ p. 406, 2« série.

ÉLABOHAS far IfiS PLIANTES. 3^27

km OMdieolay irà&*abondant dans la Cordillière centrale de la Nueva^-Granada. Dam le Quindiè, je crois avoir rencontré la limite râlérieure An ceroitffbm^' sur les^ .bords du torrent de Toeheciio, à la hauteur de 2,600 mètres au-dessus de la mer. J'ai suivi ce palmier jusqu'à 3,000 mètres d'élévation absolue< Les températures moyennes extrêmes comprisses entre ces deux stations peuvent être évahiées à H® et 18*, Vers la limite supérieure, le ceroxyUm est exposé durant les nuits sereines à un froid voisin du point de la congélation de l'eau ; aussi le rencontre-t-on souvent avec le grand chêne d'Amérique, dont il peut très-bien supporter le climat (1). . Les Indiens se procurent la cire en raclant Tépiderme du palmier • Les raclures sont ensuite mises à bouillir dans l'eau : la cire surnage sans se- fondre ; elle est seulement amollie el-lôs impuretés* qu'elle renferme se déposent. On réunit cette matière sous la forme de boules que l'on sèche au soleil. C'est avec cette substance, à laquelle on ajoute souvent une petite quaatité de suif pour la rendre moins fragile, que l'on fait des pains de dre et des bougies. Lorsqu'elle a été fondue, Isiceradepalma est d'un jaune foncé, légèrement translucide, aussi fragile que la résine, et présentant une cassure céroide bien caraeténsée. Elle exige , pour entrer en fusion, une température un peu supérieure à celle de l'eau bouillante. L'aloool et

(I) Boussingaull, Antmles de Chimie et de Physique, t. LÏX, p. <•, 8* série*

Téther la dissolvent facilement à chaud ; en se refroidissant, la dissolution alcoolique se prend en une masse gélatineuse.

La cire du palmier renferme deux principes : l'un, fusible au-dessous de 100^, est doué des caractères physiques de la cire d'abeille; l'autre possède les propriétés de la résine. L'analyse a donné, pour la composition de ces substances :

Cire. Béune.

Carbone Si fi 83,7

Hydrogène .... 1 3,3 1 1 ,5

Oxygène 5,i 4,8

Cire du myrica cerifera. On l'obtient en faisant bouillir dans l'eau les baies de plusieurs espèces de myrica , arbre très-commun à la Louisiane et dans les régions tempérées des Andes. Ces baies rendent jusqu'à 25 pour 100 de cire, et un arbuste peut produire annuellement environ 12 à 15 kil. de fruits. La cire brute est verte, cassante, et quand on en fait des bougies, il convient d y faire entrer une certaine proportion de suif. D'après M. Chevreul, la cire du myrica est saponifiable.

Cire de la canne à sucre [cérosie). La canne, particulièrement la variété violette^ est recouverte par une poussière glauque, de nature cireuse, fusible à 82^. La cérosie est assez dure pour être pulvérisée ; on peut en faire des bougies dont la beauté et la qualité ne le cèdent en rien à celles préparées avec le spermaceti. M. Avequin, qui a fixé l'attention sur cette

matière, trouve^ par ses expériences, qu'un hectare de canne violette fournirait environ 100 kilog. de cire (1).

La cérosie est entièrement soluble à chaud dans l'alcool. L'éther ne la dissout point à froid, elle parait constituer un principe immédiat parfaitement défini, auquel M. Dumas assigne la composition suivante (2} :

Carbone 8i,4

Hydrogène 14,1

Oxygène 4,5

Chlorophylle.

On donne ce nom à la matière verte des feuilles dans lesquelles elle n'entre d'ailleurs que pour une très-petite quantité. Pour l'extraire, on traite les feuilles, préalablement desséchées, par l'éther qui dissout, indépendamment de la chlorophylle, des matières grasses et de la cire. Le résidu laissé par l'éther après sa volatilisation est soumis, à plusieurs reprises, à l'action de l'alcool bouillant ; après chaque refroidissement, il se dépose de la cire qu'on sépare. La ^lution alcoolique refroidie est évaporée à l'étuve, et ce qu'elle laisse est mis en digestion, à froid, avec de l'acide chlorhydrique concentré qui prend alors une teinte d'un beau vert. La liqueur acide est filtrée

(4) Ayequin, Journal de Pharmacie^ l. XXVI. (2) Dumas, Annaks de Chimie et de Physique, l. LXXV, p. 222, 2* série.

330 COMPOSITION M8 PRINGIPHS

sar de l'amianthe ; on y ajoute quelques morceaux de marbre. La chlorophylle se sépare alors de la liqueur. On la lave d'abord avec de l'acide chlorhydrique -dilué, puis ensuite avec de Teau, et on la sèche. La composition de cette substance colorante n*est point connue, tout porte à croire qu'elle renferme de l'azote.

Des nmiièrefl eolorante**

Les matières colorantes sont extrêmement nombreuses. Elles offrent les nuances les plus variées ; mais les plus communes dérivent du rouge, du jaune et du vert. Il est rare qu'une matière colorante existe isolément ; presque toujours elle est associée avec un ou plusieurs principes immédiats des végétaux, souvent colorés eux-mêmes. Ainsi les substances rouges

sont généralement unies à des substances jaunes, jouissant à peu près des mêmes propriétés, circonstance qui rend très-embarrassant l'isolement d'une de ces matières.

Les substances colorantes sont solides, peu sapides, inodores. Les unes sont solubles dans l'eau ; les autres ne se dissolvent que dans l'alcool ou l'élher. Toutes se combinent avec les alcalis, et quelque^ unes d'entre elles s'unissent intimement aux acides; la plupart éprouvent une altération profonde, une véritable destruction de la part de la lumière solaire, surtout sous l'influence d'un air humide. On sait que c'est par l'action de la lumière et de l'humidité qu'on blanchit la toile écrue, la cire d'abeille, etc. Une tem-

pérature suffisamment élevée agit comme la lumière. Plusieurs couleurs végétales sont altérées, blanchies, quand elles restent exposées à une chaleur de ih(y h 2d(f . L'oxygène de l'air, qui détruit si promptement certaines couleurs, en développe d'autres dans certaines circonstafoces.

Les alcalis ou les acides, en s'unissant aux couleurs des végétaux, en modifient presque constamment les nuances, et souvent même les changent entièrement. Par exemple, certaines couleurs bleues deviennent rouges par les acides, vertes ou jaunes par les albalis. En neutralisant l'acide ou Talcali, la couleur reprend ordinairement sa teinte primitive.

Plusieurs matières incolores à l'état oii elles ont étë formées dans les plantes, se colorent par l'action réunie de l'oxygène et d'un alcali. C'est le cas pour certains principes immédiats non colorés, tels que l'orcéine qui s'oxyde et passe au bleu, au contact simultané de l'air et de l'ammoniaque.

Le plus grand nombre des matières colorantes sont détruites et blanchies par le chlore. Beaucoup des mêmes matières s'unissent intimement avec l'alumine, l'oxyde d'étain, pour former des laques, composés insolubles , dans lesquels les couleurs se trouvent fixées. Ainsi une liqueur colorée devient souvent incolore quand on l'agite avec de l'hydrate d'alumine. Le charbon réduit à un grand état de division chimique, se comporte comme l'alumine, et l'on sait que c'est un décolorant dont on fait un usage trèsfréquent. Les matières colorantes ont le plus souvent

332 coMPOsniON des princifes

une composition ternaire ; cependant il en est quelques-unes qui renferment de l'azote ; et plusieurs d'entre elles présentent ce phénomène remarquable, qu'en s'oxydant sous Finfluence de l'ammoniaque, elles s'assimilent l'azote de cet alcali. J'indiquerai maintenant l'origine et la préparation de quelques-unes de ces matières.

Indigo. Cette substance si importante dans l'art de la teinture a été, dès les temps les plus reculés, une des branches principales du commerce de TAsie. Pendant longtemps, l'indigo fut considéré en Europe comme une substance minérale originaire de rinde; aussi l'a-t-on désigné autrefois sous le nom de pierre indique ou indic, d'où est venu ensuite et confusément celui d'indigo. Ce ne fut qu'après la découverte de l'Amérique, que Ton connut la vraie nature de cette matière tinctoriale, bien qu'avant cette époque on en fabriquât en Arabie, en Egypte, et même dans nie de Malte (1).

L'indigo de Guatimala est un des plus estimés : il est moins impur que celui de la Caroline; néanmoins il renferme encore plus de la moitié de son poids en matières étrangères. D'après les recherches de M. Chevreul, il contient sur 100 parties ;

(1) De Beau vais Raseau, Art de V Indigotier, p. i.

Solubles dans Teau. . . .

AmmoDiaque ' llalière yerle Exlraclif Gomme

Solubles dans l'alcool . . { ^f j^"^® ^®'*^® j 30

{ Résine rouge )

ICar]x)nate de chaux .... 2 Résine rouge 6 Oxyde de fer ) Alumine j

Résidu i f"!î=« 3

Indigo pur 45

L'indigo est volatil ; aussi, pour l'obtenir à l'état de pureté, on en met une petite quantité dans un creuset de platine fermé avec son couvercle ; on chauffe ensuite. L'indigo se volatilise et se condense en cristaux sur la partie moyenne des parois du creuset. Il est ordinairement souillé par un peu d'huile empyreumalique, qu'on lui enlève en le traitant par l'alcool bouillant. L'indigo pour se sublimer passe à l'état de vapeur violette ; pendant la volatilisation , il y en a toujours une partie de décomposée. Débarrassé des principes avec lesquels il est mêlé, l'indigo ne cède rien à l'eau ni à l'éther ; l'alcool en prend une très-petite quantité. L'acide sulfurique concentré le dissout en le modifiant.

Tous les corps avides d'oxygène semblent réduire ou désoxyder ce principe colorant, il passe au jaune, ^ et devient soluble dans l'eau en présence des alcalis. En exposant à l'air la liqueur alcaline chargée d'in-

(1) Chevreul, Annales de Chimie et de Physique, t. LXVI, p. 20.

digo décoloré^ elle absorbe rapidement Toxygène, rindigo redevient insoluble et se précipite avec sa couleur bleue primitive. Telle est l'action désoxydante que l'indigo en poudre fine et en présence d'une eau alcaline, éprouve de la part du sulfate de protoxyde de fer, du sulfhydrate d'ammoniaque, du protoxyde d'étain. Il suffit même, pour le décolorer, de le mettre en contact avec du gaz hydrogène à l'état naissant, condition qu'on réalise facilement, en jetant de la limaille de fer ou de zinc dans de l'eau contenant de la matière colorante préalablement dissoute dans de l'acide sulfurique. À peine le dégagement d'hydrogène commence-t-il à se manifester, que la teinte bleu foncé de la dissolution perd de son intensité, et peu à peu elle devient d'un gris très-pâle. Lorsque la décoloration est terminée, que le dégagement d'hydrogène a cessé, l'indigo incolore réagit sur l'air en s' oxydant, et la liqueur reprend bientôt la couleur bleue. Cette propriété de l'indigo de devenir soluble dans les dissolutions alcalines sous l'influence des corps désoxydants, est mise à profit dans les laboratoires et dans les arts pour l'obtenir à l'état de pureté, et pour préparer une liqueur tinctoriale. Si l'on fait un mélange de 1 5 parties d'indigo du commerce réduit en poudre fine, 10 parties de sulfate de protoxyde de fer, 15 parties de chaux, 60 parties d'eau, et qu'on abandonne toutes ces matières pendant plusieurs jours dans un vase fermé, on obtient un liquide décoloré. Ce liquide, décanté, étant exposé à l'air, laisse déposer de rindigo bleu, qu'il suffit de laver d'abord avec

de Tacide chlorhydrique étendu^ et ensuite avec de Teau. C'est avec des ingrédients analogues qu'on prépare en teinture la cuve à indigo. C'est dans la liqueur alcaline qu'on trempe le tissu qu'on veut teindre; ensuite on l'exposera l'air jusqu'à ce qu'il soit devenu bleu ; on le retrempe et on l'expose ainsi successivement, jusqu'à ce que le tissu ait acquis la nuance désirée^ après quoi on le soumet au lavage. L'indigo bleu régénéré par l'oxygène de l'air reste fixé sur l'étoffe ; c'est, comme on sait, une des cou* leurs les plus solides.

M. Dumas assigne à l'indigo la composition suivante :

ladigo bleu. Indigo bluc.

Hydrogène 4,0 4,5

Azote 10,8 10,6

Oxygène 12,1 li,y

Les plantes dont jusqu'à présent on a pu retirer de l'indigo avec profit, sont peu nombreuses ; elles appartiennent aux genres indigo fera, isatis et nerium. Le genre indigofera est le plus généralement cultivé pour produire cette matière tinctoriale, et Ton sait que Vindigofera argentea offre la culture la plus avantageuse. M. Chevreul a constaté que, dans la plante, Tindigo n'est point coloré, et que c'est par conséquent durant l'extraction qu'il passe au bleu. Vindigofera anil renferme , indépendamment des principes que l'on rencontre ordinairement dans les V égétaux, de Talbumine, de la cire, de la résine, et

la substance rouge qu'on retrouve dans l'indigo du commerce (1). Des expériences dues à Pelletier, faites sur le polygonum tinctoritiiriy ont confirmé les anciennes recherches de M. Chevreul, en rendant encore plus évident l'état particulier sous lequel existe l'indigo, en permettant de constater facilement la présence de ce principe colorant dans les feuilles. Pelletier, après avoir desséché une feuille, la met en digestion avec de l'éther dans un flacon fermé. La totalité de la chlorophylle se dissout, la feuille se décolore complètement ; en l'exposant ensuite à l'air, elle devient bleue, si elle contient de l'indigo.

Dans la république de Venezuela, où j'ai eu l'occasion d'observer avec attention la culture des indigofères, on donne la préférence aux terres légères quand elles sont susceptiblesd'être irriguées. Au reste, et je ne saurais trop insister sur ce point, l'agriculture des régions chaudes des tropiques n'offre d'avantages assurés qu'autant qu'on peut arroser. L'indigo exige un climat chaud. A une élévation de i ,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, là oii la température moyenne n'est plus que de 22"* à 23% la culture de cette plante cesse déjà d'être productive. On rencontre cependant des indigofères sylvestres à 1 ,500 mètres d'altitude absolue ; mais il parait que les essais tentés pour en extraire la matière colorante ont été infructueux. Dans la vallée d'Aragua, où se trouvent les plus belles plantations, on sème en ligne; les trous destinés à

(1) Chevreul, Annales de Chimie et de Phys., t. LXVHI, p. 284.

jSlaborés par les plantes. 337

recevoir la semence ont environ 5 centimètres de profondeur, et sont espacés de 65 centimètres. Dans chaque trou, on dépose une pincée de graines, que Ton recouvre d'un peu de terre. Les semailles se font dans un sol humide et bien égoutté, ou bien, dans les localités qui ne possèdent pas un système d'irrigation, à Fépoque des premières pluies. Les semences lèvent durant la première semaine. On sarcle dans le cours du mois , et le sarclage, toujours utile pour assurer aux plantes une vigoureuse végétation, est encore commandé ici dans l'intérêt de la bonne qualité des produits qu'on attend de la culture. Il est hors de doute qu'une des causes de )a qualité inférieure de l'indigo, est la présence des mauvaises herbes; elles entravent la marche de la fermentation, et souillent de substances nuisibles la matière colorante.

La première coupe a lieu vers l'époque où la plante va fleurir. Pour commencer la récolte, le planteur se décide surtout par l'apparence des feuilles. Elles doivent être d'un vert obscur^ brillantes et enduites d'un duvet léger et velouté, donnant, sous certaines inflexions, un reflet argenté. C'est une opinion trèsrépandue, que les feuilles en. perdant leur duvet par l'efiet d'une pluie abondante, rendent beaucoup moins d'indigo. Il s'écoule ordinairement cinquante à soixante jours entre les semailles et la première coupe ; le temps nécessaire au développement des feuilles dépend nécessairement du climat. Dans les

environs de Maracay, où la température moyenne I. 2î

338 coMPOsmoN dbs principes

est de 25% 5 , la récolte ne se fait qu'au troisième mois. La seconde coupe a lieu quarante-cinq à cinquante jours après la première, et l'on fait ainsi plusieurs récoltes successives, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que la plante dégénère. Dans les bons fonds, la sole peut durer deux ans ; dans les terres pauvres, on retourne généralement à la fin de la première année.

On coupe la plante à 3 ou 4 centimètres du sol. La récolte est aussitôt transportée aux tangues. Ce sont de grands réservoirs rectangulaires, faits en maçonnerie et disposés en amphithéâtre. Le réservoir supérieur ou trewpoir est beaucoup plus gi*and que les deux autres. Dans la vallée d'Aragua, les tangues ont 6 mètref sur 4 mètres et demi, et 0'',5 de profondeur.

Le second réservoir ou batterie est plus étroit et plus profond que le trempoir. C'est dans le troisième réservoir, ou reposoir, que doit se rendre le liquide de la batterie pour y déposer l'indigo. Dans plusieurs indigoteries, on supprime ce troisième réservoir, le dépôt se forme dans la batterie même.

Les plantes mises avec de l'eau dans le trempoir, sont maintenues avec des planches chargées de pierres pour les empêcher de surnager. Sous l'influence d'une température de 25*" à 26% la fermentation sa manifeste en cinq heures au moins, et en douze heures au plus ; la fermentation dure pendant environ dix-huit heures; il se développe une odeur fétide^ la liqueur prend une teinte verte , et des bulles de

iLABOAlfe PAK ÎM PLAMTES. 339

gaz recomèrtes d'une pellicule irisée viennent crever à la surface du liquide. L'art de Tindigotier réside dans la bonne conduite de cette première opération. En prolongeant outre mesure la décomposition des substances végétales, on riscpie de détruire une partie de la matière colorante ; en Tarrètant prématurément, on s'expose à laisser de Tindigo clans les feuilles. On juge que la fermentation est suffisante quand, en agitant dans une tasse d'argent une certaine quantité du liquide du trempoir, on voit l'indigo se séparer, se déposer promptement avec l'apparence que l'habitude qualifie de bon produit. C'est alors que l'on fait écouler les eaux fermentéës dans les batteries, où elles sont fortement agitées jusqu'à ce que le grain se précipite facilement. ' Alors on agite, eh même temps qu'on fait couler les eaux dans le reposoir^ où le dépôt a lieu au bout d'environ vingt heures ; on décante, et la pâte est placée sur dès toiles; lorsqu'elle est suffisamment égouttée^ on la divise en morceaux qui sont mis à dessécher à l'ombre sous des hangars très-aérés. Oh m'a assuré que dans nos colonies on dessèche d'abord la pâte au soleil ; dans Venezuela, les planteurs croient ce genre de dessiccation nuisible à là qualité de l'indigo. Dans la vallée d'Âràgua, ôti estihiê que par une culture faite dans un bon terraîil et' par une fabrication bien dirigée, on peut obtenir, comme produit annuel et moyen d'une surface d\in hectare, i27 kilogrammes d'indigo (1).

(I) Codazzi, Resumen de la Geografia de Fenezu^^ p.' i44.

340 COMPOSITION DES PEINGIPES

Dans la Caroline, la culture parait bien moins productive qu'aux régions équinoxiales, les produits sont d'ailleurs moins estimés. On sème en ligne après les pluies de l'équinoxe du printemps, et Ton fait la première récolte au commencement de juillet. La seconde a lieu deux mois après, et quand l'automne est tempéré, on enlève encore une troisième coupe peu importante, à la fin de septembre. On admet qu'un nègre suffît à la culture d'un hectare, et que sur cette surface on obtient 73 kilogrammes d'indigo (1).

Aux Indes orientales, sur la côte de Goromandel, la culture de l'indigo a lieu dans des sols sablonneux non irrigués, et sur lesquels la végétation n'est possible, malgré la température extrême du climat, que durant la saison des pluies. Les terres argileuses susceptibles d'être arrosées, sont presque toutes réservées pour la culture des plantes alimentaires, et en particulier du riz en paille. Aussitôt après les pluies du mois de décembre, on donne deux labours superficiels sur lesquels on sème l'indigo à la volée ; on recouvre la graine en promenant sur le sol des fagots d'épines de bambou, ou bien en faisant piétiner la terre par un troupeau de moutons. La première coupe se fait en mars, c'est la récolte principale ; les coupes suivantes, qu'on peut encore réaliser de deux mois en deux mois, sont des plus casuelles et entièrement subordonnées à la fréquence des pluies. Le rendement se ressent des sécheresses qui manquent

(i) Buike, Histoire des Colonies européennes^ t. II, p. 282.

rarement de se faire sentir ; la plante est peu fournie, et elle n'atteint jamais 65 centimètres de hauteur. La coupe se fait après la floraison et à environ 1 décimètre au-dessus du soL On fait sécher la récolte au soleil, et ensuite on bat la plante avec des gaules. Les feuilles détachées par le battage sont de nouveau exposées au soleil pour en assurer la complète dessiccation ; ensuite on les concasse grossièrement , c'est à cet état qu'elles sont livrées au fabricant d'indigo, car, dans l'Inde, le planteur ne prépare pas lui-même la matière tinctoriale.

Sur la côte de Goromandel, Tindigo est toujours extrait des feuilles sèches. Le travail de l'indigotier se réduit à faire infuser pendant deux ou trois heures, les feuilles concassées dans trois fois leur volume d'eau froide, à passer l'infusion à travers un tissu peu serré fait en poil de chèvre, à battre durant deux heures la liqueur filtrée, à y ajouter après le battage environ 48 litres d'eau de chaux pour 100 kilogrammes de feuilles sèches, à agiter pendant quelques minutes et à laisser déposer. Quand le dépôt est formé, on décante, on lave avec un peu d'eau bouillante, et l'on met à égoutter sur une toile le dépôt lavé. On soumet alors l'indigo à l'action d'une presse, puis la pâte est coupée en morceaux cubiques qui sont desséchés à l'air; chacun de ces cubes, une fois sec, pèse à peu près 90 grammes.

Dans la méthode indienne, tout se passe sans fermentation ; l'indigo obtenu par ce procédé est d'ailleurs peu estimé ; il est lourd, d'un bleu clair, très-

342 COMPOSITION DE6 PRIHCIPES

pea cuivré» grumeleux, et présente çà. et là des points bluics et des dëlvift. de plantes. . .,

H. Plagne évalue à 2,920 kilogrammes de feuille^ Etèches» le. rendemeut annuel d'un hectare de terre, de védiocre çialité dans l'Inde française. .Ces méme^ feuilles donnent à la fabrication 0,018 de matière colorante commerciale. Par conséquent, sur la côte de Coromandel, un hectare de terrain produit par an 53 kilogrammes d'indigo.

Malgré le prix assez élevé de l'ind^jo, un rendement aussi faible couvrirait à peine les fhtis de culture, si la journée du travailleur indien n'était pas très-faiblement .rétribuée : en 1826, M. Plagne la portait à 30 centimes. Les indigofëres paraissent d'ailleurs n'occuper que les sols peu convenables à la culture des plantes alimentaires, et <à ea juger par l'impôt ou la redevance payés par le planteur, la vari leur de l'hectare de ces terrains n'atteindrait pas' i,200 Et. Le nombre des journées d'homme dépen-^

lÎLABORfe PAR LES PLATTrES. 343

DtPBlfSBS DE CULTURE POUR Ulf HECTARE (i).

Impôt 58 40

Labours 10 50

Seflaences (23S36 de graines) 7 »

Sarclage 4 70

Recolles (trois coupes) 26 30

Dessiccation, battage^ etc. •• •* 8 75

DÉPENSES DE FABRlCATIOIf.

Main-d'œavre p^our irailer 2,920 kil. de feuilles. 17 50

InCérêl du capital engagé dans l'achat des f *. 8 55 ' Intérêt prc^Kurtionnel du capital engagé dana

Tusine, et des frais généraux 26 30

Combustible i 40

53 75 Report H5 65

Dépense totale 1 69 40

Cette dépense représente le prix de revient de 53 kilogrammes d'indigo. Le prix du kilogramme est ainsi de 3 fr. 20 c.

La culture de l'indigo a été essayée à plusieurs reprises dans le midi de l'Europe, en Espagne et en Italie particulièrement. M. Léon Dufour a décrit une tentative de ce genre faite avec un cer tmn succès dans les environs de Yalencia (2), et M. Icard de Bataglini a cultivé cette plante dans le département du Yaucluse. Nul doute que l'indigo ne soit cultivable en Europe, oii pendant trois ou quatre mois de l'année

(1) Plagne, AwmJL, maritimes et coL, année 1825.

(2) Léon Dufour, Annales de V agriculture française, i. LXIX%

on éprouve une température peu différente de celle qui règne continuellement dans certaines vallées de Venezuela. Mais très-probablement qu'en France, on n'obtiendrait qu'une seule coupe réellement profitable, sans avoir même la certitude de recueillir des graines. L'indigotier est une plante tropicale, qui perdrait la plupart de ses avantages si elle était jamais introduite dans l'agriculture des' climats tempérés.

Avant que l'indigo fût répandu dans le commerce, le midi de la France approvisionnait presque tous les marchés de l'Europe d'une couleur bleue, la plus solide que l'on connût alors, la coque de pastel fournie par V isatis tinctoria.

Visatis est assez robuste pour supporter les froids de l'hiver ; dans certaines contrées on le cultive même comme fourrage. Dans le midi on le sème en mars, la graine lève au bout de huit à dix jours. Quand la plante est garnie de 5 à 6 feuilles, on sarcle avec soin. La cueillette a lieu lorsque les feuilles commencent à s'affaisser, et qu'il se manifeste une nuance violette sur leur pourtour.

Pour préparer la coque de pastel, on broie les feuilles sous des meules cannelées, jusqu'à ce qu'elles soient réduites en pâte et qu'on n'aperçoive plus aucune nervure. Cette pâte est mise à fermenter sous des hangars. On a soin de comprimer la masse, de boucher les crevasses en la tassant et en l'humectant avec de l'urine à laquelle on mêle le suc noir qui s'écoule des tas en fermentation. On laisse fermenter pendant environ six semaines , en prenant

âLABOR& PAE LES PLANTBS. 345

la précaution d'entretenir la masse dans un état convenable d'humidité. Lorsque la fermentation est achevée, la matière est broyée pour lui donner plus d'homogénéité, et on la moule pour la faire sécher en coques, c'est-à-dire en cylindres, dont la base peut avoir 12 centimètres de diamètre et la hauteur 25 centimètres. Ces coques ont une couleur violette à l'intérieur et sont d'une odeur agréable. La teinte bleue du pastel est due à l'indigo. Aussi, à l'époque oii le commerce maritime était interrompu en France, on chercha à extraire ce principe de Visatis tincloria, en suivant les procédés pratiqués dans llnde ou en Amérique. C'est pour cela qu'il est curieux de comparer le produit du pastel à celui des autres indigofères.

Selon Chaptal (1), un hectare rend par les diverses cueillettes, 22,060 kil. de feuilles fraîches de pastel, contenant au minimum 0,0018 de leur poids en indigo de première qualité. Un hectare cultivé en isatis tinctoria procurera donc, d'après ces évaluations, 40 kil. d'indigo marchand, quantité bien inférieure à celle qu'on obtient dans l'Inde française sur une semblable surface de terrain. Chaptal évalue les frais de culture et de fabrication de ces 40 kil. à 137 fr., sans faire figurer toutefois la rente du sol, que l'on peut fixer à 100 fr. En introduisant cette valeur pour rendre exacte la comparaison avec la culture des Indes, le prix de revient du

(i) Chaptal, Chimie appliquée à l'Agriculture, t. Il, p. 376.

346 x:oMPosrnoN bes principes

kiiog. d'indigo français serait de 5 fr. 92 C, chifire presque double de celui qui exprime te coût de Tiildigo indien. Mais pour se former une opinion définitive sûr l'opportunité de la culture de Tisatis, iomme indigofère, il manque réellement un des éléments les plus importants de la question telle qu'elle a été posée par Chaptal, c'est de connaître la quantité d'engrais qui serait indispensable pour assurer une récolte de feuilles aussi abondante.

Le polyg&num tinctorium a excité, dans ces dernières années, l'intérêt des cultivateurs européens. Le polygonum est originaire de la Chine, où il est cultivé depuis un temps immémorial. Il a été introduit et propagé en France par les soins de M. Delille. Cette plante, dans l'espace de trois mois, développe toutes ses feuilles. Dans le nord de la France, la récolte de la graine pourrait seule être incertaine ; maïs comme l'observe M. Vilmorin, les cultures du midi oii la maturité ne serait jamais douteuse, fourniraient constamment des semences. M. L. Vilmorin a semé le polygonum sur plate-bande, au midi et sous cloche à la fin de mars; planté ensuite vers le commencement de juin, il a complètement grené (1) ; cet habile agrononie croit que les cueillettes pourront fournir 12 à 13,000 kilog. de feuilles par hectare. D'après quelques essais dus à M. Baudrimont, les feuilles du polygonuîn contiendraient 0,005 d'indigo. Ces données réunies indiqueraient un rendement proba*

(1) Vilmorin, Journal iirAgHcfdture pratique^ 1. 1, p. 449.

ikABORliS PA& LES PLANTES. 347

ble de 62 kilog. de matière colorante par hectare. * H. MargueroH a entrepris sur le polygonum des recherches faites ayec un très-grand soin : éltes eotifirment d^ailleurs les prévisions de M. Vilmorin. La culture a eu lieu dans le département. d'Eure^t-Loir* Un hectare peut porter au moins 60,000 pieds; suivant M. Margueron chaque pied donne 125 à 140 grammes de feuilles vertes : le total d'une cueillette peut par conséquent être estimé à 8,000 kilog. Dans plusieurs expériences, on a retiré par voie d'infusion à froid, et traitement par la chaux, 750 grammes d'indigo de belle qualité ^ de 100 kil. de feuilles fraîches, c est-à-dire 0,0075. Une* surface d'un hectare produirait aloi^ 60 kil. de matière colorante commerciale. M. Margueron évalue à 1 140 francs les frais généraux de culture et de fabrication, appliqués au produit d^un hectare. D'après cette donnée, le prix de revient du kil. d'indigo de polygonum serait de 19 francs. Ce prix paraîtra trè&-élevé ; mais je dois faire observer qu'avant de se prononcer définitivement sur l'opportunité de la culture des indigofères en Europe, il faudrait connaître avec précision la quantité d'indigo réel contenue dans les divers produits qu'il s'agit de comparer (1). L'indigo obtenu du polygonum par les moyens connus, n'a pas toujours une belle apparence. Il contient des matières, qui, après avoir été dissoutes dans les eaux de macération, se sont ensuite précipitées.

(1) Margueron, Bapport 9ur le Polygonum tinctorium.

Pour obtenir un indigo pur d^n polygonum , M. L. Vilmorin a eu l'idée de mettre à profit la méthode de purification suivie dans les laboratoires, méthode consistant, comme nous l'avons vu, à réduire l'indigo par un sel de protoxyde de fer en présence d'un alcali, et à faire précipiter par l'oxygène de l'air l'indigo blanc tenu en dissolution dans la liqueur alcaline. On divise ainsi le traitement des feuilles en deux opérations ; on obtient d'abord une pâte d'indigo impur par infusion et addition de chaux; ensuite cette pâte est mise en digestion dans des vases plus profonds que larges, avec 0,20 de sulfate de fer, 0,30 de chaux éteinte, et 0,30 d'eau. On agite le mélange qu'on laisse digérer pendant vingt-quatre heures. Le liquide surnageant est décanté, puis exposé et fortement agité au contact de l'air. L'indigo dissous passe au bleu et se précipite. Il est recueilli sur une toile et lavé, d'abord avec de l'acide chlorhydrique faible, puis avec de l'eau. La cuve oii s'est effectuée la réduction de l'indigo brut n'est pas épuisée par une seule opération. On continue le lavage, jusqu'à ce que les eaux ne donnent plus de matière colorante (1). La méthode proposée par M. Vilmorin parait applicable au traitement de tous les indigofères, et dans mon opinion, elle peut constituer un important perfectionnement.

D'après ce qui vient d'être exposé, le produit des diverses cultures serait :

(ij Vilmorin, Journal d'Agriculture pratique, 1. 1, p. 438.

Venezuela. Indigofera argentea. . I27kil. d'indigo par hectare.

Caroline (Amérique) /fkftyo/era? 73 id. id.

Goromandel. Nerium F 53 id. id.

Ynukce, Isatis tinctoria 40 id. id.

Pdygonum tinctorium. . 62 id. id.

Orseille. Cette matière colorante, d'un pourpre foncé, se prépare avec certains lichens. Le plus estimé pour ce genre de fabrication est le roccella tinctorial originaire des îles Canaries et du Cap Vert. Le variolaria dealbata, le v. aspergillia, le lichen cor allinuSy qui croissent sur les rochers de l'Auvergne, des Alpes et des Pyrénées, fournissent un produit de qualité inférieure.

Pour obtenir Torseille, on fait macérer les lichens, pendant plusieurs jours, dans une quantité d'urine égale à leur poids. On introduit alors dans le mélange, environ 5 parties de chaux éteinte, en poudre, pour 100 pai*ties de plantes, et une légère dose d'acide arsénieux et d'alun. Une fermentation s'établit bientôt dans toute la masse, qui ne tarde pas à se colorer ; toutefois la coloration n'est complète qu'au bout d'environ un mois.

L' orseille communique facilement sa couleur à l'eau et à l'alcool. La solution aqueuse, d'un beau cramoisi, se décolore en quelques jours, quand on la conserve dans un flacon hermétiquement fermé ; elle se colore de nouveau lorsqu'elle est exposée à l'air. La coloration pendant la fabrication de Torseille, indique évidemment que les lichens contiennent des principes incolores par eux-mêmes, mais qui possèdent la singulière propriété de se colorer sous l'influence de

350 COMPOSITION DBS PEINCIPES

l'oxygèDe et de l'ammoniaque; car, dans lapr^Mtration de l'orseille, l'addition de l'urine et de la chaux n'a d'autre but que l'introduction' et le développement de cette base alcaline. Cette opinion ressort d'ailleurs des Taits découverts par Heereu et Robiquet, pendant les travaux importants qu'ils ont exécutés sur les lichens. Ces habiles chimistesont,eneflet, retiré de ces plantes plusieurs [Nrincipes cristallins incolores. Du Miriolariaorcinayda licheHorceliafdyilecanoratartarea. on a extrait l'orcine, substance crystallisée en prismes quadrangulaires Irès-H'éguliers; elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool, La dissolution aqueuse d'orcine mélangée avec de l'ammoniaque et exposée à l'air, devient prc^essivcment d'un rouge de sang foncé. Le résultat de cette oxydation sous l'influence de l'ammoniaque , est un principe colorant, l'orcéine, dans la constitution duquel il enbre de l'azote, élément qui ne lait pas partie de l'orcine. C'est ce que montrent les analyses de ces deux matières, faites r M. Dui

jSlaborés par les plantes. 351

le commerce sous deux états,en pain et en drapeaiix.

Le tournesol en pain se fait avec divers Iicl\ens qui n'ont pas encore été suffisamment spécifiés ; dans tous les cas, le tournesol s'obtient par un procédé peu différent de celui pratiqué pour préparer l'or» seille. On pulvérise les lichens desséchés, on mêle intimement la poudre avec des cendres riches en potasse; on introduit dans ce mélange assez d'urine pour en former une pâte molle qui ne tarde pas. à entrer en fermentation, et on arrose de temps à autre avec de l'urine pour entretenir une humidité convenable» La pâte prend d'abord une teinte pourpre et finit par passer à un bleu intense. C'est alors qu'on lui incorpore de la craie, pour lui donner la consistance nécessaire pour la mouler en cubes de petites dimensions, puis on la fait sécher à l'ombre.

Selon sir Robert Kane, les principes colorants du tournesol sont naturellement rouges; ils ne,(leyien* nent bleus que par leur combinaison avec une base»

Le tournesol en drapeaux, nommé aussi tournesol de Provence , consiste en chiffons colorés par le suç de la maurelle {chrozophora tinctaria), de la famille des euphorbiacées, plante dont les propriété^ tinctoriales semblent avoir été . connues des plus anciens naturalistes.

Voici, d'après M. JoUy , comment l'on procède k la fabrication du tournesol en drapeaux, dans la com* mune du Grand Gaillai^es (1) :

(i) JoUy, Afmaks ik Chimie et de Phys.^ t. YI, p. 116, 3* série.'

La maurelle est broyée sous la meule , placée dans des cabas, puis soumise à la presse. Le suc exprimé est d'un vert foncé, presque bleu, on le recueille dans un réservoir. Le marc, retiré des cabas, émietté et humecté avec de l'urine, est pressé de nouveau.

Dans le suc obtenu par la première pression, dans lequel il n'y a pas d'urine, on trempe des morceaux de toile d'emballage, et quand ils sont bien imbibés, on les étend pour les faire sécher aussi promptement que possible. Une fois secs , on expose les chiffons à Valuminadou. On désigne ainsi une couche de fumier de cheval en pleine fermentation, d'environ 4 décimètres d'épaisseur. On étend les chiffons imprégnés sur ce fumier, et on les recouvre avec un peu de paille fraîche, ou avec un drap grossier, dans le but de retenir les vapeurs ammoniacales émanantes du fumier. On retourne de temps en temps les drapeaux qui, généralement, séjournent une heure à une heure et demie sur Valuminadou. Les chiffons ainsi préparés sont moelleux, humides, et d'un bleu magnifique. Après les avoir fait sécher, on les imbibe avec le suc mêlé d'urine provenant de la deuxième pression, et on les porte à l'étendage. Une fois secs, les drapeaux sont comme empesés , et leur couleur, suivant M. Jolly, semble avoir perdu de son éclat, par suite de cette seconde opération. On a affirmé que le tournesol en drapeaux servait à teindre les gelées, les confitures, les dragées, le papier dont on enveloppe le sucre ; il paraîtrait cependant que

Fusage en est limité à colorer la croûte des fromages de Hollande (1).

Garance. — La racine de garance, si fréquemment employée en teinture, renferme plusieurs matières colorantes de nuances assez différentes ; mais le principe rouge le plus important, celui que l'on doit considérer comme l'élément utile de la racine, est l'alizarine, dont la découverte est due à Robiquet.

L'alizarine s'obtient en traitant la garance réduite en poudre par l'acide sulfurique concentré, et laissant le mélange en contact pendant plusieurs jours. La plupart des matières mêlées à la matière colorante rouge sont carbonisées ; on lave la masse pour enlever l'acide sulfurique ; et après avoir séché le résidu, on le traite d'abord par l'alcool froid qui s'empare d'une substance grasse, et ensuite par l'alcool bouillant pour dissoudre l'alizarine. On distille la plus grande partie des liqueurs alcooliques après les avoir étendues d'eau, et la matière colorante qui se dépose est recueillie sur un filtre.

L'alizarine est à peine soluble dans l'eau bouillante ; elle est soluble dans l'alcool, et surtout dans l'éther qu'elle colore en jaune doré. Les liqueurs alcalines la dissolvent en prenant une nuance violette des plus agréables à l'œil. L'alizarine se sublime par l'action de la chaleur, en aiguilles rouges et brillantes.

(i) Jolly, Annaks de Chimie et de Physique, l. VI, p. 120, 3» série. 1. 23

La garance {Rubia tincianmi) est une plante ori* ginaire du Midi ; mais comme elle supporte les climats septentrionaux 9 sa culture s'est propagée dans presque toute TEurope. Cette plante se multiplie par graine ; cependant on trouve de l'aTanlage à la replanter avec les jels enracinés qui poussent au printemps. Cette culture demande un sol meuble, profond , fortement et récemment fumé. Pïmr recevoir les plants de garance, le terrain doit être préalablement défoncé ; l'opération s'exécute à la bêche ou à l'aide d'un labour des plus profonds. Dans l'est de la France la plantation se fait en avril ou en mai. Les rejetons doivent être mis en terre quand ils ont 1 5 à 1 6 centimètres de long. Dès que la plante a repris, on nettoie le sol ; quinze ou vingt jours après, on sarcle ; on donne encore plusieurs sarclages dans le cours de l'été. En Alsace la garance est plantée en lignes. On ouvre à la houe un sillon de i décimètre de profondeur, dans le sens de la largeur de la pièce; les rejetons humectés y sont placés et recouverts avec la terre du sillon qui doit suivre. Les lignes sont espacées à 35 centimètres et les plants séparés par UD intervalle de 1 5 à i 8 centimètres. On divise le champ en planches isolées. En mars de Tannée suivante, on répand sur la sole plantée, de la terre extraite des parties qui ne sont pas cultivées.

Dans les environs de Haguenau, la garance occupe le sol pendant deux années ;. la récolte a lieu vers la mi-novembre. Dans certaines localités du Midi, cette plante dure cinq ou six ans. On s'accorde générale-

ÉLABOaÉS PAR LES PLANTES. 355

ment à rMOonaitre que les produits s'accroissent avec le temps; maïs dans les pays comme FAlsace, où la plante peut être atteinte par la gelée^ il est prudent d'enlever au bout de deux ans une récolte jugée déjà avantageuse, afin de ne pas la laisser exposée à un hiver rigoureux qui la détruirait complètement. Dans les contrées méridionales, les cultivateurs admettent qu'une récolte de quatrième année excède de quatre à cinq quintaux métriques de racines, une récolte de troisième année. Reste maintenant à savoir si cet excès de produit compense la prolongation de la culture. Il est d'ailleurs une circonstance qui s'oppose souvent à ce qu'on prolonge la sole de garance au delà d'une certaine limite : c'est le développement d'une espèce de rhizoclO)ie qui fait périr la racine en l'entourant d'un réseau épais (1).

La récolte de la garance se fait à la houe, en pratiquant d'abord une tranchée atteignant la profondeur à laquelle sont parvenues les racines; c'est de cette tranchée qu'on dégage la plante, en enlevant la terre sur laquelle elle repose, en exécutant une sorte de sape. La racine n'étant plus supportée , il suffit d'en dégager le collet avec un fer pointu (une baïonnette), pour l'enlever tout entière. La garance est desséchée dans des étuves et passée au moulin ; c'est à l'état de poudre qu'elle est livrée au commerce. /

La trituration s'effectue dans des usines à mo-

(1) De Gasparin, Mémoire$ é^ Agriculture, t. II, p. 284.

356 COMPOSITION DES PRINOPES

leurs hydrauliques ; elle donne lieu à une perte de 20 pour 100 ; les frais de mouture sont évalués à 10 fr. par 1 00 kilogrammes de poudre de garance^ dont le prix moyen, en Alsace, est d'environ 100 francs le quintal.

En Alsace, où la garance reste deux années dans le sol, on considère comme rendement moyen par hectare, celui de 3,600 kil. de racines sèches, soit le rendement annuel de 1800 kil. Dans le Midi de la France la récolte atteint 50 à 55 quintaux. La durée de la culture étant de trois ans, le produit annuel devient de 1750 kil. (1).

Indépendamment de son produit tinctoriaT, la garance fournit des feuilles en ahondance et qui sont estimées comme fourrage. M. de Gasparin estime la récolte annuelle de ces feuilles à environ 7,000 kil. par hectare.

Gaxide. — Cette plante, d'un usage assez fréquent, doit ses propriétés tinctoriales à un principe jaune cristallisé, découvert par M. Chevreul, la lutéoliiie. Cette substance est soluble dans l'éther, l'alcool et les dissolutions alcalines. La gaude est précieuse en teinture, parce que la couleur jaune qu'elle communique aux tissus ne passe pas au brun (2).

La gaude se sème en août, elle hiverne et mûrit au mois d'août suivant. On la récolte quand la plante commence à jaunir ; on la livre au commerce après

(1) De Gasparin, Mémoires d'agriculture, l. II, p. 243.

(2) Chevreul, Chimie appliquée à la teifUurey 30* leçon*

l'avoir fait sécher. Un hectare produit environ 2,000 kil. de gaude marchande.

Carthame {carthamus tinctorius) .-^^hà fleur sert en teinture ; on la cultive en Orient et dans le Midi de l'Europe. La culture du carthamus demande beaucoup de soins. La semence est mise en terre dans les premiers jours du printemps ; on espace les pieds à environ 65 centimètres. La cueillette se fait en août : lorsque les fleurs sont d'un jaune foncé, on les arrache, et on les fait sécher à l'ombre.

On obtient la matière colorante rouge du carthame, en lavant les fleurs desséchées avec de l'eau qui enlève une substance jaune. On les traite alors par une lessive faible de carbonate de soude; en saturant le carbonate alcalin par l'acide citrique, la matière colorante rouge, la carthamine, se précipite ; on lave et on la fait sécher sur une assiette.

Le carthame donne à la soie et au coton de trèsbelles nuances qui, malheureusement, sont peu solides.

Safran. — Celte plante, cultivée en Provence, dans le Gatinais, en Autriche, parait être originaire d'Asie. Il faut au safran une terre à la fois meuble et fertile pour qu'il produise avec abondance, néanmoins on peut le cultiver dans des sols médiocres. On garnit le terrain, retourné à une profondeur de bêche, avec les oignons provenant d'une ancienne plantation. Dans le Midi, on transplante les bulbes dans le mois de juin. Les premières fleurs apparaissent vers le milieu d'octobre : elles sont très -peu

358 GOHPosinox dbs PRmcipes

nombreuses dan la première année ; on les cueille, et on enlève les pistils. Cette cueillette dure une quinzaine de jours. Dam l'année qui suit la plantation, on donne une ûiçon à la surfoce du sol ; l'on enlève les fieoQles desséchées par l'action de la chaleur. La seconde cueillette a lieu à la même époque que la cueillette précédente, mais les fleurs sont beaucoup plus abondantes; on continue la même culture, jusqu'à l'époque de l'arrachement des oignons, qui, d'après le témoignage de M. de Gasparin, a lieu la seconde année, dans les environs d'Orange. Dans le Gatinais et en Autriche, la plante occupe le sol beaucoup plus longtemps.

L'extraction des pistils est une occupation à laquelle la famille tout entière des cultivateurs emploie ses soirées. Dans une veillée de 5 heures, huit personnes tirent ordinairement 250 grammes de safran. A Carpentras, les pistils sont séchés au soleil ; à Orange, cette dessiccation se fait en plaçant le safran dans un tamis placé au-dessus d'un feu de sarment. Ce dernier procédé parait préférable.

M. de Gasparin évalue à 50 kil. le safran résultant d'une culture de deux années faites dans la proximité d'Orange : le rendement moyen annuel serait de 25 kil. Suivant ce savant agronome, le prix de revient du kilogramme de safran peut être estimé à 33 francs. Dans le Gatinais, où la durée de la culture est de trois ans, M. Gay porte le rendement à

ÉLABOBJÉS PAR LES PLÂinES. 359

64 Idl., oui 2i kil. 1/3 par année et par hectare (1)« Le safran a une odeur particulière due à la pré^ ^nee de plusieurs huiles essentielles ; il contient, en outre, de la cire, de Talbumine, de la fibre végétale et un principe jaune "SoluMe dans Tean et dans l'alcool. Raucou. — On l'extrait du fruH du bira areAsiM^ arbre très-commun dans les régions chaudes de l'A^ mérique méridioïkale. Ce fruit, recouvert d'épines flexibles, renferme 30 ou 40 petites siliques, enduites d'une matière gluante d'un rouge de Termillon.

Dans les terrains bas et humides, le roucouyer croit rapidement et s'élève à la hauteur de 5 à 6 mètres. Dans la Guyane, on le multiplie par semis ou par plants, que Ton espace à une distance de 5 à 7 mètres. A l'âge de deux ou trois ans, une plantation d'un hectare peut déjà produire 350 à 500 kil. de roucou. Ce produit augmente encore jusqu'à ce que l'arbre ait atteint sa septième année; le rendement décroit ensuite, et Ton assure que, parvenu à sa dixième année, leroucouyer paye à peine les frais de culture (2). Pour se procurer la matière rouge, on écrase, dans des espèces d'auges en bois, la graine du roucouyer; après avoir délayé la pulpe, on la laisse tremper pendant plusieurs jours, il s'établit bientôt une fermentation putride ; quand cette fermentation est presque terminée, on agite la masse, on la jette sur des

[1) De Gaspariiiy Mémoires d'Agriculture, t. II, p. 33i.

(2) Leblondy Mémoire de ia Société PhiiomathiqtÂe, t. lU, p. )3S,

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