MS ML
naireiSy 9 se jf^asse quelquefois' plusleiirfi atin^s avant que ramélioratibn deyienne sensible.
Dans les plaines, sur les plateaux étendus, Tatialogie de constitution entre le sol et le sous^l n'est plus aussi contante. Dans de semblables situations, la terre arable est souvent un dépôt alluvial dû à la des-^ traction, à la désagrégation de terrains 'qui gisaient à de grandes distances. Quand les couches superposées possèdent des propriétés entièrement diflë-^ rentes, en quelque sorte opposées, on comprend que la terre végétale puisse être améliorée par l'adjonction d'une certaine dose du sous-sol, et c'est le cas où l'amélioration est la moins dispendieuse. C'est ordinairement de l'imperméabilité de la couche intérieure que provient la trop grande humidité d'un sol cultivé. Une terre forte, tenace par excès d'argile, perd une partie des inconvénients qui résultent de cette constitution, si elle est supportée par une couche sablonneuse; d'abord par Famélioratiotf évidente qui doit ressortir du mélange des deux couches, et ensuite parce qu'il y a toujours un avantage positif à ce qu'une terre douée d'une forte affinité pour l'eau soit superposée à un sous-sol ttès-perméable. La situation inverse n'est pas moins désirable. Un sot léger, meuble, aura une plus grande valeur s'il repose sur un fond plus dense et capable de retenir l'humidité, à la côhdition cependant que ce fond argileux ne soit pas trop inégal, qu'il ne présente pas de ces larges concavités dans lesquelles les eaux se rassemblent et croupissent : un sous-sol imperméa-
632 DBS SOLS.
ble, pour agir efficacement dans cette circonstance, doit avoir une pente suffisante qui lui permette de s'égoutter, ou bien il faut y établir un système de rigoles pour faciliter Técoulement de Teau en excès. En un mot, la distinction la plus nécessaire à établir entre les sous-sols est celle de perméable et d'imperméable. En effet, connaissant la nature de la terre végétale, il est facile de juger des avantages ou des inconvénients que peut offrir la couche sous-adjacente, selon la faculté qu'elle aura de retenir ou de laisser filtrer les eaux.
Dans certaines localités, particulièrement sur les versants des montagnes, la couche de terre arable a une épaisseur très-limitée, et il n'est pas rare de la voir reposer sur des roches douées d'une grande cohésion, comme le granit, le porphyre, le micaschiste. Dans de telles conditions, on n'a guère à espérer de changer le sous-sol en terre cultivable ; et la seule méthode d'amélioration qui soit alors possible, est de transporter directement de la terre végétale sur les cultures capables de payer ce transport. Le schiste micacé est, sous ce rapport, moins intraitable que le granit; les outils l'entament plus aisément, et, à la longue, il n'est pas impossible de le faire entrer dans la terre cultivée. On est généralement plus disposé à considérer les roches calcaires comme formant un sous-sol moins défavorable (1). U est effectivement des pierres calcaires qui absorbent l'eau et se délitent ;
(OThaer, t. U,p. 143,
les racines de plusieurs plantes, comme le sainfoin, la spei^le, y pénètrent profondément; mais il est aussi de ces mêmes roches, douées d'une cohésion assez forte pour résister pendant fort longtemps à toute action décomposante.
Les qualités que nous avons cherché à apprécier dans les terrains, ne dépendent pas uniquement de leur constitution minéralogique, de leurs propriétés physiques, et de celles des sous^sols qui les portent. Ces qualités, pour devenir manifestes, exigent que les sols soient placés dans certaines conditions dont on ne doit pas négliger de tenir compte. Telles sont celles du climat où les terres sont situées, de leur position plus ou moins inclinée par rapport à l'horizon, de leur orientation. Les préceptes que nous avons donnés sont particulièrement applicables aux sols cultivés d'une partie de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la France. Mais, en généralisant, nous devons admettre que les terrains argileux conviennent mieux dans les climats secs, et les sols sablonneux dans les régions où les pluies sont fréquentes. Kirvan avait déjà fait cette remarque (1), en discutant de nombreuses analyses de terres à froment. La conséquence à laquelle est arrivé le célèbre chimiste, est qu'un sol considéré dans un pays pluvieux comme le plus propre à la culture du blé, serait jugé d'une manière tout à fait opposée dans une contrée où les {)luies seraient moins fréquentes. La fertilité des sols sablonneux est certai-
(1) De Candolle, Physiologie^ p. 1229.
neiuenten rapport avec le phénomène de la pluie, et Eurtout avec la fréquMice de ses retours. Ainsi à Tarin, où il pleut souvent, on considère comme fertile un sol renfennant 77 à 80 pour 100 de saUe; tandis que dans les environs de Paris, où il pleut moins qu'à Turin, un bon sol n'en contient pas plus de 50 (t). Un terrain sablonneux qui, dans le midi de la France, n'aurait qu'une très-faible valeur, pré^ senterait, selon H. Sinclair, des avantages réels sous le climat humide de l'Angleterre.
L'irrigation supplée à la pluie ; et dans les contrées où les circonstances permettent d'y avoir recours, la question de la constitution des sols perd & peu près toute son importance. Quand on peut l'humecter, il suffit que la terre soit meuble pour acquérir toute la fécondité que peuvent lui donner le climat et les engrais. Les déserts arides sont stériles, parce qu'il n'y pleut jamais. Sur les plages sablonneuses des cdtes de la merdu Sud, va voit une végétation active suivre
Dis sots. ^35
blablé terrain, car alors il i^égoutte trop vite, et servent même il est entraîné par les pluies. C'est pour s'opposer. à cette action des eaux pluviales que Ton préfère laisser les pentes abruptes couvertes d'arbres et mieux encore de gazon^ dans le but de retenir la terre végétale, et Ton connaît assez les conséquences déplorables qui sont résultées des déboisements et des défrichements intempestifs opérés dans les pays mon* tagneux.
Les terres fortes s'accommodent mieux, au contraire, des situations opposées. Une inclinaison, quand elle n est pas exagérée, leur convient parfaitement ; aussi, dans le labour des sols argileux et plats, il est avantageux de former des billons qui, en exhaussant, en bombant les pièces cultivées, rendent les eaux moins permanentes.
Dans les régions placées en dehors des tropiques, où, par conséquent, l'ombre se projette durant toute Tannée, suivant une même direction, l'orientation d'une culture n'est pas une ehose indifférente. Dans notre hémisphère, les terrains très^inclinés vers le nord reçoirent moins de chaleur et de lumière t ils restent plus longtemps humides, et la végéta* tion y fait moins de progrès que dans les sols tour« nés vers le midi ; mais, eii revanche, ces derniers sont plus exposés à souffrir de la sécheresse. Néanmoins, il parait bien constaté maintenant, par des faits nombreux recueillis en Suisse et dans le nord de l'Ecosse, que les pentes qui descendent vers le nord sont réellement les plus productives, quand elles te sont pas
trop abruptes. On explique cette sorte d'anomalie par la fréquence des dégels qui ont lieu bien plus souvent sur les versants méridionaux. La gelée, 'quand elle n'est pas très-intense, est certainement moins nuisible aux végétaux qu'un dégel trop brusque ; et l'on comprend que dans une station élevée, là où, par le simple effet du rayonnement nocturne, les plantes, dans presque toutes les matinées du printemps , sont couvertes d'une couche de givre, le dégel ait lieu chaque jour, aussitôt après l'apparition des premiers rayons du soleil. Au nord, la gelée a lieu également; mais la cause qui la fait cesser ne se manifeste pas aussi subitement, la fusion de la glace étant produite par réchauffement graduel de l'air ambiant. Au reste, il est clair que les avantages ou les inconvénients de ces expositions diverses sont liés à la nature, à la constitution des sols ; on peut en dire autant des abris qui les garantissent de l'action des vents régnants. Des terres argileuses et humides gagnent à être exposées à Faction d'un air abondamment renouvelé ; nos sols tenaces de Bechelbronn restent impraticables aux attelages pendant une trop grande partie du printemps, quand ils n'ont pas été suffisamment séchés en mars et en avril, par un vent impétueux venant de l'est. Les terrains sablonneux demandent au contraire à être bien abrités.
L'étude du sol doit avoir pour objet son améliora* tion; l'industrie du cultivateur peut effectivement exercer plus d*influence sur les terres que sur les autres agents de la végétation. Améliorer un sol.
DBS SOLS. 637
c'est modifier sa constitution^ ses propriétés physiques, afin de les mettre en harmonie avec le climat et les exigences de la culture. Dans une contrée oii domine un terrain trop argileux, il faut s'appliquer à lui faire acquérir, à un certain degré, les qualités des sols l^ers. La théorie indique les méthodes à suivre pour opérer ces changements ; ainsi, il suffît d'introduire du sable dans les terres trop tenaces, de l'ai^ile ou de la glaise dans celles qui sont sablonneuses. Hais ces conseils de la science, que le simple bon sens eût d'ailleurs indiqués, sont rarement réalisables dans la pratique, et ils ne peuvent paraître faciles qu'aux personnes entièrement étrangères à l'économie rurale. Le défoncement du sol, le transport des matériaux, sont des opérations coûteuses, et à cet égard je puis citer ce qui se passe sous mes yeux : nos terres de Bechelbronn sont généralement fortes; l'expérience faite dans les jardins a prouvé que, par une addition de sable, elles sont considérablement améliorées. Au milieu du domaine est placée une usine qui rejette une quantité de sable telle, qu'elle en devient envahissante, et cependant nous croyons que l'amélioration par le sable serait trop coûteuse pour l'entreprendre. On en jugera, au reste, parles détails d*une expérience tentée à ce sujet.
Sur la pièce du Rummely d'une contenance de 2,29 hectares, on a sablé à une épaisseur de 5 centimètres, c'est-à-'dire qu'on a porté sur le terrain 1010 mètres cubes de sable.
La distance du centre de la pièce au lieu de char-
(^38 BBS SOLS»
gement du sable est à peu près de 200 mètres; le transport s'est efifeotué pendant Thiver, en Ql 5. chargements.
. Voici l'état des dépenses occasionnéies par:«ette opération.
214 journées de cheyal à 1 fr. 50 321 fr. » c.
3Vs ^ d^wrrisrsài 25..... 4 97
23% — — àl «•.,., 23 75
134V» — — àO W) 120 S2
total 469 94
Ainsi, la dépense d'amélioratîeai pour ijm hectare, dans des circonstances aussi ÊtYOrahles, a été de 2J3 fr. 60 c, La terre avant cette opération était esti« méeà3,000 fr.rhectafe; resterait à savoir ce qu'dle a gagné en valeur. L'effet favorable du sablage s'est fait sentir l'année suivante, alors que la terre, ainsi aipendée, portait dutrèifle intercalédansune Gèréale : ce fut, chose singulière, de toutes les sole(s de ce fourrage la seule qui ait résisté à l'extrême sécheresse qui se fit sentir dans cette même année. Dans les conditions extrêmement favorables où l'on a opéré, l'opérar tion présentera probablement quelques avantages; mais comme la principale dépense a consisté en transport, il est vraisemblable, que ces avantages ne se réaliseraient plus si les terres étaient situées à i^usieurs kilomètres du dépôt de cable*
Le colmatage est l'introduction de l'argile, de la glaise, dans les terres trèp-sabl^nneuses. Dans certaines contrées le colmatage est pratiqué fur une trèsgrande échelle» Le procédé le plus simple pour col-
pis SOLS. 639
mater consiste à épandre sur le terrain à consolider, de l'argile en morceaux ; ainsi exposée à la gelée, à la pluie, elle se délaye et pénètre dans le sol sablonneux; mais cette méthode n'offre pas un aussi Immi résultat que celle qui s'exécute en faisant arriver sur la terre des eaux tenant de Taiigile en suspension : dans certaines situations c'est même le seul moyen praticable de transporter l'argile économiquement, gisant souvent à une assez grande distance. C'est la méthode suivie dans diverses parties du Brésil, oti l'on consolide ainsi des terrains arénacés, qu'on transforme ensuite en prairies. C'est toujours avec une prudence extrême qu'il faut se décider à changer, par l'un ou l'autre de ces moyens, la nature du sol. Le mieux est de s'efforcer d'améliorer graduellement par la culture, car toute culture raisonnée conduit inCsûlliblement au perfectionnement des qualités de la terre. Dans le sol argileux, il convient d'introduire des amendements qui le diirisent , qui détruisent sa cohérence, comme des cendres de tourbe, des fumiers longs. Mais le cultivateur n'a pas toujours à sa disposition les matériaux convenables ; et dans ce cas, peut-être le plus général, il doit choisir les plantes qui conviennent le mieux à ses terres telles qu'elles sont, et le moins mal aux marchés qu'il doit approvisionner. En un mot, un cultivateur, quand il connaît les qualités et les défauts de son terrain, règle ses opérations en conséquence ; car c'est d'après cette connaissance qu'il détermine la rente qu'il peut assigner au fond, et le capital qu'il
640 BBS SOLS.
doit raisonnablement engager dans son exploitation.
Dans un sol argileux qui, comme nous l'avons vu plus haut, constitue dans nos climats les meilleures terres à blé, il ne faut pas vouloir cultiver les plantes exigeant un sol meuble; mais les pommes de terre^ la betterave champêtre, etc., qui y viennent fort bien. Les terrains argileux sont généralement propres aux prairies. Les labours d'automne leur sont très-favorables à cause de l'ameublissement occasionné par l'effet du gel.
La craie occupe une large place dans les formations récentes ; en général, elle présente des terrains peu fertiles. M. Sinclair a proposé de les améliorer en y cultivant des récoltes vertes pour les faire consommer sur place. Convenablement amendé, le sol crayeux produit en Angleterre des trèfles, des tumeps et de l'orge ; il convient particulièrement au sainfoin (1). Il est douteux qu'en France, où le climat est moins humide, on puisse tirer d'un terrain de craie un parti aussi avantageux. Des recherches faites dans ces derniers temps ont montré que la craie renferme une petite quantité de phosphate de chaux ; c'est, comme nous le verrons dans la suite, un sel dont la présence est toujours à désirer dans les sols cultivés.
Les terrains tourbeux peuvent porter de riches cultures, quand on réussit à convertir la tourbe en humus. La principale difficulté réside dans leur dessèchement, parce qu'ils occupent communément les
(I) Sinclair, AgrieuUwe proHque el nrimmée, 1. 1, p. 40.
DBS SOI£.' 641
fonds des vallées ou des anciens lacs. Par une heureuse coïncidence, les dépôts tourbeux alternent fréquemment avec des couches de sable, de gravier, d'argile et de terre végétale. Par un mélange, par une répartition raisonnée de ces différents matériaux, précédés toutefois d'un dessèchement bien exécuté, il devient possible de convertir une tourbière en terres arables (1). Cependant la tourbe pyriteuse est plus intraitable; rarement elle donne de bons résultats. Pour amender un sol pyriteux, il faut de toute nécessité avoir recours à l'intervention de substances de nature alcaline, comme la chaux, les cendres de bois, etc., possédant la propriété de décomposer le sulfate de fer formé par l'efflorescence des pyrites. A l'aide d'une combustion incomplète, on rend aussi les terrains tourbeux propres à la culture, et avec du travail on parvient à leur faire acquérir les qualités des sok légers, au point de pouvoir y récolter des racines et des tubercules. Les agriculteurs écossais, très-familiarisés avec ce genre de travaux, considèrent comme la méthode la plus avantageuse à suivre dans la culture améliorante des marais tourbeux, celle de les convertir en prairies naturelles. Comme il arrive le plus souvent que l'état humide et peu consistant du sol ne permet pas d'y laisser parquer le bétail, ils conseillent avec raison de ne faire qu'une coupe et de laisser sur pied l'herbe de la seconde pousse. En agissant de cette manière, on a trans-
(1) Sinclair, AgHouUure prtUique et raisonnée, 1. 1, p. 46.
642 DBS SOLS.
fonné des majnis en prairies très^productlves (1).
Les terrains à tourbe, bien gouttes, et disposés convenablement pour la culture, présenteritun grand avantage, dû à Thumidité permanente de leur fond. Dans la proximité de Haguenau, on trouve dans ces sortes de terrains de magnifiques faoublonnières ; la garance y vipnt également très-bien ; et c'est, à mon avis, pour certaines cultures spéciales, un des sols les mieux appropriés de l'Alsace.
Les sols saldoTmewic sont parfaitement convenables dans les pays qui ne sont pas fréquemment exposés à de longues sécheresses. Leur culture eiitratne à peu de dépenses et donne une terre bien préparée; on y fait de belles récpltes de navets, de pommes de terre, de carottes et de seigle ; m^s il est prudent d^en exclure le trèfle, l'avoine, le froment et le chanvre, qui se plaisent dans un sol phis consistant. Dans les contrées méridionales, il faut absolument un système d'irrigation pour cultiver les sols .sablonneux ; si l'arrosage manque, la terre reste à peu: près stérile, et le seul moyen de la rendre productive est de la filanter en forêt.
Les sables mouvants, silicwx ou calcaires, <|ui recouvrent des plaines immenses dans Tintérieur des continents, semblent, à la première vue, frappés d'une étemelle stérilité. Cependant, cette mobilité qui permet au sable du désert, de se mouvoir et de s'agiter comme une masse fluide, dépend moins
(4) Sioclaîr, ^grieuUure pratique el raUoMée. 1 1, p. 49.
de l'absence absolue de particules argileuses que de celle, de l'eau dont le concours serait nécessaire pour agglutiner, pour fixer les ^aîns »liceux. Les steppes br^lants de l'Afrique et de l'Amérique ont ^ et là Içws qasîs, doi^t le sol légèrement humecté suffiir à l'existence des végétaux. '^ ••
^, Lorsque ces dépôts arénacés sont baignés à leur bosp.pai; d^ eaux dpi^cj^^ il est possible dû lesTendm propres à la culture. Ççfi ainsi qu'an EspagOA^ dans les environs dç ^an^Lucar de Baromeda^ un siol poudreux, d'une aridité «xtréme , a été fertilisé par la main de l'homme. A la surface, les dunes marne* lonnées de San-Luçar sont recouvertes par un. sable quartzeux, assez ténu pour être emporté par le vent ; mais par cette circonstance heureuse qui fait que la partie inférieure de ce terjrain est constamment mouillée par le Guadalquivir, i) suffit d'enlever le sable sec qui le recouvre, de le niveler, de le décaper en quel** que sorte, pour obtenir un sol réunissant au plus haut degré deux conditions essentielles à la fértiliAé ^car il est meuble et toujours abreuvé par des eaux, vives qui le pénètrent à la faveur de la capillarité ; aussi , par reflet du climat et des ei^rais. les potagers éCablis au milieu de ce désert offrent^ au rapport de M. de Laste^rie, la v^étation la plus raiûde Q({l|iplus vigoureuse. Pour éviter une trop grande dépense, on n'entreprend ces travaux que là où la couche de sable qu'il faut enlever off^re le moins d'épaisseur, et l'on dépose les déblais en talus, tout autour du sol livré à la culture. On forme ainsi une espèce de mur d'en-
ceinte qui n'est pas sans utilité comme abri y et qui devient productif lui-même, par les plantations de vignes et de figuiers qu'on lui fait porter, dans le but principal d'en consolider l'ensemble (1); car les plantes tendent toujours à fixer le terrain qui les supporte. C'est ainsi qu'en Alsace, dans les plaines de Haguenau, un sol sablonneux est devenu, en moins de quarante années, par l'effet d'une culture continue, une terre des plus fertiles.
C'est aussi par la végétation qu'en Hollande on a réussi à donner de la fixité aux monticules formés par l'accumulation d'un sable mobile soulevé par les vents. Ce sable, assis sur un fond assez humide, élève, à cause de sa porosité, l'eau qui humecte légèrement l'intérieur de sa masse. Ces dunes envahissent les terres cultivées : pour s opposer à leur empiétement, les Hollandais y sèment Vartmdo armaria (2), dont les longues racines traçantes lient ce terrain mouvant, en l'emprisonnant dans une sorte de réseau; ces masses de sable deviennent immobiles, mais en restant néanmoins à peu près improductives.
C'était donc un problème d'une haute utilité, que celui de fixer solidement un sol mouvant amené par la mer, en le couvrant de plantations productives. Ce problème, un ingénieur français, Bremontier, se l'est proposé ; et par un.e grande sagacité dans le choix des moyens, par beaucoup de persévérance dans
(1) De Lasieyric, BttUetin de h SociéU PhiUm., i. ÏIÏ, p, «76.
(2) De Candole, Physiologie, p. 1235.
DJSS SOLS. 64^
TexécutioD , il a été complètement résolu dans les dunes du golfe de Gascogne (1).
Les dunes formées des sables rejetés par l'Océan occupent, entre les embouchures de TÀdour et de la Gironde, une surface de 1 , 1 39 myriamètres carrés (75 lieues), sur une élévation moyenne de 20 mètres. Elles sont disposées en une multitude dé mamelons qui semblent liés par leurs bases. La cime de plu* sieurs de ces monticules atteint une hauteur de 50 mètres. Obéissant à l'impulsion des vents d'ouest, ces amas de sable se portent peu à peu vers l'est. Déjà une partie de la petite ville de Mimizan est envahie, et l'on a été jusqu'à supputer qu'en vingt siècles le riche territoire de Bordeaux aurait complètement disparu. Cette supputation était basée sur des appréciations inexactes, car d'après M. Ëlie de Beaumont, les dunes n'avanceraient tout au plus que d'un mètre par an, et Bordeaux est encore à 60,000 mètres du point où elles sont arrivées. Dans leur marche progressive, les dunes en encombrant le lit des rivières produisent l'inondation.
Les sables marins du golfe de Gascogne, comme ceux de la Hollande et des Pays-Bas, ne sont pas en* tièreraent privés d'eau ; à une très*petite profondeur, ils sont humides et présentent même une certaine cohésion; il faut bien qu'il en soit ainsi : autrement le vent qui les apporté mouillés par la mer, les dessécherait bientôt pour les disperser ensuite en tour-
Ci] AnnaUs de VAgriculture françoiae, t. XXVII, p. 145.
biUons de poussière. Celte dispersion n'a point lieu. Les dunes s'avancent lentement, en roulant, pour ainsi dire, sur elles-mêmes.
Le sable quarlzeux^ poussé par le vent, monte sur le fluie des coteaux comme sur un plan indiné ; après avoir firanchi la cime des monticules déjà formés, il tombe sur la pente opposée où il s'accumule en tahif . L'action du vent ne s'exerce que ' sur le saMe rendU' mobile par la sécheresse ; la surface humide mise à nu se dessèche et est enlevéeàson tour; ainsi successivement, toute la masse de sable qui a été dé* posée d'abord à l'ouest de la dune est portée â Vesty où elle trouve alors un abri. C'est ainsi qu'on a vu^ par un vent <|m souffla sans interruption pendant «x jours, un monticule s'avancer d'bn mètre' dans l'in-^ teneur des terres, mais c'était' là une circonstance exceptionnelle (1).
L'humidité provient des pluies, des eaux courantes qui pénètrent le sable en s'y infiltrant, en déplaçant l'eau salée dont il était primitivement imprégné. J'ai vu près de Harlem, sur le bord de la mer, des puits d'eau douce creusés dans les dunes : la faible dose de sel qui reste encore dans le terrain n'est plus défavorable à la végétation.
Une fois convaincu que les végétaux pouvaient exister dans les dunes, Bremontier comprit qu'eux seuls étaient capables d'en arrêter la marche, de les consolider. Il s'agissait alors de faire n«^tre des plantes
(0 DaubaissoD, Traité de Géognom, I. U» p. 467.
DBS SOLS. 647
et de protéger leur croissance dans ce sable mobile, en les mettant à l'abri des tents impétueux de la mer, jusqu'à ce que les racines eussent pris possession du soK
Les. dunes ne bornent pas l-Océan comme les fe-^ laises« De la base des premiers monticules à la ligne qui marque la limite des plus bairtes marées, on trouve, un terrain plat sur lequel • le sabte roule sans s'arrêter. C'est, sur c^e plage que Bretnontier établit un premier semb de graines de pins et de genêts ; pour abri, il le recouvrit <en 'totalité-' dé^bi^anchagei verts, fixés solideDoent par des crochets enfoncés dans le terrain. Les branches protectrices' étaient' placées dans une direction telle, que leurs extrémités ligneuses regardaient le rivage, afin que le vent domi-* nanteùt moinsde-prise sur les feu illes« L'expérience a démontré, qu'à l'aide de ces ' ingénieuses dispositions, les graines germent et que les plants sedé^ veloppent avec une prodigieuse rapidité ; bientôt elles forment un fourré épais, d'un mètre de hauteur. Alors la réussite est certaine. Cette plantation avancée arrête les sables; elle est destinée à pro^ téger celles qui doivent la suivre et s'étendre vers l'intérieur des terres. Lorsque les arbres ont atteint l'âge de cinq à six ans, on fait une nouvelle planta^ tion contiguê à la première, sur une laideur de 60 à 100 mètres, et en continuant ainsi, on s'éJève graduellement jusqu'au sommet des duties.
Tel a été depuis 1 787 le travail exécuté par l'habile ingénieur, pour couvrir d'arbres utiles les sables in-
cultes du bassin d'Àrrachon. En 1809 les semis s'é tendaient sur 3.700 hectares (<)• Le succès de ces plantations a dépassé toutes les espérances qu'on avait conçues. En 16 années^ des pins avaient déjà atteint une élévation de 1 0 à 12 mètres. La croissance du genêt épineux, du chêne, du liège, du saule, n'a pas été moins rapide. C'est ainsi qu'on a prouvé que l'on peut à la fois fixer les sables et les rendre productifs. Comme presque tous les inventeurs, Bremontier fut en butte à la jalousie de ses contemporains. On douta d'abord de la possibilité de consolider le sable mouvant des dunes, et l'on finît par lai contester le mérite de l'invention. Le savant ingénieur se défendit avec modération, et provoqua une enquête (2). Rien de comparable n'avait été entrepris avant i 787, et les travaux de Bremontier doivent être considérés comme une de ces luttes remarquables que l'industrie de l'homme soutient avec succès contre les éléments.
Les dunes garantissent les terres basses de l'inva— sion de la mer, lors des hautes marées. Sans cette ceinture de collines de sable, une partie de la Hollande ne serait pas habitable. Le sol de cette contrée appartient à cette immense plaine qui s'étend sans interruption jusqu'en Prusse. Les dunes, les amas de
(i) Sylvestre, Notice sur Bremontier^ Annales de l'Agriculture française, t. XLIV, p. 239.
(2) Les commissaires nommés par la Sociélé d'agriculture pour examiner les mémoires de Bremontier, étaient MM. Gillet-Laumoht, Tessier et Chassiron.
galets, les barres des grands fleuves^ forment ce qu'un géologue illustre^ mon ami M. Ëlie de Beaumpnt, ap« pelle V appareil Uuorcd; ce sont les véritables limites de la mer. Derrière cet appareilse réalisent desfaits géo* logiques d'une haute importance agricole^ par l'accu* mulatioo, Taccroissement successif et souvent très-rapide de dépôts terreux très-favorables à la végétation. Le limon charrié par les fleuves est déposé dans les lagunes^ dans les marais placés en arrière des dunes^ aussitôt que les eaux ralentissent leur cours. Néanmoins, l'exhaussement du fond de ces marais et de ces lagunes n'est pas tel, que les eaux de la mer ne puissent les envahir dans les marées moyennes; aussi établit-on des digues pour les préserver, mais les digues, en parant à un inconvénient, en feraient naître un autre, en retenant les eaux pluviales qui finiraient par submei^er le sol. C'est pour prévenir cet inconvénient qu'on ménage des portes d'écluses s'ouvrant à la marée basse afin de laisser écouler les eaux douces, et se fermant à la marée haute pour s'opposer à l'entrée des eaux salées. Le même système d'endiguement s* applique aux polders, dépôts limoneux d'une grande fertilité, mais tellement basque le sol se trouve quelquefois de 4 à 5 mètres au-dessous du niveau des marées moyennes. Aussi l'écoulement naturel des eaux, lors des marées basses, devient souvent impossible ; et, pour cultiver lespolders, on est obligé d'épuiser continuellement à l'aide de moulins à vent. C'est par ses digues, dont l'établissement remonte au vn* siècle, que la Hollande a été con-
650 I>BS 60LS.
quise sur ks eaux. Cette conquête n'est pas achevée, et aiyourd'hui même. on exécute encore d'immenses deBsécheménts. Aine, en mettant à éec le lac de Har* leiki^ tel doit livrer à la. culture 18,000 hectares d'un sot idoûé.du. plus haui)degré de feHiUié.
M. Ëlie de BeAumont a présenté sur la terre v^é- Uàt con^éilêé ad jpomt de Vue géologique, des re« nUunques pkmé& id'intérêt, qui établissent que rela« tiwmtot'à^la ti?è»KMmrte durée <te Tetistenc^ dé rhoaftne, elle est très-anciennement déposée à la s<irface du globe.
,J)énudée^ privée de végétation, la terre Totale tend sans cesse à se déplacer» à s'étendre uniforme» mbnt.' Desséchée^ à l'état de poussière, elle est assez téoue pour être tr^nspoHée parle vent à de grandes distances. Ndos atons vu que la terre dénudée est entraînée par les pluies, charriée par les fleuves. L'air et Tew sont done les véhicules qui teqdènt constam« ment à la déplacer ; et il est établi que la poussière du sol^ ou des roches désagrégées, devient dans quel«^ queiB circonstances un phénomène considérable, puis^ qu'elle forme par son accumulation les déserts de saUe, ou plutôt de poussière. En Egypte, comme dans les pampas de rAmérique méridionale, ce sable si ténu, cette pou^ière s'agite, se meut à la manière des flots, et forme des vaghes qui ensevelissent des caravanet^^dei villages entiers* Dans ces tourmentes duidésert, la température de Tair est singulièrement aMginentâe par* les partieufes. terreuses fortement é«httuffétsr: qa'iil tieilt en suspensimi. J'ai palrlédea
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dttiMB envaftflssant les terrés ;: le sable sec des continents pcodikit les mêmes effets, mais plus rapidemeiit;)i Ainsi, ^en Egypte/ la pônssière que lé vent déphffië delà Libye a recouTért, sur une surface trèsétend»; îles terrains qui étaient encore cultiiés soiis la dommation dts Turcs. Le v^ soufflant d'Afrique saupoudre quelquefois dès naVires à i ,000 kilomètres desofltes.- -' ^ ■. ' ' '.:
€e^iB^fSÈokl^iiiéi 'te déplacement eontiniiel de la tenB fvégélate^' dé ila pciussièrè du globe^ n'a lièti qu'aâtadl que celle terre est dénudée, expo^ direct tement aux agents atidospliériqûeB. Il n'eîi est plus ainsi quand elle est recouverte de gazon : la terre est alors solidement fixée, et il est facile de démontrer qu'elle y forme une couche extrêmement ancienne, dont l'épaisseur n'a pas varié depuis les temps historiques les plus reculés. M. Ëlie de Beaumont rappelle, à l'appui de celte opinion, ces monuments druidiques, les /n'erres levées [men-hirel cIoZ-TTien), formés de blocs de rochers allongés et implantés verticalement dans le sol. L'érection de ces monuments est antérieure à l'invasion des Gaules par César; cependant la base est encore enfoncée dans la terre végétale tout juste ce qu'il faut pour que le menrhir se tienne debout. Dans les doUmen composés de pierres disposées en forme de porte, la pièce horizontale inférieure, le seuil, est encore de niveau avec la surface du gazon. Si la terre végétale eût augmenté d'épaisseur, le seuil serait évidemment enterré, et, dans le cas contraire, il y aurait eu un déchaussement ; rien de cela n'a eu
lieu. Une autre preuve non moins évidente de la fixité, de la solidité de la terre végétale garnie de plantes vivaces est prise dans les travaux agricoles. On connaît, en Espagne, des champs abandonnés depuis un grand nombre de siècles, qui sont recouverts de gazon; les sillons tracés par la charrue sont encore dans un parfait état de conservation.
La conséquence qu'il est permis de tirer de ces faits, c'est que Vengaumnement suffit amplement pour retenir la terre végétale sur les pentes les plus abruptes, et qu'il n'est pas indispensable, pour la fixer, d'avoir recours au reboisement.
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